‹ Curiosités philologiques, géographiques et ethnologiquesChapitre 6 sur 31 · AMÉRIQUE · texte numérisé non relu

AMÉRIQUE

En huron,

aihtaha.

En canadien,

aistan

En groênlandais.

attata.

En caraïbe,

baba.

En crikique, ou karirique,

chalkée.

En chilois,

chou.

En apalachîque.

keîké

En virgiâien,

Doosh.

En savanahique,

nossé.

En algonkin,

Dousce*

AlaN"* Angleterre,

oshe.

Alt Canada,

outa.

En guarinien (Brésil),

rub«.

En mexicain,

rure.

Autre mexicain,

tahtli.

En brésilien,

tuba

En groenlandais.

ubia.

En chacktavique,

ungey.

En mohogique,

waniha.

OCÉANIG.

Aux îles Pelew,

cattam.

A Otahiti (Sandwich),

metouatané

A Attoi(id.),

modooatané

La grammaire de quelques-unes de ces langues est extrêmement compliquée; ainside la grammaire groenlandaise, où, grâce aux modifications et aux flexions infinies de chaque mode et de chaque temps, les verbes peuvent quelquefois se conjuguer de 180 manières différentes. Le vocabulaire est aussi pauvre que la grammaire est riche. Les mots manquent pour ce qui regarde les idées abstraites: et aussi pour les nombres à partir de cinq. Pour le mot vingt on emploie ceux qui expriment les mains et les pieds qui par le total de leurs doigts forment en effet l'équivalent de ce nombre, etc.

Noms propres et hotsrizarres cbez quelques peuples SAUVAGES, c Les organes de la parole et du chant sont en très-grand nombre , dit Court de Gebelin ^ ; ils compo-

1 Monde paimitif. De VOrigine du Langage et de VÉcHiure, p. 6$-573.

sent un instrument très-compliqné , qui réunit tous I(s avantages des instruments à vent, tels que la flûte ; cle« instruments à cordes, tels que le violon ; des instruments à touche, tels que l'orgue ; et c'est avec celui-ci qu'il a le plus de rapports : car, comme Torgue, l'instrument vocal a des soufflets (les poumons), des tuyaux (le gosier et les narines), une caisse (la bouche^, et des touches (les parois delà bouche).»

Il faut en effet que cet instrument soit bien compliqué et qu'il offre des ressources bien merveilleuses, pour suffire aux devoirs que certaines langues lui imposent. Ilsemblerait, au premier abord, qu'un nom, qui sert à désigner une personne et qui, par conséquent, doit se répéter sou' vent, devrait être simple, court et d'une prononciation facile. En voici un, celui de l'un des chefs de l'île de Tahiti : Demstrgrfrwomldammfr. Un chef indien de la tribu des Sacs a écrit ses mémoires en mauvais anglais *. Il s'appelle MaixamichiIciakiak. Ce qui, du reste, signifie Corbeau-Noir. — Dans les îles Sandwich , un roi d'Owhvhi se nommait Poubahouaouiaiïaïa, une reine, KaÎkibamiabiopouna. Enfin on a pu hre dans les journaux du 12 septembre 1839 : c S. M. le roi de Hollande vient de nommer commandeur de l'ordre du Lion Néerlandais le sultan de Djocjockarta (Djoujocarta dans l'île de Java), dont le nom est d'une certaine étendue ; il s'appelle

lÏAMANKOEBOEWONOSENOPAlTlNGALGONGABGlJRllACHMANSAYD-

iNPAifoTAGOHODE, V® du nom ; 1 il était le cinquième ? sous quatre règnes avant le sien, les Djoujocartiens avaient

déjà été obligés de crier de temps en temps vive ce

nom là ! nous espérons que ce& sortes de noms* qui sans doute ont été clu)isi8 de cette taille pour faire peur aux

1 Bosioo, 1831.

ennemis, sont exclusivement réservés aux rois et aux chefs ; sinon la démocratie ne pourra jaunis s implanter flans ces pays-là. Figurez^ vous une assemblée nationale (*omposée de noms pareils, et un de ses secrétaires obli^ £2;é de faire Tappel nominal 1

Nous disions que sans doute c^était pour effrayer leurs ennemis que les sauvages prenaient des uoms si terribles ; mais voici qui renverse notre, suppositiop. Comment uroyez-vous que se dise un baiser en mexicain ? Tetkmna- MiQuiLiTZLi. Dieu merci ! quand on a prononcé le mot, on a bien mérité la chose.

