‹ Curiosités théologiquesChapitre 4 sur 11 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

Nons avons le projet, dans cette dernière partie de notre recueil, de donner une idée de certains ouvrages ^ui se rattachent à des questions religieuses, ou que les bibliographes rangent du moins dans la classe de la théologie; ils se recommandent tantôt par l'étrangeté des doctrines quMls exposent, tantôt par la bizarrerie du sujet ou par la naïveté du style ; ils ont enfin, à divers points de vue, mérité d*ôtre placés au nombre des livres curieux. Ce que nous en dironis aura sans doute, à défaut d*autre mérite^ celui de la nouveauté pour rimmense majorité des personnes qni ouvriront notre livre, car, il faut en convenir, de tous les ouvrages que Toubli dévore, il n*en est guère qui soient plus complètement descendus dans le néant que les innombrables bouquins théologiques qui dorment, couverts d*nne poussière inamovible, sur les rayons des grands dépôts publics.

90S CURIOSITÉS THÉQLQGIQUES.

Lt livre du ^ophète Enoeh^ traduction tngitise par le docteur Lawrence, Oxford, 1819, ia-8.

Cet ouvrage, célèbre par suite d'une citation qa*en a faite Tapôtre saint Jnde dans son épitre, n'a longtemps été connu que par quelques passages qui s*en étaient conservés chez des auteurs grecs. Un voyageur intré* pide» qui pénétra hardiment en Abyssinie, Brece, en rapporta un»tradiicttoA éthi^pieiuie à iatfin du siècle dernier. Ce texte a été publié en Angleterre et en Allemagne ; il a été traduit, commenté, et Fattention avec laquelle on examine, surtout dans les universités germaniques, tout ce qui se rattache à la critique biblique, a provoqué de sérieux travaux sur le Livre éT Enoch. Personne en Europe n*a d'ailleurs jamais supposé un instant que ce fût l'œuvre du patriarche antédiluvien dont la Genèse a mentionné la fin mystérieuse.

Composé avant l'ère chrétienne, mais après la captivité de Babylone (un grand nombre d'idées et même d'expressions étant évidemment empruntées au livre de^ Daniel), ce livre a do l'importance pour la connaissance des idées répandues chez les Juifs à cette époque. Il est, nous le croyons, si peu connu du publia fjrançaia que ce que nous ea dirons sera sans doute absolument nouveau.

Défigurée par des interpdàtionsel œuvre de plusieurs mains, la production qui nous occupe est une suite de visions et de paraboles dont la lecture entière exige un < certain couragi». Voici en queis termea commence le livre:

«Lesparolèade bAnédietion d*Énodi par lesquelles il a. b^ les boBunea Justes et élus qui devoientexister^ dansie temprdé trouble, rejetant les hommes pervera et impies, Ènocb, homme Juste qui étoit avec Dieu»

CimiOftlTÉS THfiOLaGIQDBa. Stit

pfti la pirok et dit, tânâis que ses yeux étolent on* vens^pradam qa^ileomemploit ane sainte vision dans Maeieax : « Voici ee que les anges m'ont fait voir: e*esl « d'eu que j*aienteii4a tontes choses, et 6*est par leur «- seooars que j'ai comprisee qoe je voyois, ee qaidoit «arriver, non dans la génération présente, mais dans « one génération à venir et à nne^poqne éloignée re- « lay?ementaaxéiis. »

Au millea de bien des incohérences elâesrépétitUas ^ tieaoKnt en grande pattie à FéCat fàobeux ébms leqBiiB0 troffvest^es copies de«e carieni monamem des croyances des Israélites vers Tépoque des Biacfaabées» OBreseoatre un véritaUe traité de cosmogonie etdastf0B»Biâe t il y est qoestloi de la marcbe du soleil et de la )«iet de la division du temps éù années, en mois et en joars, des vents, de la lumière du soleil et de celle de la lonev Cet exposé est d*ailtoirs rempli d'absurdités, et Tigoonmee la fdas grossière s'y montre sansdéioar^ bien qee laateBr prétende s'-dtre borné à reproduire € les cMoBSB^iae^^ expliquée» Urrel» le saiot ange qui étoit anr«> moi, lui qui est otorgé^le la condaite-desastieu-pour teujoare, jusque ee quesoit effeolué un nouvel ouwage^ sera éternel; n

Parmi les visions d^Énoeli, il eu' est' qui oflnrent unebistoiraeinbléQiatiqne du peuple* juif depuis la naissance de ea«ietti'Abeljutqa'àrépoqued^Hérode;Notts niusf bornerons- à dire que l'uniformité et la monotome de»*eaibltaies font peu dhonueur à 1 imagination de l'auteur. Quelques passages semblent d'ailleurs indiquer une main cbrétienne.

I^e lÀvre d'Bnock est divisé en chapitres de dimenaiiAa&riiiUi^aes; UeQ4ia*q{û n'«ntq^e deo&oa trois. viisets^UBdfa^qne tfianMiiei^Mf fflfsnwmt jjus d» gjMk tre vingts.

^ M. SiWestre de Sacy a obsenré que le 68* chapitre coDtfent des détails assez singaliers sar les secrets que les anges déchas ont enseignés aux hommes. Parmi ces secrets se trouve Tart d'écrire.

« Le nom du quatrième des esprits coupables est Tenemue; c'est lui qui découvrit aux fils deshommes tous les secrets de la fausse sagesse.

a 11 leur enseigna l'écriture et leur montra Tucagô de Fencre et du papier.

« Aussi par lui on a vu s'égarer ceux qui se sontéga* rés dans leur vaine sagesse, depuis le commencement du monde jusqu'à ce jour.

« Car les hommes n'ont point été créés pour consigner leur croyance sur du papier au moyeu de l'encre.

« Ils ont été créés pour imiter la pureté et la justice des anges.

« Ils ne périssent que par leur trop grande science. »

Dans le but do donner une idée un peu exacte du style el des idées qui forment le récit des visions dpnt le Lit^e d'Enoch est presque entièrement composé, nous reproduirons un passage d'une certaiue étendue (i).

« Ils m'enlevèrent dans un endroit où il y avait comme un feu dévorant, et où, selon leur bon plaisir, ils prenaient la ressemblance de Thomme.

«Ils me conduisirent sur un lieu élevé, sur une montagne dont le sommet s'élançait dans les cieui.

« Et je vis les trésors des écl iirs et du tonnerre aux extrémités de ce lieu, dans l'endroit le plus profond. 11

(1) Nous nous servons de la traduction de M. Tempestinî insérée dans lé tome !<' du Dictionnaire des livres apàcry' phes de l* Ancien et du Nouveau Testament (1856), lequel fait partie de l'Encyclopédie théologique , mise au jour par M. l'abbé lllgne.

CURIOSITÉS THÉOLOGIQtJfiS. S«I^

y avait là un arc de feu et des flèches dans an carqadSt emne épée de fea, et tome espèce d*éclairâ.

. c( Puis ils me transportèrent auprès d'atie eau jaillis- ■' santé, et du côté de l*occldent vei s les fenx du sdotl couchant J'arrivai à nne rivière de féu qui coaîalt : eomme de l'eaa et se jetait dans la grande mér ooéidentaie. ' ' :

' « Je vis tons les grands fleuves, et j'arrivai biânidt au milieu des noires ténèbres, dans ces lieux où tonte c^ak ^émigré; je vis les ihontagnes de ténèbres qui pfodui- , fient l'hiver, et l'endroit d'où les eaux 9*écôn)etH da&j^ ^ leurs abîmes respectifs. ' ' '

! , « Je vi» aussi l'embouchure de tous les fleuves àa monde et celle de l'abime. \ •

« Puis j'arrivai au réservoir de tous les vents, et Je remarquai comme ils servaient à l'ornement de la terre et à la conservation des foodements de ia t*^pe,

«Je vis. la pierre qui supporte les qua^é xmgles de la terre. : ,

« Je vis aussi les quatre vents qui soutiemieiit la terie a le firmament du eieî. j y

«Je vi$ les vents qui soufflent dans les hauteurs da ciel*

« Ceux qui à'él^vent entre le ciel et la terre et qui formant les colonnes du ci 1. .

«Je vis les venis qui foat tourner le ciel et qui entràtni^t dans leurs orbites lé soleil et les étoflev; et; audessus de late*re, je vis le vent qui supporte les nuages. « Je vis de TbXtrémité de la terre le -firmament du ' ei'el qui pèf^e sur elle. Aiors je me tournai versïe midi. .' « Là àrûlaient nuit et jour àix montagnes de pierrts ' préciétrses, trois du côté de l'orient, trois du célé^^a -midi. ' t

^ - « Celles du côté de Torient se composbient^de pl^îî»s

, |9 4J^y ^Ks^» aoiidiQQrs» 4fl pcrlQ9 a d'aAlânoâie.;! cèUes 4q côté du T«W!«laii6Di,(]o^.pi6rff«6!fQ«9»9>i>I:jà^^ somnst .fi?6toTatlJosfia*aU'0i^l eoHKM lie^irèfie idn Qiesiyl était lA^lb^tr^y^ettlaaisi^parAie Mipérienm^B siphir.teiës )MUl»>lei!ft)Ufanldnt Q«i<Mtl«*(<^ur le&(ni«iftagntd;}i)Oo t< ,<^(L$^ 2^96i jerYia (bBaune jrégioEtiiniisQijiseUe>liaa qèi les eaux étaient rassemblées. nU^

rr i«i[i9 i«i6hatias^ile« ^oi¥»«B delà tenrtf eadiéceddosles iQûtoiuiMi0(QbKa6éi$S;4le»iûi6ux< . o. ^ un

>iri(Etf 4ads cfts.ftolofio^ 4(1 eie)^ |ei^/â6/deisièQS#ii 4eiÂttisaaia»t • sans i mombreM toaisr .ni (eùi baut^mviën! iha. Aa-dessas de ces sources, je vld!imi^reâtiitdêB*a¥iIit mi le^ptnanefDtiau-éèsMfiii'Ui lû.ftérle^aa-alessèos ; il n'y avait pas d'eaaetrien à'dcdtifteiBiûogsQcÉM^'e^éttit

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j i4ctSi ià j;ap«rgq3'$^iéli»t)e6^ iMittaalftB^ (xii](ni»iâts

montagncAide toi^oa conuiiâide suhiimtSH»pnt&j >. lo D : * A^ors ïfOig^ diti : ! n iCet j eadri^it «eraj nfe.(|ii>à ik non-

« soromation du ciel et de la terre la prison desiileiiès ^retâesianrnéetcdutefeLj) / ' ■• . , p -'> > ^.ijt^ '-•. -^i.»

a Ces étoiles qoi roulent au-âa«SQ8idnil«»,fictfl6bllts x^ciiMtilrabseleeaéilesioaiDnmn^mttits^^ Oiealdvant

la fin de leur épreuve. Aussi les a-t-il enchaîoéesiites tCB lîeirjasqA'àiCbJfio'^les^ttiiliiexpié ielupcriiQd dans

Tannée mystérieuse.» .1 i • al ^ i : < u - c-ù u\ i\nA -;.'. 'iip J^i .' ',•> ' *! n .'"' J.'H !tj) ^ iT tv <.'jt ^i/ ni »

ftWW«pwCj?APt^oi*«fi.lH^zafKiftçiv $i^h0f«S(mNeAiaîtes. a été très-improprement appelée Chrétiens de .MMtf-

CURIOSITÉS THÉOLOGIQUfiS. ^7

tSmalkJiimie. Le jiom SkndAÏUs Yient de mmda^ science, et dans les idées que professe cette tribu on remarque de nombreux empraotstiits aux cabbsLlisles. «Elle tend d^ailleors à s'éteindre; il y a déjàprès de ^nqaanle ans q»e sa sitaaiion était ainsi retraoée4aas tme lettre de M. Rousseau» vice-consal de France X BassoFa, publiée par M. Sllvestrede Sacy.

