ARLEQUIN
II y avait un grand jaiant ( géant. )
Qui aloit trop forment brayant ( très-fort criant ),
Vestu ert (erai, était ) de bon broissequin *
Je crois que c'estoit Ilellequin ,
Et luit ( lou8 ) li autres sa mesnie ( bande j
Qui le suivent loutc en ragie (rage)
Monlé ert sus un roncin (clieval ) haut,
Si très-gras que, par snint Quinaut I
L'en li peust ( on lui peut ) les côtes conter (compter).
Ces vers sont extraits du poème de Faurel, imitation du fameux Roman de la Rose; et M. Paulin Paris, dans ses commentaires sur ce poëme, après avoir fait descendre Arlequin de ce géant qui mesne la bande à la fois grotesque et terrible du chalivali ^ ( cbarivari ), croit trouver Tétymologie de Hellequin dans le nom du cimetière d'Ëliscamps ou Âleschans aux environs d'Arles. Mais nous préférons la version qui dit que Hellequin et par suite arlequin, viennent de l'anglais IleWs king ou en almand Helle koenig^ roi de l'enfer. Et en effet les anglais ont encore la lettre h que nous avons supprimée dans arlequin.
Ogre. — La nation hongroise appartient à la branche
< Êiofre incoonde.
s V. à ce sujet la curieuse disserlalion de M. François Genin, à la saile de sou livre, Variations de la iangw française*
Ouigour de la grande famille des Finnois. Ils ont toujours été très-belliqueux ; auxa^ et x^ siècle ils étaient féroces. Cinquante années de suite, ils portèrent la mort, le pillage et la dévastation dans toute l'Europe. En quarante-cinq ans, la France, pour sa part, fut envahie onze fois. Ce n'est donc pas merveille, si autant elle a de sympathies pour eux aujourd'hui, autant ils lui inspiraient alors de haine et d*effroi. Ce fut au point qu'ils passèrent dans les récils populaires à l'état de type fabuleux, et si l'on veut se reporter à Vancien nom des Hongrois avigour ou ogour^ on aura l'étymologie de ces ogres qui nous ont fait si grand'peur à tous dans notre enfance.
PoRPRYROGÉNâTE. — Porphyrogénète veut dire né dans la pourpre ; mais d*après l'explication que donne Anne Gomnène dans son Alexiade , pourpre ici n*a pas le sens qu'on donne communément à ce mot. Pourpre est le nom d*un bâtiment carré qui étaitVitué dans l'enceinte du palais impérial, et surmonté d'un toit en pyramide. Le plancher et les murs étaient revêtus d*un marbre très précieux, qu*à cause de sa grande beauté, les empereurs avaient fait venir à grands frais de Rome à Constantinople, lorsqu'ils transportèrent dans cette dernière ville le siège de leur empire. Il était de couleur pourpre, sauf de petits points blancs menus comme des grains de stable. Le marbre donna le nom de sa couleur à ce bâtiment, et le bâtiment à son tour donna son nom aux princes de la famille impériale qui y recevaient le jour.
Paletot — Le paletot est un vêtement d'un usage trop général aujourd'hui pour ne pas mériter que nous nous occupions de son origine. Il a subi diverses fortunes.
Au moyen âge, c'était «ne casaqrte à rapttrhnn; ddnt \û
pointe ressemblant à la tête d'une huppe, nous avait valu l'expression : C'est un homme huppé, pour : C'est un homme riche, bien vêtu, etc. Dans la seconde moitié du xv« siècle, lee gentilshommes de la dernière classe portaient des pa-> letots comme vêtements degu rre. c Et au dessoubs de soixante livres, auront brigantines si faire le peuvent, ou paletot, arc et trousse ou josarme, et cheval selon leur puissance. »
Après la noblesse, le paletot devint l'uniforme des simples soldats. De là vint le mot paletoquet pour désigner des gens sans aveu, par suite du peu de considération dont jouissaient les hommes de guerre, que la paix forçait à vivre de rapine.
Plus tard, le paletot passa sur le dos des laquais et leur fit donner le nom de paletoquet, qui se trouve dans Marivaux et qui ne se perdit jamais chez nous.
Enfin il devint le costume des pécheurs et marins de la Normandie, et l'ordonnance qui l'assigna comme uniforme à la marine royale, en supprima la jupe et le transforma en une aorte de veste ronde.
Après avoir rendu compte de ses diverses formes, et destinations successives, il nous reste à parler des différentes manières dont ce mot s'est écrit et des différentes origines qu'on lui attribue.
Paletot s'est écrit paletot, paldtocqr, paletoc eipallêioc. Huet opine pour cette dernière orthographe. Sa raison est que paletot vient du mot latin pàlla^ manteau de femme (Cicéron) et manteau fort court des Gaulois (Martial), et du mot breton toc, chapeau, d'où viennent aussi probablement toque et taquet*
Ménage, lui, prétend que paletot vient de palliotum, mot qu'il dit être de basse latinité et signifier petit manteau.
.Une autre version donne à ce mot une origine espagnole.
Bière. — Bière vient, dit-OD, du mot hébreu hre, qui veut dire grain. Si cette élymologie est vraie, c'est que les Saxons lui auront emprunté aussi leur mot hère, qui veut dire orge, car c'est assurément de bere que les Allemands ont fait Wer, les Anglais l>e<yr et les Français bière, (V. Ctcriositéê des sciences,)
Cébss, Cebvoise.— -Les langues indo-germaniques ont, la plupart, pour exprimer grain de blé, un mot dont la déesse des moissons, Cérès, a reçu son nom, ainsi que cette espèce de bière appelée cervoise, cerevisia, que l'on buvait jadis en France.
Fertés. — Les annales de Metz constatent qu'il existait autrefois des forteresses appelées Firmitates , en français Fermetés, et, par syncope, Fertés. De là viennent les noms de la Ferté-Imbault, la Ferîé-Miion, la Ferté- Bernard, etc.
Riflard. — Riflard n'est réellement français qu'avec cette orthographe, et pour désigner un gros rabot à dégrossir le bois, et un ciseau dentelé à travailler la pierre. De notre temps, rifflart a été employé en langage vulgaire pour signifier un parapluie. Ce nouveau mot est dû à un acteur du théâtre de l'Odéon qui, ayant à jouer le rôle do Riflart dans la Petite iûiUe de Picard . parut en^ scène avec un énorme parapluie. On baptisa ce parapluie du nom de son propriétaire et depuis lors tous ceux du même genre furent appelés des rif parts.
Mais au xv^ siècle, rifflart, fidèle au verbo riffler, raffler
dont il était dérivé, servait dans les mystères à désigner les sergents, les recors, de concurrence avec les noms d*agrippart, dentart, etc. En voici un exemple dans le mystère de la Passion d' Arnoul Gresban, bachelier en théologie, ouvrage qui fut représenté avec beaucoup de succès dans les principales villes du domaine royal'. Pas n'est besoin d'appeler l'attention des lecteurs sur la portée salyrique de cette scène qui s'attache aux impôts et à ceux qui étaient chargés de contraindre à les payer.
ALOBIS.
Çà, Rifflart,scaroyes-tu compter (conter) Quelques nouvelles du pjys ?
YSÂMBERT.
Pour quelque bourde réciter
Telz gens ne sont guère esbay s (embarrassés),
PËLICK.
Pour bien mentir à son devis (dans sa conversation) Il nen craint homme, soyez seur !
ALORIS.
Aussi semble-il bien à son vis (visage) Que ce soit ung ferme menteur.