Le vin qn\ n'éveille pas non plus, que^ nous sachions, . une idée bien effrayante, le vin pourtant se dit Onéhara- D£SEHOENGTSERAGHERic ; majs pcut-être a4*il été ainsi baptisé par quelque missionnaire voyageant pour le compte d'une société de tempérance. Il est vrai que c'est €hez les Iroquois que le vin s'appelle de la sorte.

Respirer, en groênlandais *, se rend. par Anasatooii*. MACPA, probablement à cause du besoin qu'on éprouve de respirer après une expression pareille.

Les Yaméos (Amérique méridionale) ne respirent pas en parlant, ils aspirent et assourdisseint les voyelles et les diphthongues, sur lesquelles ils passent avec rapidité ; leurs mots sont en général très-longs \ mais ils les abrègent de moitié au moins en les prononçant. Ainsi à l'oreille Pa- ETARBARORiNcouROAc, qui exprime le nombre trois, a tout au plus quatre syllabes. Si un chiffre aussi simple se traduit par une telle complication de lettres, on s'explique aisément pourquoi l'arithmétique des Yaméos n'a pas été au delà.

« 'Relation ou ffiitoire naturelle de Vlslande, du Groenland, et du détroit de Uavi», traduit de l'allemand, par Rousselot de Surgy, Paris, 1750, 2 vol. in-12.

Chez les Algonkins [Amérique septentrionale) les syllabes semblent augmenter de nombre à mesure qu'augmente de valeur le chiffre qu elles expriment. Si seize se rend par MiTAssouACHiNfNGouTorAssou, il ne faut rien moins que NissouEMiTANAACHiNiNGouTouAssou pour rendre trente>six. On conçoit que la science des nombres doit s'arrêter bien vite devant la nécessité d'une progression pareille. Dans la langue du même peuple, le mot Frange devient, grâce à une traduction peu remarquable par sa brièveté, le mol •-

miltigouchiovekendalakiank littéralement de Français pays.

RlCH£SS£ DE CEETAUUBS LÀSCySS SAUVAGES. — Mdls S il

est chez les sauvages des langues auxquelles se refusent nos lèvres européennes, il en est d'autres d'une douceur et d'une richesse qui doivent nous faire envie, par exemple celle des îles Mariannes ou des Larrons. Donnons commo échantillon le fruit du cocotier : quelle variété de termes pour exprimer les différentes phases par lesquelles il passe!

NiDJouK ou Niou signifie à la fois cocotier, l'arbre, et coco, le fruit.

Faha, coco sur le point de germer.

Téhehok, coco qui commence à germer.

Haïgoui, coco dont les feuilles commencent à pousser.

Aplouk, jeune coco qui contient du lait, mais qui n'a pas encore de crème.

Makha, coco teindre et doux.

Dadik, coco qui n'est pas enco^-e tout à fait mûr.

Masson, coco plus mùr que le manha, sans pourtant l'être tout a fait.

Kanouon, coco encore mou, bon à manger jusqu'à sa première enveloppe.

2i CURIOSITÉS PHILOLOGIQUES, ETC.

Matopnoeg, coco tendre et mou comme le manlia, mais dont le lait n*cst pas doux.

Gafo, coco entièrement mûr.

PouNTAN, coco mÛF et qui commence à sécher sur larbre.

Nagao, coco entièrement desséché.

BANGBArfG, coco dout la crème s est réduite en pulpe solide.