« Réduits au nombre de quatre à cinq mille, les Sabéens sont opprimés par les Turcs et les Persans et vivent dans la misère et dans l'abaissement. Ils ont plusieurs prêtres qu'ils appellent aussi mollahs. Il y en a un pour marier les filles vierges, un pour celles qui ne le sont pas (le premier ne voulant pas se charger de cette cérémonie, y attachant une espèce de déshonneur), et un autre pour remarier les veuves. Depuis quelque temps ce dernier est mort, et personne n'ayant été nommé à sa place, il arrive parfois que, fatiguées de leur viduiié, quelques-unes de ces femmes se foDt musulmanes afin de se procurer un mari. »

Tous les manuscrits du Livre €Ailam sont divisés en . éeux parties, disposées dans le volume de façon que, lorsqu'oii en tient une devant soi pour la lire, l'autre se UOBve renversée la tète en bas; il résulte de cette disposition que chacune des dv.ux parties conttmence avec le premier feuillet du volume, suivant le sens dans lec^el on le tient, et qu'elles se rencontrent par lear fin dans le corps du volume.

L*ûuvrage eniier ne remonte pas à une liante anti- .quitij; sa rédaction n'a eu lieu qu'après rappiirition du maboméiisme, mais il a certainement conservé des lé- ^giHides, des opinions, des tragments qui appartiennent à Jine date bien plus reculée; le nom de Livre d'Adum parait venir de ce qu*il y est fréquemment question de

la formation d*Adam et de ses rapports avec les bons et les mauvais génies.

L'autear ne se donne pas positivement comme inspiré, mais comme il fait souvent parler les génies, comme il raconte des choses fort élevées au-dessus des connaissances de Thomme et de beaucoup antérieures à la création d'Adam et mèmu à celle du monde, on ne saurait douter qu*il ne se soit attribué Finspiratlon divine, ou qu*il n'ait du moins supposé qu*il puisait sa doctrine dans des livres révélés.

Les livres des Meudaïtes sont écrits dans un dialecte chaldaïque ou syriaque fort corrompu; les caractères diffèrent essentiellement de tous ceux dont se servent les autres nations qui parlent, ou plutôt qui ont parlé autrefois la langue syriaque et qui en conservent Tusage dans la liturgie; des singularités orthographiques rendent en outre très difficile la lecture et riutelligence de ces écrits, déjà inintelligibles en grande partie par ia nature même des sujets qu'ils traitent. C'est un assemblage d*idées fantastiques, de rêves d^one imagination échauffée, d'actes et de raisonnements attribués à une infinité d'êtres d'une nature étrange, et qui n*ont aucune réalité ; c'est, au milieu des détails de la plus absurde cosmogonie, l'histoire d'un monde imaginaire peuplé par des milliers de génies dont les noms mêmes sont aatant d'énigmes presque toujours insolubles.

Unmembre de l'Institut, un écrivain de talent, M. Renan, disait, il y a quelques années, dans une lettre écrite de Rome et insérée dans \e Journal asiatique^ qu'il avait trouvé an musée Borgia un manuscrit contenant en représentations figurées tous les systèmes théologiqaes "des Mendaïtes avec un texte explicatif, « livre bizarre dont les figures révèlent le plus étrange renversemest d'imagination, v

Noos avions préparé un aperçu des doctrines exposées dans le Livre (TAdam; mais, malgré tons nos efforts pour être clair, ce résumé resterait forcément trop obscur, occuperait une place considérable, et paraîtrait sans doute offrir, en définitive, bien peu d'intérêt. Nous croyons donc devoir le retrancher.

Confessionale Antonini, iioe Summula eonfeuionis utiliisima^ 1510.

Ce livre, rédigé par un archevêque de Florence, est curieux à certains égards; on y voit que Tarticle des cas réservés aux évoques et au pape était déji chargé à cette époque; plusieurs casuistes réduisaient ces cas à quatre ; d'autres en admettaient cinq , d'autres bien davantage. Quelques auteurs modernes en posent trente- ~buit et annoncent n'avoir pas fini.

Le Confessionale se perd dans un cortège de distinctions sans fin ; an sujet des restitutions, par exemple. Vautour établit vingt mains rapinantes, lesquelles ayant chacune cinq doigts, donnent cent modes de rapine, et, par contre, cent modes de restitution.

Divers ouvrages relatifs à la confession sont vraiment singuliers. On peut signaler notamment VAccmatùm correcte du vray pénitent^ parle P. Chauvaud, jésuite, 1676. Ce volume, devenu rare, présente quatre dialogues des plus singuliers entre le confesseur et quatre espèces do pénitents; le premier est un idiot grossier qui ne dit rien ; le second une fine bête qui ne dit pas assez; le troisième une impitoyable bavarde qui dit beaucoup trop, et qui, tout en accusant ses voisines, oublie de s'accuser ellî-même; le quatrième, enfin parle comme il doit.

Les cas de conscience, les distinctions à établir entre

les péchés ont provoqué des livres étranges doHt la i»tore nous interdit tonte citation. Les Dfsputatùmes de $êmcto mtttrinumio da jésnite Tbon^as Saneb^z ne rempUsseot pas moins de trots vo urnes in-folio eteonit res-* téescéièbres par le scandale qne causa la nature d^ dé-tails scabreux abordés saiis nul ménagement par œ téméraire casuiste, dont les intentions étaient sans doute parfaitement pnrts, mars qui avait acquis, an confessionnal; des connaissances effrayantes. On distingue aussi, au point de vue de la naïveté avec laquelle certaines fautes graves sont décrites, la Somme des pécftez et le remède d'icevtx par le P. Benedicti, Paris, ^887, infol. (plusieurs fois réimprimé). Quoique rempli de détails qui paraissent aujourd'hui choqaantSi œ livre est' dédié à la sainte Vierge, et il est ainsi un témoignage && l'ingénuité de certains auteurs 11 y a trois siècles eii^ Tiron.

En 4782, un missionnaire, le P. Féline, ût ioipri»er i Ca«n uto Catéchisme des gens mariés qui dertnt UB objet de scandale; les détails les plus libres se trouvum mêlés à des préceptes moraut et religieux. L'autorité supprima ce livret dé 53 pages, qui est de^'^nuau]6aI^ d*hni excôssivemcirt rare.

Les'Oeitêsdet Mstàiret-nmiaines translatées en f^anfûgwi Paris, isn.iû'M.

Il s*agit ici d*un recoeil d'historiettes très*répfiMrà«. ettrès^goùié au moyen âge. On y iroure le récit d'os grand nomrbre de traits satribués à des emperenu's romaii»> souvent imaginaires; mais un grand nombre de ces anecdotes ont rapport à la légende, et ehae«MF d'elles est suivie d'une tnor^k'^attonquien donne Tespiktttlou as point de vue religieux. Éerit d'abovii^ en

CURIOSITÉS HffÉGliOCIQDBS^^ Silt^

latin, tradait en fratuçsis, Biifaii^s;! eu lâlctfidnè'/èfi) livre fat reproduit maiatesrfoiëdéd roi$rgiaet^irimp(«l^l merie; tous lesmanuserrtsrtbmes ]^iSiéditlm)6ldi41tS^ rent. Des érudits se .onti efforcés: to réohdrdukle^ origines, de constater les i9iltatidiis'dedes'réi^l$(|til^ les prédicateurs, les moraliste^; loi écrWftiiislkscëti^MI da moyen âge ont reproduits ëoustièm^eài^l&rBfiîe^? 11.^ en est de fort longs, qu'il serait dilAèilèdeilirè'santftè^'f nni: nous nous contenterons de .plottër ici J eètiAh^'' spécimen de cette composition, si en^fâYeuriilf â'Iqbel''^ qoes siècles , deux chapitres que nous otnii^sioû^ià^ dessein parmi les plus courts. ï ') n .! î > îi.p

De la liberté de son franc ar6i/wN ^ i ni » ^q

Jadis aucun roy fist telle loy que le plus appi^oc^i- Tlseroit l'héritage, mais le jeune choisiroit. L'autre fut qu'il estoit au fils de Tancelle prendre la possession a&sâ bien que aux fils de franche condition. Il adfJbt qos les deux frères, Tung légitime, Tantre de la chatnM berière, diyisèrent Theritage. Le pins ancien diviW ainsi : en Tune partie mist tout Theritage, mais en* TanCre ntst la mère de son frère, car son frère pensât aymer sur toutes choses sa mère; par conséquent ïk esleni sa mère pour laisser Theritage, sp^rant de son* firôre quelque chose lors obtenir, mais il n'eut aucun» chose. Devant le juge s'en alla son frère lors^accoser qu'il l'avoit de son héritage frustré. Son frère respondit qu'il l'avait deceu, car celuy qui divise n*est point circnmscrit, mais celui qui eslit.

M&ralisatioH sus le propos,

Dion le pète jadis eut deux enfans, roBgdelacbaa»» berière', l'aiitre de i'eepottse. De l'espoase sailHt Jeen*

Hl CURIOSITÉS THÉOLOGIQCES.

ebrist, qoi est de Tessecee propre de laquelle si est e jpère eomme coeternel. Delachamberière, Tbomme, qui est quant au corps de terre créa, et cestoy est le 9<^Qâre, car il est fait en temps. Jesachrist, Tenfant piQS aneien, divisa IVritage, car ta terre inist en l'une partie o*esl assavoir les choses terriennes; en Fautre, le^ ciel , qui sont les choses célestes ; toutes fois à lliomme donne releôtion, si qu'il choisist sa mère )^ tfdire. Le pécheur, contempnant les choses célestes, eslist la terre; parquoy il ne peuH accuser son frère, ^r celluy qui divise n'est circumscript, mais celluy qui eslist. Doncqaes il faut bien eslire, qui yent estre riche, non pas follement comme les mondains qui préposent les choses terrestres aux célestes.

Cùmment la vie présente pour vray est la vie de rémission et de grâce.

Le roy Alexandre mist une chandelle qui ardoit eu M salle, puis envoya ses heraulx publier et faire crier par tont son royaume que si aucun offensoit, et il vint cryer miséricorde durant que la chandelle ne seroit gastée, qu'il obtiendroit; et aussi s'il ne venoit quV i>rès Textinction de ladicte chandelle, qu'il seroit pugny de malle mort. Plusieurs par ce moyen eurent miséricorde, mais aussi plusieurs faisant le contraire furent occis et périrent de malle mort.

Moraltsalion sus le propos.

Par le roy Alexandre nous pouvons prendre Jesachrist, Roy des roys. Il a mis l'ardente chandelle, qui est ceste présente vie, comme la chandelle transiloirement passant pour avoir remission ce pendant quelle durera. Les heraulx sont les prédicateurs, qui de jour

en jour nous publient la diyine miséricorde , bonté , doulcenr et amour qui sera faicte tant que cette vie durera. Car en Fautre monde point n*est mention de pardon. Dieu est tout miséricordieux , comme dit le prophète royal David : Misericordiœ ejus êuper omnia opéra ejus.

Epistola de mUeria curatorum seu pUhanorum,

On connaît diverses éditions de ce livre imprimées à la fin du quinzième siècle.

