FÉTIS
Nouvelle réfutation de la quarte majeure
Un nouvel exemple de la fausse dénomination de la quarte se trouve dans le récent ouvrage de M. Fétis, en cours de publication et ayant pour titre : « Histoire générale de la mu^ sique, »
Le nouveau jour sous lequel cet exemple est placé, nous a fSût trouver de nouvelles objections que nous n'avions point encore émises. Elles sont, nous le croyons, de nature à compléter l'opposition que nous avons déjà manifestée, quant à la dénomination de quarte majeure, dans notre ouvrage intitulé : Principes de la formation des intervalles et des accords j d après le système de la tonalité moderne.
a Voici l'air le plus ancien » dit M. Fétis (1), <c de ces nègres (les Achantis), recueilli par M. Bowdich avec les passages harmonisés par eux. »
HUtoire générale de la musique^ iome I*', p. 31.
GURIOSITËS MUSICALES.
Allegro.
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Ces ce passages harmonisés » se contentent, comme on voit, de modestes intervalles de tierce*
M. Fétis ajoute : c au point de vue du but de la musique, chez les nations civilisées, cet air est sans doute mauvais et fort déplaisant, car ces suites de notes n'ont aucune significa-tion, et le sentiment de la tonalité y est blessé par les fausses RELATIONS de çuartcs majeures » .
Ces ce suites de notes n*ont aucune signification » ! sans doute, à ne les considérer que mélodiquement. Mais examinons si, au point de vue de l'harmonie, en ajoutant une basse, «c le sentiment de la tonalité y est blessé par les faussesrelations.de quartes majeures».
Et d*abord qu'entend-on par fausses relations de quartes majeures? Eq admettant cette fausse dénomination, cela signifie en théorie que Tune des deux notes produisant la quarte est employée, soit avant, soit après, à une autre partie dans une nature différente, savoir :
Où ces deux notes ont-elles^ dans Tair précédent, un de ces enchaînements fautifs? — La basse que nous y avons ajoutée est composée d'accords simples, tous compris dans la tonalité, et ayant entre eux une liaison tonale.
La fausse relation serait -elle la simple émission de la quarte, ou les deux accords distincts sous- entendus accompagnant les deux notes qui forment Tintervalle de quarte?
Mélodiqnement
/* QamoÀîQBQOwiiL.
Quant à la dénomination elle-même , en admettant que les notes si^fa (dans Tair ci-dessus), forment une quarte majeure^ que veulent dire les mots : relations de quartes ma--
jeures? Gela doit s'entendre certainement de la même manière que pour les relations de tierces et sixtes, intervalles susceptibles de recevoir la qualification de majeure. Alors, quels sont les cas où ces intervalles produisent des fausses relations? En voici quelques exemples :
Mélodiquement.
dans le style rigoureux,
HamàoiHquenieDt
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etc., de môme en sixtes.
Ainsi, on entend par fausses relations d'intervalles majeurs, ou pour mieux dire par enchaînement défectueux, soit mélodiquement, la succession immédiate de deux tierces ou de deux sixtes majeures; soit harmoniquement, la progression successive de plusieurs tierces ou sixtes majeures à distance d'un ton entier.
Pourquoi ces enchaînements sont-^ils défectueux? Parce que chaque intervalle majeur porte en soi un sentiment de tonalité et de mode déterminés, et que l'on ne peut, sans le
secours d'un accord intermédiaire, ou d'une cadence, concevoir de successions de tonalités majeures à distance d'un ton. Ce principe reconnu, les quartes majeures doivent naturellement être soumises aux mêmes règles de tonalité et d'enchaînement que les tierces et les sixtes, puisque là, où figurent des intervalles de quarte , il est dit que le sentiment de la tonalité y est blessé par les fausses relations.
Voyons donc comment le sentiment de la tonalité peut être blessé par les fausses relations de prétendues quartes majeuresf Iciy comme plus haut, soit premièrement par la mélodie, c'est-à-dire la succession immédiate de deux quartes majeures telles que :
soit deuxièmement par l'harmonie, c'est-à*dire la progression successive de plusieurs quartes majeures, à distance d'un ton ou d'un demi>toa, comme par exemple :
Eh bien! ces quartes soi-disant majeures^ ne sont, dans aucun cas de Tair précédent en fausse relation avec la tonalité, — ce qui serait tout à l'opposé pour des tierces et des sixtes majeures présentées dans les mêmes conditions. Les tonalités se succèdent ici sans aucune détermination « et
s'enchevêtrent par une progression de cadences évitées. La tonalité n'y est pas blessée; elle y est changée. Donc les quartes ne peuvent recevoir de dénomination caractérisant le mode ; car si elles pouvaient être majeures, pourquoi ne pourraientelles pas être mineures? Les quartes sont essentiellement du domaine de la tonalité. Elles font pressentir la tonalité, sans donner aucune idée du mode de cette tonalité. Leurs résolutions seules déterminent la nature du mode (!]•
(1) Voir, pour pins amples détails, les Principes de la formalion des infer valus et de» accords , d'après le système de la tonalité moderm , par E.-M.-E. DeldeTfz.