BoDBouLouNo, COCO tout à fait vide, mais tenant encore à Tarbre.

TcHAouTCHAou, COCO scc, qui fait du bruit quand on Tagite.

BouLÉN, coco pourri intérieurement.

TcHouHouT, petit coco.

Baba, coco produit par un vieux cocotier dépouillé de ses feuilles et sur le point de ne plus donner de fruit, etc., etc., etc.

Cette richesse n'est pas un privilège de la seule langue Mariannaisé. '

Amérique. — f Les Iroquois. les Sioux, les Mohiccans, » dit M. Ampère * c ont dans leur grammaire d'étonnantes ressources pour exprimer par un mot des idées très-complexes. Chez le peuple Thiroki, par exemple, il y a treize verbes différents qui signifient je lave. Ainsi l'un exprimera : je me lave dans un fleuve ; l'autre : je me lave la tète; un troisième : je me lave le visage ; un quatrième : je lave le visage d'un autre ; ou bien -.je lave nves mains; je lave les mains d'un autre; je lave mes habits ; je lave un vase ; je lave un enfant ; je lave

• Histoire littéraire de la France,

de la viande, etc. Une altéralion quelquefois assez légère dans la forme du mot exprime ces modifications diverses de ridée ; mais au fond cette richesse apparente est pauvreté. Rien n*est plus contraire à la netteté du discours qu'une telle exul)érance de formes complexes ; rien ne s'opiwse plus à la liberté de l'analyse que cette syntlièso obligée. »

Sans vouloir entamer ici une controverse que ce livre ne comporte pas, nous ne pouvons nous empêcher de dire, en passant, que ce raisonnement n'a pas fait entrer dans notre esprit la conviction qui paratt animer le critique. Nous ne voyons pas trop en quoi il est si désavantagent pour une langue d'exprimer en un root, ce qui ailleurs exige une phrase; et comment un écrivain se trouverait plus mal d^avoir un grand choix d'expressions que ne l'est un peintre d'avoir un grand choix de couleurs et de pinceaux. M. Ampère n'aurait-il pas été entraîné à cette affirmation un peu dogmatique par la crainte, lui historien (le la littérature française, d'envier quelque chose à une langue de sauvages? Ce qui fait que nous ne leur portons pas, quant à nous, précisément envie, c'est, d'une part, qu'heureusement les Français ont comme eux plus d'un mot pour exprimer cette même idée, puisqu'ils peuvent (lire je laite, je déharbotnlh, je baigne, je blanchis, je savonne, je rince, je décrasse, etc. ; et que, d'autre jwrt, s'ils sont moins fiches en termes de propreté, c'est (tu moins une consolation de pouvoir dir« qu'ils sont beaucoup moins malpropres.

JOUBNAL ET ALPHABET IROQUOIS. — Eu 18:28, fut foudé le

hénix iroquois, journal publié à New-Echota, chez les Arkanzas, en deux langues, iroquoise et anglaise. Il avait divneuf pouces de long sur douze de large ; il était im-

26 CURIOSITÉS PHILOLOGIQUES, flTC.

primé sur cinq coloimes. Le n^ 34 porte la date du 23 octobre 1828. Voici l'histoire de son établissement ;

Un Indien nommé Su-Quah-Yab . est l'inventeur de pet alphabet iroquois dont M. Rnapp a donné rhistoire en 1825n presque dans les mêmes termes que l'inventeur, qui était alors âgé de 65 ans.

A la fin de la campagne, et lorsque la guerre était près de se terminer, une lettre fut trouvée sur un prisonnier qui la lut aux Indiens. Dans quelques-unes de leurs délibérations sur ce sujet, deux questions s'élevèrent parmi eux, à savoir : si le mystérieux pouvoir de la < feuille parlante > était un don du Grand-Esprit à rboQ»me blanc, ou une découverte, faite par l'homme blanc lui-mènae. Le plus graxkd nombre était de la première opinion, tandis que Su^^uah-Yab soutenait hardiment la seconde. Ceci devint pour lui un sujet, de fréfuestes rêveries ; mais il n'y songea pas sérieusement jusqu'au jour où. retenu dans sa cabane par une douleur au genou, il fut entièrement livré à sa pensée. Sgji esprit était sans cesse préoccupé de ce mystérieux langage des lettres dont les noms môme n'existaient pas pour lui.