Que de tribulations éprouvait alors un pauvre curé! Le plaignant énumère neuf diables déchaînés contre lui, de là neuf chapitres de lamentations, dont la naïveté nous paraîtrait aujourd'hui burlesque, te troisième démon qui conspire contre le repos du malheureux ecclésiastique, c*est sa servante; infidèle, paresseuse, acariâtre, et qui lui fournit cependant plus de sujets de tentation qu*il n^a de cheveux sur la tète ( Per quam habes toi tentatûmum $tmulis quantum in eapite geris eapillos).

Les foun heureux et périlleux de Vannée révélez par l'ange au bon Saint Job,

Opuscule de quatre feuillets, petit in-4, imprimé à Paris vers l'an 1500.

Il n'est pas sans intérêt , parce qu'il reproduit des idées superstitieuses dont nous avons déjà dit quelques mots, et qui après avoir longtemps exercé un empire absolu, ne sont point encore tout à fait éteintes dans les campagnes. H y a des jours dont certaines heures seulement sont à craindre : en décembre, par exemple, suivant un calendrier manuscrit du quator*

8U CUBIOSITÊS THÉOLOGIQUES.

ziôme siècle, oooserîéàUBiblidibèc^a&IiBpéri^a^lttiia est périlleax âep«îs<âix heures 4a matiajusqu'àoaze; le 14, depuis six beores du ouOiii insqa'àseil. Uft toa>lendiier ainsi criblé é» sigaes^ aaMçaiiU , resseiaUei à oacbeminsefnédeeiMHMses-lMppeâ^ Le Bùwbmé^^ jours périlleux et leur indication yarient d'ailleurs dam» les manuscrits» et ils ne sont pas à beaucoup près les mêmes (i).

Le manuscrit français de la Bibliothèque Impériale (665, Suppl.) nous apprend que tels ou teb jours sont réputés périlleux , en souvenir des plaies qui frappèreatrÉgypte, mais il protest» sageoMoioeiiM^oeiie erreur :

Ce dit est faux et très iiique Et cootre la foy catholique.

Une légende est jointe quelquefbis aux calendriers, pour lareccHumandation du yeadredi. En voici une copie d\in ancien manuscrit :

« Au jour du vendredi, Gain ttia son frère" Abel.

Au jour du vendredi, les fils d'Israël entrèrent ^dats la terre promise.

Au jour du vendredi, Moïse le prophète mourut sur le mont d'Alburon.

Au jour du vendredi, mourot le propbète^ îhfiét.

Au jour du vendredi,' Élie décolla les trois cents et quarante faux prophètes.

Au jour du vendredi, David tua Goliath.

Au jour du vendredi, saint Jean-Baptiste fût décapité.

(D-JlHis empruftiMu ces déttilsiàune rafiBVse ooliee de^li. L. JMftflé sur les eàtÊnOpHr» cmamt r««ifr£fMfi«$ in^ séiée^aastfahikvutf <!imê$mpmmm9f q« du 8i4éûMiibr«'M57.

COmOSlTÉS THÉOLOGIQUES. at&t

An jour du vendredi, I© roi Hérode Ot massacrer les lûDocents an nombre de cent qnarante et trois mille.

An jour dn vendredi, saint Etienne fnt lapidé.

An jour dn vendredi, saint Gabriel commença Tlncarnation Notre-Dame et rincarosition Nôtres Seigneur Jésns-Christ.

Au jour du vendredi, Notre-Seignenr fut crucifié.

An jour du vendredi, Notre-Dame trépassa.

Au- jour du vendredi, saint Pierre fut crucifié, etc.

Et pour ces raisons^ devons nous être en abstinence et plus contraindre noire chair le jour du vendredi que nul autre jour de la semaine. »

Le Dessert de dévotion qui est uny traiclé plaisant, utile et proffitaUe à toutes manières de gents devotz, Pi* ris, s. d.

L'auteur de^ œ livre mfystique et singulier ne s*est; point nomoié, BNiis il nous appfWid qu'il était ùète mineur à Abbeville, et il nous révèle son non dans un acrostiebetHeori Caupin). Selon un usage à la mode aa quinzièmesièclCfilsuppose que dans le cours d'unson^^e^ il dit et il voit beaucoup de choses.Transporté dbns un désert^ il y rencostre dame Dévotion revêtoe de riches habits. Un dialogue s*engage entre eux ; la noïAe dame décrit ton^sesr habrts, toas ses omements ; ce sont ath tant de pieux symboles. Le bon frdre voit ensuite passer sous ses yeux tons les actes de la Passion, ce qui loi suggère autant d oraisons. Il roèle à sa prose des vers qu'on sera peu disposer à aller lire, lorsqu*on aura pu en JQger par le petit spécimen que nous plaçons ici :

Yostfe devlrflls^ lestis endura»! mort ' Mordit enfèrpar puis saote mersure,

110 CURIOSITÉS TUÉOLOGIQUBS.

Sure pressure eu ses membre sa mort, Amortissant sou saioct corps pour Tommort Mort par péché tirer de chartre obscure (1).

MarehanOie ipirituelU. Très Hnguliêr^ dévot et salutaire traieté, intitulé la Marchandise spirituelle, ordonnée et distinguée en sept régions spirituelles, selon les sept Jours de la semaine, et estladicte marchandise très utile et nécessaire à tous marchans et marchandes et généralement à tous bons chrestiens qui désirent de gaigner le royaume de Paradis, Lyon (vers 1521) in -8».

L'aatear anonyme de cet ouvrage singulier, dont il existe plusieurs éditions, a longuement paraphrasé ces deux versets : iVis^ottammi dum vento;— Videte regioncs guum alhœ tunt ad messem; il les traduit ainsi : « Marchandez spirituellement votre vie durante, jusqu'à ce que je vous vienne quérir; voyez et considérex les spirituelles régions, car vous y trouverez de spirituelles marchandises fort délectables, lesquelles facile» ment vous pourrez spirituellement marchander. »

En parcourant les sept régions spirituelles qu'annonce son titre, Tauteurdece livret écrit des passages du genre de celui-ci : «Le corps humain est fait aucunement à la semblance du ciel, car, comme le ciel est rond, ainsi la teste du corps humain est ronde , les deux yeux de la teste enluminent le corps comme le

(i) A regard de cet ouvrage et de quelques autres dont nous allons parler, nous avons fait usage des renseignements que fournissent des notes qui accompagnent dans un recueil bien connu de tous les amis des livres rares ou curieux (le Bul^ letin du bibliophile), l'indication de ces mêmes livres commt se trouvant en vente à la librairie de M. Techener.

soleil et la lune enlaminent la terre, et les chevenx de la teste sont comme les estoilles aa ciel. »

Le Livre de la Discipline de Vamour divine, Paris, 1519.

Une courte citation de ce livre montrera de quelle façon les écrivains de répoqae s'y prenaient pour dé* yelopper des considérations morales qu*on trouvait alors fort édifiantes, dont il serait impossible de lire aujourd hui deux pages.

« Moult noble et digne est la créature humaine, la* quelle, selon Famé, est image et semblance du Créateur, et selon le corps, figure et semblance de toutes créatures. Le chef rond et clos par-dessus, où sont les sens corporels, figure le ciel; et les yeux représentent le soleil et la lane, et les autres sens les étoiles. Et comme est le monde gouverné par et selon les sept planètes du ciel, aussi il y a au chef humain sept trous, entrées et issues pour gouverner le corps sensiblement; deux es yeux, deux aux oreilles, deux au nez, et un à la bouche, par lesquelles 1 âme fait ses opérations corpoi'elles et spirituelles.. Des qnatre éléments appert plus la clarté du feu es yeux, Tair en la poitrine, Teau au ventre et la terre es jambes. Les os du corps humain sont représentation et figure des créatures qui ont être et n'ont vie ni sens comme pierres et métaux. Les ongles des pieds et des mains , et les cheveux qui croissent et décroissent insensiblement, signifient les créatures qui ont être et vie végétative , lesquelles sont insensibles comme plantes et herbes ; le corps hamaiu est figure et représei>taiion du grand monde, et il est image et expresse semblance de Diea créateur de toute créature. »

Les vieux auteurs se plaisaient d'ailleurs beaucoup

à chereber des allasions et des ra{H>rochefli6Bts û*éb devaient rësalter des préceptes religieux. Sc/bls «e rapport, Doas mentionnerons le Donatus de Gerson. On sait que ce nom de Douât désignait une grammaire la* tine très en yogne dans les écoles du quinzième siècle. Ici les termes et les définitions de la grammaire sont employés dans an but d'édification, mais les idées soat bien forcées. Voici nn échantillon des demandes et des réponses qni composent cette frummawe apirilueUe, regardée alors comme nn cbef-d'oeavre fort ingénieox:

« Qnid est pronomen?

« Sicnt homo est nomen tanm , ita peccator est pronomen.

« Gnjas decllnatiMiis est verbnm bomo?

« Tertiae, qaiadecUnari etbumiliari^ebet trîpliciler coram Deo. »

Il est fâcheux que homo n3 soit pas de la cinquiènn déclinaison, car le précepte d'hnmilité seraitnumériqnement encore plus obligatoire.

Tractatfu de impoUuris et ceremoniis Judœorum nostri temporis, auct. Conraio Heusero, Basile.T, 1375.

Un grand nombre deliyres imt été composés par des contcoyersistes zélés, et dirigés contre les juifs. Notts nonsdispeanserons de les signaler tous.

Parmi ces divers écrits, celui dont nous venonade transcrire le titre n*est pas no des moins dignes d!atieftiion comme témoignage des préjugés de. l'époque. Uaatear traite les Israélites de magidens, de soccietSi d/lasuriers; il dresse une table assez cnrieuse desjains nsuraires attribués aux juifs par le prêt d'an seuIAom^mif à raison de deux oboles de Feanofort d'intérêt

CURIOSITÉS THÉOLOOIQDBS. 819

par semaine, rendra» boat de st-x ans près de 90 fiorhis, et au bout de vingt ans 2,59 i florins, «a florin?, prêtés pendant Tingt anc, au môme taux, donrtent à Tuserier un Mnéfice de b\,SH florins. Nous «e nous cbargeons pasf^Yérfêer «es calculs.

La c(»tolu^onde l'Altemand Conrad Hea?er est sette dinssarcHlefese; il conseille asux princes t^pétieos d*6Xtenniner la raee dlsraél.

Nous nous garderons bien lie rteu'eîtffr de Pennuyeux recueil d*injures coiitre (es Israf^lites, puMié à Venise en 15^, sous le titre û^HadrianiFim Ferra' riensk in Juëœos ft lyellum. C'est un in-(oliode'6i6 eloaillets à deux olonnes, d*un caraetère très fin. Le ^^ûetatus *<M Judmunun perfîdmm eœlirpmdam de •Pierre' Niger, imprimé à Es^ingen, en '1475, est teut ^liOiSsi'acrimonieux, mais il se recommande aux bibffo- ^Uedpar une circonsiance particulière. C'est le preteièt^itFe où Ton ait fait usage de caractères hébreux. -ÈfouTnagede Porcbet de Salvatrco : Victoria adversns ^^mffhâ^^lkfèfrœos, Paris, 1310, în-lol., n'ayant pas un -lemSlable mérite, est comptétement oublié.

'iet'Sin^iieii âei "^Huguenots, Hïarmots et Guenons de la ^*n&wffêl^dêriyién Theodobeszienne, contenant leur arrest hùêê'tmimwijaÊitfiàgmHent de r^son nalMrel, eômposépar sei*ri*iini)ii^.4'iim, 1574,8».

