PHILOLOGIE
t De la previèhe langue. — Qnelle langue parlaient Hdam et Eve dans le paradis terrestre? Cette grave queslon a exercé la sagacité de bien des savants ; ns^s elle tur a surtout fourni Foccasion de faire preuve de' pa4riobme. /** <>•»•* • -
Des rabbins ont prétendu que la lantfue-fiière •était le amaritain. • ■> ^ ' ' ■■ ^ -
Ouvrez ïes Origines antverpiantè'^ ôe'^Sèàn GorÔ- |ius, surnommé Becanus , auteur brabançon ^ ^jL^'^^^'^'ï
1 AoTerf, 1569, in-fol. - \ • *
verrez que o* était le cimbriqne, o'esi-à-dire le flamand
ancien.
La Basse-Bretagne a donné naissance à plusieurs éru- (lits qui n'admettent pas que la langue primitive soit autre que le bas-breton *.
Un espagnol, J.-B. Erro, ne sest pa« coat^té de pul>lier en 1806 un alphabet de la langue primitive de l'Espagne, pour prouver que les Basques sont les premiers habitants de la péninsule ; il ne s est pas borné dans son El Mundo primitivo * à remonter au delà du déluge pour démontrer qu'avant qu'il existât des Egyptiens et des Babyloniens , les savants basques avaient coordonné le système du mouvement universel, lequel système inconnu de nos jours comprend sous une seule loi le cours des astres et la végétation des moindres plantes : il ne doute pas que ce ne soit du basque qu Adam ait tiré tous les noms qu'il a eu à donner aux êtres et aux choses.
André Kcmpe est moins exclusif. Dans l'ouvr e étrange qu il a composé sur cette importante matière , il admet qu'on a parlé trois langues au paradis : le suédois, le danois et le français. Dieu se réserva la première, Adam lui répondit dans la seconde, et c'est dans la nôtre qu'Eve fut tentée par le serpent. 'Notre langue, il faut en convenir, n'occupe pas là précisément la place la plus considérable : mais ^H% 'Français ont Thumeor si galante, qu'ils sont ca^ pabUff^fe' s'en tenir parfaitement satisfaits.
Les PepsSiD» acfiti^tent aussi qu'il se parlait trois lan-
ciH^r
dàre,
itRrni aurtU^iU.a'tom (quel moroeaa V) et que Ère loi aurait ré-
jMmdû Qe?i[boifi)i .. ,
'.'^."Madî-id/lsj^ili^*.
PROLÉGOMÈNES. :i
gmm au paradis; mais, cooune on peat s'y attendre , ils sont persuadés qœ c'est le persan, Tarabe et le turc.
Adam et Eve parlaient entre enx la langue de Famour et de la poésie, W persan ; le serpent prit pour les séduire la langue de l'éloquence et de la persuasion, l'arabe; mais quand l'ange Gabrl^ eut à les chasser du paradis, voyant qu'il n'était éoouté ni en persan ni en arabe, il prit la langue du commandement et de la menace, il parlu turc *.
Tous ceft faiseurs d'hypotbèses intéressées, Voltaire les met d'accord , en niant qu'il y ait ime langue primitive. € Chaque espèce, ditni, a sa langue. Celle des Esquimaux et des Algonquins ne fut point celle du Pérou. Il n'y a pas eu plus de langue prinûtive et d'alphabet primitif quu de chéiïes primitifs, et que d'herbe pnmitive...
€ Ne peut^n pas, sans oiEenser personne , supposer que l'a^habet a commencé par des cris et des exclamations ? Les petits enfwts <£sen4 d'eux-mêmes ha he quand ils voient un objet qui les frappe ; hi ki, quand ils pleurent ; J^ii ]m, heuhûu, quand ils se moquent; aie, quand on les frappe ; et il ne faiit pas les frapper.
c A l'égard des deux petits garçons que le roi d'Egypte Psammettcus ( ce qui n'est pas «n mot égyptien ) fit élever powr savcNT tfôefie était la longue primitive, il n'est guère possible qu'ils se soient tous deux mis à crier bec kte poor avoir à déjeuner.