• Par les cris des bêtes sauvages ou des oiseaux, par les voix des enfants ou de ses compagnons, il savait que les sentiments et les passions pouvaient se communiquer d'un être intelligent à un autre. Il eut alors la pensée de remarquer et de classer chaque son de la langue des Iroquois. N'ayant pas lui-mêm« l'ouïe très-fine, il se fit aid«r par sa femme et ses enfants.. Lorsqu'il fut en état de bien distinguer tous les sons de sa langue, 1 tenta de les rendre par des signes caractéristiques, des images d* oiseaux ou de quadîîipèdes, puis de lier ces sons à d'autres, ou de les fixer dans son esprit. Mais bientôt pei-suadé que cette méthode état impraticable, il essaya des signes

arbitraires, n'ayant aucune signification apparente, mais dont on pût se souvenir, et qui fussent bien distincts les uns des aàlres .

Ces signes furent d abord extrêmement nombreux et au moment <Ài il commença à croire à la réussite de son projet, il y avait environ ^M caractères dans son aipfaabet . A Taide de sa fille, qui semblait comprendre parfaitement son idée, il parvint à les réduire à 86, nombre employé maintenant. Il travailla ensuite à rendre ces caractères plus agréables à l'œil, et réussit. Comme il ne savait pas encore qu'on pût se servir d'une plume, il grava ces caractères sur un morceau d^écoroe pveo no couteau.

Bientôt après, il chargea un agent indien ou un commerçant de sa nation de lui rapporter du papier et des plumes. Quant à l'encre, il en fit avec l'écorce de quelques arbres dont il connaissait la propriété colorante.

Restait la difficulté de faire connaître son invention. Il se décida enfin à convoquer les hommes les plus remarquables de sa nation, afin de la leur communiquer. Après leur avoir donné de son mieux l'explication de sa découverte et l'avoir dépouillée de toute apparence surnaturelle, il voulut leur démontrer clairement ce qu'il avait imaginé. Sa fille, qui était sa seule élève, s'éloigna jusqu'à ce qu'elle fût hors de la portée de sa voix, Su-Quah-Yah demanda à l'un de ses amis de lui dire un mot ou une pensée qu'il écrivit, et lorsque la jeune fille revint, elle lut les mots tracés en son absence. Le père se retira ensuite, et la fille écrivit. Les Indiens furent très-étonnés et parfaitement satisfaits.

Su-Quab-Yah proposa alors à la tribu de lui confier plusieurs jeunes gens parmi les plus intelligents, afin qu'il pût leur faire part de sa science. Cet offre fut acceptée. Plusieurs de» jaunes geoa mu smw te difecticm de

Su-Quah-Yab répondirent parfaitement aux enseignements de leur maître; séparés les uns des autres, ils purent se comprendre par écrit. Su-Quah-Yah trouva aussi les nombres. Il fut nommé dlief de la tribu. Ce fut alors fiue le gouvernement des Etats-Unis fit graver les caractères pour cet alphabet, et publier le Phénix Jroquois,

Des la:(gues anciennes chez les modernes. ^ Scliickard est Tauteur d*une Méthode pour apprendre l'hébreu en vlngt-qUatre heures (1623). Cet opuscule fit la repu* tation de Tauteur, et fut imprimé plus de quarante fois. Si ce projet d'enseigner l'hébreu en vingt-quatre heures semble un paradoxe, il faut considérer * qu'il s'agit de >ingt-quatre leçons d'une heure, à un ou plusieurs jours de distance, pendant lesquels les étudiants, au nombre de six au moins, chargés chacun de donner spécialement leur attention à une partie du discours différente, se con- 1 rôlent l'un l'autre, absolument comme dans renseignement mutuel.

