‹ Curiosités théologiques, par un bibliophile [P.G. Brunet]Chapitre 8 sur 15 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

Nous avons le projet, dans cette dernière partie de notre recueil, de donner une idéedo certains ouvrages qui se rattachent à des questions religieuses, ou que les bibliographes rangent du moins dans la classe de la théologie; ils se r<^commandent tantôt par Tétrangeté des doctrines quMIs exposent, tantôt par la bizarrerie du sujet ou par la naïveté du style ; ils ont enfin, à divers points do vue, mérité d'être placés au nombre des livres curieux. Ce que nous en dirons aura sans doute, à défaut d'antre m^îriie, celui de la nouveauté pour rimmense majorité des personnes qui ouvriront notre livre, car, il faut en convenir, de tous les ouvrages que l'oubli dévore, il n'en est guère qui soient plus complètement descendus dans le néant que les innombrables bouquins théologiques qui dorment, couverts d'une poussière inamovible, sur les rayons des grands dépôts publics.

Le livre du prophète Enoch, traduction anglaise par le docteur Lawrence, Oxford, 1819, in-S.

Cet ouvrage, célèbre par suite d'une citation qu'en a faite l'apôtre saint Jade dans son épître, n'a longtemps été connu que par quelques passages qui s*en étaient conservés chez des auteurs grecs. Un voyageur intrépide, qui pénétra hardiment en Âbyssinie, Bruce, en rapporta unenraduction éthiopientte à la) fin du siècle dernier. Ce texte a été publié en Angleterre et en Ailemagne ; il a été traduit, commenté, et Tattention avec laquelle on examine, surtout dans les universités germaniques, tout ce qui se rattache à la critiqae biblique»a provoqué de sérieux travaux sur le Livre d'Enoch. Personne en Europe n*a d'ailleurs jamais supposé un instant que ce fût l'œuvre du patriarche antédiluvien dont la Genèse a mentionné la fi% mystérieuse.

Composé avant l'ère, chrétienne^ mais après la capti« vite de Babylone (un grand nombre d'idées et même d'expressions étant, évidemment empruntées au livre', de Daniel), ce livre a do l'importance pour la connaissance des idées répandues chez les Juifs à cette époque« Il est, nous le croyons, si peu connu du public, français que ce que nous en dirons sera sans doute absolament nouveau.

Déûgurée par des interpolations et œuvre de plusieurs ' mains, la production qui nous occupe est une suite de visions et da paraboles .dont la lecture entière exige un. certain couragç. Voici eu quels termes commence lelivre:

« Les paroles de bénédiction d'Enoch par lesquelles il à hénï les bommes justes et élus qui .dévoient exister dans le temps de tTo\iYAe^ie\^\^xkX\^^\i^\nm^^^«tsev8 et impieSf Enoch, Ikomm© \\îlç»Vô ^\î\ ^vswx «^^^ \S\^\i.^

GUIUOSITÉS THÉOLOGIQUSS. 30S'

prit la parole et dit, tandis que ses yeux étoîent ouyertset pendant qu'il comemploit une sainte vision dans les cienx : « Voici ce que les anges m*ont fait Yoîr : G*est « d*eQx que j'ai entendu toutes choses, et cVst par leur « secours que j'ai comprisce qoe je voyois, ce qui doit « arriver, non dans la génération présente, mais dans « une géiiération à venir et à uneé})oque éloignée re^- « lativement aux é us. »

Au milieu de bien des incohérences et des répétitions qultiennenl en grande paitie à l'état fàchrux dans leqodse trouvent les copies de ce cufieux monument de» croyances des Israélites vers l'époque des MachabéeSy on renocntre un véritable traité de cosmogonie et d astronomie , il y est question de la marche du soleil et de la lune, de la division du temps ea années, en mois et en jours, des vents, de la lum ère du soleil et dé celle de la lune. Cet exposé est dai Heurs rempli d*absurdilés^ et l'igcorancela plus grossière s'y montre sansdétour» bien que 1 auteur prétende s'être t>orné à reproduire ff les choses que m'a expliquées Uriel, le s^iot auge qui étoit aveemoi, lui qui est chargé de la conduite de^as^ très pour tonjoufs^ jusqu'àce que>soit effectuéunneuvel ouvrage qui sera éternel. »

Parmi les visions d-Éoo<th; il en^est' qui offrent une bistoire emblématique du peuple juif depuis la naissance de Caïa et d'Abel jusqu'à l'époque d'Hérode.* Non» nous bornerone^ dire que l'uniformité et la monotonie des emblèmes font peu dbonneur à 1 imagination de l'auteur. Quelques passagessumblent d'ailleurs indiquer une main chrétienne.

