V. Mordiakes
Chrétiens 11,517
Païens 66
VT. Voliakes
Chrétien^ 4,866
Païens 538
D'après ce relevé , le nombre des Tchouvaches chrétiens dépasserait de beaucoup celui des païens ; mais ils ne sont chrétiens que de nom. Quant à leur mythologie , elle n'est pas sans analogie avec celle des Grecs et des Romains. Voici quels sont leurs dieux:
Tora Leur dieu principal.
Tora amoié Sa mère.
Piliksé Son aide.
Piliksé amoié . La mère de ce dernier.
Asiadi Le dieu du tonnerre.
Asladi sosimbé Le dieu des éclairs.
Choar Mauvais e«prit qu'on rencontre sur les routes.
Esrel La mort, ou plutôt le dieu qui enlève Tâme du
corps après la mort ; c'est auprès d'Esrel et non auprès de Tora que vont les morts.
Ghvel Le soIciL
Chvet amoié... Sa mère.
Si! Le dieu du vent.
Sil amoié Sa mère.
Kéb Un ange.
Kébu aiuoiè — La mère des anfes.
Chalouga afj.. Le dieu des routes et des carrefours.
Irich Morceau d'étain qu'on place, suspendu à une
branche d'arbre, au delà de la porte de la chambre. On le renouvelle chaque année, et on jette le vieil Irich et la branche dans la rivière.
Outre ces dieux , les Tchouvaches en ont encore une foule d'autres que l'on peut subdiviser en deux classes : les bons et les méchants. Les derniers habitent dans les forêts ; le plus puissant est Vulru-Irsam, qui n'a jamais eu de commencement. L'endroit de la forêt où il est censé habiter , est entouré d'une rangée de ruches. Les prêtres y prennent le miel nécessaire à fabriquer l'hydromel qu'ils lui offrent. Il a deux fils , Sivè-Sensu-Irsam, et Tchelna- Sensu-Irsam.Le plus méchant des démons se nomme Tchémen. Il punit de maladies terribles le plus petit oubli des devoirs auxquels on est tenu envers lui.
Les Tchouvaches croient que tous les mauvais esprits ont une femme et des enfants. Quand quelqu'un quitte le village pour aller s'établir ailleurs, on croit que les. mau* vais esprits le suivent dans sa demeure nouvelle. Quant aux bons génies, ils ne demandent pas des sacrifices. Tous ceux qu'on leur offre sont volontaires. En général , les femmes des démons surpassent , disent-ils, leurs époux ; les bonnes en bonté, les autres en méchanceté.
Cette nation n'a ni temples , ni idoles ; car l'Irich est plutôt une sorte d'amulette. Outre les mauvais génies , les Tchouvaches croient encore au diable, qui vient annuellement s'établir dans chaque maison. Pour le chasser, un grand nombre de jeunes gens se rassemblent à cheval , ayant à leur tête le ïomsa ou prêtre , ils parcourent ensuite tout le village, en ayant soin d'entrer dans toutes les cours et de faire le tour de toutes les maisons. Ils frappent les portes et les toits avec de grandes perches, et croient qtie de cette manière ils expulsent le diable.
Lorsqu'on demande à un prêtre quel est leur Dieu , il répond je n'en sais rien. — Où est-il ? — Dans le ciel. — Quelle est sa figure ? — Qui peut savoir cela ? Est-ce que personne a jamais vu Dieu '
L'allemand W. Kronbeim , médecin à Tcheboksaï , à qui nous empruntons ces. renseignements , conclut de ces réponses que les ïomsas n'ont pas une idée bien claire ni de leur religion ni de celle des autres peuples. Il nous permettra de ne pas être de son avis ; c'est déjà beaucoup pour la clarté des idées que de savoir qu'on ne sait pas.
— L'origine du mot cosaque a donné lieu à bien des controverses. Les deux étymologies les plus probables sont celles qui le font venir soit du mot russe kosak , qui veut dire brigand, soit du mot tatar kosak, qui signifie un guerrier armé à la légère *.
Quant à ce peuple lui-même, qui, depuis 1814, personnifie à nos yeux la barbarie, etc., on s'accorde assez généralement à croire qu'il descend desKomans, nation établie en dernier lieu sur les rives du Volga et qui fut, elle aussi, emportée par la grande invasion desTatars. Ses débris recomposèrent plusieurs hordes, comme les Cosaques de l'Ukraine, du Don et du Jaïk.
, L'existence des Cosaques de l'Ukraine ne remonte pas au delà du xiv^ siècle ; on les voit apparaître pour la première fois vers l'année 1320, à l'époque de la conquête de Kief par Guedemin , grand-duc de Lithuanie. Ils étaient alors établis au-dessous des cataractes du Borystbène ou -Dnieper , dans les îles et sur les rives qui avoisinent l'embouchure de ce fleuve. Ils portaient tous les armes et se recrutaient de réfugiés étrangers. La nation couvrit bientôt ainsi toute l'Ukraine, pays fertile situé entre le Borys thène, le Dniester et le Bong. Ils ero'^runtèt }nt aux Grecs leur religion, et aux Slaves leur la Jgae. placés entre trois
1 il est plus probable encore qu'il vient da nom de leur pre' mièrc pairie la Kabardic acluelle qui, au moyen âge, est appelée Kanchek par les historiens et les voyageurs. Les Tscherkess et les Uosaquôs auraient ainsi une origine ccmuiuoe.
peuples puissants, les Russes , les Tatars et les Turcs ,"^ ils durent songer d'abord à chercher un appui contre de si formidables voisins. La Pologne les prit à sa solde pour la défense de ses frontières. Vers l'année ^506 , ils avaient pour chef un Polonais d'une famille sénatoriale. Ce fut là, suivant leur tradition , leur premier ataman. Continuellement en guerre avec les Tatars de la Krimée, les Cosaques de l'Ukraine établirent vers la fin du xv^ siècle , près de l'embouchure du Borysthène, une sorte de colonie militaire à laquelle ils confièrent la garde de leurs frontières alors peu étendues. Telle fut l'origine de ces fiers Cosaques Zaporogues, que leurs exploits rendirent depuis si célèbres.
Cette association guerrière, qui rappellent les flibustiers du xvne siècle , avait primitivement établi sa résidence dans l'île de Cortitz, espèce de forteresse naturelle, élevée à plus de cinquante mètres au-dessus du niveau du fleuve , et défendue par des rochers qui en rendaient l'accès à peu ï)rès impossible. Leur capitale n'était qu'une agglomération de cabanes en terre ou en bois , entourée d'un fossé '.{)rofond, d'une palissade ou d'une file de chariots. Elle élàft "divisée en quartiers oukourènes, dont le nombre était en rapport avec la population. Dans les premiers temps, il fallait,pourétre admis parmi eux, une épreuve, — qui semblerait impossible, si des témoins oculaires n'en attestaient la réalité , — il fallait franchir , dans une barque, les treize cataractes du Borysthène, et faire, en outre, une course sur latàer Noire. Plus tard , ils devinrent moins exigeants. Il en fut de môme pour la religion. Dans le principe, ilsn'a^^ Valent admis que des hommes appartenant au culte grec , que la plupart d'entre eux professaient ; mais ils finirent par y recevoir indifféremment des gens de toutes les religions.
Le gouvernement des Zaporogues était une démagogie
militaire, dont le chef suprême, décoré du titre d'ataman ou de Kockotooy , exerçait en temps de guerre , un pouvoir presque sans borne ; mais pendant la paix, son autorité était fort restreinte. L*ataman était, ainsi que tous les autres fonctionnaires , élu à la pluralité des suffrages et révocable après une année d'administration. Cette élection avait lieu le 4er janvier de chaque année. Ce jour-là , le conseil procédait d'abord à la distribution , par parts égales , du butin recueilli pendant Tannée qui venait de finir, et à la répartition des campagnes et des rivières en autant de lots qu'il y avait de kourènes. Chaque kourène avait, pour toute l'année, la possession exclu* sive de la pèche et de la chasse dans la partie du territoire qui lui était échue. Ce partage terminé , la troupe entrait en délibération sur le renouvellement ou le maintien des chefs, à commencer par Tataman. Ceux-ci, debout et la tête nue , attendaient qu'on eût prononcé sur eux. S'ils étaient maintenus , on leur disait : t Vous êtes de bons et braves seigneurs, continuez de nous gouverner. > Ils remerciaient alors l'assemblée par une profonde révérence, et se retiraient. Lorsque l'ataman était révoqué , il déposait, sur l'ordre qui lui en était donné, son bâton de commandant et son bonnet de feutre , insignes de sa dignité éphémère, et, saluant l'assemblée, il rentrait dans les rangs de la foule, comme simple Cosaque. S'il hasardait la moindre observation, s'il essayait de justifier sa conduite , il s'exposait à se faire massacrer.
Les femmes étaient bannies de cette étrange république ; la loi leur défendait d'y pénétrer sous peine d'être lapidées, et elle ne fut jamais enfreinte impunément. Chose remar* quable ! cette association si hostile au sexe s*était justement établie vis-à-vis de la côte où la fable avait placé les Amazones.
Lorsqu'ils allaient en guerre, ils nommaient, avant le départ, à la pluralité des voix, le chef de rexpédition.
La concorde régna quelque temps entre les Polonais et les Cosaques, mais les vexations de la noblesse polonaise, ses tentatives pour asservir les Cosaques et les soumettre à l'autorité du pape, poussèrent ces derniers à une insurrection formidable dans laquelle les deux partis épuisèrent tous les genres d'atrocités, et qui leur fut presque également funeste. Cette guerre épouvantable fut une des principales causes qui amenèrent plus tard la ruine de la Pologne ; et elle mit les Cosaques dans la nécessité de se placer sous la protection de la Russie qui en profita pour les asservir à son tour, et qui les égorgea sans pitié lorsqu'ils voulurent revendiquer leur indépendance.
Aujourd'hui que leurs droits, leurs libertés, leurs propriétés, leur nationalité, tout a été effrontément confisqué, il serait difficile de reconnaître, dans ces hommes abâtardis, les descendants de ces fiers Zaporogues; et néanmoins, ils surpassent encore en courage leurs frères des autres tribus; aux rives du Kuban, il est passé en proverbe qu'un Cosaque de la mer Noire en vaut trois du Don.
D'après le dernier recrutement opéré en \ 840, la population des Cosaques de la mer Noire s'élevait à 112,000 âmes ; cette population occupait soixante-quatre villages, sur une étendue de 3,600,000 hectares constitués en propriétés communales. L'effectif de l'armée coloniale était d'environ vingt mille combattants, à peu près le tiers de la population mâle. Aussi ne r encontre- t-on guère dans leurs villages que des vieillards infirmes, des malades, des femmes et des enfants. De là l'anéantissement de l'agriculture et Taffreuse misère qui dévore le pays. L'existence de la colonie repose entièrement sur le travail des femmes : ce sont elles qui cultivent les terres.
réparent les maisons, préparent les fourrures, soignent les enfants et le bétail.