Un des hébraïsants les plus distingués de l'Allemagne a essayé de nos jours une méthode à peu près semblable dans une courte grammaire hébraïque-allemande, intitulée : Kunst, etc. Art d'apprendre à lire et à comprendre Vhébi'eu en quatre semaines *.

I r«r Cb. Anff. L«b. KaMtatr, Uiptlg, 1810.

On a de Van Helmoiit, le fils, un livre intitulé : AIphabeti verè naturaUs hehrtUci brevi99ima delineatio ^, dans lequel il cherche à prouver que F hébreu est une langue si naturelle aux hommes, que les caractères en sont comme çés avec eux, puisque l'alphabet hébreu n'est, selon lui, que la représentation de la position des organes vocaux nécessaire pour le prononcer. 11 prétend pouvoir ainsi faire parler les sourd»inuet8.

L'étude du grec, dont la Vulgarisation daqs le reste de l'Europe avait comm^icé vers i4S3, ne se développa en Suède que vers le milieu du xvii^ siècle. L'un des premiers monum^its de TenCaoce de cette étude est le discours d'Isocrate à Démonique, Stockholm 1686, publié ]mv Ërici.

Voss voulant représenter l'œ par u, et écrivant hœ^ bœ , hœrœ , au lieu de H1361J , Hys/^ioi Lichtenlierg publia sa satire : De la pronancioUon des nioutOM^ de Vancienne iivèce, comparée à celle de leurs nouveaux frères des Itoi'dê de lElhe, avec cotte épigraphe parodiée :

To tNeh or not to bœb, Ihat is tbe question.

Malgré la vulgarisation dont nous parlions tout a l'heure, le grec eut à subir de vives attaques dans les pays même où il fut le mieux accueilli. Conrad d'Heresbasch , le même qui publia Y Apologie des lettres grecques, rapporte (ju'il entendit un moine s'écrier en chaire : t On a trouvé une nouvelle langue que Von appelle grecque ; il faut s'en garantir avec soin ; car cette langue enfante toutes les hérésies; quant à la langue hébraïque, tous ceux qui l'apprennent deviennent Juifs aussitôt. >

Un savant allemand du xviu® siècle, Franck, a publié

1 Salzbach, iC«7, imis*

on ouvrage ^, dans lequel il essaye de prouver que l'Allemagne est le pays de TEurope le plis» anciennenient peuplé, et que, par conséquent, c'est dans la langue de ses habitants qu'on doit trouver Torigine de la langue latine.*. Il cherche ensuite à justifier ce système par une nomenclature assez étendue de tnots latins et alle> mands qui ont la même signification dans les deux langues ; mais il lui resterait à démontrer que les Latins ont reçu ces mots des Allemands, au lieu de les leur donner. Les ÛMêrvaxioni oriêiûhe inîomô la modem» Hng^a tatina del signor Paolo FdwïktW», Venise, 4740, in» 8», n'ont laissé à aucun de leurs lecteurs Taudace d'écrire deux phrases en lûtîïi.D'Alembert et tous les gens sensés n'ont cessé de crier à l'impertinence, lorsqu'il s'est agi de prose el surtout de Vers faits de nos jours en "soi^isanl latin. H est clair que la langue des Romains serait pire que de l'arabe pour un Romain ressuscité qui entendrah un de nos latinistes. Les acceptions usudies, les allusions locales, les conventions traditionnelles n'existent plus pour nous, et cependant, c'est toujours d'excellent latin que nos pédants croient composer.

pRONONCiATiOiN DU LATiK. — La manière dont les anciens prononçaient le latin est un grand styet de controverse parmi les nations modernes. Chacune le prononce comme sa propre langue, et rit beaucoup de la prononciation des autres. Le genre humain est ainsi fait, toujours satisfait de lui-môme et toujours intolérant. Un pbi-