c Des extlnmatioBS formées par àesvnyéQes, aussi nafu^ Ttilea aux entants que le coassement l'est aux grenouilles,
à 8i«eft«pMMûiis diitwwtneiDiftMii pdal m tooteor «Ifa'ili Teaille atoir de plus amples renseignements sur Talphabet d'Adam, fur celui d'Énocli, de Moé, et même sur la langue des angev, nous Yengagerùtts * lire 1» Synop$it universee philologiœ de Go- 4»fM OeMlkii, liage i»» M«rMrfMi«» »«!, I»4g.
il n'y a pas si loin qu'on croirait à un alphabet complet. 11 faut bien qu'une mère dise à son enfant l'équivalent de viens , tiens , pret^ , teds-toi , approche , t>a -iVn .* ces mots ne sont représentatifs de rien , ils ne ])eigneAt lien ; mais ils se font entendre avec un geste.
« De ces rudiments informes il y a un chemin immense pour arriver à la Syntaxe. Je suis effrayé quand je songe que de ce mot viens il faut parvenir un jour à dire : c Je serais venu, ma mère , si, en accourant vers vous^ je n'étais pas tombé à la renverse^ et si une épine de votre jardin ne m'était ))as entrée dans la jambe gauche. »
Jean Goropius , dans son ouvrage déjà cité par nous , après avoir constaté que le mot sac se retrouvait dans la plupart des langues, sak en hébreu, en chaldéen et en turc ; sac en celtique ; sach en teuton ; sakkos en grec; saccvs en latin ; sakk en goth ; sac en anglo-saxon ; sack en allemand, en anglais, en danois et en belge ; sc^ca en italien; saco en espagnol, sac en français, etc. tire de cette analogie une conclusion difficile à croire sérieuse: c'est que, lors de la confusion des langues, pas un des ouvriers, en quittant Babel , n'oublia son sac.
Alphabet. — Voltaire , qui définit l'alphabet l'origine de toutes les connaissances de l'homme et de toutes ses sottises , demande pourquoi l'alphabet n'a de nom dans aucune langue de l'Europe. Alphabet ne signifie <autre chose que A B, et  B ne signifie rien , ou tout au plus il indique deux sons ; et ces deux sons n'ont aucun rapport l'un avec l'autre. Beth n'est point formé d'Alpha; l'un est le premier, l'autre le second ; et l'on ne sait pas pourquoi.
€ Or comment s*çst-il pu faire qu'on manque de termes pour exprimer la porte de toutes les sciences? La
coimaissancc des nombres, Fart de compter, ne s a|)|)elle point un-deux; et le rudiment de Tart d'exprimer ses pensées n*a dans l'Europe aucune expression propre qui le désigne.
c L'alphabet est la première partie , de la grammaire ; 4;eux qui possèdent la langue arabe , doni je n'ai |)as lu plus légèf e notion, pourront m'apprendre si cette langue, 4|ui a , dit-on ^ qu2itre-\ingts mots pour signifier un cheval, en aurait un pour signifier l'alphabet.
c Je proteste que je ne sais pas plus le chinois que Ta*, rabe; cependant j'ai lu dans un petit, vocabulaire cUi* uois ^ que cette nation s'e^ toujours donné deux roots l)our exprimer le catalogue, la liste des caractères de sa langue ; l'un est ko-tou , l'autre haipien : nous n'avons ni ho-tou ni liaipien dans nos langues occidentales. Les Grecs n'avaient pas été plus adroits que nous; ils disaient lUphabet,., Or cet alphal)et , les Grecs le tenaient des Phéniciens. .
« Il est à croire que les Phéniciens, en communiquant leurs caractères aux Grecs, leur rendirent un grand service en les délivrant de l'embarras de l'écriture égyptiaque que Cécrops leur avait apportée d'Egypte : les Phéniciens, eti qualité de négociants, rendaient tout aisé ; cl les Égyptiens, en qualité d'interprètes des dieux, rendaient tout difficile.
< Je m'imagine entendre un marchand phénicien abordé dans l'Achaïe, dire à un Grec, son correspondant : c Nonseulement mes caractcrus sont aisés à écrire, et rendent la pensée ainsi que les sons de la voix ; mais fis expriment hios dettes actives et passives. Mon aleph^ que vous vouhi pfcn.ncer alpha^ vaut une once d'argent; hetha en
< IfT vol., Hîêioire de la Chine de Duhakle.