Les Cosaques de la mer Noire sont, du reste, les seuls qui aient conservé le caractère primitif de leur race, presque complètement efface chez leurs frères du Don et de l'Ukraine. Ceux-ci sont beaucoup plus civilisés, Thabitude de vivre en société leur a donné une sorte d'affabilité et de politesse. Mais les Cosaques de la mer Noire ont conservé toute leur sauvage rudesse, les mœurs et ]e caractère de leurs ancêtres. Ils n'ont presque pas de besoins. Chez eux, comme chez nous, la richesse ajoute à l'aisance de la vie , mais elle n'ajoute point, comme chez nous, à la considération ; ce qui est un peu plus sensé et un peu plus juste.
Tous les hommes sont dans l'usage de se raser les cheveux ; ils n'en gardent qu'une longue touffe dont ils forment une tresse qui retombe du sommet de la tête et se relève derrière l'oreille droite. Ce singulier ornement, qui est le signe caractéristique de leur tribu, est pour eux l'objet d'une vénération religieuse ; ils y tiennent comme à une sainte relique, et ils se feraient tuer plutôt que de se le laisser ôter.
Quand ils sont malades, ils ont une manière de se traiter qui répond à la rudesse de leurs mœurs: ils ouvrent la veine d'un cheval, en boivent le sang, et, s'élançant à travers les steppes, ils galopent à bride abattue, jusqu'à ce que l'homme et la bête tombent de fatigue.
Peu d'entre eux ont une femme; leur humeur indépendante et sauvage se plie difficilement au joug du mariage. Malgré leur haine profonde pour les Circassiens, l'intérêt et la nécessité ont établi entre lés deux peuples des relations que les guerres n'ont pu détruire. Le sel qye leur fownissent en abondance les lacs du Kuban, ils l'échangent
contre le blé, le miel et les armes que leur apportent les Circassiens. Une particularité remarquable, c'est que c© trafic se fait sans qu'il y ait de part ni d'autre aucune communication personnelle. Les Circassiens vont déposer eurs marchandises dans un endroit destiné à cet usage, et ils y trouvent toujours la quantité de sel que les cosaques doivent en retour. Comme ces échanges sont profitables aux uns comme aux autres, on est des deux côtés exact au rendez-vous, et l'appréciation des marchandises se fait toujours avec loyauté. Malheureusement ces rela» tions commerciales qui devraient amener la paix entre les deux peuples, n'affaiblissent en rien leur vieille haine; l'échange terminé, les hostilités recomiiencent, et l'on s'entr'égorge de nouveau avec la même fureur ' .
Dans ses notes ethnologiques sur la Sibérie^ M. de Middendorff établit les limites géographiques des différents groupes de peuples sibériens ; il en donne l'énumération et indique quelques-unes de leurs particularités caractéri^» tiques :
Le premier groupe est celui des Osiidks, d'origine finnoise ;
Le second est celui des Samoièdes^ d'origine mongole ;
Le troisième est celui des Toungouse^ ;
Le quatrième, celui des lakouts.
L'auteur montre jusqu'où l'on trouve les traits mongols chez des peuples parlant des dialectes de la langue turque.
Le cinquième groupe est celui des loukaghirs ; leurs traits physiques les rangent avec les Samoïèdes.
Le ^xième groupe est celui des Ainos. Ce sont les lia-
y Voyez, pour de plus amples détaili, les Etadct mr la Rusiie do M. Eugène Faure.
5ii CURIOSITÉS PHILOLOGIQUES, ETC.
bitanisdes îles Kouriles et du pays voisin de la bouche de l'Amour. Il en existe deux types^ le finois et le japonais. Le septième groupe est c<^lui des KachkelL Cette tribu n*est connue que par ce qu'en ont rapporté les Âïnos *.
]>£S POrCLÀflONS DITERSES QUI ONT CONCOURU ▲ FORMEA
hk RATioM FRANÇAISE. -^ Le temps n'influe guère sur les races. Voyez la France. Que disait Dion Cassius de nos ancétîes tes Gaulois? Il les appelait : « Cette race légère et hardie K 9
cr En Gaule, disait César, non-seulement dans toutes les villes, mais dans tous les cantons et dans chaque localité, presque dans chaque maison, il y a des partis op* posés, factiones^, >
c La nation gauloise, disait Caton l'Ancien, aime passioiiûément deux choses : se bien battre et parler finement, 9tgutè loqui,.»
t Les Gaulois, disait Strabon, ae laissent facilement perstiader de l'utilité des études, et y appliquent lear esprit. >
Les Gallo*Rotiiains n'avaient pas beaucoup plus de penchant que nous pour l'ascétisme. Les moines venus d'Olient étaient pour eux un objet de mépris et de colère, d'après un témoignage j^ieu suspect en pareil cas, celui de saint Jérôme, qui rapporte qu'aux funérailles de Blesillà, jeune religieuse romaine, morte par excès d'austérités, la toute criait : « Quand donc chassera^t-on de la viUe cette
i ComptesH'endut det réunions de VAssociation britanni^me ^xmr l*ai>ancement det scienceêf septembre 1846.
9 Livre XVIII, ch. 6. 11 est yrai qu^en rapporteur impaHial» ei nous ne «ommes point autre chose, nous deToo« i^onier qae l'empereur Julien a dit dans sou Misopogon, en parlant des Parishns : « J'aime ce peuple, parce qu'il est sérieux et séyère corniDie moi. »
3 De bellogaHico, livre IV, ch. 9.
détestable race de moines ? pourquoi ne les jçtte-t-on pas dans la rivière ^ ? >
Ce témoignage est confirmé par le sentiment d'un poëte gaulois du v^ siècle, Rutilius Numantianus, de Poitiers, qui, retournant de Rome dans sa patrie, et passant près de l'île de Gorgone, s'écriait : « Je déteste ces écueils, théâtre d'un récent naufrage. Là, s'est perdu un de mes concitoyens, descendu vivant au tombeau. Il était des nôtres naguère, issu de nobles aïeux, en possession d'une noble fortune, heureux par un noble mariage ; mais poussé par les furies, il a abandonné les hommes et les dieux; et maintenant, crédule exilé, il se complaît dans une sale retraite. Malheureux qui croit, au sein de la malpropreté, se repaître de biens célestes, et se tourmente lui-même, plus cruel que les dieux offensés. Cette secte est-elle donc, je vous le demande, plus fatale que les poisons de Circé? Circé changeait les corps; maintenant ce sont les âmes qui sont changées. »
a De tous les barbares, dit, au vi® siècle, l'historien grec Agathias, le Gaulois est le plus poli, >
Avant la fin du iii^ siècle, et probablement auparavant, les Saxons infestaient nos côtes qui prirent, à cette occasion, le nom de rivage saxon, et ils y fondèrent de trèsbonne heure des établissements fixes, surtout dans |e Bessin et le Cotentin 2, Aussi, voit -on souvent figurer les Saxons de Bayeux dans l'histoire des premiers rois Francs. Voyez dans Grégoire de Tours la prise des îles des Saxons en 471.
f Le Cotentin fut longtemps habité par les Sesnes
1 Lettre S2, à Pau le.
2 Notes poar servir à VUist. d$ Normandie, par A. Lèpre-îrost, Ire partie ; Gaeo, 1834.
c (Saxons), pirates, et abandonné par les Carliens aux c Normands *. »
Durant la première moitié du vi^ siècle, d'autres peuples du nord, les Angles, le« Sûtes et même de nouvelles peuplades Saxonnes ayant fondu sur la Grande-Bretagne, firent refluer sur nos côtes des colonies Saxonnes. Ces Saxons s'étendaient sur les côtes, et même dans l'intétérieur assez avant, mais toujours sur le littoral comme pêcheurs, laboureurs et marchands trafiquant avec l'Angleterre *.
Les aventuriers Saxons, précurseurs des Normands sur les côtes de Bretagne, furent les premiers qui cultivèrent l'industrie des marais salants. Ils étaient établis au Croisic et à Bath, primitivement séparés du continent. Saint Félix, évêque de Nantes, les convertit au v^ siècle. Leurs descendants sont restés paludiers , et ont successivement peuplé toute la côte depuis Careil Queniquen jusqu'à Clis et Tresqualan. On les retrouve à Mosquer, à Pont d'Armes. Des colonies de cette population laborieuse ont fondé des marais salants à Serré, dans le golfe du Morbihan , et sur le littoral de l'île de Rhuys ; ma-s dans ces dernières contrées, leur type s'est fondu avec celui de la population primitive, tandis qu'à Guérande, à Saille^ et surtout à Bath , on les reconnaît parfaitement. Leurs maisons contrastent avec les huttes des paysans par leur air de propreté, qualité qui se trouve sur leurs - éléments. Ils sont grands et blonds, leur accent est désagréable, et ils ont cette rudesse qu'on reproche aux peuples du Nord. Ils ne se marient qu'entre eux.
Au temps de Charles le Chauve, une colonie Saxonne
« Fauchct, Anti'q. de Gfnète.
• Delarue. Etêaif kùl. sur la Piite d? Caen, i vol.Çîn-So, irjo.
s'était aussi établie près de Bayeux. Une charte de ce roi en fait mention. Elle y çst nommée Otlingia Saxo-^ nica.
S'il fallait en croire deux vteux auteurs , les invasions des Vandales et des Huns auraient laissé des traces persistantes : f Pour marque de leur venue (407) en ces quar : f tiers (le Vermandois), dit Jacq. Levasseur à propos des f premiers, nous ayant les Vandales laissé notre Wafaut, f hermitage près de Noyon qui veut dire Wandefaut ou c Deffaut, attendu que les dits Vandales furent appelés
€ Wendes ou Wandes ce que confirme encore le nom
f de Vandoeuvre, ville et forteresse bâtie par eux... afin f de ne m'arrester à tant d'autres lieux qu'ils ont pour « jamais marquez à leurs coins, comme la ville de Gant, f premièrement dite Went ou Wend *, »
Charles Boveller parle ainsi *, d'après une ancienne traduction, des vestiges que les Huns auraient laissés de leur passage en Gaule :
c Les Huns n'ont manqué de nous laisser aussi (451) e-des monumens de leur griffe, tesmoins le bourg de « Lihons ou Lihuns^ pour dire les Huns, l'abbaye de c Hunnecourt ou //omiecoiirt, cour des Huns , etlevilc lage de Chugny, selon que ces peuples estoient aussi « appelez Chuns, suivant l'observation de Baronius en c l'année 451. »
Les peuples dont les Huns n'auraient peut-être pas triomphé par les armes, ils les mettaient en fuite par la terreur qu'inspiraient leurs traits hideux. Leur face, en effet, d'une effroyable noirceur, ressemblait plutôt à une masse informe de chair qu'à une figure humaine, ayant
1 Ann. de Noyon^ p. 290. ~ Grégoire de Tours. s De viliis viUg. linguœ.
plutôt des trous que des yeux... Ils vieillissent sans jamais avoir de barbe, et leur jeunesse n*a point de beauté. Us sont petits de taille, mais adroits, dispos et habiles cavaliers. Lear têle, posée sur un cou vigoureux est droite et respire l'orgueil. Sous une apparence humaine, ils ont la cruauté des bêtes féroces *.