,e*î'Vi;.' ^ .^ . -j; '■

©i' tdtt^ af^onsicfeoi^î îc© volume comme offrant un ritfciPtittot^fto |{^l6it«idapi^ par les contre versistes du imfièmejtJàcle.pnQM^pf^nlUtrès-Jk^ien.que la dérisim Theodobeszienn^.Hf^&i^. laidûOlrtne dfun des plus eha- •iMNlMCifqari» A^ jG»Vwp»5ÏW0(k)re de Bèze. Le livre .fMitMl34ivoiijS;-t(»|!i^]le$iy(^xe&t iii\ parallèle continuel lJ|p8^ii^Qiimésu»ve«î>l99iSlngi^.9ll^^ d'en transcrire

qaelqoes passages pour montrer quelle aménité régnait alors dans les disputes :

« Les hérétiques theodobesziens sont tant cauteleux, ingeaieux et malicieux, que ne sçaurions mieux les comparer qu'aux singes, marmots et guenons, lesqueb n'approchent jamais du feu que la hart du fagot qu'on y met ne soit premièrement brûlée et rompue, peur que ledit feu ne rejaillisse sur eux ; tout ainsi ont fait nos ennemis et adversaires de yérité; tant que la hart de justice a tenu bon et qu*elle a été forte et puissante poQr les pendre et brûler, sans rompre ne ployer, jamais n'ont osé approcher de la fumée, ne ouvrir la bouche pour dire ce qu'ils avoient sur le cœur; mais depuis que ladicte hart a été rompue, et qu'ils ont eu la liberté et permission de parler et prêcher leurs bla^ phëmes contre Dieu et ses Saints, lors ils n'ont plo^ craiDt d'appro( her dudict fdu, et sont venus jusques devant la Majesté du Roy et de tous ses magistratA#t gouverneurs vomir leur fétnlence et vilenie au eoociliabule do Poissy et crier par toutes les rues de P((ri$, jusques en pleine cour, vive l'Evangile! vivni'EvMigilel voire l'évangile du diable d'enfer qui vous puisse rompre le col et les jambes, de vous avçir.doaioé, licence de faire le beau mesnage que vous^ayez f^jpar tout le royaume de France et d'avoir sacrilège «I relire hors des religions les sanctimonales queVou^ avez subornées et perverties de leur discipline régulière, leur faisant entendre qu'il est impossiUe de garder le perpétuel vœu de continence, suivant ainsi la uatiif« des susdicts marmots et gueoonsrquisÔQt les plus luxurieuses bestes de tout 1^ mjovdé..;. ': > ' < *'^^

c II y a des singes domestiques et prlv^ qui4iB>lMiigent de la maison, toujours eBchaynés]^)e^"ttty« nant une grosse bouUe ^au bout de leur db»^i»,?^

CORIOSITÉS THÉOLOGIQIJES. 321

iourae de çà et de là, et ne font autre chose qae boire et manger, par lesquels nous sont figurés les marmots hérétiques couverts d^hypccrisie et simulation, qui sont nulUus religionis^ mais parfaicts atheistes, roulants leur boulle langagere de côté et d'autre pour adhérer et complaire aux seigneurs et dames selon la religion qu*ils tiennent, et telle manière des singes privez sont . beaucoup plus dangereux que les forains et descouverts, qui disent tout ce qu'ils ont dessus le cœur^ au contraire des simulez qui disent d'un et font d'autre, ayant toujours la boulle d'athéisme qui les entreine et faict tomber en étemelle damnation, et tous ceux qui les hantent et fréquentent.

« Les guenons aussi ont une longue queue et sont merveilleasement chaudes et lubriques, comme sont aussi celles de ladite dérision qui ont ordinairement une grande trouppe de singes et marmots à leur suite et queucy semblable à celle du dracon de laquelle parle sainct Jean en son Apocalypse, chapitre douziesme, faisant tomber la tierce part des estoiles du ciel, ce qu'elles font par mesme moyen, attirant à leur luxure une infinité d'apostats et moynes reniez qu'elles font tomber du firmament de l'Ëglise en éternelle damnation, de sorte et manière que lesdictes guenons huguenotes attireront et divertiront plus d'hommes en une heure de nuict que ne scauroient faire les singes et marmots en un an, à raison de ladicte luxure.

« Outre plus, le singe ne veutouyr parler de l'Eglise. Quand le bastelleur en faict ses jeux et qu'il lui parle d'aller à la messe, il rechigne et claquette des dents comme un desespéré, mais quand on luy tient propos ûe la taverne, lors il se resjouit et faict dix mille soubresaulx. Ce que font aussi nos susdicts singes et marmots qui ont en haine mortelle TEglise de Dieu, et au

Sis CDIVIOSITËS THÉOLOGIQUES.

contraire aymcot la taverne pour le bon via qui leur faiet faire mille singeries, et pour les bons et grans morceaux qu'ils ont en recommandation, aymant trop mieux un jour de bonne chère qu'une heure de jeûne et d'abstinence. »

Arthur Désiré a composé divers autres ouvrages que leur singularité fait rechercher de quelques amateurs. Toici le titre de l'un d'eux : Le grand vhemm céleste de la maison de Dieu pour tous vrays pèlerins célestes traversant les désertz de ce mondes et des choses nécessairts et requises pour parvenir au port de salut. Paris, 4568, in-S**. Ce livre est en vers; nous nous reproche* rions d'en transcrire un trop long passage.

Premièrement pour bien marcher En ceste vie transitoire.

Si vous changez d'habit trop cher Qui soit fourré de vaine gloire.

Pour i^ous garder de l'insolence Des eaux et vents, soyez vestus D'un beau manteau de patience Paismentéde toutes vertus.

Et pour rabattre les chaleurs De chamelle concupiscence, Portez un beau chapeau de fleurs, ,

D'honneur, de jeune, d'abstinence*

Pour saulter les mauvais passages Appuyez-vous sur le bourdon De la croix, si vous estes sages, Car il est fort, puissant et bon.

MiraeUi dé Nottre-Dame de Liesse, Paris (vers 1S60), petit in-S».

Ouvrage plusieurs fois réimprimé et qui raconte une

CURIOSITÉS THÉOLOGIQUES. 9i% .

histoire surnaturelle qui, au moyen âge, ne fût pas mise en doute. Un prologue en vers (et quels yers!) sert d'introduction au récit.

Bons pèlerios qui avez dévotion

Et voulez croire sans douleur ni tristesse,

Lisez ce livre par bonne affection ;

Vous verrez comme fut trouvée Lyesse

Dont la feste est le huitiesme de septembre.

Et ce jour- là si ^st la dédicasse : [

Très grands pardons, ainsi que pie rencombre,

Donnez-y sont de très grande efficace. -,

Il y avait en ce temps-là (c'est à-dirq aii douzième siècle) trois frères < chevaliers de Rhodes, et natifs do « diocèse de Lan ou Lancri, dont le plus aisné estoit « seigneur de Eppe, le second de Marchois, et le tiers « n'avoit nulle seigneurie. » Ils partirent pour la terre sainte et combattirent les Sarrasins, mais ils furent laits prisonniers, jetés au fond d'un noir cachot et menacé^ de mort s'ils n'embrassaient la loi do Mahomet. Ce^ menaces ne firent pas plus d'impression sur eux que toutes les argumentations des plus savants des docteurs musulmans. Le Soudan, courroucé de la résistance des chevaliers, leur envoya sa ûlle Ismérie, la plas belle des vierges de TÉgypte, dans Tespoir qu'elle les engagerait « par ses douces paroles » à renier la religioa chrétienne.

On lit ensuite dans cet ouvrage comment Ismérfe prescha les chevaliers; comme elle vint raconter à son père ce que les prisonniers avoient dict; comme Is-^ mérie délivra les trois prisonniers ; comme Ismériè et les chevaliers se trouvèrent avec Timage à la fon*taine près de Lyesse quand ils s'éveillèrent ; comme Téglise de Nostre-Dame de Lyesse fut fondée.

Le Fouet dês paUlardi^ou juste punition des voluptueux et ehameU conforme aux arreit divins et humains, par H. L. P. Matharin le Picard» caré du Nesnil-Jourdain RoueOy 1623.

Un anagramme inséré dans les pièces liminaires fkit connaître le nom de Tauteur, et, à la fin dn yolnmcy denx docteurs certlQent « qu'ils ont eu le Fouet sous les yeux et qu'ils Vont jugé digne d'être donné au public. »

Les réflexions naïves du curé normand, les détails dans lesquels il entre, ne scandalisaient alors personne, mais aujourd'hui ils sembleraient peu édifiants. Nous jugeons donc à propos de les passer sous silence. Un trèS'Court spécimen du style de Fauteur donnera d'ailleurs peu d'enyie d'en connaître davantage.

« Les os de Satan sont comme des flustes d'airain, et la puissance de ce rusé séducteur ne consiste qu'en ce qu'il charme les oreilles avec ses flustes... La femme est une yraie pierre à feu et les yeux de l'homme sont de yrais fusils. La pierre estant frappée par le fusil jette incontinent du feu. »

Le victorieux et triomphant combat de Gédéon^ représenté à Paris au Jour de la Passion du Fils de Dieu, en l'an 1612, en Véglise Saint^Séverin, en présence de la royne

\ Marguerite, par le Père Souffraod, prédicateur de la Compagoie de Jésus.

Plusieurs fois il est advenu que des bibliographes, fidèles à l'usage assez commun parmi eux de parler des livres sans les lire, oot classé parmi les ouvrages dramatiques ce bonquin de mysticité. On a cru qu'il s'agissait d'un spectacle pieux représenté à Paris. De fait, il n'est question dans ces pages que d'une expli-

cation allégoriqae d'un chapitre du lÀvre des Juges. L'auteur expose lui-même assez clairement le but qu'il se propose :

« Le combat de Gédéon est diyisé en trois parties qui sont autant de poses ou stances. En la première, TOUS ayez le fracassement des cruches, qui est l'hu* manité de Jésus-Christ rompue et deschir.ee par lea coups de fouet. En la denxiesme, tous avez le son et le résonnement des trompettes, opposées aux sept pé« chés mortels. En la troisiesme^ tous ayez les lampes éclairantes qui effrayent et estonnent, et qui annoncent la Tictoire gaignée. »

Un ayant-propos annonce que « le sacré et mystique combat de Çédéon contre le sourcilleux Madian, re* présenté dans Paris le jour du yendredy sainct et approprié à la Passion du SauTeur, en présence de plus de dix mille âmes catholiques, subject qui n*a puestre représenté qu*ayec abondance de larmes, ruisselantes des yeux de ce tant bon religieux et yénérable père et de toute ceste honorable assemblée. >

Il serait assez difficile de retrouyer dans la relation du victorteux combat de Gédéon les passages qui ont proyoqué tant de larmes. On ne trouye guère que des phrases de ce genre : « Saint Jerosme a appliqué ce fracassement de pots de terre à la Passion, jour de combat, où la cruche de l'humanité de Jésus-Christ a esté rompue. Ghrestiens, la trompette a sonné; il faut que le premier escadron s*enfuye. x> Les escadrons qui s'enfuient au son des trompettes sont les sept péchés capitaux.

Traité de VAnteehriit, par Lambert Danean, Genèye, 1577.

