‹ Curiosités philologiques, géographiques et ethnologiquesChapitre 19 sur 31 · SONNET · texte numérisé non relu

SONNET

Sacra, splendida, excelsa, inclyla pyra, De fama heroica tumba gloriosa, Si cadaver occultas religiosa, Tu me inflamma, devota, tu me inspira.

De rara, prodigiosa, culta lyra Fecundas voces canta numerosa, Eloquentias publica harmoniosa, Terentianos périodes admira.

Tu, peregrina Phœnix quaB volando , Alta pénétras barbaras nationcs, Claros, SBternos orbes habitando,

Vive felix. Sphœricas regiones, Immortales coronas illustrando, Adorando bcatificas visiones.

Nous nous rappelons d'avoir lu au' lefois d'assez longuet

Iî6 CURIOSITÉS PHILOLOGIQUES, EtC.

pièces de vers qui avaient la prétention d*ètre en même temps portugaises et latines *. Celte prétention nous parut alors assez bien fondée^ Le portugais a des terminaisons en ens qui multiplient singulièrement les relations de parenté entre les deux langues.

Un homme de lettres, à Lille, M. Victor de Rode, fl dressé une carte topographique sur laquelle sont indiquées, par une teinte différente, les communes oh l*on parle français, celles où Ton parle flamand et celles où l'on se sert indistinctement de ces deux idiomes. L*exafflen

scette carte prouve qtie la langue flamande se relire devait la langue française. Celle-ci presse de foutes parts son adversaire ; et otitre^fattaquc qu'elle dirige à Texterieur, elle s infiltre dans le pays flamand par une trouée qui suit à peu près la grande route de Valenciennes et Lille à Dunkerque. Dans cette dernière ville elle^mème^ le flamand dominait il y a cinquante ans ; aujourd'hui, c'est le français. Le français gagne aussi du terrain le long des côtes. Sa marche progressive est prouvée par les noms tudesques des tillages terminés en kerque et en ghem, où la langue nationale T emporte aujourd'hui. Toutetf les communes du Bas-BottlonDftiS) dont les noms ont cette dernière terminaison, parlent français de temps immémorial Il y a donc lieu de penser que ce mouvement entahissant est fort ancieti. La Lys séparait autrefois le domaitie^ des deux langues^ comme le démontrent certains proverbes IbcaUx; aujourd'hui le français a génératement franchi telle ligne; Il s'avance vers Hazebrouck et Baîîîeul, d'où il aUra dans peu de temps chassé entièrement le flamand.

î V. Férdin. Denif. néfUmé âé VUit. ÎUi du Pùtiugai; fi. Foufnièr^ Un pfétêtUUmi pordugt^h, f vol. (iHlt ftiiv^ d'ÉMêê Hft lu (Utéfafure portugaise.

Quelques yillages isolés, tels que Haut-Pont, faubourg de Saint'Omer, Pré*à-*Yin, près Mervilie, parlent flamand, quoique entourés de commune» françaises ; de même que Houthem, près Ypres, Sonnebeck, etc., parlent français bien qu'enclavés dans des cantons flamingants. Ces exemples sont des exceptions dues à des émigrations et à des transports d'hommes ou de troupes que l'histoire peut expliquer. Il est bon de remarquer, d'ailleurs, que Haut- Pont et Pré-à-Vin sont des noms français comme tous ceux qui les entourent, de même que Houthem et Sonnebeck sont des noms flamands comme ceux des cantons qni les renferme^it. Des circonstances particulières ont donc dû entraver ici la marche générale du progrès du français *.

Gigli, écrivain italien du xvii'' siècle, joignit à la publication des œuvres de sainte Catherine, celle d'un vocabulaire formé des seules expressions dont cette sainte avait fait usage. Il se proposa d'y démontrer que, dans la langue toscane, le dialecte de Sienne était préférable ù celui de Florence pour la grâce, l'élégance et la pureté. Il lança des mots piquants et dérisoires contre \e» Florentins et leur académie. Il fit imprimer son vocabulaire en této du deuxième volume des ouvrages de sainte Catherine (Rome, 1717;, et Ton en était à la lettre R quand son secret fut éventé. Un décret du maître du palais arrêta aussitôt l'impression, et l'auteur fut exilé de Rome par ordre du Souverain-Pontife. Le même décret fut publié à Florence ; les académiciens rayèrent Gigli de leur liste, et firent brûler, par la main du bourreau, 1( s exemplaires de son ouvrage qu'on leur avait envoyés. Gigli fut aussi rayé du rôîe des professeurs de l'université de

< tdmrellft annaie$ dê$ toyageê, 5e série, vol. I, pag. 22Q.