Noyons, ville très-ancienne du Bas-Daupbiné (Dr6me) est d'une antiquité incontestable. On présume que son origine remonte aux Phocéens de Marseille 2.
Les actes du concile de Narboone, de Tan B8d, nous apprennent qu'une multitude (ingens multitudo) de Syriens , de Grecs et de Juifs habitaient alors la Narbonnaise, province dont la splendeur, encore toute romaine, retenait un grand nombre de marchands étrangers ^.
Après les grandes invasions, les Trifdles, peuplade scy thique, s'étaient établis dans les environs de Selles, et suivant Grégoire de Tours *, il y avait dans le Poitou un canton appelé Trifalie.
Charles-Quint a fait en France plusieurs invasions : en Béarn, en Provence, en Lorraine, en Champagne et en Picardie. Elles ont toutes été malheureuses. Il ne paraît pas qu'il reste d'autre trace du passage de ses armées que quelques noms de localités, en langue espagnole, dans le voisinage d'Avignon et en Picardie. On prétend qu'il a été établi de petites colonies à Agde et à Béziers ; mais nous n'avons pu vérifier le fait.
Sî'int-Maurice-aux-riches-hommes (Yonne) et Villeneuvt>-aux-riches-hommes (Aube) tirent sans doute leurs
i sut. du Gothiy chap. 8.
> France pilL de A. Hugo, II, 6. ^ La langue grecque a laissé dei traces dans le patois du Dauphiné. V. lelivredeChampollion- Fiseac sur ce dialecte.
* V. Brequigny el Pardessus. Dipiom, chart.f 1, 160.
* De vita Patrum, c. 15.
noms de seigneurs espagnols qui seront venus habiter ces lieux, et qui, dans les royaumes d'Aragon et de Navarre étaient qualifiés de Ricos hombres,,. titre qui équivalait à celui de comte ou de baron eh. France *.
Luisitaines, Lmstaine, Lusitainê [Sanctus Martinus de Lusitaniâ) ; Luisitenne, 1300. Bailliage et coutume de Sens, 300 habitants en 1839-40.
Ce nom annoncerait que ce pays a été fondé et habité primitivement par une colonie d'anciens Portugais *.
La beauté de sa situation a fait croire à quelques personnes que Luisitaines pouvait tirer son nom de lucem tenens, comme Yauluisant de vaîUs lucens ; mais on ne trouve rien qui appuie ce sentiment, et les anciens pouillés (catalogues des bénéfices ecclésiastiques) désignent Luisetaine sous le nom de Lusitania ^.
On a conservé un diplôme .du mois d'août 814, adressé par Charlemagne à huit personnages qui étaient comtes en Gothie et en Septimanie, c'est-à -dire en Guienne, et dans lequel il leur enjoint d'assurer la sécurité, et de faire respecter les possessions d'uu certain nombre de familles espagnoles qu'il avait établies dans cette province, c Nous avons donc ordonné, dit-il en terminant cet acte, la confection et l'envoi de ces lettres, afin que ni vous, ni vos inférieurs, n'imposiez, ni ne laissiez imposer aucune redevance à nos Espagnols, venus de leur pays sur notre foi, et mis en possession par notre permission de lieux déserts qu'ils devaient défricher et qu'ils défrichent en effet. Tant qu'ils resteront fidèles à nous et à nos fils, ils demeureront paisibles propriétaires ainsi que leurs héri-
i Mem. d'Àmehl de la Houssaye, t. Il, p, 21.
s Ibid.
s Essais hisl. et ttat. sur le déparlement de Seine et-Hiamêf par M. Michelin, MeluD, ia-SO, p. 1510.
tiers, de ce qu'ils auront possédé pendant 50 ans, etc. ^ En 376, les Visigolhs passèrent le Danube au nombre de 900,000 sous les chefs Alaric et Fritigern. En 408, Ho • norius donna à Àlaric, [^j^ur la levée et Tentretien de son aimée et son voyage jusqu'aux Alpes, 4,000 livres pesant d'or, ce qui suppose un nombre considérable de soldats. La même année, Ataulphe amena de Pannonie, à Alaric, toutes les troupes de Goths et de Huns qu'il put ramasser. Il faut remarquer que ces troupes avaient été, en 395, détachées de l'armée visigolhe. Ils entrèrent dans les Gaules en 412. Après avoir ravagé le midi, pris Narbonne et incendié Bordeaux, ils assiégèrent inutilement Bazaset passèrent les Pyrénées, vers la fin de l'an 444, sous la conduite d' Ataulphe. Revenus d'Espagne en 419, en vertu d'un traité qu'ils firent avec le patrice Constance une partie de la Gaule fut cédée pour leur demeure, au nom de l'empereur Honorîus. On n'a là-dessus rien de bien certain ; mais il paraît que le Toulousain, l'Agenois, le Bordelais, le Périgord, la Saintonge, l'Aunis, l'Angoumois et le Poitou tombèrent alors entre leurs mains. Cet Etat des Visigoths s'étendit peu à peu et comprit enfin, avant la fin du v^ siècle, tout le pays entre la Loi-e, les Pyrénées, la Méditerranée et l'Océan. Ils prirent pour eux les deux tiers des terres et laissèrent l'autre tiers aux anciens possesseurs qu'on appela Romains pour les distinguer des nouveaux habitants *.
Au commencement du vi^ siècle, les religieux de St- Claude {Jura) faisaient leurs provisions de sel dans le val d'Heri (Val^de-SaUns). Leurs convois étaient souvent massacrés par les Allemands établis près de là. « Ces Al-
* Don Vaissette, Preuves, t. !, 36.
« Amm. Marcell. li?. XXXI.— Sozom., liv. VI, fi.^ldat. fait.— Jorn. de reb. gelicis.-^ Soi. V. Philostorg. XII.
f lemands, dit Béchet ^, étaient quelque colonie établie « dans les terres qu'on appelle aujourd'hui le pays de f Vaud. Servius dit que cette peuplade avait pris le nom f d'Allemands de celui du Léman!*. Ils s'étendaient enf deçà du Jura jusqu'au Val de Mièges qui faisait encore c partie du diocèse de Lausanne au xive siècle. >
Peu de temps avant la réunion de la Franche-Gomté à la France, il paraît qu'un grand nombre de Français, et de Bourguignons surtout, étaient venus s'établir dans ce pays, dépeuplé par les guerres précédentes. En 1633, au village de Desnos, sur 29 ménages, il y en avait \7 de nation étrangère ; en 1666, sur 23 ménages, il y en avait 13 français et seulementdix comtois. D. Monnier dit que ces colons français étaient des cabaleurs ou des espions envoyés dans des vues intéressées par les ministres de Louis XIV. Et en effet, le village de Desnos et les villages voisins de Vincent et Lombard furent compromis dans des émeutes contre le gouvernement espagnol 2.
Uchizy (Saône-et-Loire) est une commune à 2 myr. 3 kil. N. de Mâcon, et à 3 myr. 3 kil. S. de Châlon, cheflieu de l'arrondissement.
On attribue son origine à une peuplade de Sarrasins qu s'y établirent, dit-on, en 73.>, après la bataille de Tours. Monnier (du Jura) pense, au contraire, que ces habitants descendent d^une colonie d'illyriens et dePannoniens^ établie en grand après la victoire de Septime Sévère sur Albin. Ils s'appellent Chizerots. Ils ne se marient qu'entre eux, du moins jusqu'à ces dernières années, et pour empêcher les filles pauvres de chercher un époux hors de leur village, ils se cotisent pour lui faire une dot. Ils ont
i Recherches sur Salins, t. I, p. 18.
s Annuaire du Jura, iSil.
conservé plusieurs coutumes orientales, entre autres le massage. Dans leurs maladies, ils n*ont d'autres remèdes que les frictions. Leurs danses rappellent la Farandole et la Pyrrhique, Allah était une de leurs exclamations habituelles.
Lorsque Jean Stuart eut mérité par ses services la haute estime dont il jouissait auprès de Charles Yl et de Charles YII, il fit venir en France une colonie d'Écossais, ses compatriotes. Charles YII, à sa considération, leur procura un établissement aux environs de Bourges ; il leur abandonna une partie de la forêt de Haulte-Brune, située dans la commune de Saint-Martin d'Auxigny, leur permit de la défricher et d*y construire des habitations. Il leur accorda, par lettres patentes enregistrées au parlement, de grands privilèges : - le droit d*usage, panage et chauffage, môme le droit de couper du bois de construction, exemption de la tailte et de tous droits d'entrée dans la ville de Bourges pour le débit de leurs denrées. Il institua pour eux une justice royale et un juge appelé le capitaine de la Salle-le-Ro qui siégeait Tépée au côté, et qui connaissait exclusivement des causes, tant civiles que criminelles, qui intéressaient les habitants et propriétaires de la forêt.
Les seigneurs de Puyvallée, dépositaires de la charte de Charles VII, ayant concédé aux Ecossais de grands terrains incultes, jouissaient des mêmes privilèges.
Les habitants de ce canton, qu*on appelle encore la Forêt^ ont conservé des signes de leur origine primitive; il y en a dont les noms sont encore écossais, tels que les Jamyns,Willandys,Savs^y, etc. Ils sont tous intelligents, actifs, industrieux, et se livrent à toute espèce de commerce et de brocantage. Leur pays n'étant pas capable de les nourrir, ils sont toujours par voie et parchemin. Ils s'adonnent beaucoup au roulage ; il y a parmi eux plusieurs
voituriers qui parcourent toute la France. Ile sont presque tous propriétaires; le pays qu'ils ont défriché est couvert d'arbres fruitiers dont ils tirent un grand parti ; ils vont vendre leurs fruits jusqu'à Paris. Enfin ils ne ressemblent en rien à nos paysans du Berry.
Après avoir ravagé l'Italie, les Hongrois passèrent tout à coup les sommets des Alpes et vinrent en Gaule (934). Mais Rodolphe, roi de la Gaule cisalpine, et Hugues de Vienne, les arrêtèrent dans les défilés ; alors ils s'évade^ rent par les sentiers écartés, et envahirent la Gothie. Les deux chefs français les suivirent, et en tuèrent autant qu'il leur fut possible.
En 936, ils passèrent le Rhin et commirent des dépré^ dations. Mêmes ravages en 937. Nouveau passage des Alpes en 951 ; ils entrèrent en Aquitaine et y restèrent presque tout l'été. Après beaucoup de dégâts, ils revinrent chez eux par l'Italie.