C'est la traduction française d'un ouyrage composé

Zn CURIOSITÉS THÉOLOGIQOES.

en latin et qni appartient k cette classe nombreuse de livres écrits par des protestants dans le but de démon* trer que le pape était TAntechrist. Afin d*établir sa thèse, Daneau s*appuie constamment sur des textes de rËcriture sainte, mais il leur donne une interprétation singulièrement forcée. Voulant prouver que le pape est désigné par la bête de F Apocalypse, il fait observer que le nombre mystérieux Indiqué par saint Jean (666) se retrouve dans;les lettres numérales que forment trois phrases en (rois langues diverses, en latin, en français et en Italien : Erit ipue in cardinalatu vigar ; un clergé des évêques ; Ivexcovipapaliet clerieato ealesiastico.îie plus, le même nombre se rencontre en grec. Ces rapprochements numériques paraissent à Daneau des démonstrations sans réplique.

Très-longue ferait d'ailleurs la liste des écrits qui, au seizième siècle et au commencement du dix-septième siècle, soutinrent sérieusement que le pape était TAnlechrist (thèse qui n*est pas encore absolument abandonnée en Angleterre). Au nombre de ces libelles que leur singularité f^it rechercher des amateurs de livres curieux, nous mcntionueroos la Physique papale et la Nécromance papale^ de YiTQl;V Extrême- onction de la marmite papale, \ 361 ; la Complainte de la grande pail* larde babylonienne de Rome, 1562; V Histoire de la Mappemonde papistiqucy 4867; la Chasse de la beste romaine, 16H, etc.

11 n*y a dans tous ces écrits que des injures et rien de saillant; nous ne leur ferons donc aucun emprunt, mais nous mentionnerons, comme plus digne d'attention, un recueil de vers latins : Pasguillorum^ duo tomi, Eleutheropoli , 1844, tomi in-8». Celle collection curieuse» Imprimée à Dâie, renferme une foule d*é-

pigrammes, souyent trës-mordanles, contre la cour de Rome. Indiquons^u quelques-unes :

Le peu de constance du pape Paul III, son affection pour ses neveux, sont l'objet de railleries multipliées.

Pasquin, changé en Persée, dit qu'il ne faut pas s'étonner s*il se transforme une seule fois, puisque le pape change dix fois en une heure :

Qui deformis eram vili de marmore troncui,

Persei miraris essè modo ora mihi, Una cum Paulus decies muteiur in hora,

Cur mutare semel non licet ora mihi ?

Uno autre fois, Pasqnia dit aux Romains :

« Oremus pro papa Paulo, quia zelsB domu susb comédit illum. »

Une épigramme contre Alexandre VI peut se reproduire ici ; il n*en est pas de même de beaucoup d'autres :

« n vendait Jésus-Christ, les autels et les clefs de Saint-Pierre, mais il pouvait le faire, les ayant achetés à beaux deniers comptants.

« Vendet Alexander claves, altaria, Ckrittum^ Emerat ille prius, vendere jure potest, »

Le médecin Curtius, regardé comme ayant, sans le vouloir, fait mourir Clément VIII par ses remèdes in* tempestifs,est signalécomme digne de récompense pour le service qu'il a rendu.

Curtiui oecidit Clemeniem, Curtiui auro Donanduif per quem publica porta $alus(i).

(1) Le catalogue de rimportante bibliothèque de M. Libri, vendue à Paris eu 1847, présente, n<>' 2562 et suiv., divers

nS CURIOSITÉS TSÉOLOGIQUES.

Lés attaques dirigées contre la cour de Rome eurent pour auxiliaires des satires contre les moines ; un des plus singuliers de ces écrits est le Spécimen mmaehoiogiœ, methoda Linnœand, 1783. C'est le plus piquant é%s livres de ce genre. Il a d*ailleurs le mérite d'être court. Il est attribué à un naturaliste autrichien, le baron de Born, auteur d*nn ouvrage estimé sur les coquillages et qui, en récrivant, entrait dans les vues de Tempereur Joseph II. L'originalité du livre consiste en ce que les divers ordres monastiques sont décrits avec une précision rigoureuse, suivant la méthode employée par les zoologistes ou dans les meilleurs ouvrages de botanique. On passe en revue tous les caractères des espèces : La tète est-elle rasée ou non? le menton barbu ou rasé? les pieds chaussés ou nus? les vêtements larges ou étroits? Leur couleur. Quelle est la voix? quelle est la démarche? Mais ceci ne peut bien s'exprimer qu'en latin; une traduction française de la Monachologia a vu le jour, mais elle ne peut rendre la netteté, la concision de la langue que Linné et ses disciples ont sagement employée dans toutes les descriptions d'histoire naturelle :

Clamùrsen sonus, an melodus vel ingratus, cantans vel irans; g^ttoralis vel nasalis; clamosus vel rounnurans; flebilis vel hilaris, gruniens vel latrans? Incessu8f an tardlgradus, festinans, ignavus, durus?...

recueils de pasquioades en latin et en italien devenus extrêmement rares et publiés vers le commencement du seizième siècle. Un sonnet adressé au souverain pontife et dans lequel on lui demande de chasser les barbares au delà deé monts, est une expression remarquable du sentiment populaire en Italie dès cette époque.

Voici quelques-uns des traits du signalement du Bénédictin :

Imberbis,capite tonso, sel^so ; pedibus calceatis; veste nigra lanea corpus totum et pedes circumambiente; cucullo laxo, subrotundo, lato ; pallionigro descendente usque ad talos... Clamât terquaterve de die et média socte, sono profundo, tarde. Omniyorus; jejunat rare.

Les Dominicains sont décrits minutieusement :

Imberbis; capite raso, coroUa pilosa, lata, continua; pedibus calceatis» cucullo yersatiii, versus cervicem gibbosOy margine sinuato, ad apicem obtuse truncato. Latrat medianocte, voce ingrata, rauca... Monacba dominicana praeter vélum nigrum et mores candidiores non differt a mare.

Deux mots à l'égard des Trinitaîres, et nous aurons terminé nos extraits de ce livre bizarre.

Monachus Trinitarius imberbis, capite raso capillitio hemispbœrico ; pedibus snbcalceatis... Habitus gravis, incessus properans; faciès exotica. Clamât média nocte,voce dissona,ingrata; domi ichtbyophagus. Carnom bumànam appétit, nundinatione bominum occupatus. Absolata migratione bybernat in urbibas.

Let Roirignolt ipiriiwîs ligués en duo, dont les meilleurs accords, nommément le bas, relèvent du sieur Pierre Philippe, organiste, regaillardis au primevère de Van 1621. Valenciennes, 162i,in-12.

Ces vers, qui sont au-dessous du médiocre, roulen sur les louanges de la Vierge et des saints et sur d'autres sujets mystiques et pieux. La singularité du livre vient du mélange de musique et de prières qu'on y remarque.

Un autre ouvrage du même genre a pour titre: La

Pieuse aUmette avec son tirelire. Lu petit cors et plutnes de notre alouette sont chansons spirituelles, qui toutes luy font prendre le volet aspirer aux choses célestes et étemelles. Valeneiennes, 1619 et 1621. Les deux yo« lames qui forment cet oayrage bizarre ont ét^composes par an jésuite de la ville de Mons, le père Antoine de la Caacbie. Les airs mondains, cités par les premiers vers des chansons profanes, par lesquels ils étaient connns, sont an nombre d'environ hait cent dans les deux vohimes et rangés par ordre alphabétique. Dans les pièces dont le jésuite est Fauteur, il a voulu tenter on commencement de réforme orthographique en supprimant les s partout où cette lettre ne se fait pas sentir. On remarque plusieurs pièces mystiques où sont introduits des interlocuteurs allégoriques, tels que le mofu/e, le porte^œur, Vange pardien, mais rien, dans tout cela, ne peut fournir quelque citation qu'on put lire sans ennui*

En tête de la Pieuse Alouette on trouve des vers de Saluste du Bartas, qui ont certainement donné au père De la Gauchie Tidée de son livre. Malgré la réhabilitation qu'on a tentée en faveur des poètes du seizième siècle, du Barias n'a sans doute aucun lecteur qui ait été chercher dans ses œuvres les vers en question, remarquables par leur harmonie imitative un peu chargée :

La gentille alouette, avec son tirelire

Tire l'ire à l'Iré, et lirelirant tire

Vers la voûte du ciel, puis son vol vers ce lieu

Vire, et désire dire : Adieu, Dieu, adieu. Dieu.

C'est dans la même catégorie de livres singuliers qa'il faut ranger la Philomèleséraphique, volume imprimée

Tournay en 1632, ot dû à un capucin, le frère Jean rÉTangélisie, d*Arras* Cette Philomèle, à ce que nous apprend le frontispice^ « chante les dévots et ardans soupirs de Tame pénitente qui s'achemine à la vraye perfection. »

Ce capucin connaissait à fond tous les airs profanes de Tépoque, car, pour donner à ses cantiques plus d'accord ayec la musique, il contrefait les paroles amoureuses et les tourne en un sens mystique, mais en sui^ vant toujours Tordre des idées de Fauteur mondain qu'il imite. Ainsi, par exemple, la chanson: Je f aimeroy, PhûiSy toutjusques à la mort, est mise en un cantique qui débute par : Je veux^ mon doux Sauveur ^ te suivre pas à pas. L'air : Je voudroy bien, 6 ChloriSj que j'adore, s'applique à la complainte : Powrvostre amour, à Jésus, que f adore. Le cantique : Monde, il te faut donner Vadieu, se chante sur l'air : Puisqu'il faut quitter vos appas ; un autre cantique : QuelU faveur, ô chère pénitente ! a pour musique celle de la chanson : Ouvrez vos yeux, ô divine Amarante; 2Âus\ des autres* Le bon Père suit toujours la pensée du poète amoa* reuz ; il en conserve souvent la forme et parlois la rime.

Il existe d'autres exemples de ces efforts tentés pour donner une allure chrétienne et pieuse à des produc^ tions qui, dans Torigine, se produisaient sous un aspect fort différent. Un des plos singuliers ei^t fourni par un Volume devenu très-rare : Marlialis parodiœ sacrœ, par Jean Burmeister, Goslar, 1622,in-42. Dans ce curieux travail, des expressions vénérables sont substituées aux mots obscènes qui abondent dans les épigrammes du poète latin, mais, circonstance étrange, le texte original ainsi défiguré est reproduit dans toute sa crudité en regard de ces pieuses parodies.

PreMve du nom de la Messê et de $on antiquité, par Jacques Gorbiii. Paris, 1620.

C'est rœuTre d*an ayocat aa parlement, écriyaia fécond, poète, romancier, traducteor, controTersiste, et toujours aatear sans goût et sans intelligence. Le liyre que BOUS indiquons est une réponse à un autre avocat qui avait publié une Conférence towhant la nouveauté du nom de la messe. Corbîn prétend que le root missa dérive des mots hébreux missach et inmtm; il cherche à le prouver à grand renfort d*allégories et de symboles dont Texplication laisse parfois à désirer. Voici un échantillon de son stylo et de sa logique : « Nostre messe est le ramesses du grand Pharaon des cieux. Nostre messe est le tonnerre Je Verbe effroyable sortant de la bouche de Dieu. Tonnerre lequel efface le mal, abolit le péché, tout ainsi que le tonnerre fend la nue. Tonnerre qui rompt la rupture de nos cœurs, les faict fendre et les faict fondre pour les briser en mille pièces, et d'un million n*en faire qu'un. »

Une dédicace au procureur général au pariement Mathieu Holé renferme un éloge emphatique d*un frère do ce magistrat qui, étant entré dans Tordre des Capucins, avait prêché un carême en 1649: « Ayant despouillé le monde pour revêtir Thabit de capuchin, semble que cet habit Ta métamorphosé tout en voix. Voix qui, comme une sagette ardente, perce les coeurs et y porte les flammesches de Tamour de Dieu. »

Un exemplaire de ce livre appartint à un carme qui écrivit sur les dernières pages des avis adressés aux confrères du Saint-Scapulaire, du Mont-Carmel. On remarque ces assertions au sujet du scapulaire : « La sainte Vierge regarde ceux qui le portent comme ses

CURIOSITÉS THÉOLOGIQU|ES. 333

«nfants,et elle a promis qne ceux qui le porteront elle les délivrerolt da pargatoire le samedi après leur mort. »

Le Soldat généreux, par le père Thomas Le Blanc, de la compagnie de Jésus. Pont-à-Mousson, 1655,in-8«.