\aut deux ; ro en vaut cent ; sigma en yaut deux cents. Je vous dois deux cents o&ces : je vous paie un ro, reste . un ro que je vous dois encore ; nous aurons bientôt fait nos comptes.
f Les marchands furent probablement ceux qui établirent la' société entre les hommes, en fournissant à leurs besoins ; et, pour négocier, il faut s'entendre .
c II est très-vraisemblable (je ne dis pas très-vrai, Dieu m'en garde !) qtffe ni Tyr, ni TÉgypte, ni aucun Aàatique habitant vers la Méditerranée, ne communiqua son alphabet aiix peuples de l'Asie orientale. Si les Tyriens ou môme les €haldéens qui habitaient vers TËuphrate, avaient, par exemple, communiqué leur méthode aux Chinois, il en resterait quelques traces ; ils auraient les signes des vingt-deux,, vingt^trois ou vingt-quatre lettres. Ils ont tout au contraire des signes de tous les mots qui €omp09«rt leur langue ; et ils en ont, nous dit-on, quatrevingt mille : cette méthode n'a rien de commun avecodle de Tyr. Elle est soixante et dix-neuf nsUe neuf cent soixante et seize fois plus savante et plus embarrassée que . la nôtre. Jâgnez à cette prodigieuse différence qu'ils écrivent de haut en bas^ et que les Tyriens et les Çhaldéens écrivaient de droite à gauche; les Grecs et nous de gauche à droite.
c Examinez les caractères tartares, indiens, siamois, japonais, vous n'y voyez pas la moindre analogie avec l'alphabet grec et phénicien, >
Geoffroy Tory, famêBx imprimeur de Bourges au xvie siècle^ cft auteur du traité intitulé Champfleuri^ wuqaul eV. G&aUnu Vwrt eila science de la due proportion de» lettres attiques, etc., 15^, iikiBo^. .établit que toutes les lettres latines dérivent du nom delà déesse lo, c'est-à-dire qu'elles sont toutes formées d'une ligne droite et d'un cercle.
En irlandais, chaque nom de lettre signifie un arbre, de sorte que Talphabet forme une sorte de forêt *,
A Yàge' de 16 ans, Leibnitz avait conçu le projet d'un alphabet des idées de l'esprit humain, au moyen duquel les savants de tous les âges pussent communiquer entre eux, indépendamment de la différence et des altérations des langues *.
Avant lui, Wilkins avait essayé de former une langue universelle '^. Celui-ci avait été Im-méme précédé par .Vlex. Top *.
Hiéroglyphes. — Le premier qui se soit livré avec une ardeur soutenue à Tétude des hiéroglyphes, est le jésuite Kircher K Mais il faut qu'à force de travailler il se soit surexcité le cerveau, ou qu'il eût naturellement trop d'imagination pour un érudit ; car il crut avoir découvert que les hiéroglyphes n'étaient en réalité que des signes cabalistiques ; que les obélisques, les momies, les amulettes étaient autant de grimoires ; et, qui plus est, il eut la prétention , lui Jésuite, d'y lire et d'y avoir surpris bien des secrets du démon. Sur un obélisque, pour ne citer que cet échantillon de sa perspicacité , se trouvaient quelques signes qu'il interpréta de la façon qui suit : t L'auteur de la fécondité et de toute végétation est Osiris, dont la faculté génératrice est tirée du ciel dans son royaume par le Saint-Mophta ; > ces quelques signes composaient tout simplement un mot , un seul , et ce mot , les progrès de la
> V. Alphabet irlaniaii de Marcel.
^ y. Bon IntdMio ling. earaei. imiverf.
, '» Eisai MIT ia lamguê^ pkUoiophiqut, iW$. .
* The oliee leaf, 1605.
'■i On a de loi deux ouvrages sar les langue* de TÉgyple: Lingua œgyptiaea rettihtta, 1044, fn-4., et VC^dlpui œgyptiacus, qui traite plus spécialement des hiéroglyphes.
science ont permis de le constàler depuis, était atttocrator autocrate, empereur.