En 954, ils traversèrent la Lorraine, le Yermandois, le Laonnais, le Rhémois, le Châlonnais, et entrèrent en Bourgogne. Ils perdirent beaucoup de monde tant par les combats que par les maladies , et ceux qui survécurent revinrent chez eux par l'Italie *.
En 1099, Philippe l^^ chasse les Juifs de son royaume. C'était la troisième fois qu'ils étaient expulsés de la France. Orléans perdit mille à douze cents familles qui habitaient cette ville dans un quartier particulier ^.
En 1343, excités par l'exemple de ce qui venait de se passer en Franconie, où un grand nombre de Juifs avaient
i Chronique de Frodoard. C'est à celte invasioD, dont les populations gardèrent un terrible souvenir, que nous devons la croyance aux Ogretf dont le nom n'est que celui des Hongra
(Hun{çrois) dénaturé, s Reeherehet hiti, tur Orléanif par D. Loltin père, I, 90.
été sacrifiés à la fureur populaire, les paysans de TAlsace se soulevèrent en masse pour les exterminer de leur province. Ils entrèrent dans les villages, les bourgs et les villes même, et firent une horrible boucherie. A Rufîach, àEnsisheim, il en périt plus de 1,500. Les paysans assié gèrent Colmar, et leur attitude devint si menaçante qu'une ligue de seigneurs se forma contre eux. Il y eut des combats et des traites. Mais la .fureur des paysans était telle qu'ils voulaient à tout prix la vie des Juifs. Une assemblée des seigneurs les bannit. Ce ne fut pas assez ; on les prit, on les brûla, on les égorgea, on les noya dans les marais. Les magistrats de Strasbourg, en i 349, enfermèrent dans la rue des Juifs, ceux qui se trouvaient en cette ville, pour les mettre en sûreté; mais les corps de métiers s'ameutèrent en tumulte et exigèreht qu'on les leur livrât. Les magistrats préférèrent se démettre de leurs charges ; ils furent bannis et remplacés par des gens du peuple, qui en eurent bientôt fait du procès des Juifs. Ils furent conduits dans leur cimetière ; le peuple leur arrachait par les rues leurs habits, dans l'espoir d'y trouver de l'argent ; de sorte qu'étant presque, tout nus, ils furent jetés dans le feu et brûlés au nombre de 2,000, disent les historiens de ce temps-là. Leurs biens furent confisqués, et on ordonna que de cent ans on n'en recevrait aucun dans la ville. Cependant ils y rentrèrent en 4368; mais en 1727, ils en étaient bannis depuis longtemps ^.
Au commencement du xvi© siècle , les J uifs chassés du Portugal se réfugièrent en Béarn, à SaiDt-Ksprit, Biarritz, Saint-Jean-de-Luz, le Boucan Viena, Peyrchorade. A Saint-Esprit, il s'en établit 1,100. Le gouvernement de Henri II les protégea. Henri IV les perse» uta. Lcus XV.
« Louis Laquille, IJisl. d'AUace, t727, Uv. XXV.
en 1723, et Louis XVI, en 1776, les assimilèrent entièrement aux Français. En 17:25, i) y avait 962 Juifs à Saint- Esprit et 146 à Bayonne, qui n'en est séparé que par un pont *.
On croyait généralement, dans les Pyrénées, que l'on pouvait sans crime tuer les douaniers et les Bohémiens. On en est revenu pour les douaniers, mais guère pour les Bohémiens. Un fait plus étrange que l'existence des serfs du Jura, à la fin du xviiie siècle, c'est qu'en France, il se trouve des hommes dont la religion, est le fétichisme, si tant est qu'ils aient une religion sans patrie, sans foyers, sans famille, si par famille on entend une agrégation d'individus réunis dans un but social, et sans notions morales. Ce sont, dans toute l'Europe, les Bohémiens : Gipsies en Angleterre, Zingari en Italie, Gitanes en Espagne, Gipos dans les départements pyrénéens. Notre opinion est qu'il faut voir en eux les tristes débris des tribus arabes d'un sang inférieur, dispersées en Europe par suite des persécutions que leur firent éprouver les tribus plus puissantes, lors des querelles qui, dès les premiers temps de la domination Sarrasine, divisèrent en Espagne les sectateurs de l'Islam ... De tous les Parias, Cagots, Gahets, Crétins, etc., dont les vallées pyrénéennes étaient remplies, il n'y a pas encore deux siècles , les Bohémiens sont les seuls qui se soient conservés à l'état de classe, de caste.
Sous aucun régime l'administration supérieure ou locale n'a cherché à les civiliser. A toutes les époques, les Parlements de Toulouse, de Pau, de Perpignan, etc., ont partagé à leur égard les préjugés des masses; le? archives de ces juridictions sont pleines d'édits où se manifeste
1 Morel, Hùl. de Uayrmne^ p. 885.
tout le mépris, toute la haine qu'ils înspiraiçnt. Les gouverneurs de province, les intendants, les subdélégués ne s'attachaient qu^à les contenir par la prison, le fouet, le gibet. Depuis la première Févolution, il n'y a presque pas un préfet, un sous-préfet , un maire qui ait compris sa mission d'une autre manière.... Visitez les bagnes, visitez les maison» de détention jusque dans les plus petites sous-préfectures, pénétrez dans ces autres geôles qu'on appelle dépôts de mendicité , et vous serez surpris de la grande quantité de Bohémiens que vous y trouverez *.
Une circulaire du préfet de la Meurthe, 11 octobre 1838, signale la présence de ces vagabonds dans le département, et enjoint aux maires la plus exacte surveillance à leur égard, c Ces individus, dit la circulaire, lors- « qu'ils ne trouvent point de gîte, soit parce qu'ils ne peu e vent le payer, soit parce qu'on ne veut pas les loger, c campent dans les bois ou dans le voisinage des habitaf tiens et deviennent un sujet d'inquiétude pour la con- € trée. >
Au mois de juin 1830, les curieux de Paris ont pu voir, dansleboisde Vincennes, camper une famille de Bohémiens. Quelques journaux ont aimoncé le fait comme une rareté, à Londres on ne l'eût pas remarqué. Des bandes de Bohémiens campent journellement dans la plaine deChelsea.
f Environ 500 Bohémiens habitent le district de Mauléon (Basses-Pyrénées). Ils sont moins nombreux dans le Labourd. En diverses localités, ces sauvages se sont apprivoisés ; à Saint-Jean-de-Luz, à Ciboure, à Tordetz, quelquesuns sont propriétaires et font oublier leur origine ou leurs affinités avec une race perverse, odieuse au pays qui en supporte le fardeau *. >
i Sentinelle de» Pyrénées, iS39. v
I MaBore, let ' ^ises.
« Les habitants de cette contrée (les Pyrénées), dit Ramond, m'avouèrent que leu^s vallées . renfermaient un certain nombre de familles qui, de temps immémorial| étaient regardées comme faisant partie d^une race infâme et maudite ' ; qu'on n^avait jamais compté au nombre des citoyens ceux qui les composent ; que partout ils étaient désarmés, et que nulle profession ne leur était permise^ hormis celle de bûcheron ou de charpentier, qui en est devenue ignoble comme eux, et dont ils tirent un de leurs noms, réputé injurieux à Tégal de celui de Cagots^ qui les a toujours distingués ; que, charpentiers, ils sont obliges de marcher les premiers au feu ; qu'esclaves, ils doi • vent rendre aux communautés tous les services réputés honteux ; que la misère et les maladies sont leur cons-* tant apanage ; que les goitres appartiennent ordinaire^ ment à leur race ; que leurs misérables habitations sont ordinairement reléguées dans des lieux écartés ; et que si * les autres habitants du pays ont maintenant un peu moins d'aversion pour ces infortunés, il n'y a encore entre les deux races nul commerce et nulle alliance qui ne soit un objet de scandale...
<x Quel fait plus digne d'exciter la curiosité de l'historien et la pitié du philosophe, que l'existence de ce peu-» pie malheureux dont les tristes rejetons, dispersés le long de rOcéan, depuis le nord de la France jusqu'à son midi, presque toujours désignés par le même nom, ont été partout l'objet de la même aversion, et les victimes de la même inhumanité ? Dans les solitudes de la petite Bretagne, on les voit, dès les temps les plus reculés, traités
i Depuis ({ue Ramond a écrit ce passage, M. Fr. Michel a pnhlié, sur les Cagols ei les autres parias de cette espèce, un lirre très>curicux dont le litre, Histoire det races maudites, semble avoir emprunté quelque ch^te i cette dernière phrase.
avec barbarie... Le parlement de Rennes est obligé d intervenir pour leur faire accorder la sépulture ; on les trouve alors désignés par le nom de Cacous et de Cagnem. et les dufcs de Bretagoe avaient ordonné qu'ils ne paraîtraient point sans une marque distinctive. Vers l'Aums, on retrouve leurs pareils, cachés dans l'île de Maillezais. La Rochelle est peuplée par ces Coliherts ou esclaves. Ils reparaissent, sous le nom de Cahets, en Guienne et en Gas^ cogne, réfugiés dans les marais, les lagunes et les landei longtemps habitables de ces contrées. Dans les deux ^a' varres ils s'appellent quelquefois Caffos. C'est ainsi qu les nomme l'ancien For^ compile vers 1074. On les de couvre enfin dans les montagnes de la Bigorre, des quatr vallées et du comté de Comminges. Là, ce sont ces Cagoi ou Capots que, dans le n^ siècle, je vois donner, léguerf vendre comme esclaves, réputés ici, comme partout, la dres et infects, n'entrant à l'église que par une petil porte séparée, et y trouvant leur bénitier particulier ( leurs sièges à part ; qu'en plusieurs lieux les prêtres d voulaient point recevoir à la confession , auxquels l'anl cien For de Béarn croyait faire grâce, en prenant sej témoins d'entre eux pour valoir un témoignage ; qui fw rent, en 1460, l'objet d'une réclamation des états i Béarn, voulant qu'il leur fût défendu de marcher piel nus dans les rues, de peur d'infection, et qu'ils po. tasse sur leurs habits leur ancienne marque distinctive, le pii d'oie ou de canard.,. * »
Quelle est la source de tant de haine et de mépriî Nulle tradition à cet égard, môme parmi les n^ùiheurei qui en sont l'objet. M. Ramond pense qu'elle ne pe provenir que de la réaction de l'opprimé contre Topprei
Ramond, Voyage dan» la Py renée» françaises.
seur, enfin désarmé. Après une discussion approfondie où il examine si la caste réprouvée des Cagots ne serait pas lé triste reste des Huns, des Hérules, des Suèves, des Àlains, des Vandales et des Ostrogoihs, détruits et dispersés par les Visigoths , les Gallo-Romains et les Francs, ou bien le débris de cette multitude de Sarrasins que Charles Martel tailla en pièces dans le msinage de .Tours et de Poitiers, il s'arrête à l'idée que les Goths ont jipu seuls encourir une telle malédiction ; puis il s'écrie :
^. a Telle est la destinée de celte nation qui renversa et ionda des empires, et sur les derniers rejetons de laquelle
^ l'arianisme attira plus de vengeances que le souvenir môme de son usurpation. Le peuple entier des Goths, exter- |xiiné par les combats, ou fondus dans les habitants du ■pays, a disparu de la France et de l'Espagne. Cette caste
' . profecrite est tout ce qui en reste ; et ce sang corrompu .est le seul qui ne soit pas mélangé. C'est sous des traits
, javîlis par douze cents ans de misères, que les derniers
, restes de la fierté gothique sont ensevelis. Un teint livide,
I des difformités, les stigmates de ces maladies que produit
j, l'altération héréditaire des humeurs: voilà ce qui seul
jj distingue la postérité d'un peuple de conquérants ; voilà
ce qui a tout effacé, hormis, peut-être, quelques traces
jd'une structure étrangère que la. dégradation de l'espèce
j n'a pu entièrement détruire, parce qu'il est des traits ca-
^ p^ractéristiques qui ne cèdent qu'au mélange des races, et non à leurs infortunes. »
. pi. Vico, en décrivant Tétat hors la loi de la race ennemie,
^^,p|.chez' les anciens, semble avoir voulu décrire l'état des f CagoH.