Sienne, et reçut du ministre défense de rentrer dans sa ville natale. Se vovant menacé d'une ruine entière, il se décida enfin à solliciter son rappel. Pour Tobtenir, il lui fallait publier une rétractation complète de son ouvrage *^ il s'humilia plus qu'on ne l'aurait attendu d'un caractère tel que le sien, et n& se réserva d'autres droits que ceux du dialecte de sa patrie. Il déclara qu'en désavouant les formes dont il s'était servi, il maintenait la question de prééminence dans toute son intégrité.

3crofa, poète italien du xvi^ siècle, fatigué des disputes sur la prééminence des langues latine et italienne, s'amusa à les confondre pour tourner en ridicule les pédants. Son recueil de vers commence ainsi, par une imitation d'un sonnet de Pétrarque :

Yoi, che atin5us arrectis auscultate In Ungua hetruaca il fremito e'I rumore De'miei sospiri, pieni di stupore, Forse d^ntemperantia m'accusate, etc.

L'abbé Talbert, littérateur français du xviii^ sièclf^ auteur d'un bon éloge de Montaigne, ouvrit la séance à l'académie de Besançon, lors de la querelle sur la prééminence de la langue française, par ces mots :

c Je loue le zèle des défenseurs de noire langue ; mais je crains fort que plusieurs d'entre eux n'imitent ces anciens chevaliers qui combattaient quelquefois pour des dames qu'ils ne connaissaient pas. >

En i806, au commencement de la guerre entre la France et la Prusse, Kolbe, graveur de Berlin, ancien professeur de langue française à Dessau, publia un traité philologique intitulé : Richesse des langues allemande et française, et des éléments qu'elles offrent à la poésie. Cet ouvrage,

ÈTYMOLOGIES, ETC» 4î9

dédié au roi frédério-Guillaume III, était un véiitable écrit patriotique où l'auteur faisait battre à son aise la langue française par la langue allemande, pendant que les soldats français battaient les soldats prussiens. Gomme c*était une espèce de manifeste national, il eut le même succès que nos* vaudevilles de i8i5 et 1816^ où l'on faisait rimer si souvent et si à propos gloire avec vic^ taire, etc..

Klopstock méprise la langue française ; cependant, sur la fin de sa vie, il admire GbénedoUé! ! ... qui Tavait chantée.

Bylderdyck appelle la langue allemande un abject et perpétuel barbarisme dont il place les partisans dans des chan'ettes de fumier.

Comme on engageait Kaestner, célèbre savant allemand, à étudier les ouvrages de Kant : c Je possède douze langues, tant anciennes que modernes, dit-il ; elles me suffisent, et je ne veux pas en apprendre une treizième. »

Le satirique allemand Lichtenberg dit quelque part qu un âne fait sur lui V effet d'un cheval traduit en hollandais,

€ Ce n*est pas ma faute si je suis obligé d* écrire en anglais, dit lord Byron. » Et dans une stance de Childe- Harold, il appelle sa langue maternelle une langue qu'il faut, non pas parler, mais cracher.

c La langue française, dit Voltaire, est, de toutes les langues, celle qui exprime avec le plus de facilité, de netteté et de délicatesse, tous les objets de la conversation des honnêtes gens, et par cela elle contribue, dans toute l'Europe, à un des plus grands agréments de la vie ^ >

f L'empire de la langue française, dit Jos. de Maistre, ne tient pas à ses formes actuelles ; il est aussi ancien que la langue même. >

Il est très-remarquable que Caxton , le premier impri-

« Suais lur Thitt. gén. £05.

m CURIOSITÉS PHILOLOGIÔDES.ETC.

meiir en anglais, ait laissé subsister dans ses Iraductiom do français une quantité de mots étrangers à la langue anglaise, au point que l'éditeur de 1647 dit : i II semble que Caxton n'est pas anglais. » On sent quelle influence dorent a'voir ces livres, les premiers imprimés^ sur une langue encore flottante ^.

Caxton, dans son Enéide, répond d^avance à Tobserva* tion ci-dessus, f Certainement, dit-il, le langage dont on se sert aujourd'hui en Angleterre n'est plus celui qu'on parlait dans mon enfance ; car, nous autres Anglais, nous sommes nés sous l'influence de la lune, qui est toujours vacillante .. La plupart des gens n'entendent ni le latin ni le français dans ce royaume d'Angleterre* » (1489.)