Le Livre d'Enoch e&t divisé en chapitres de dimensions i6si inôg^les;.iieA.e%t.qi;ii n*oot que deuxou IroîA. ^

vewta» tandis .que d*aajf««ieaxettfk^Qi<tiDdiV^!^(^^*^XS^ tre vingts.

M. Silvestre de Sacy a observé que le 68*» chapitre contient des détails assez singuliers sur les secrets que les anges déchus ont enseignés aux hommes. Parmi ces secrets se trouve Tart d'écrire.

« Le nom du quatrième des esprits coupables est Tenemue; c'est lui qui découvrit aux fils deshommes tous les secrets de la fausse sagesse.

(( Il leur enseigna récriture et leur montra Tucagôde l'encre et du papier.

« Aussi par lui on a vu s'égarer ceux qui se sont égarés dans leur vaine sagesse, depuis le commencement du monde jusqu'à ce jour.

« Car les hommes n'ont point été créés pour consigner leur croyance sur du papier au moyeu de Tencre.

« Ils ont été créés pour imiter la pureté et la justice des anges.

« Ils ne périssent que par leur trop grande science. »

Dans le but do donner une idée un peu exacte du style et des idées qui forment le récit des visions dont le Livre d'Enoch est presque entièrement composé, noas reproduirons un passage d'une certaine étendue (4).

« Ils m'enlevèrent dans un endroit où il y avait comme un feu dévorant, et où, selon leur bon plaisir, ils prenaient la ressemblance de l'homme.

«Ils me conduisirent sur un lieu élevé, sur une montagne dont le sommet s'élançait dans les cieux.

« Et je vis les trésors des éclairs et du tonnerre aux extrémités de ce lieu, dans l'endroit le plus profond. 11

(1) Nous nous ser\ocs de la traduction de M. Tempestini insérée dans le tome I*' du Dictionnaire de$ livres apocry^ phe» de V Ancien et du Nouveau Teetament (1856), lequel fait partie de l'Encyclopédie théologique , mise au jour par M. rabbé Migoe.

y avait ]à un arcde feu et des floches dans aa carquois , et une épée de feu, et toute espèce d'éclairs.

« Puis ils me transportèrent auprès dune eau jaillissante, et du côté de Foccident Vers les feux du soleil couchant. Tarrivai à une rivière de feu qui coulait comme de Teau et se Jetait dans la grande mer occidentale.

(( Je vis tous les grands fleuves, et j'arrivai bientôt au milieu des noires ténèbres, dans ces lieux où toute chair émigré; je vis les montagnes de ténèbres qui produisent rhiver, et l'endroit d'où les eaux s'écouleut dans leurs abîmes respectifs.

« Je vis aussi l'embouchure de tous les fleuves da monde et celle de l'abîme.

« Puis j'arrivai au réservoir de tous les vents, et je remarquai comme ils servaient à l'ornemenr de la terre et à la conservation des fondements de la terre.

« Je vis la pierre qui supporte les quatre angles de la terre.

« Je \is aussi les quatre vents qui soutiennent la terre et le firmament du ciel.

« Je vis les vents qui soufflent dans les hauteurs da ciel.

« Ceux qui s'élèvent entre le ciel et la terre et qui forment les colonnes du ciel.

« Je vis les venls qui font tourner le ciel et qui entraînent dans leurs orbites le soleil et les étoih's, et, audessus de latC' re, je vis le vent qui supporte les nuages.

« Je vis de TbXtrémité de la terre le firmament da ciel qui pèse sur elle. Alors je me tournai vers le midi.

« Là brûlaient nuit et jour six montagnes de pierres précieuses, trois du côté de l'orient, trois du côté da midi.