Les'Huttiers forment, sur plusieurs points des ma-
^ rais mouillés (au-dessous de Dampvix, près de Niort), une espèce de peuplade à laquelle une situation par-
Uculière a fait contracter des mœurs et des habi* tudes qui les distinguent essentiellement des habitants de la terre ferme. Us ont généralement la réputation d*ôtre des voijiins dangereux pour les terres cultivées (joi ne sont pas assez éloignées de leurs habitations. »
Ils vivent dans des cabanes de roseaux dont 1 e milieu est oecupé par le foyer qui se compose de deux bois four* chus plantés en terre> avec uu autre bois en travers, auquel est suspendue la crémaillère ; du reste, point de moyen d'évacuation pour la fumée qui se concentre sur Its parois des perches placées sous le toit et les recouvre d'une couche vernie. Quand on leur demande pourquoi Us m font pas de cheminées : c Que voulez- vous, répondent ils, nous sommes habitués comme cela <. »
c Cet exemple de la force de l'habitude chez des gens grossiers, fait observer M. Savary, est véritablement bien I digne de remarque : c'est une preuve qu'ils nous appar^ sent aujourd'hui parfaitement semblables à ce qu'étafent leurs pères il y a nombre de siècles... Je ne puis m'empê* cher de les regarder comme un débris des temps les plus antiques. Ces marais, en effet, ont dû être autrefois lex* trémement peuplés. . .
«r César nous apprend, dans ses Commeutaires^ que les peuples des Gaules se retiraient, en toute occasion de guerre, dans de tastes forteresses naturelles, formées de pays marécageux. Bien d'autres historiens nous (rffrent eors lumières à l'appui de cette supposition '• » j
Augustin Thierry, dans son histoire de la Conquête de l'Angleterre, s'exprime ainsi ; /
* Cavoleau. Sialisl, de ta Vendée»
« Sarary, ffotic^ tur let hultiert de /4 Séeré, i*5<l.
c Les difTérentes populaHons du continent européen sont venues, à diverses reprises, se superposer et envahir les unes sur les autres des territoires déjà occupés, ne 6*arrétant qu*au point où des obstacles matériels ou bien une résistance plus forte, occasionnée par une plus grande concentration de la population vaincue, les obligeaient à faire halte. Dans ce mouvement d'invasions successives, les races les plus anciennes, réduites à un petit nombre de familles, ont déserté les plaines et fui vers les montagnes où elles se sont maintenues dans des lieux inexpu* gnables. Cest ce qui est arrivé en France à la race gallique, lorsquaprès avoir refoulé les Basques vers les montagnes, elle fut elle-même poussée du nord au midi, par la race cambrienne. >
Tout ce qu'il dit des montagnes, ajoute M. Savary, 8*applique évidemment, avec non moins de raison , aux forteresses marécageuses. Selon lui , les réflexions de M, Ramond, le célèbre explorateur des Pyrénées, sur les Cagots ou Crétins , sont également applicables aux Huttiers.
n est intéressant pour nous de savoir qu'à peu d'heures de Niort , n nous pouvons visiter des familles , soit de Gotbs, soit d'Alains, conservées à l'état fossile, pour ainsi dite, depuis quatorze siècles, avec leurs usages , leurs goûts et leur physionomie primitive. »
Scythes d'origine, ils habitaient vers le Tanaïs, et, depuis, vers le Danube d'où ils partirent quand ils se jetèrent dans les Gaules avec les Suèves et les Vandales. La plus grande partie des Alains passa en Espagne avec ces peuples, mais il en resta quelques-uns dans les Gaules, et l'on en trouve vers Mayence, à Valence et sur les bords de la Loire. Maîtres de Valence , les Alains s'étendaient plus avant dans les terres, et apparemment du côté de la
Loire , puisque , suivant Jornandès ^, lors de l'expédition d* Attila en A5\ , Sangibanus, roi des Alains, était chargé de la défense d'Orléans 2. Le même auteur 3 ditqu' Attila, de retour dans son pays, formant le projet d'aller attaquer les Visigoths , comptait subjuguer en passant les Alains pour punir la révolte des Armoricains. — On peut aussi croire que ce sont les Alains établis dans les Gaules dont Sidonius parle dans la première lettre du iv^ livre. Les Alains ne se contentaient pas du pays qu'on leur avait cédé; ils faisaient des excursions dans les autres provinces des Gaules. L'empereur Majorien marchait contre eux lorsqu'il fut tué en Italie (461). Ricimer, gendre d'An thémius, les extermina entièrement l'an 467 *. Cependant, longtemps après, il en venait encore dans les Gaules où ils avaient conservé leur nom.
En 4i0, les pays précédemment envahis parles Saxons le furent par les Vandales et les Alains. La seconde Lyonnaise se trouva nécessairement dans ce cas. Il est resté jusqu'à nos jours un vestige du passage des Alains dans le nom d'Allemagne que portent deux communes voisines de Caen, et qui indique une petite colonie de ce peuple. Ce n'est pas toutefois à la grande invasion que nous en rapportons l'établissement ; mais à celle qui fut commandée par Rocharic vers le milieu du v<^ siècle 5.
Un village du canton de Colombey ( Meurthe) a reçu le nom d'Alain à cause de l'établissement qu'y formèrent
1 Jornandès, De rébus gelicis, cap. 57.
* Uiil. des villes dt France^ tom. Il; Hisl. d'Orléans, par Ëflouard Fournier.
3 Jornandès, cap. 43.
* Ibid.y c. 43.
s Nul js pour seroir àVilisL de Normandie, ptàr A. Lcprarost, it'r partie, Caen, i8S4.
ETHNOLOGIF. oU
ces barbares, peut-être après l'expédition d'Aétiiis dans Tarmée duquel ils étaient engagés.
Origines incertaines. — Nous avons vu combien il était difficile d'établir la généalogie d'un mot, nous allons voir qu'il ne l'est pas moins d'établir celle d'un peuple. Pour cela nous allons encore parler des Boliémiens, Ijiissons de côté l'étymologie de leur nom qui nous entraînerait trop loin, contentons-nous de raconter les principales suppositions auxquelles leur origine a donné naissance.
Les Bohémiens , dit un ancien voyageur italien , sont les descendants de Caïn, condamnés à une vie errante en punition du crime de leur père. Non pas, répond Beroldus*, car tous les descendants de Caïn ont dû nécessairement périr, lors du c'cluge universel.
A en croire les divers systèmes, les Bohémiens viennent:
!« Des Athinganes , secte du viii^ siècle , qui n'étai qu'un démembrement de celle des Manichéens ;
2® Des habitants de Singara, ancienne ville de Mésopotamie^ située sur une montagne du môme nom , appelée Singaras par Ptolémée ;
30 Des habitants de Zigere^ ancienne ville de Thrace ;
4® Des Ziches , Zigiers ou Zinchers , ou Achéens qui occupaient la Circassie actuelle ;
50 Des habitants de la Zeugiiane, partie orientale du royaume actuel de Tunis ;
G^ Des Zenghis, habitants du Zeng ou Zanguebar en Cafrerie ;
70 Des Zochores , peuple qui , selon Mj). Sylvius , habitait la partie la moins accessible du Caucase, el qui ne vivait que de vols et de pirateries ,
8^ Des SyginTiiens qui vivaient, dit Hérodote 2, jiu nord
< Tkes. pracl^ coî. iCM, au mol Zigrunifr»
du haut Danube, ou, dit Strebon, près du haut Caucase ;
9^ Des Euxiens, peuples de la Perside, qui, selon Raph. Yolaterran , faisaient , comme nos Bohémiens , métier de prédire l'avenir ;
400 Des Chaldéens^ qui avaient les mêmes prétentions;
4io Des anciens prêtres de Cybèle et des prêtresses d*Isis, mêlés avec ceux de la déesse de Syrie *]
12« De THindoustan ;
130 D*une horde d^Esclavons voisins de l'empire des Turcs et de la Hongrie;
140 De la Valachie et de la Moldavie ;
15® De l'Egypte proprement dite;
160 De la Basse-Egypte, ou Nubie ;
170 Des familles juives qui se retirèrent dans des forêts et des souterrains pour fuir la persécution , vers le milieu du xive siècle •;
180 Des Tatars-Mongols qui émigrèrent en HOi, lorsque Tamerlan s'empara de l'Asie Mineure ;
190 De THindoustan, et il faut le dire, supposition pour supposition , cette dernière nous paraît de beaucoup la plus vraisemblable .
Mais il n'est pas étonnant que le berceau d'une race toute mystérieuse soit entouré de mystères, lorsque tant d*autres origines offrent les mêmes difficultés. Prenons, par exemple , le mot Alîemandy et continuons de mettre les principaux systèmes en présence. Allemand vient
donc tout à la fois :
10 Des mots latins Ala, aile, et MagnuSy grand ; 20 D' Als, comme, et de 3fan, homme ' ;
1 Yollaire, Estai iur Ut maurt^ eh. 104
s Lee Bobémiens ne se répandirent en Allemagne qo'an eom-^
ipencement du xye siècle, s Bourgoiug, de orig, voc. vulgar. fol. S3.
5o de Germania, quasi Alkermani * ;
4o De TArabe Ahl, peuple, famille, et de Mannut , ûls de Tuiton * ;
50 UAlmariy nom d'Hercule ckez les anciens peuples du nord ;
Ç9 UAle ou AkLj nom d*an lieu de FEsthonie à TembouchuredeTAssa; aussi d*^/a, rivière de Norwige, noms qui dérivent du celtique Al eau, et du sanscrit, Ala, AIqm manni voudrait donc dire les hommes d*Ala , et Alain aurait la même origine ^.