1 De origine linguœ lai. Iraeialui, 17âO, iii-4.

> Lu |»rop0$Utoii contraire ttnH presque «dnilMlbbfpiiisqu'il partil proayè qoe le latin a une grande atânité avec let MuiKrit, et que de ce dernier dérive Ti

lologue iofotigable, frappé de toutes ces prétentions ridicules, s*est occupé de recueillir les diverses opinions des savants à ce sujet, et le résumé de ces opinions est, dit-il, cdu»-€i * :

G, chez les Romains, avait toujoars le soa dur de A'; il avait dans cUcts, la même valeur que dans dico. T avait toujours le même fioa» c^ui qu'il a dans arîes, et jamais cdvii de S, que nous lui donnons dans arttui». U se prraiônçaii comme ou, et^FT; .a^n d'autres, plutôt comme O bref que Qommei ou. I/m, nm, à la fin des siots^ élaient des s^diabes sourdes, aniettes, dans lesquelles Mi ae faisait à p^ne sentir : ce qui porterait à iecroire, c'eaf; qu'elles s'éUdaient dans les vers. Enfin, F pouvait fort bien ne pas avoir la valeur d'une consonne que nous lui attribuons.

Les deux phrases qm suivent sont un spécimen de G«tte prononciation présumée :

In Latiodecùs pronuaciatKmis et eloquenti» est Gicero.

In lathio dekoos pronwnkiationis et éloquenthiœ est ike€0,

Utinam Ciceronem audivissemus, Romani, ut pronuur ciaremus voces vestras ut decet.

O utinam kijjieronem audiwissemous, Romani, outpronwnkiaremous wokes westras out deket.

Ce mode de prononciation se rapproche beaucoup plus de celui des Italiens, des Allemands et surtout des Hongrois que de tout autre.

Cette question restée si douteuse, l'intolérance, mainte et mainte fois, ne s'est pas fait scrupule de la trancher. Ramus raconte qu'un bénéficier fut privé de ses revenas

1 Peignot, Etioi 9ur l'origine de la langue frŒnçaite , Dgon , 1835, in-8.

pour avoir prononcé qvîsqvis et quanqvam comme nous le prononçons aujourd'hui, au lieu de Iciskis et kankan.

Latin DE cuisine. — Il a fallu lutter longtemps contre Tobstination des tribunaux français à faire usage du latin dans leurs actes. En 4490, Charks YIII cvait prescrit d'écrire les dépositions en français ;en 4540, Lou's XII fut obligé de renouveler cet édit. Ce que ces deux rois avaient exigé pour les dépositions, François P' l'étendit en 4S3i aux actes des notaires, et en 4B39, par l'ordonnance de VîUers-Cotterèls, à toutes les espèces d'actes judiciaires. Cependant, vingt-si^ années après cette ordonnance, les cours supéri^ures persistaient encore dans l'emploi de la langue latine c pour les réponses J^ur requêtes et pour les enregistrements des loisroya'es, >• quoique les requêtes et les lois elles-mêmes, au bas desquelles on les inscrivait, fussent en langue française, et on fut forcé de le leur interdire en 4563 par l'ordonnance de Roossillon. Bien plus, en 1 639, c'est-à-dire quatre-vingt dix ans après l'ordonnance de Villers-Cotterets, et soixante-six après celle de Roussillon, on eut encore à faire la même défense, pour les procédures et jugements, aux tribunaux ecclésiastiques (Code Michattd. art. 27).

Cet amour opiniâtre du latin se justifiait-il au moins par une connaissance approfondie de cette langue? Nous allons, par quelques citations empruntées à des documents authentiques, mettre le lecteur en état de répondre lui-même à cette question .

1248. c On adonné à cens une vigne qui est auprès de Vif... quœvineaest aptid montatam de Vivo. » — Acer\sement, dans Valbonnais, Hist. de Dauphiné, t. I, p. 96.