« Celles du côté de l'orient se composaient de ^Uxt^^

3M CURIOSITÉS TffÉOLOGIQUES.

da diverses coulears, de perles et d'antimoine ; celles da côté du midi étaient de pierres rongesi. Leur sommet s*éleYait )us(|a'au ciel conime le trône de Diea; il était d*albàlre, et dans sa partie supérieure de saphir. Je vis aiMsi le feu ardt^nt qui b!Ù4ait ^ur les montagne&

m Là aussi je vis dans une région immense le Itea où les eaux étaient rassemblées.

a J'y vis aussi Ids sources de la terre cacbéesdanis les colonne» embrasées des eieuK.

«Et dans ces colonnes du ciel, je vis des feux qni jaillissaieut sans nombre, mais ni en baut, ni eabas». Au-dessus de ces sources, je vis un eudroit qni n'avait Dî le firmament au'-dessusy ni la t<erre au-dessous ; il n'y avait pas d'eau et rien à droite ni à gaucbe, c'était uae< plage déserte.

•Et là j'aperçus sept étoiles brillantes comme des montagnes de feu on comme de sublimes esprits.

« Alors range dit : « Cet endroit sera j.usqa*à la con- « sommation du ciel et de la terre la prison des étoiles « et des armées du ciel. »

a Ces étoiles qui roulent au-dessus du feu sont celles qui ont transgressé les commandements de Dieu avant la fin de leur épreuve. Aussi les a-t-il enchaînées dans ce lieu jusqu'à ce qu'elles aient expié leur crime dans l'année mystérieuse. »

4)odêX Nazarœus Uber Âdami latina redditta $ M(Uh^ Norherg^ Lundiui-Golhorum, 1815, 3 vol. in-4.

Il s'agit ici des livres sacrés appartenant à la secte l>ien peu connue des Nazaréens, Sabéens ou Mendaïtes. Cette tribu habite aux environs du golfe Persique; eUe a été très-improprement appelée Chrétiens de Sainte Jean^ puisque sa doctrine n'a rien de commun areo. le

CURIOSITÉS rHÉOLQGI^'Illïa aWR

dirâstiaiiisme. Le nom Mcndaïies. viBDt de menéot^ science, et dans les idées que -professe cette tribu oft romarqao de nomhreax emprantsfdits aux cabbalistes. Elite» Iced d-ailleurs à s' éteindre; il y a déjà près de cinquante ans que sa situation était ainsi retracée dans une lettre de M> Rousseau, vice-coDSui de Francaià Bassora, publiée par M. Silvestre de Sacy.

« Réduits au nombre de quatre à cinq miPe, les Sabéens sont opprimés par les Turcs et les Persans et vivent dans la misère 3t dans rabaissement. Ils ont glytsieurs prêtres qu'ils appellent aussi mollahs. Il y en a un pour marier les filles vierges, uupour celles qui ne lo sont pas (le premier ne voulant pas se charger de cette Ci?rémonie, y attachant une espèce de dé.-hjnneur), et un autre pour remarier les veuves. Depuis quelque temps CGr dernier est mort, et personne n'ayant été nommé à sa place, ii arrive parfois que, fatiguées de leur viduiié, quelques-unes de ces femmes se font musulmanes afin de se procurer un mari. »

Tpij^sles n^anuscrils du Livre a'Ailani sont divi^eQ deux parties, disposées dans le volume de façon que» lorsqu on en tient une devant soi pour la lire, l'autrç se trouve renversée la tête en bas; il résuite de cette disposition que chacune des d ux parties conamence avec le premier feuillet du volume, sqivant le sens dan^ lequel en le tient, et quelles se rencontrent par leur fini dans le corps du vulume.

L'ouvrage eniier ne remome p^s à une haute antiquité; ^ rédaction na eu lieu qu'après rappariliou du nuiïométisme, mais il a certainement conservé des iégeudes, des opinions, des ira^me^ls qui appartiej^w^iaf à une date bien plus reculée; ie nom de Livre d'Adam' parait venir de ce qu'il y est fréquemment question da

la fcflnnation d*Adam et de ses rapports avec les bons et les mauvais génies.

L'auteur ne se donne pas positivement comme inspiré, mais comme ii fait souvent parler les génies^ comme il raconte des choses fort élevées au-dessas des connaissances de Thomme et de beaucoup antérieures à la création d'Adam et même à celle du monde, on nesaurait douter qu'il ne se soit attribué Tinspiration divine, ou qu'il n'ait du moins supposé qu'il puisait sa doctrine dans des livres révélés.