Le titre annonce que ce livre a été écrit « pour Futilité de tons les soldats, afin qu'ils soient de jour en jour plus courageux et plus vertueux, et des bourgeois qui les logent» afin de les avoir plus doux et plus trai* tables. »

Le jésuite Thomas Le Blanc, mort en 1669, avait pris pour spécialité d'écrire des livres édifiants destinés à servir de guide aux diverses classes de la société; on trouve dans le long catalogue de ses prodactions le Bon Vakt, la Bonne Servante^ le Bon Vigneron, le Bon Laboureur, le Saint Travail des mains y la Pauvreté contente (dédiée aux riches qui ne sont Jamais contents), le Miroir des vierges j la Consolation des veuves.

Certes rien do plus louable que l'intention du bon père; malheureusement ses ouvrages sont d'une lecture bien peu attrayante; ils ne servent guère que de cadre à des prières de son invention ; il y ajoute bien des traits de la vie des saints qui ont exercé la profession dont il parle, mais ces épisodes sont presque toujours fort peu authentiques.

Voulant présenter un saint modèle à tous les militaires auxquels s'adresse le Soldat généreux, le jésuite imagine de distribuer à tous les saints qui ont exercé la profession des armes les titres et les grades en usage dans Tarmée française; saint Gengoul est connétable; saint Valentin, général d*infanterie; saint Nicostrate, maréchal de camp ; saint Romule, maistre de camp ;

saint Qairin, colonel de caralerie; saint Maurice, colonel dlnfanterie ; saint Georg^es et saint André, capitaines ; saint Exnpère, cornette ; saint Jolien, enseigne; saint Gordien, lieutenant ; saint Menas, maréchal des logis. Les simples soldats sont représentés dans cette milice céleste par saint Victor, saint Alexandre , saint Callistrate, saint Sosime et saint Léonce.

Les faits que le père Le Blanc rapporte sont parfois tout aussi étonnants que celui-ci :((Les nègres de la côte de Guinée leyèrent une armée de 1,200,000 hommes; les Portugais n*estoient que 150 hommes. Lepèro Barreira, de la Compagnie de Jésus, appuyé de la puissance de Dieu et de la bonté de sa cause> anime les Portugais au combat et les remplit de confiance en Dieu, auquel il importe peu, pour donner la victoire , si le nombre des ennemis est grand ou petit. Cependant il s'écarte et se met en prière, laquelle eut tant de force qu'à mesure qu'elle était plus ou moins fervente, la victoire s'avançoit ou reculoit. Enfin cette poignée de gens défit et mit en déroute toute cette canaille.»

Le Triomphe de la Croix, par madame Catherine Levesque, de Péronne. Paris, 1668.

Au dix-septième siècle, des âmes rêveuses et tendres fatiguées des luttes des Jansénistes et des Molinistes, cherchèrent une retraite mystique où, à Tabri de la croix, rame se réfugiait dans les douceurs de Tamour divin et 8*élevait aux plus sublimes régions de la contemplation. Avant qu'il ne fût question du quiélisme, objet d^une célèbrecontroverse entre Tauteùr de Télémaque et Bossuet, une dame avait chanté les trois état$ de l'âme, le lumineux, le ténébreux, le bienheureux, dans des vers qui ne paraissent pas avoir été fort remar*

CURIOSITÉS T.HÉOLOGIQUES. 855

qaés lors de leur publication et qui sout aujourd'hui complètement oubliés. Nous donnerons quelques échantillons fort succincts de cette poésie, qui ressemble bien peu à celle de notre époque.

Madame Levesque représente l'âme retrouvant la vie dans la mort de soi-même, ressuscitant dans le cœur de Dieu, où elle s'est abîmée pour ne plus vivre qu'en son amour, ou plutôt pour mourir par l'excès de la flamme de sa ferveur ; elle s'écrie :

moment fortimél Theure la plus heureuse

Où je dois commencer une vie amoureuse,

terre! à monde! ô corps I vous empêchez mon cœur

D'aymer parfaitement un aymable vainqueur.

Enfin l'âme bienheureuse^ ravie en extase, s'unit à son époux, et, en expirant, elle s'écrie :

Aht je m'en vais sortir du séjour des humains, Agréez mon amour, ma dernière parole ; Je perds le sentiment, et mon âme s'envole ; Adieu, ma obère croix ; ahl mon esprit s'en va. Mon Dieul je meurs d'amour, 6 Jésus 1 Maria!

Disputatio medieo-diatetica de aère et eseuUntis, necnon depotu ; Viennœ, auth. J. F. Raucb, 1622.

L'auteur conseille très-sérieusement d'interdire aux moines l'usage du vin et du diocolat, afin d'éviter le scandale auquel peut donner naissance l'usage habituel de ces substances trop échauffantes. Le ridicule de cette singulière proposition a donné quelque notoriété à ce volume.

On sait d'ailleurs que les émissions de sang périodiques étaient en usage dans les monastères, mais il y

avait des différences dans leur nombre et dans leurs époques. Elles avaient lien an moins deni fois et au pins cinq fois par an. On lit dans les constitutions des Camaldules de Padoue, faites dans le douzième siècle, que la cinquième se faisait avant la fête de saint Martin. Ces saignées, qu'on appelait mùmtiones ou dimmur <td/ies, affaiblissaient ceux qui les subissaient; aussi on abrégeait, i ces époques, la durée des offices au chœur; on augmentait les portions pour la nourriture et on la composait de mets plus substantiels.

Traiiex contre lepaganiime du Roi'-boit, par Jean Deslyoos, doctear de Sorbonne. Paris, 1670.

Ce livre est rare et curieux au point de vue de Vindignation exagérée que cause au docteur le banquet de la veille des Rois, aves ses cris: le roi 6ot(, et avec la fève royale. Il voitdans ce jeu bien innocent une grosse impiété, une idolâtrie qui excite tout son courroux. Il prouve surabondamment , par Tautorité des Pères et l'exemple de l'Église, que la veille de TÉpiphanie, ainsi que les vigiles des grandes fêtes, était consacrée au jeûne et à la prière, non à la joie et aux festins; TÉglise grecque conserve encore cet usage, et il s'est maintenu jusqu'au douzième siècle dans TÉglise latine.

Ls seconde partie du livre de Deslyons a pour but d'établir, d'après maint auteur ancien, que le festin du rôi-boit est une dégénération peu dissimulée de la royauté des saturnales.

Dans le troisième traité, l'auteur se livre à des investigations étymologiques au sujet de la fève employée dans l3 gâteau des rois. La fève vient-elle du mot Phœbé, ou de Fa6a, ou à'Éphébéy à cause de l'enfant qui tire le gâteau? Il ne conclut pas formellement à ce qu'il y ait

impiété dans Fasage de tirer le gàtean, mais il y Yoit one puérilité. A cetégard, il a raison, mais ce jeu paéril ne mérite pas de soaleyer tant de colores.

Pensées de Simon Mtrin. Paris, 16i7.

On ne peut se dispenser de placer parmi les livres carieax ceux dont les aateors ont été brûlés tout vifs, grâce à Tétrangeté de leurs opinions théologiques. Simon Morin fat du nombre de ces écrivains mal inspirés. Employé à l'administration de la guerre , il entra, pour son malheur, dans une secte d'illuminés, et il ne tarda pas à avoir la tête complètement fêlée. Il s'annonçait comme étant le Fils de THomme, comme devant régé^ nérerle genre bumain; il soutenait qu'une réformation de rÉglise devait s*accomplir bientôt, et que tous les peuples seraient convertis à la vraie foi. Il prétendait que ce grand renouvellement aurait pour cause le se* cond avènement de Jésus-Christ dans son état de gloire et incorporé en lui, Morin ; il ajoutait que, pour l'exécution des grandes choses auxquelles il était destiné, il devait être accompagné d'une foule d'âmes parfaites et ayant part à l'état glorieux de Jésus-Christ ; il appelait ses élus des combattants de gloire.

La morale de ce visionnaire était d*ailleurs peu rigoureuse : il soutenait que les crimes n*effaçaient point la grâce, et qu'au contraire les péchés entretenaient le feu -sacré. On ne doit donc point s'étonner s'il ût des prosélytes assez nombreux, surtout parmi les femmes*

Misa la Bastille, Morin se rétracta et fut rerois en li* berté; il recommença à dogmatiser, fut emprisonné e relâché de nouveau, après avoir deiechef abjuré ses errenrâ. Cela se reproduisit quatre fois. Le parlement, fatigué 9 prit le parti un peu rude de le condamnera

898 CURIOSITÉS THÊOLOGIQUB&

être brûlé vif, ce qui eut lien, à Paris, le U mars 4663.

Les Pensées de Simon Monn forment un volume de 178 pages, imprimé en 1647 et devenu fort rare; on y Joint ordinairement diverses pièces relatives aux procès faits à ce malheureux et à sa triste fin.

Dès le d^butde son livre, Morin supplie « très hnm- * blement toutes personnes, de quelque qualité qu*elies « soient, de le supporter un peu pour Dieu, à cause de <« la vérité qu'il a à dire, et pour lesquelles il encourroit « la condamnation de Dieu s^il se taisoit. »

L'autorité, au lieu de dédaigner ces folies, s'alarma de phrases dans le genre de celles-ci , où elle vit nne attaque contre la majesté royale :

« Point de roi si je ne le couronne , point de force si ce n*est de mon bras. »

« Le Fils de Dieu vous parle en ce second avènement, et il vous demande tout, voire même en regardant la personne du Roi, Sa Majesté ne p3uvant avoir de communion, ni d*entrée en Tœnvre présente du salut qu'en nous rendant sa gloire et ses facultés communes, selon môme qu*il lui a été manifesté. Je n'ai ordre d'ouvrir la po Je de gloire des enfatits de Dieu sans cette dénudatioQ de tout et de nos volontés entre nos mains, ou retour à quoi que ce soit qu'à ce qu'il nous plaira ou a qui nous en donnerons charge. J*ai plus do peine et de combat à me résoudre età demander tout et la régence, qu'aucun n'en peut avoir pour la donner et se soumettre. »

C'était de très-bonne foi que Simon Morin annonçait un second avènement de Jésus-Christ dans son état de gloire et incorporé en lui, Morin. Il faut convenir que le Parlement le réfuta d'une manière cruelle.

Quatre-vingts ans environ avant le trépas de Morin, des rêveries du même genre avaient également coudait

au bûcher un illuminé qu'on se contenterait apjourd*hui» et avec raison, d^envoyer dans un liospice d*aliéoés.