70 Du lac Lémarij près duquel ils habitaient ^ ;
go Du fleuve Alemanmis ou Alatoannus^ aujourd'hui Altmuhl , qui se jette dans le Danube, à trois milles i9 Hatisbonne ;
90 Du septentrional EU, autre (grec aVXftç) et de Man^ homme; Ellmyn, étranger;
lOo lïAlli tout, man, homme ;
i^ A cause de leur grand nombre * ;
So A cause de la coalition des peuples du nord pour secouer le joug romain ;
30 Parce que les Allemands n'avaient rien que de viril ;
40 Parce qu'ils étaient un ramas de touUM iorteê d'hom^
mes ^.
L'Europe, au commencement du xiii^ siècle, vit fondre sur elle toute une nuée d'usuriers, appelés Cahursins ou Caorsins en français, et en latin Coorstnt j Catumnt, Caur-
A Corrubavias.
s Anl. Vieyra, Spee» itifmologiqut. llî, p. m,
s M. Rapsaei, Mémoire tur Voriginedei Btlgei, lu k rtfl«ii(ai royal des Pays-Bas, en juillet 1811.
4 Isidore de Séville, Oiig. 1. IX, c.3.
8 Sperling, Nov. liUer. mar, BalliCé
5tnt\ Caworsini, Covsini ^ ijui disparurent avec le siècle suivant. D'où venaient-ils? de quelle nation avaient-ils fait parlie ? De quelle race ? II plane encore, malgré les controverses desérudits, assez de mystère sur leur origine, pour qu'ils méritent d'arrêter un instant notre attention.
Quelle que soit la diversité des opinions sur cette question si grave et si agitée aujourd'hui de l'intérêt de Targent, on est à peu près d'accord sur ce point que les usuriers sont, comme le dit M. Depping dans un mémoire sur ce sujet ^, de véritables sangsues des nations. Aussi lorsqu'il s'est agi de classer les Cahursini, tous les peuples soupçonnés de leur avoir donné naissance, se sont- ils empressés de repousser et de se renvoyer les uns aux autres le reproche.
A en croire les historiens français modernes, les Cahursins sortent de la même source que les Lombards, et Ducange est également d'avis que c'est à l'Italie que la France est redevable de ce fléau.
Les Italiens, au contraire, prétendent que c'est de France qu'il leur est venu, et Muratori 3 entasse arguments sur arguments pour laver son pays de cette imputation. Il cite d'abord deux vers du chant xi de l'Enfer du Dante, où il est dit que le cercle décrit est occupé par des scélérats pires que ceux de Sodome et de Cahors.
A pero lo miaor giron suggella '
Bel segno suo e Sodoma e Gaorsa.
Et à cette citation il joint un commentaire de Benvenulo d'Imola, dont la date a de l'importance, car il fut écrit
* Voyez le Glossaire de Ducahge.
s Mémoires de la Société des AntifjHuire'f! de France, i. VU. ^ Dissert. XV i, t. I, de ses Anliquilales llaliœ msdii atvi Milan, 1738, in-fol.
en 1380, alors que T industrie des Cahursins était à son apogée. « CaorsUy id est usurarios ; Caturgium enim est civitas inGalUâ, in quâ quasi omnes fcràsunt fœne^ rat ores, »
A ce premier témoignage \ient s'ajouter celui de Mathieu Paris qui dans son Histoire d'Angleterre, à l'année 1255, rapporte que cette peste abominable des Cahursins (c'est-à-dire des banquiers français] avait fait de tels progrès qu'il n'était presque personne en Angleterre qui ne tombât dans leurs filets*. A l'année 1240, iVathieu Paris dit encore que le roi Henri HF bannit /es Cahursins, priiw cipaJement cevx de Sens,
Mais ces arguments, M. Depping ne les considère pas comme concluants. Il leur oppose divers actes publics, où partout les Cahursins sont désignés comme étrangers.
i^ L'ordonnance de Louis IX, du mois de janvier 1^68, qui leur défend de tenir des banques usuraires. — f Eœtir" pare voJentes de finibus regni nostri usurariam pravitatem qimm qmsdam Lombardos et CaorsinoSy alïosqce com- PLDREs AMENiGENAs, in eodem regno pvbUcè inteUeximxis eœercerel.,,
2<> Les ordonnances de Philippe le Hardi qui règlent leur trafic.
3'^ L'ordonnance de Charles d'Anjou où les Cahursins sont mis, comme les Lombards, au nombre des usuriers contre lesquels elle prononce le bannissement. — f IntelleTimus qtiod Lombardi etCaorsini, ac etiam plures ALii ALiRNiGENiE iiSMrarii in regno nostro pvblicè svprr pignora miUnent..y » Ordonn. de it^68 et 1574, tom. I
< n Inyahiit aotem his diebuf« adeo Caursinorum fid cstgallicoram trapezilarum) peslis abominan.la, ut vix essetaliquis in lola AngHa,qul relib'.is illoramnoaillaquparel'ir. » f/ixlor Àngl.
àesOrdonn, des rois de France. Voyez anssî Pordonnance du 8 décembre 1989.
40 Les statuts de Téglise de Meanx qui défendent d'admettre dans les maisons ou sur les terres ecclésiastiques des hoTabàTÔBeid^autresmuriers étrangers qu*on appelle vulgairement Cahwrmns, — « Jnhibentes ne quis in domihus vel in locis, aut in terris ecclesiarum, Lombardes aut
ALIOB ADVEIf AS, QUI VULGARITER CAORSIlfl DICUNTUR , USUrOr-
rîos manifesté receptare prœsumat. » Instrum, histor. Mald, t. Il, p. 492. Cités dans le Glossaire de Charpentier et dans le Glossarium manuale, exmag, Glossar. t. II.
Les érudits n*ont pas TeBprit très-conciliant , la nationalité n*est pas très-accommodante de sa nature, et la querelle menaçait de s*envenimer entre deux pays faits, comme on dit, pour s*estimer et 8*entendre, lorsqu'il a été suggéré un moyen non moins efficace que banal d'accommodement. C'était de rejeter la faute sur un tiers. Le Piémont, à raison de sa position géographique, semblait destiné par la nature à être le terrain neutre sur lequel s'arrangerait l'affaire , le mezzo-termine entre deux extrêmes, le bouc émissaire, l'offrande expiatoire qui devait apaiser la discorde et sur laquelle les deux ennemis devaient se sei rer la main et s'embrasser.
Tout alors s'est expliqué. Les Cahursins venant d'un pays intermédiaire, il n'était pas étonnant que Fltalie eût cru qu'ils venaient de France, la France qu'ils venaient d'Italie. On a retrouvé des actes publics où il est parlé de Lombards du Piémont ; on a acquis dans les actes publics des Dauphins, publiés par Yalbonais, la preuve que le Dauphiné, qui touche au Piémont^ était inondé de banquiers étrangers.
Habemus confitentem reum / On a déterré une chronique d'Asti qui avoue qu'en 1996 les marchands de cette
ville piémontaise commencèrent à faire de l'usure en France et qu ils y gagnèrent beaucoi^) d'argent.
Ce n'est pas tout, la géographie est venue en aide à l'histoire^ et l'on a su que le Piémont avait une ville du nom de Cawurs ou Cavorij en latin Ca&artim, et en italien Caorta.
La preuve, comme on voit, est atcablante : restons-en là, de peur de nous replonger dans de nouvelles incerti- ' tudes toujours pénibles à un esprit qui est ennemi du scepticisme et amoureux de son repos.
Races disgragiébs. — Une commission de savants, que le roi de Sardaigne avait chargée, au commencement de Tannée 1850, d'établir la statistique et de rechercher les causes du crétinisme dans ses Etats, vient de publier un travail dans lequel on trouve des détails curieux sur cette maladie dont les victimes peuplent toutes les belles vallées des Hautes- Alpes.
La commission sarde a constaté que le crétinisme était presque toujours accompagné d'une conformation défec • tueuse du crâne, de l'absence de toute énergie musculaire, de l'impuissance, et plus ou moins d'idiotisme. Des observations faites sur le cadavre de quelques crétins lui ont démontré que chez ces êtres incomplets, la matière cérébrale se trouvait en bien plus faible quantité que chez es aulres hommes. Elle ne croit pas que le crétinisme et le goitre soient nécessairement liés, et la preuve qu'elle en donne, c'est que dans la population sarde alpestre, qui est presque entièrement goitreuse, on ne rencontre aucune trace de crétinisme, tandis que dans certaines vallées supérieures, où le crétinisme est fréquent, ou ne trouve pas de goitres.
Suivant la commission, le crétinisme endémique se rencontre seulement dans les vallées et dans les plaines
:>'.S CLlllOSlTKS PHILOLOGIQUES, ETC.
voisines des plus hautes élévations alpestres. Comme s'ils axaient Tinstinct de la répulsion qu'ils inspirent, ces êtres disgraciés recherchent les endroits les plus sombres, les trous sous les rochers, les marécages environnés d'arbres. L'abri le plus misérable leur suffit; ils sont incapables de sentiments ; à peine éprouvent-ils des sensations.
Sur une population de 2,650,905 habitants, le Piémont compte 5,073 crétins avec goitres, et 2,014 sans goitres ;
2,163 de ces malheureux ne possèdent aucune faculté raisonnable et n'ont pas même conscience de leur sexe.
3,51H ont quelque faculté de langue, mais leur intelligence, si on peut ici employer ce mot, est limitée à leurs besoins corporels.
Enfin, 1,414 sont un peu moins imparfaits au moral et au physique. On pourrait, avec beaucoup de soins, leur apprendre un métier. Ils ne sont pas, comme les précédents, absolument dépourvus de pudeur.
Dans la haute Styrie, la C:jrinthie, le Tyrol, où les vallées sont profondes et étroites comme celles du Valais et du Piémont, on trouve aussi des crétins. On les appelle goanqves , gagges, Jappes, noms singuliers qui semblent dérivés de ceux des Gouanches et des Lapons *.
Préjugés des races. — Les Guèbres sont un peuple errant et répandu dans plusieurs contrées delà Perse et des Indes, triste reste de l'ancienne monarchie persan ne que les Califes arabes ont détruite dans le vii^ siècle. Le plus grand nombre des Perses dut alors renoncer à la religion de ses pères ; les autres se dispersèrent en différents lieux de l'Asie où, sans patrie et sans rois, méprisés et haïs des autres nations, et invinciblement attachés à leurs usages,
« Rt'hrer, Tableau dei tribus allemandes de l'Autriche, lom. Il, pu»;. 7!>.
ETHNOLOGIE. UV
ils ont, jusqu'à présent, conservé la loi de Zoroastre. Il y a beaucoup de superstition et d'ignorance parmi les Guèbres ; mais ils sont doux et humbles, tolérants, charitables et laborieux. Quoique pauvres et simples dans leurs habits, ils n'ont point de mendiants parmi eux ; ils sont tous artisans, ouvriers et agriculteurs.