Toloméi, littérateur italien du xn«^ siècle, entama une longue dispute pour savoir quel nom Ton donnerait h la langue italienne. Les uns voulaient qu'elle s'appel&t tta- Henné, d'autres florentine^ ou siennoise, ou vulgaire. Tolomei s'efforçait de lui obtenir le titre de toscane. Tous ces débats aboutirent à laisser chacun libre de son choix. On voulut aussi inventer de nouveaux mètres : on composa des vers de IJ, de 14, de 16 et même de i% pieds; mais l'oreille, seul bon juge en harmonie, eut bientôt fait justice de toutes ces innovations.

« D'Israël!, Aménités, 1 , 194— V. sur Gaxlon Cwrios, bibtiogr. p. M.

PHILOLOGIE CONJECrmALE

Ld phiMogiene compte pas seotemeni des érudits parmi ses adeptes ; die a en aussi des hommes d'imagination. Un de ces derniers ù prétend» qnelea cinq yoyelles étaient la Uifignedo rire ; que rbomroe riail en ik^ ei la femme en t, la défote en i, le paysan en o, et la vieille femme en v.

Une iâée à peo près semblable se inmre dans une brochure publiée à Orléans en 466i, par un astrologue italien, Vabbé Damascéne; senfement, selon hii, les différentes manières de rire serriraient à distinguer les tempéraments* Diaprés sa méthode, un médecin, après avoir, tàté le pouls à ses malades, devrait les chatouiller pour les foire rire. S'ils riaient en a^ il serait sûr d'avoir afbire à des phlegmatiques; en b, à des bilieux; en i, à des mélancoliques; en 0, à des sanguins, «r S^afTatîcano, d dit-il, c per conoscer )e cofflplessîoni i periti, e, per meÉzo di questa feitica, Thanno assotîliata in modo chedicono, quando rida l'uomo, se fa Hî, fil, fit, é malinconica ; se ee, bk, hc, è collerica; se «A, HA, HA, è flematica ; se ho, ho, ho, èsanguigoa. »

Ceux qui connaissent le mieux les bètes, c'est-à-dire Cetix qui les aiment et s*en occupent, sotit le moins disposés à nier leur langage et leur înleltigehce. Platoh, Flavius Josépbe et saint Basile y croyaient. Ce dernifer ht dit-il pas quelque part que le paradis terrestre était peuplé de bétes qui s'entendaient entre elles et qui parlaient sensément ?

Le fameux Dupoûi de Nemours, qui qH une autorité

eu pareille matière, dit que f le chien n emploie que des voyelles, et quelquefois, mais seulement dans la colère, les deux consonnes g et z. > Nous croyons, quant à nous, qu'il restreint trop l'alphabet du chien, et qu'il faudrait à tout le moins y en ajouter trois autres, b, p et r.

c Le chat, ajoute-t-il, emploie les mêmes voyelles que le chien, et de plus dix consonnes, m, n, g, r, v, f.

c Les araignées emploient deux voyelles et deux cokisonnes, puisqu'elles p]rononcent tak et tok, »

Quant aux oiseaux, c'est, selon lui, une erreur de croire qu'ils répètent toujours le même son. Le résultat de ses observations sur les corbeaux est que leur croassement ne comprend pas moins de vingt-cinq mots que voici :

Cra, cre, cro, cron, cronon.

Grass, gross, gronss, grononess.

Crae, créa, crac, crona, groness.

Crao, creo, croe, crone, gronass. Craon, creo, croo„ crono, gronoss.

< Si nous pensons, dit-il, qu'avec nos dix chiffres arabes, qui sont dix lettres, dix mots, en les combinant deux à deux, trois à trois, quatre à quatre, on forme les chiffres diplomatiques de 100, de jOOO, de 10,000 caractères, et que si on les combinait de cinq à cinq, on en ferait un chiffre de 100,000 caractères ou de plus de mots que n'en a aucune langue connue, on aura moins de peine à comprendre que les corbeaux puissent se communiquer leurs idées. Leurs vingt-cinq mots suffisent bien pour exprimer : Là, ici, droite, gauche, en avant^ halte, pâtures, garde àvous, Vhomme armé^ froid, chaud, par tir, je t*aime, moi de même, un nid, et une dizaine d'auhvs avis qu'ils ont à se donner selon leurs besoim . >

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