1276. En Dauphiné, au xiii^ siècle, on punissait les

LANGUES ANCIENxXES. 33

adultères en les faisant troltei' nus à travers la ville où ils avaient commis leur crime, c On la (it trotter dans la grande rue, et elle était «cfaevelée et nue jusqu à la ceinture... Fvit TROTTAT A per magnam (!aaiiebiaii et erat CECHEVELATA et uuda U9qtie ad corrigieun. > — Enqu^e tirée du Mss. de Thomassin.

i45i . c Interrogée sur le danger auquel nous nous exposerons... Inlerroqata de dangerio in qtio nosponehimt48. » — Procès de Jeanne d'Arc, Mss. lat. B. Jî, no 586», f. 8rl.

liiem. f Si elle le tenait, elle le ferait mettre eu quatre pièces... Si teneret etim, feceretip^nm sdndi in qtiatum' PECIAS. > — Ibid. f. 87.

Idem, f Qu'ils n'empêchassent son voyage... Ne impcdirent sitvm voyagium. > Ibid. f. 88.

Idem, f 11 y avait cinquante flambeaux ou torches... t-rant qvinqvaginta tœdœ scu torcui^. • Ibid f. 91 .

Idem, f Us voulaient faire une escarmouche... Voletant facere tniam escarmoucham. » — Ibid f. 96.

Jdem. c D'un bout à l'autre... Ab vno buto usque ad aliitm. » — Ibid. d. f. 96.

4456. f Elle [gardait les troupeaux à son tour... /tnimalia cvstodiebat ad turnum . » — Procès de révision do Jeanne d'Arc, Mss. lat. B. 12 , n» S970 , f . 52, 55 , 5i, etc.

Idem. « Elle se mit sur le bord du fossé... Posait se

SUprà BORDVM FOSSATI. > Ibfd. f. 66 *.

Nous ne multiplierons pas ces exemples : ils sont choisis, pour la plupart, dans deux procès célèbres dont» les juges étaient des personnages versés dans le droit canonique et

* Voyei le mémoire de M. BerriaUSaint-Prix , dans m collection des Èlémoires de la Société dei antiquairei de Fnmeet t. YI.

liaas le droit civil, et des docmnents empruntés à la justice ordinaire ne pourraient que donner une idée plas dé~ TaTorable de la latinité du temps. La ténacité des hommes de robe, à vouloir parler une langue qu*ils savaient si mal, ne s explique donc que par ce funeste esprit de routine si •commun chez les individus, si commun surtout dans les ^corporations, mai» qui heureusement perd tous les jours de son empire à Tépoque où nous vivons.

. Quand Molière écrivait dans son Hfalade ima§ii\aire : Donamus Uhi puissanciam medicandi, purgamU, seigwm-

<H, etc l'art, comme cela arrive si souvent dans la

<*^icature et dans le sérieux, Tart restait, on peut le dire, ^u-dessons de la nature, et les échantillons que nous avons donnés de ce latin de palais, justifient pleinement, on en <:onviendra, le titre que nous avons cru devoir mettre en

tête de ce chapitre *.

1 C'est la barbarie de ce soi-4iaaal latLa qui ayail déterminé François 1er à le proscrire des actes da Parlemeal; Toicj en quelle circonstance : « Sa Majesté s'étant informée d'un courtisan, quel arrêt on avait renda dans on procès de conséquence où il était «lemandeur, et qui venait d'être jugé au Parlement ; le seigneurial répondit : « Sire, étant venu en poste, sur l'avis de mon pToca« reur, pour me trouver au jugement de mon procès, à peine aije été arriré que yotre cour du Parlement m'a débotté. — Vous a DÉBOTTÉ! luid!tleroi,qu'entendez-YOU8 par là?— Oui, Sire, au moins la Cour, en prononçant, s'est sernedeces termes: Dicta <:iiRiA MBdTAviT et ABBOTAT dictum aelorem, langage qui parut, dit-on, si ridicule au rai et à ceux qui l'accompagnaient, qu'il résolut.de défendre à son Parlement de s'en servir dans la suite. » Dr. du Radier, Table(te$ hittor,, II, 162.