Ils sont prévenants envers les étrangers, de quelque na • tion qu'ils soient ; ils ne parlent point devant 9ux de leur religion ; mais ils ne condamnent personne, leur manière étant de bien vivre avec tout le monde et de n'offenser qui que ce soit, même les mahométans, qu'ils ont tant de raisons de haïr, puisque ceux-ci, non contents de les condamner au mépris, les ont accusés, dans tous les temps, d'impiété, d'idolâtrie, d'athéisme et des crimes les plus infâmes. Ils détestent, en général, les conquérants, et particulièrement Alexandre. Cette haine traditionnelle est remarquable et vient à l'appui de l'origine perse qu'on leur attribue. Ils n'épousent que des femmes de leur religion et de leur nation, et vivent entre eux sous la conduite de leurs anciens qui leur servent de magistrats.
Les Guèbres ont été quelquefois désignés sous les noms de Parsis etdeMagions; mais celui de Guèbre a prévalu. Ce qu'il y a de singulier dans ce nom, c'est qu'il est d'usage chez plusieurs nations de l'Europe et de l'Asie, et que, sous différentes formes et en différents dialectes, il est partout l'expression d'une injure grossière. Le changement du & en u donne gmir, autre nom des Guèbres ; une inflexion dans les voyelles donne giaour ( infidèle ) chez les Turcs; le changement du gi en fc donne Kèhre, qui est aussi en usage; et celui du h en ph ou f produit Kufi^e, nom que plusieurs peuples d'Afrique ont reçu des Arabes^ parce qu'ils ne pratiquent point la loi de Mahomet.
L'inverse et la métathèse des radicaux de ce nom de
Gehr, ont porté dans l'Europe, par le canal des Phéniciens ou des Arabes d*Ëspagne , les expressions populaires de hogriy horgi, bougari et hougeri, qui conservent en eux l'idée du crime contre nature dont les Guèbres sont accusés par les Persans modernes. Nos ancêtres n*ont pas manqué de même d'en décorer les hérétiques du xii^ siècle ; et nos étymoiogistes ont savamment dérivé ces mots des Bulgares, à Bulgaris K
La cinquième caste de Tlnde, les Parias, classe immonde et proscrite, a tous les signes d'une race primitive vaincue lors de l'irruption des Indous dans la Péninsule, vers le XII* siècle avant l'ère chrétienne, si l'on en croit les conjectures historiques. Suivant l'abbé Dubois, elle forme une masse de 33 millions d'individus, divisés en vingt-» cinq métiers, ou castes, dont la plus abjecte est celle des cordonniers, parce qu ils touchent aux cadavres des ani* maux. Les Parias adorent Marieniah^ la déesse du mal. Quoi d'étonnant? le Dieu de bonté ne s'est jamais mani-» festé à eux par ses bienfaits.
Le 17 septembre 1394, un édit de Charles VI bannit do France les Juifs, qui avaient déjà été proscrits plusieurs fois sous Philippe le Hardi; ils avaient été obligés de porter une corne sur la tête ; il leur était défendu de se baigner dans la Seine. Plus tard, on ne leur permit de reparaître qu'avec le chapeau jaune , signe infamant de leur race, qu'une rouelle de drap de même couleur finit par rem-*^ placer. Les Juifs de Metz la portaient encore au xvit^ el au commencement du xviiis siècle.
Si pauvre qu'il soit, l'Espagnol dont le sang n*a pas été souillé par un mélange de sang maure, est appelé hooo-
« Voir VBneyeîopéâie, «ri. Guèhre.
BTHN0L06IE. 351
rable; mais, dans le cas contraire, ancnn rang ne les protège contre le stigmate da maJa $anQre •
Les MorisqueSy descendants des Maures, dont M. Al* bert de Circourt a donné une si onrieuse histoire,' ont dopais longtemps disparu du territoire espagnol : les uns se sont convertis, les autres cédant aux prescriptions de Pbi* lippe III et de Philippe IV, et préférant Texil à labandon d«^ leur croyance, ont émigré soit en Afrique, patrie de leur foi, scHt en France, où ils se mêlèrent dans quelques provinces, à la masse de la population, tandis que dans quelques autres, telle que TAuvergne, ils restèrent distincts des autres habitants et formèrent sous le nom de Marannet, une sorte de caste de parias, que M. Francisque Michel n*a eu garde d'oublier dans son excellente Histotre des rœeB maudite»,
HAPPBOCHKMENTS ET IirPLUCNCES ETHNOLOGIQUES. — LoS
femmesdesHottentots portent, dèsTâgededouze ans, jusqu'à leur mort, de petites bandes de cuir d*agneau ou de brebis^ larges d*nn doigt, qui leur couvrent les jambes, et qui s*ô' tendent depuis la cheville du pied jusqu'au genou. — Les femmes, chez les habitants de la baie do Bon-Succès, portent, selon le témoignage de Gook, Banks et Salander, un morceau de peau autour des hanches, et des lanières autour de la cheville du pied.
Lorsqu'une veuve, chez les Hottentots, a envie de se remarier, elle est obligée de se faire couper une jointure des doigts, pour chaque mari qu'elle prend après la mort du premier. — Une nation du Brésil, appelée les Tucumans, observe la môme coutume, avec cette différence, cejiendant, que chez les Hottentots ce sont les femmes veuves qui se coupent le bout des doigts pour pouvoir se remarier, au lieu que les Tucumans se font cette opération toutes les fois qu'il meurt un de leur proches parents.
lies Hottentots aussi bien que les habitants des iles Caraïbes en Amérique, courbent les membres de leurs morts; de manière qu'on peut comparer leur figure à celle d'un eofant lorsqu'il est encore dans le sein de sa mère.
Cook, Banks et Salander trouvèrent la circoncision et le dogme de la métempsycbose, établis chez les habitants de l'ile d'Otaîti. Ils jetaient des fleurs sur leurs morts, et melUiient auprès d'eux du poisson et d'autres vivres. Ils élevaient aux gens riches, après leur mort, des obélisques ou des pyramides assez hautes, et de moins élevées pour les personnes de moindre condition. — Il n'y a pas un de ces traits qui n^ait un rapport singulier avec les coutumes des anciens Egyptiens, Phéniciens et Carthaginois. Pline, Hérodote et Strabon, assurent que les habitants de la Colchide et les Egyptiens se circoncisaient. Les Egyptiens mirent aussi à côté de leurs morts toutes sortes de vivres, et l'on connaît l'usage de leurs pyramides.
Les nègres, en Afrique, ont à l'égard de tout ce qui concerne la religion, les mêmes usages et coutumes que les Américains *.
L'analogie de mœurs et de coutumes entre les peuples de l'ancien monde et ceux du nouveau, n'est pas moins remarquable. A ce propos l'auteur que nous avons déjà cité, Scherer, fait les réflexions suivantes :
c Deux nations très-éloignées l'une de l'autre, peuvent sans doute se ressembler à plusieurs égards dans leur manière de vivre, sans néanmoins sortir delà même souche ; mais aussitôt qu'on trouve chez deux différents peuples dont on peut prouver la communication, une ressemblance frappante de coutumes fantasques, et quelqujefois atroces et contraires à la nature, c'est une marque con-
< Voir les relations de Georges Candidiuf, prélre hollandais.
vaincante qu ils les ont emprunlées les unes des autres... Jamais des geos sensés ne se persuaderont que des nations entières aient pu imaginer d elles-mêmes, sans se consulter, des usages bizarres, et cependant semblables; au lieu qu'il n'est que trop ordinaire de voir des usages ridicules et même superstitieux s'accréditer* et trouver des sectateurs. »
Les Ksquimaux et les Groënlandais s'appellent frères, et tout porte à croire qu'ils ont une commune origine ; de nombreux rapports existent entre leur langue, leurs mœurs, leur religion et leurs cérémonies. La con-* formité du langage est surtout frappante ; nous allons en donner quelques exemples :
ESQtmAUX. Gr.0E!«LANDA1S.
te B«Bne .
Cariha.
Caribn.
L'Ile.
KikerUk.
Kekertak.
La barrière.
Stuiktok.
StuikCok.
Un étranger.
Kablunet.
Kablifnet.
Gomment t'appelles -tu ?
Kena erlet?
Kina4oIit?
Deux.
Marpik.
Mardiok.
Lç Grand -Esprit.
Torngarsuk.
Torngarsuk
L'air^ l'esprit, le monde.
Silla.
Silh.
Il yoit.
Tikkoa.
Tekkoa.
Le tonnerre.
Kallek.
Kullek.
Des harengs.
Angmarset.
Angmarset.
La mer.
Esaco.
Esaco.
Un homme.
Angut.
Angut.
t Co n'est que depuis peu que nous savons, dit Scherer ^ que les Groënlandais, sortant de la terre de Labrador et du pays des Esquimaux, vinrent s'établir dans le Groenland, ék\ traversant, entre le 66^ et le 69<^ degré de latitude septentrionale, le détroit qui sépare l'Asie scpten-
« Hecherehe$ hiit. sur le youveau-Monde, 1777, in-8d.
trionale da nord de TAmérique, et en faisant le tour au détroit de Daris ou de la baie de Baffin. » La similitude des mœurs amt fsit prévoir longtemps cette cmninunanté d'origine.
Les Péruviens avaient quatre grandes fêtes dans rannée, principale, établie à Cusco, se célébrait aussitôt après le coucher du soleil ; la seconde et la troisième au temps des équinoxes, la quatrième était appelée la Fôte desCbe • valiers et n'avait pas de jour fixe. Ces fêtes des Pémytens ont un singulier rapport avec celles des Cbinoiâ, relative» ment à leur nombre et au temps où elles se célébraient.
La manière de compter l'année^ chez les Péruviens et les Mexicains, s'accordait parfaitement avec celle des Chinois, qui l'avaient prise eux-mêmes des Egyptiens. Chez les uns et chez les autres. Vannée comprenait 365 jours partagés en 18 mois; les cinq jours supplémaataires étaient des jours de réjouissance. Cela rappelle nos sansculottidés. Leur semaine consistait en 13 jours, et leur siècle eq quatre semaines d'années, ou 51 ans ^
Les rois du Pérou, ainsi que les empereurs de la Chine, s'appelaient Fils du soleil.
Dans l'enceinte de la ville de Cusco^ il y avait un ^arpent de terre dont le défrichement était expressément défendu aux habitants ; il était destiné pour le monarque et sa famille qui se réservaient l'honneur de le labourer. La femme du roi apprenait lux Indiennes à filer, à tasser le coton et la laine; elle leur enseignait tous les exercices convenables à leur sexe, et tout ce qui regarde l'économie domestique. Les empereurs de la Chine se réservent de môme un arpent de terre pour le labourer avec leur fa-
» Hitt. univ. de VÂntérigue, t. 1!, p. 37. — Gérard Vofsiaf, Idoldi. G. i, e. n.
mille, et dès le commencement de la monarchie chinoise, Ghing-Nong obligea Tlmpératrice et ses femmes à faire des ouvrages à raigoille , pour engager les dames chinois ses à se livrer à une semblable occupation.