Geoffroy Valléd, ainsi se nommait ce malheureux était un Parisien. A peine âgé de vingt ans, il consigna « ses folles imaginations dans un opuscule intitulé : la Béatitude des Chrétiens^ ou leFleode la Foy, 1573. Ce livret, de 8 feuillets, est extrêmement rare* Dès le frontispice de son écrit, Fauteur donne à connaître le dérangement de son cerveau : il annonce qu'il esta ûls de feu Geoffroy Vallée et de Girarde le Berruyer, auxquelz noms de son père et mère assemblez il s*y trouve : Lerr Gezu; vray fleo de la foy bygarée, et au nom de Filze ve Fleo, règle Foy; autrement guère la Foie Foy; heureux qui sçait au sçavoir repos. »

Une grande confiance dans le libre examen, une trèsvive méfiance contre Vautorité en matière de religion et deâ attaques contre Rome, c'est ce qu'on démêle de plus clair dans ce tissu de sottises , où se montre aussi un mécontentement prononcé contre les puissants du jour qui « au lieu de contempler et méditer nuit et jour que c'est de rÉternel et de Fhomme , n'ont le mot de justice t charité^ religion^ qu'en \e\a bouche et en leur bourse. »

Le malheureux Vallée fut, par sentence du Parlement de Paris confirmant un arrêt du Chàtelet , condamné à être brûlé comme athée, quoiqu'il eût écrit : « L'homme ne peut jamais estre athéiste, et est ainsi créé de Dieu. L'athéiste ou celay qui se dit tel (car 11 n'est pas possible à Vhomme d'estre sans Dieu) n'.a qae tourment ei affliction, d'autant plus qu'il a quitté DlAi pour la volupté du corps^ »

Defalt, Vallée ne nie pas l'existence d'un Dieu, mais, dans son déisme commode et qui n'a pas manqué d'imi-

HO CUHIOSITES THÉOLOGIQUES.

tatears, il vent on Dieu indifférent an bien et au mal et ne se mêlant point des actions hamaines.

Cette œavre d*nn cerveaa malade se termine ainsi : (( Qni est en craincte , qnelqne craincte que ce soit, ne peolt estre henrenx. Mais henrenx sera celny, comme David aprophélizay, an commencement de son premier psalme, lequel n'aura point esté du conseil des meschans rois ou tirans, et qui ne se sera point arresté à la Toye et chemin du vulgaire ignorant, croyant et ayant foy. »

Renvoyons pour plus complets détails aux Mémoires de littérature de Sallengre, à ceux de d*Artigny, à VA^ nalecta biblion de M. Du Roure, t. II, p. 31 , au BuUetiit du bibliophUe de Techener, iO* série (185S) , pag. 612- 6S3. L'arrêt de condamnation est dans les Archives eurkuies de VMstoire de France^ <'• série, t. VIÏI.

Passant à des rêveries d*un genre moins dangereux et qui, au moins, n*ont eu pour leurs auteurs aucune conséquence fâcheuse, nous signalerons les Dévoles Salutations aux membres sacrés de la glorieuse Vierge Marie y mère de Dieu, par l e R. P. I. H., capucin. Paris^

Ce livret ne se compose que d*une demi-feuille in-4 6. Un littérateur bien connu et amateur fervent des livres rares, Charles Nodier, l'a signalé comme un curieux échantillon de l'ascétisme le plus étrange. L'exiguïté décatie production nous permet de la reproduire :

A la teste.

Je vous salue, souverain chef de Marie, empérière du ciel et de la terre , terreur des puissances de l'enfer^ gloire de celles du ciel, couronne des plus esclatantes estoiles.

Aux cheveux.

Je vous salue, cheveux charmants de Marie, rayon du -soleil mystique, lignes du centre et de la circonférence de toute la perfection créée , veines d*or de la mine dV mour, liens de la prison de Dieu, racines de Tarbrede vie, ruisseaux de la fontaine du paradis, cordes de Tare de la charité, filets de la prise de Jésus et de la chasse des âmes.

A la face.

Je vous salue, belle face de Marie, miroir de la trèshaute Trinité, image de la pudeur, tableau de la modestie, microcosme des merveilles, portrait de la Divi- Tinité, simulacbre de la beauté.

Aux oreilles.

Je vous salue, oreilles intelligentes de Marie, prés diaux de la princesse des pauvres, tribunaux de leurs requestes, saint de Taudience des misérables, université de la sapience divine, receveuses généralles des pupilles, percées des annelets de noschaînes, emperlées de nos nécessitez.

Aux joues.

Je vous salue, joues florissantes de Marie, parterres d'œillets et de lys, grenades escartelées, jardin de la continence, paradis des plus belles fleurs teintes dans le pourpre et les roses de la divine charité.

A la bouche.

Je vous salue, bouche coralline de Marie, interprète de la miséricorde de Dieu, oracle de nos bonnes fortunes, messagère de nos bons succès, chapelle des louanges divines, parlement de révision favorable pour les causes désespérées.

W CURIOSITÉS THÊOLOGIQ.UES.

Au palais.

Je Yoas salae, doux palais de la bonebe de Marie, rucbe à miel qui ensuive ses lèvres, qui coule le nectar du ciel, qui confit rabsynilie de nostre vie, qui adoucit nos amertumeF, cuve du via de l'amour qui réjouit la cœar des hommes.

Au col.

Je vous salue, col officieux de Marie, qui pliez sa leste et ses yeux sur les pitoyables objets de nos misères, canal du nouveau commerce entre le ciel et la terre, passage de communication entre la grâce et le péché, lays de l'union mystique entre le chef et les membres de TEglise militante et triomphante, roseau de sucre qui dessale les acres humeurs de la justice qui descen« dent sur les criminels, col à qui toutes les vertus forment un précieux rang de perles.

Aux épaules.

Je vous salue, épaules incroulables de Marie, colonnes de l'univers, montagnes qui sauvent l'arche dudéluge, bouclier de notre défense, remparts de notre protection, support des âmes affligées, compagnes de leurs fardeaux et de leurs charges, comportatrices de leur croix, fondements sur lesquels se relèvent les ruines de la grâce.

Aux bras.

Je vous salue, bras laborieux de Marie, officiers de la dépendance de Jésus, ailes de la Reine des séraphins, rames du navire sacré qui porte le pain de vie, bras qui étouffez le diable, bras qui embrassez les hommes,, bras qui emprisonnez Dieu.

CORIOSITÉS THÉOLOGIQUES. 84»

Aux maias.

Je vous salae, mains libérales de Marie, trésorières des finances de la grâce et de la gloire, mains embaumées de myrrhe, mains pleines d*or et d'hyacinthe, mains qui arrachez la foudre des mains irritées de Dieu, mains qui lui faites, quand il vous plaît, signer le pardon de nos péchés et Tentérinement de nos grâces

A la poitrine.

Je vous salue, poitrine charitable de Marie, port assuré des naufragés, retraite des exilés, temple de notre recours, cabinet dos célestes pensées, litière de Tenfaut Jésus, hôpital des incurables, hospice des pèlerins, trésor des délices de Dieu.

Aux mamelles.

Je vous salue, mamelles virginales de Marie, nour* rices du Nourricier de Tuoivers, aumônière de l'indigence et de la pauvreté de Dieu, procuratrices des aliments de Jésus, vivandière céleste de ses innocents appétits, vases de rosée du ciel, fontaines de manne coulantes, nacre de perles liquides, sources de sacre et de lait.

Au cœur.

Je vous salue, cœur enflammé de Marie, fournaise des divines amours, carquois des flèches séraphiques,. forge des saintes étincelles, centre des célestes désirs,, foyer des charbons de charité, cœur scellé de Timage de Dieu et de toute la Trinité,

Au ventre.

Je vous salue, ventre miraculeux de Marie, officine des prodiges de Dieu, arche de son alliance avec les

Hk CURIOSITÉS THÉOLOGIQUBS.

hommes, lit nuptial des deux natures corporelles qui a uni deux métaux insociables, amas de blé environné de lys, sphère qui a porté le soleil, aurore qui a produit le Jour.

Aux genoux.

Je TOUS salue, pitoyables genoux de Marie, bases de l'autel de nos \œax, piliers du propitiatoire des pécheurs, asUe des fugitifs, solliciteurs des orphelins, Tiinqueurs de la colère de Dieu.

Aux pieds.

Je TOUS salue, pieds infatigables de Marie, pôles du ciel animé, piédestaux des colonnes sacrées qui porent le Louvre de Dieu, légats du saint Évangile, courriers de notre félicité, laboureurs du salut des Imes.

Au sang.

Je TOUS salue, sang inestimable de Marie, étoffe de laquelle s*e$t fait rhabit du Verbe incarné, pourpre du Monarque des rois, substance que Dieu a briguée, formateur de qui tous a formé, ouvrier de Tbôtel miraculeux qui a logé corporellement toute la Divinité.

A tout le corps.

Je vous salue, corps incomparable de Marie, archétype de toute la perfection de la nature, hôtel de Dieu, reliquaire de toute la sainteté de la grâce, boîte du plus précieux joyau de Dieu, tabernacle de la virguiité, spectacle des séraphins, chef-d'œuvre des idées éternelles.

11 ne faudrait pas croire d'ailleurs que la Déi>ole Salutation fût le seul écrit de ce genre. Un volume im-

primé à Paris vers 4520 : Le Livre de la toute belle sans pair qui est la Vierge Jfartf, offre des chapitres fort singuliers, à en juger par leurs titres :« Méditation dévote du nez de la Vierge Marie. Comme le sacré ventre de la Vierge est la fontaine dévie. Méditation aux cuisses qui sont force et espérance. Gomme la vierge est comparée à Téléphant. ^De la modérée grosseur des lèvres de la vierge. De Tolûce de Toreille. Méditation aux espaules. «

Un volume de poésies intitulé: Les Dévotes Concept lions y de N. de Léville^ Louvain, 4539, contient des détails d'une naïveté singulière sur les beautés de la Vierge ; et un autre volume publié à Paris en 1654, V Amour triomphant sur la croix^ renferme, entre autres pièces de vers, celle-ci: Du Ventre glorieux de la Sainte Vierge (p. 4 3 et suiv). M. Ch. Nisard, dans son Histoire des Livres populaireft cite, (tome II, p. 148) une salutation aux membres delà Vierge : et M. Péricaud, dans son ouvrage intitulé : Lyon sous Louis XIII, mentionne (p. 73) des vers ridicules extraits d*un livre du père René Gros , de Saint* Joyre : la Mère de vie à Vamour parfait, 4646, in-4".

bans cet écrit, dédié à Marie de Levy de Ventadour, abbesse de Saint-Pierre] (le titre Mère de vie est Vanagramme de Marie de Lévy), le poète engage Tabbesse à n'avoir d'autre amour que celui de Jésus :

Au doux Jésus baisant d*ardeur Les pieds, les mains et le \isage, Dis-luy que tu n'aymes ton cœur Que pour avoir en ce courage...

De cent baisers sucçote encor Son front, son nez, sa chevelure, A longs floceons qui, rouge d'or,^ Au feu d'amour prend sa teinture.

Poursuis ta course à redonner Mille baisers, puiHu'à les prendre Le crucifix semble incliner Son chef lers toy pour te les rendre.

Les cabinets du Roi d'Amour, Sur ces telins, 6 Tourterelle ; Sois attachée, et nuit et jour, Au chicheron de sa mamelle...