Formation de la lajngub. française. — Le celtiqucv avec ses différeots dialectes, était la langue des Gaulois, ayant la conquête des Romains. De ces dialectes, il ue s^n parle plus que deux de nos jours, le gaélique et le gallois. Le gaélique se subdivise en irlandais, en manse et en erse qui se parlent en Irlande» dans l'île de Jfan etea Ecosse. Le gallois se subdivise en gallois, corniquc et "basbreton, qui se parlent dans le paya de Galles, dans la pro* vince de Cornouailles et dans la Baase^retagne. Le basbreton lui-même se subdivisQ en léonard, trécorien, cor— nouailler et vanneteux, qui se parlent à Saint-Pol-di&-Léon, à Tréguier, à Quimper-Gerentin el à Vannes.

Quant au basque, qui offre aussi quatre dialectes, le bïscaïen, celui de Guipuscoa, celui de la Haute-Navarre et du pays d' Alava, et celui de la Basse-Navarre et du pays de Labour, il est reconnu aujourd'hui pour une langue primitive et étrangère à toutes les autres.

Une fois maîtres de la Gaule, les Romains s'efforcèrent d'y propager leur langue, et bientôt il s'y forma, entre la langue des vaincus et celle des vainqueurs, une sorte de compromis sous le nom de romana rvsHca. L'irruption successive des peuples qui vers le milieu du troisième siècle commencèrent à envahir les Gaules, et qui natiirellement y apportèrent leurs différents idiomes, jeta une grande confusion dans les trois langues qui se partageaient le pays.

De tous les peuples qUi pénétrèrent dans leà^ Gaules, les Goths, les'Bourguignoris et lés Frauda furent' les seuls qui se fixèrent dans te partie '<kml m eempose aujourd'haî la

Fronce, les deux premiers au midi de la Loire et le troisième au nord de ce fleuve. Nous laissons de côté les Normands qui ne s'établirent qu'au commencement du x*" siècle dans la province qui porte leur nom.

Les trois peuples que nous avons nommés plus haut, parlaient la langue romane. Elle se divisa en deux dialectes principaux, le roman provençal parlé au midi de la Loire et le roman wallon parlé au nord : le premier, mélange de latin et de teutonique ; le second, mélange de romane rustique et de theotisque. La romane rustique était la langiu? du peuple, et le theotisque la langue de la cour pendant la première et la deuxième race, jusqu'à Charlesie-Chauve. Ainsi ce fut dans cet idiome que Charlcmagne donna aux mois de Tannée les noms suivants que nous a transmis son biographe Eginhard, et auxquels nous jo'ndrons, en l'empruntant à M. Peignot, la signification <le l'ancienne nomenclature des Germains :

, . Signification de Taneienne >'ouTeUo notuendatare d«

'^""^ ues nioi«. nonnneiat. des Gennnins. Cliarleuiagne.

Janvier Mois d'hiver Wintermanoht,

Février Mois de boue. Hornunk *.

Mars Mois du printemps. . Lcozinmanoht.

A> ril Mois de Pâques. . . . Ostermanoht.

Mai Mois d'amour Winnemanoht.

Juin; Mois brillant Prahmanoht.

Juillet. ..... Mois des foins Hewimanoht.

Août Mois des moissons. . Aranmanoht.

Septembre . . Mois des vents Wintumanoht.

Octobre .... Mois des vendanges. Windummemanoht,

Novembre . . Mois d'automne. . . . Hersistmauoht.

Décembre. . . Mois d'enfer Hclmanoht.

^ On pense que ce moi vient de Hom (corne, ranciesne eonpe des Germains. Or» février est le mois des libations.

On sera peut-être curieux de comparer à ces désignations des mois de l'année, celle des habitants des bords de la rivière de Kamtschatka, que nous trouvons dans la relation de voyage d'un Russe. Seulement nous n'en donnerons pas plus de dix, ce peuple ne divisant l'année quVii dix parties inégales, car il ne se règle point sur la lune.

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