Garcilaso de la Yéga, qui a écrit l'histoire des Incas du Pérou, rapporte que les Espagnols ayant pénétré dans rintérieur d'un temple, y trouvèient un tableau représentant un grand dragon auquel le peuple du pays rendait hommage, c Les empereurs de la Chine ont choisi un dragon pour leurs armoiries et pour celles de la famille impériale, à r exclusion de tout autre ^. i
L'usage de se serrer les pieds pour les rendre petits existait chez les Péruviennes de qui les Espagnols Tont pris probablement. On sait jusqu a quel point cette mode est poussée en Chine.
Les Américains portent leurs divinités avec eux, dans leurs voyages de mer ; ils ont même la coutume de les attacher à leurs canots. Les Chinois le font encore, et les Phéniciens l'ont pratiqué dans tous les temps, au rapport d'Hérodote et d'Hésycbius.
c Les Quipos forment encore un objet de ressemblance entre les Péruviens et les Chinois, car avant que les Chinois so fussent servis de leurs chiffres d'aujourd'hui , ils employaient aussi des nœuds pour exprimer leurs volontés et faire passer leurs intentionsjusque dans les contrées ies pluv éloignées ^. >
De topt cela, et de la ressemblance des traits du visage, Scherer conclut que les Péruviens sont les descendants des Chinois.
Il parait constant, ajoute-t-il, qu'outre le Pérou, les ChinoL^ont encore peuplé d'autres parties de TAmérique.
i Trigantias, De expedUiane agmdSinaê, liv. IV, p. 38.
* Recherches hiitoriquet iur le Nouveau^ Monde.
Il corrobore son opinion de celle de M. Guignes, auteur des Remarques géographiques et critiques sur la position des contrées de VAsie et de l'Amérique septentrionale, qui prouve par des faits, incontestables selon Scherer, que les Chinois avaient établi un commerce florissant dans TAmérique septentrionale, dès l'an 458 de Tère chrétienne, et que le centre de leur commerce subsistait principalement dans la partie située vers le nord-ouest de la Californie. MM. Engel et Robert de Vaugondy se réunissent pour cette opinion et nomment ce pays Quivira.
Les voyageurs s'accordent à trouver de la similitude de mœurs, d'opinions et de langage, entre les Américains indigènes et les Tatars. Ils ont les mêmes superstitions et disent avoir été chassés par la* crue des eaux. Toutes les tribus diminuent, décimées par des maladies nombreuses et de funestes habitudes.
M. J. Tolmer, dans le feuilleton du Journal des Débats du 6 avril i847, émet l'opinion que les races faibles, comme la race australienne et la race finoise, en contact avec une race forte, comme la race anglaise , reproduisent des sujets plus rapprochés de la dernière, de telle façon qu'on pourrait formuler ce principe général : que les races faibles sont destinées à disparaître. — Il ajoute, à l'appui de cette opinion, qu'on a observé que leg femmes australiennes qui ont produit quelques enfants avec des Européens sont frappées de stérilité avec les indigènes.
c Toutes les races humaines ont la faculté de s6 reproduire entre elles, écrit M. Alph. Esquiros* résumlant les observations et les expériences de M. Serres. La nature, ajoute-t-il, a pourtant mis certains obstacles au rapprochement de leurs extrêmes *. l'union d'un individu de%la race
' Hevue des deux Mondes, 1er avril 184:i, ptg. iC5.
éthiopique avec une femme blanche est douloureuse, antipathique, le plus souvent improductive. La condition inverse est, au contraire , favorable au mélange des sexes : l'union du blanc avec la femme noire est facile, sympathique et presque toujours féconde. . . La nature veut Télévation des races, elle ne veut pas leur abaissement. >
Un des phénomènes les plus remarquables de Thistoire est l'extinction graduelle des Aborigènes qui *se trouvent en contact avec les races européennes. Que les famines, les épidémies, les privations et les fléaux de tous genres tendent à décimer des populations qui les subissent avec toute l'incurie du fatalisme ; on le comprend : mais, en général, la nature redouble d'énergie au lendemain de ces catastrophes, et elle parvient à réparer ses pertes. La guerre elle-même qui est faite aux sauvages sous prétexte de civilisation, la guerre avec toutes ses conséquences, ne suffirait point à expliquer la disparition complète de certaines races telles que les Guanches, les Caraïbes *, dont celles qui restent encore disent dans leur langage poétique : f Ils ont fondu comme la neige aux rayons du soleil. )) Il a fallu qu'à cet accroissement de mortalité se joignît une halte dans le chiffre des naissances.
C'est, du moins, la solution que donne de ce problème M. le comte de Strzlecki dans son ouvrage intitulé : Description physique de la Nouvelle-Galles du sud et de la terre de Van-Diémen, où il donne le résultat de ses observations pendant un long séjour parmi les natifs du Canada ^ de la Californie, du Mexique, des Marquises, et autres peuplades. Selon lui, l'anéantissement des races indi-
* 11 exUte encore des Caraïbes sur le continent américain, mais on n'en trouve plus dans les îles. En 1845, dans )a terre de Van- Diemefi on ne comptait plus que trente ou quarante individus de la race prindilivf.
gènes est dû à un affaiblissement dans les facultés propres à continuer et à procréer Tespèce. A l'en croire, cette stérilité serait uniquement du fait de la femme, et se manifesterait de la façon très*curieuse, dont il a été dit un mot tout à l'heure.
Ainsi , chaque fois qu'une femme du pays s*unit à un Européen, elle perd aussitôt la faculté de concevoir avec un indigène, conservant néanmoins sa fécondité dans ses rapports avec les hommes blancs» Or cette union, qui a pour cause tantôt Tattraction naturelle des sexes, tantôt les rites hospitaliers en usage chez les nations primitives, est très 'fréquente, et a partout produit les mêmes effets. Le comte de Strzlecki dit avoir constaté la chose chez les Hurons, les Seminoee, lesYakies, les Araucos, les Peaux- Rouges, etc. On comprend dès lors combien le nombre des aborigènes a dû se réduire. Seulement cette théorie , pour être plus qu'ingénieuse , aurait besoin de s'apptiyer. sur des preuves plus rigoureusement scientifiques, et pour qu'elle fût complète, il serait bon de vérifier si les mêmes résultats se produisent dans Tunion d'une femme blanche avec un indigène, ou si , par une faculté d'assimilation croissante avec la beauté physique , la fécondité de notre race l'emporte sur l'influence de ce contact.
Mélanges. — Dans un voyage qu'il a fait à travers la partie de l'Amérique du sud située entre l'équateur et le tropique du Capricorne, M. Castelnau rapporte uli fait assez rare qu'il a observé, dit-il, à Arequipa, celui ; de la fécondité d'une mule. Cette mule a engendré deux fois : h^ k l'âge de sept ans, avec un âne, et a produit un mulet semblable en tout aux autres animaux de ce nojil ; et 20 à Tâge de neuf ans, avec un cheval : cette fois,* elle a produit une véritable jument, assez chétlve et de petite taille.
On croise un animal domestique avec un autre d*une race différente ; on croise ensuite le produit de ce mélange avec un individu de Tune de ces races pures. Le nouveau produit se rapproche de celle^^i. On continue les croisements d'après le même principe, jusqu'à ce que le dernier rentre dans l'un des types primitifs, ce qui arrive en général au bout de la quatrième génération.
Nous avons des renseignements positifs sur ce qui ar-> rive en pareil cas dans les races humaines dont les traces, dans les générations successives, sont le plus reconnaissablés ; celles des nègres ou des blancs disparaissent dès la quatrième ou la cinquième génération, conformément au résultat général que nous avons indiqué chez les animaux domestiques*. S'il faut s'en rapporter au témoignage d'un des délégués du commerce français en Chine, l'o bliquité des yeux que nous sommes accoutumés à considérer comme un des caractères essentiels des figures chi* noiies, serait infiniment plus rare dans le pays que nous ne le supposons. Ce délégué affirma au secrétaire de la Société d'Ethnologie que , quant à lui, en parcourant les abords de Canton ou des villes du nord, il n'avait jamais rencontré cette obliquité que par exception, surtout chez les hommes ; qu'elle semblait à la vérité plus commune chez '.les femmes, mais que cela tenait à ce que les femmes regardaient comme une beauté d'avoir la peau du front et des tempes entièrement tendue, qu'elles y arrivaient tout naturellement par l'emploi de la coiffure, qui a pris d'elles le nom de coiffure chinoise, et que cette tension avait nécessairement pour effet de relever l'angle externe de l'œil.
*■ Dêt earaetèret ph^tUlogiq^ê det raeet humminei, par W. F . Edward , {SS9.
-*- D*après une statistique du mosaïsme, on ne compte guère que 4 au 5 millions de juifs dans l'univers, tandis que le bouddhisme compte 400 millions d'adeptes, le brahroisme, 300 millions ; le christianisme, 331^ à 350 millions; le mahométisme, de 150 à 450 millions, et le fétichisme, de 80 à i 00 millions.
Les juifs sont ainsi répartis: environ 500,000 en Syrie et dans le reste de la Turquie d'Asie, 600,000 dans le Maroc et le nord de l'Afrique, 50 à 80,000 dans l'Asie orientale, 400,000 en Amérique et environ 2,200,000 en Europe, savoir : 43,000 en Angleterre, 4,594 en Belgique, 850 en Suède etNorwége, 6,000 en Danemark, 70,000 en France, 52,000 dans les Pays-Bas, 4, 420,000 en Russie, 6o4,000 dans les Etats autrichiens, 244,434 en Prusse, 475,000 dans le reste des Etats de la confédération germanique, et enfin 4,000 en Italie.
Un mot avant de term iner. Les ouvrages de la nature de celui-ci vivent nécessairement d'emprunt , ot le nombre des auteurs et des livres cités par nous chemin faisant prouve suffisamment notre désir de rendre à chacun ce qui lui est dû. Quant aux omissions que noi^ aurions pu commettre, nous nous en excuserons par un nouvel emprunt fait à l'Avertissement de la collection infitulée V Opinion en Alphabet» et nous dirons avec Voltaire : « Ce recueil est extrait des ouvrages les plus estimés,f qui ne sont pas toujours à la portée du grand nombre ; et ^i l'auteur ne cite pas toujours les sources où il a puisé.. ,\ il ne doit pas être soupçonné de vouloir se faire honneur du travail d'autrui, puisqu'il garde lui-même l'anonynjie, suivant celte parole de V Evangile : Que votre main fii:a9che ne sache point ce que fait votre main droite. »