Kotzeboe {Voyage tn Italie, traduct. française, t. II, p. 326) cite, d*aprôs un livre qai se Vend à Naples {La Prière céleste de sainte Brigitte) des oraisons adressées aux divines parties dn corps de Jésas-Cbrist, par exemple, aux narines; « Monseigneur Jésus, puisque tes trèsdouces narines n*ont pu être souillées ni par Thaleine de Lazare pourri, ni par la puanteur horrible du traître Judas, sois béni et loué. » Des prières analogues sont adressées à la Vierge; en voici un échantillon: « 6énitessoient tes mamelles, toutes saintes plus douces que toutes les fontaines de Teaula plus douce. Béni soit ton ventre sacré, plus productif que les champs les plus fertiles. »

Au commencement du seizième siècle on avait publié un livret: De vita et beneficiis salvatoris nos tri Jesu Christi. Il y a dans cet ouvrage de nombreuses oraisons ad membra Christi: elles s'adresent ad pedes, ad cruraj ad dorsum, ad venlrem^ ad os^ ad aures: mais, à quelques mots près, elles n'offrent rien de bîea singulier.

Orlulus animœ. Strasbourg, 1498.

Ce petit livret de dévotion, plusieurs fois réimprimé au commencement du seizième siècle, est accompagné

CURtOSITÉS THÉOLOGIQUES. 347

de figures sur bois qni le fost rechercher des amateurs. Les éditions les plus anciennes renferment des estam* pesdontrinconvenance ne scandalisait alors personne; la naïveté de nos aïeux ne s^offensait pas de ce que Von offrait David considérant Bethsabée dans le bain et frappé d'un trait décoché par Cupidon, ou sainte Ursule exposée sans vêtements aux regards d*un cavalier. Ces figures ont été supprimées dans des réimpressions plus récentes; on y tnouve cependant encore des images assez curieuses, telles que saint Bernard recevant dans rœil un jet du lait de la sainte Vierge, et sainte Gertrude obsédée par des diablotins qui grimpent le long de sa quenouille.

L$ Lucidaire en français. Paris, 1506.

On trouve sous ce titre une série de questions et de réponses dans lesquelles sont abordées avec naïveté « diverses matières subtiles et merveilleuses en matière d'interrogatoire.» La plupart de ces questions se rapportent à la religion. Le disciple demande à son maître : c( Quelle chose est Dieu? Où il estoit devant qu'il fist le monde ?Scet Dieu se ung homme sera sauvé ondampné avant qu'il soit né? Quelles sont les joies du paradis? Pourqpoy fut faicte la femme de la coste d'Adam plus tost que d'autre partie? »

Le Voyage spirituel du pèlerin de saincte mère l'Église romaine, par monseigneur sainct Pierre de Luceinbourg, jadis illustrissime cardinal. Avignon, 1562.

C'est une des deux versions françaises d*un ouvrage composé en latin. L'épitre dédlcatoire du traducteur, Pierre de Suze, religieux célestin,e>t curieuse ; elle ne contient pas moins de soixante-seize pages» et si les

M8 CURIOSITÉS THÊ0L06IQUES.

iraits de rhbtoire ancienne y sont accomnlés, ils sont racontés d*Qne façon étrange; on exemple suffira :aSi me sonviens de Memnon, paissant seigneur et colonel de Tannée démesurée que Darius dressa contre Alexan* dre, qui, voyant à sa présence ung soldat mal parler dudictAlexandre,lQy donna subit d*une hallebarde sur le crâne si gratieusement quMl Testendit mort. » Cette épitro contient de plus un singulier récit d'un miracle opéré par saint Pierre de Luxembourg, la résurrection d*un enfant qui était tombé du haut d'une tour et qui s'était tellement brisé dans sa chute que son père Tayait emporté dans un sac.

Les merTeilles de l'autre monde, les horribles tourments de reofer et les admirables joyes du paradis, par François Arnoulx, chanoine. Arras, 1616, in -8.

Le Manuel du libraire signale ce livre comme singulier et renfermant des passages fort bizarres, surtout au chapitre xii, dans la description des tourments réservés aux filles vaines, aux femmes hautaines, aux veuves mignardes, aux demoiselles pompeuses qui « ne font état que d'employer la plupart du jour à se parer. » Cette indication nous a inspiré le désir de feuilleter ce bouquin bien oublié aujourd'hui* et il nous a en effet présenté des pages étranges; nous en transcrirons quelques-unes en abrégeant des mots exclus aujourd'hui du style, même de la mauvaise compagnie, mais qui, à l'époque d'Henri IV, s'étalaient tout au long dans des livres de piété et se faisaient entendre en chaire sans que personne fût scandalisé.

Voici en quels termes le boa chanoine retrace les châtiments réservés aux coquettes :

« Rn punition de l'ornement desbordé qu'elles font

à leurs cheveax et déguisement de leurs sourcilleuses perruques, elles auront la tète pelée... On ne verra plus ces gracieuses œillades, ces faces pommelées, ces^ visages fardez, cas seings empourprez et tant délicats, ces corps si bien troussez. De tant que quelqu'une aura été plus belle en ce monde et se sera plus parée et fardée, d'autant plus elle sera laide en Vautre, et même si laide que le diable ; son corps, ainsi que le dit le propheste Sophronie, sera comme fiante et fumier trèspuant. Les penduz, qui ont été trois mois au gibet, ne sont si décharnez, ni noirs qu'elles seront. Par punition des chaÎDes, jazerans, carquans, perles, bracelets, pendans d'oreilles et toute autre sorte de fatras qu'elles portent au col et au bras, elles auronf d'borribles serpens à l'entour. du col et des bras, qui les mordront et déchireront de tous costez.

. « Pour la punition du débordement de vos superbes babits, mes dames, le propheste Nabum, de la part de Dieu, vous déclare qu'en enfer vous serez toutes nues à votre grande honte et confusion, de quoy les diables feront de très grandes risées et moqueries insupportables, vous reprochant tout haut et clair devant tous toutes vos lubricitez et paillardises, et tout ce que ja mais vous aurez fait de plus voluptueux et de deshonneste, et découvrant ignominieusement à la vue à tons tout ce qu'en votre corps vous avez de plus honteux, TOUS traînant toute vive par tout l'enfer à la vue d'un chacim. quelle vergogne, ô quelle honte, ô quelle grande confusion !

a Que sera de vous, mes dames, de quelle confusion serez-vous saisies quand vous vous verrez ainsi en tel équipage par tout l'enfer, mille et mille fois le jour avec la fanfare des trompettes que les d ables sonnent pour vous confondre d'avantage, publiant haut et clair

arec grande risée et moqueries, et criant : Oyez, oyez. Toicy la paillarde, volcy la p....n, voicy telle dame, de tel lieu, la nommant par son propre nom ou surnom, veuve ou mariée, on fille, laquelle tant et tant de fois a paillarde, disant le nombre, et tant avec un tel, et plusieurs fois avec beaucoup d'autres ; voicy la paillarde, voicy la p.. n ; venez la voir. Et alors cent mille et autres cent mille qui très bien te reconnoistront, puis tous tes parens, ton père, ta mère, ton mary (s'ils y sont descendus), et tous les voisins passionnez d'une haine mortelle à rencontre de toy, accourront te voir pour se rire et mocquer de toy, disant Vun à Tautre : la voilà, la p....n,et, s'accordant en cela avec les diables pour entièrement te confondre, tous ensemble crieront : voicy la paillarde, voicy la p....n ; qu'elle soit donc tourmentée; sus, sus, diables, sus, démons; sus, furies infernales, jettez-vous sur cette p....n, et qu'on lui rende autant de tourmens et de supplices qu'elle a eu de plaisirs en sa vie.

« Que sera de toy et que deviendras-tu, pauvrette? Tu auras la tète pelée ; tes yeux ne serviront que de retraites aux crapaux ; ton cou, tes bras, tes tetins de nid aux serpents ou, si tu aimes mieux, aux diables, qui se mettront en forme de serpent pour te traiter plus dédaigneusement; te voilà bien équipée pour te faire paraistre à ton avantage parmi ces belles assemblées, pour y acquérir l'honneur, puisque tu]y piaffes si superbement. »

On doit s'attendre à ce que les débauchés seront traités encore plus rigoureusement que les personnes du sexe; le chanoine Amoux sait très-bien à quoi s'en tenir sur ce qui attend « les hommes paillards avec les femmes voluptueuses et filles de joye, pires que le diable. » Écoutez-le :

CURIOSITÉS THÉOLOGIQDES. 351

«En échange du lit mollet de leurs impudiques amours, ils seront couchez dans un fourneau infini^ ment inOni en ardeur et en chaleur. Et, pour leurs embrassements déshonnestes , ils auront continuellement en leurs deux bras un très-cruel dragon enflammé comme feu, lequel avec sa queue serpentine leur liera et enchaînera les bras et les jambes. Pour pénllencd de leurs baisers impudiques, ce furieux dragoirvièttra sa bouche baveuse sur la leur, vomissant flammes de feu et de salpêtre, avec le poison et le venin. Ce dragon, avec son nez morveux et vilain, inspirera dans le leur un souffle très puant et envenimé. Et pour les paroles déshonnestes et impudiques, cet épouvantable dragon, avec sifflements et hurlements, jettera avec ses grosses oreilles le feu dans les leurs. Et, finalement, pour punition de Facte vénérien, ce dragon jettera dans leurs corps par les parties génitales une vapeur enflammée et soulphrée en telle sorte qu'il leur brûlera les entrailles, leur causera mille coliques et cruelles torcionsdans ventre et tourmens enragez. Et afin iqu'on ne pense pas que ce soient contes faits à plaisir, sachez que du temps de saint Dominique, Dieu fit voir ce que je viens de dire à une comtesse de ce royaume de France pour la détourner de la paillardise à laquelle elle avait résolu de s'abandonner en haine de son mary qui voloptueusement s'était licencié à autra sorte de volupté et paillardise. »

Figures mystiques du riche et précieux cabinet des dames où sont représentées au yif tant les beautés, parures et pompes du corps lèminin que les perfections, ornements et atours spirituels de Tàme, par André Ducbesne. Parit, 1605. in«i2.

L'auteur de cet ouvrage singulier s'est fait connaitre par des livres fort sérieux et très -savants sur l'histoire

de France, il avait à peine vingl ans lorsquUl éeri?it ces Figurée mystiques dans lesquelles les beautés, ornements et atours du corps féminin servent de pendants aux qualités de Tàme. On y trouve une foule de rapprochements qui paraissent aujourd'hui fort ridicules et qui sont énoncés dans un langage qui semble étrange. Un pompeux éloge de la longue chevelure des dames est suivi d*un chapitre sur « les cheveux de rame », et d'un autre relatif à la perfection qui doit annoblir « les perruques de i*âme. » L'éventail, les parfums, les robes de soie et de velours, les carrosses, litière et brancards ; les patins et hauts souliers ; les pendants d*oreille, les bracelets et autres joyaux, tout cela sert d'occasion à d'étranges comparaisons mystiques. « Les filles de chambre qui ornent les cheveux de leurs maîtresses » fournissent l'occasion de dire que rame a trois filles de chambre : Tentendement, la manière et la volonté. Duchesne nous apprend gravement que « l'entendement est la première servante « spirituelle, laquelle, avec le peigne de cognoissance, « ou par toute la perruque éparse des pensées et des « intentions, la met en bel ordre et la démesle des va- • nités du monde. La troisième servante, c'est la mé- « moire, elle dispose, tresse et arrange les cogitations « et n'en frise et récrépillone aucune vers les oreilles « que premièrement elle n'ait passé par les mains de « ses deux compagnes. » Le jeune écrivain déjà fort érudit, entasse, suivant Tusage du temps, toute sorte de citations au milieu de ses rapprochements de morale chrétienne :1a Bible, les poètes latins et ceux du seizième siècle se mêlent chez lui sans choix et sans critique.

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