Grâce à M. Etienne Quatremère, nous savons aujourd'hui que la langue copte n*est autre que la langue égyptienne qui s*est transmise verbalement et qui s*est écrite en caractères grecs depuis Tintroduction du Christianisme en Egypte jusqu'à une époque rapprochée de la nôtre *. La découverte de la fameuse pierre de Rosette permit de compléter cette importante démonstration ; car , ainsi qu il y était dit dans les dernières lignes, l'inscription qu'elle contenait avait été gravée t sur une pierre dure en trois caractères: caractères hiéroglyphiques, caractères encho-riaux ou démotiques et caractères grecs. >
Ne voulant constater que les résultats obtenus, nous laisserons de côté les travaux plus ou moins heureux des savants dont la découverte de cette pierre avait réveillé le zèle, et nous irons droit à feu ChampoUion qui, dans deux mémoires lus à l'Académie en 1821 et 1822, constata que les Eg}'ptiens avaient trois sortes d'écriture :
10 L'écriture hiéroglyphique pure , employée principalement sur les monuments ;
2® L'écriture hiératique ou sacerdotale , celle des papyrus, qui n'était pour ainsi dire qu'une tachygraphie des hiéroglyphes, puisqu'on y retrouvait toutes les formes de ces derniers;
Z^ L'écriture démotique, qui différait des autres par Tabsence ou du moins par l'emploi moins fréquent des signes symboliques.
Enfin il a prouvé que les Egyptiens employaient phonétiquement certains signes, c'est-à-dire leur donnaient
< X. sur celle belle découverte de M. Quitremère, Magai. Pitlor.f vil, 96.
Ja valeur de sons, pour exprimer les mots étrangers, et cela dans les trois sortes d'écriture.
ËcaiTURE CHINOISE. — Les Egyptiens, entre autres .sortes d'écriture en avaient une figurative : les Chi* DOIS, depuis quatre à cinq mille ans, n'en ont pas d'autre k proprement parler. Elle sert pour tous les actes publics et privés, comme pour l'impression des ouvrages littéral- 1-68, qui souvent sont d'une grande étendue, puisqu'il existe ei> Chine des encyclopédies de six mille voimnes, et des dictionnaires qui n'en ont pas moins de deux* cents. Sans doute, les signes graphiques, qui primitivement consistaient dans la représentation grossière des objets, ont dû peu à peu se simplifier dans la pi'atique ; sans doute aussi la nécessité de représenter des idées en del:ors des objets matériels, a dû introduire dans l'écriture chinoise des signes qui n'étaient plus la reproduction de ces objets matériels; mais, avec ces modifications, ce n'en est pas moins une écriture figurative, dont les dégradations successives de l'image première à la forme carsive, peuvent assez fa* cilement se constater.
Nombre des langues connues. — On ne saurait attendre <le nous en pareille matière des renseignements bien positifs. Le chiffre des langues connues a dû naturellement augmenter au fur et à mesure des découvertes des navigateurs. Tandis qu'autrefois le père Kircher n'était pas bien sûr de ne pas être taxé d'exagération en gratifiant le genre humain de cinq cents manières d'exprimer sa pensée, M. d'Âzara est venu et lui en a accordé mille ; puis Don Juan Francisco Lopez qui à été jusqu'à quinze cents, et enfin Don Juan Estanislao Rayo qui, croyant sans doute, d'après l'exemple donné par «es prédécesseurs, qu'on ne
iO CURIOSITÉS PHILOLOGIQUES, ETC.
powait enchérir de moins de cinq cents, a porté le chiffr» à 2000 *.
Ces comptes étaient tous un peu trop ronds pour ne pas être suspects. Noos n^accuserdns pas les savants modernes d*y ayoir mis peu d'adresse. Il est tout à la fois plus simple et plus charitable de penser que leurs données pins précises les ont ai&enés^ par une conséquence toute logi*que, à des chiffres plus vraisemblables.
Ainsi- M. Frédéric Adelung, dans son catalo^iu» de touîês les langues et 4e Uwê diaieetes, trouve, d'après ses c«K cols, un total de S,064 langues qu il répartit de la sorte.
Europe 587
Asie 937
Afrique 370
Amérique et Océanle 1264
La confiance, que cette fraction figurée par le chiffre 4 est si bien faite pour inspirer, se trouve 'malheureusement fort ébranlée par les calculs de M. Balbi qui, quoique postérieurs à ceux de M. Frédéric Adelung, ne le sont point assez pour justifier Ténorme différence qui les sépare. En effet M. Balbi, dont le système est préférable en ce qu*il distingue les langues des dialectes, M. Balbi en constate dans l'univers 2796 de plus, à savoir :