Les livres des Mendaïtes sont écrits dans un dialecte chaldaïque ou syriaque fort corrompu; les caractères diffèrent essentiellement de tous ceux dont se servent les autres nations qui parlent, ou plutôt qui ont parlé autrefois la langue syriaque et r;ul en conservent l'usage dans la liturgie; des singularités orthographiques ren* dent en outre très difficile la lecture et l'intelligence de ces écrits, déjà inintelligibles en grande partie par la na. ture même des sujets qu'ils traitent. C'est un assemblage d'idées fantastiques, de rêves d'une imagination échauffée, d'actes et de raisonnements attribués aune infinité d'èlres d'une nature étrange, et qui n'ont aucune réalité ; c'est, au milieu des détails de la plus absurde cosmogonie, l'histoire d'un monde imaginaire peuplé par des milliers de génies dont les noms mêmes sont autant d'énigmes presque toujours insolubles.

Un membre de l'Institut, un écrivain de talent, M. Renan, disait, il y a quelques années, dans une lettre écrite de Rome et insérée dans le Journal asiatique, qu'il avait trouvé au musée Borgia un manuscrit contenant en représentations figurées tous les systèmes théologiques ties Mendaïtes avec un texte explicatif, « livre bizarre 4ont les figures révèlent le plus étrange fenversement (ï'/inaf /nation. »

Nous avions préparé un aperçu des doctrines exposées dans le Livre d*irfam; mais, malgré tous nos efforts pour être clair, ce résumé resterait forcément trop obscur, occuperait une place considérable, et paraîtrait sans doute offrir, en définitive, bien peu d'intérêt. Nous croyons donc devoir le retrancher.

Confessionaîe Anioninif iive SummtUa confessitmis

utiliisima, 1510.

Ce livre, rédigé par un archevêque de Florence, est curieux à certains égards; on y voit que Tarlicle des cas réservés aux évoques et au pape était déj \ chargé à cette époque; plusieurs casuistes réduisaient ces cas à quatre ; d'autres en admettaient cinq , d'autres bien davantage. Quelques auteursmodernes en posent trentehuit et annoncent n'avoir pas fini.

Le Confessionaîe se perd dans un cortège de distinctions sans fin; au sujet des restitutions, par exemple, l'auteur établit vingt mains rapinantes, lesquelles a>ant chacune cinq doigts, donnent cent modes de rapine, et, par contre, cent modes de restitution.

Divers ouvrages relatifs à la confession sont vraiment singuliers. On peut signaler notamment V Accusation correcte du vray pénitent^ parle P. Chauvaud, jésuite, 1676. Ce volume, devenu rare, présente quatre dialogues des plus singuliers entre le confesseur et quatre espèces do pénitents ; le premier est un idiot grossier qui ne dit rien ; le second une fine bêle qui ne dit pas assez; le troisième une impitoyable bavarde qui dit beaucoup trop, et qui, tout en accusant ses voisines, oublie de s'accuser elb-même; le quatrième, enfin parle comme il doit.

Les cas de conscience, les distioclions à établir eatt^

mo CURIOSITÉS THÉOLOGIQCfËS.

Jes4)échés ont provoqué des livres étroDges dont.ia'&amre nous interdil toute ritation. Les Dfsputaliwies de 9anctomafrimùnio du jésuite Tiiomas Sanchez ne remplissent pas moins de trois vo umps ia- folio et sont ve»* IdeB célèbres par le'scandale que causa la nature des détails scabreux abordés sans nul ménagement par ^e téméraire casuiste, doD< les intentions étair^nt sansdcute parfaitement pures, mais qui avait acquis, au confessionnajl, des connaissantes i-ffi ayantes. On distingue aussi, au point de vue de la naïveté avec laquelle certaines fautes graves sont décrites, la Somme des péchez ttle remède dHceiix par le P. Benedicti, Paris, 1587, 4nfQl. (plusieurs fois réimprimé). Quoique rempli de délafls gui paraisspni aujourd'hui cboqnants, ce livrées* dédié à la sainte Vierge, et il est ainsi un témoignage de Tingénuité de certains auteurs il y a trois giècles environ.

ïn «782, un missionnaire, le P. Péline, Ht imprimer è'Gaen jxx €atéefhisme des gens mariés qai devint tm objet dcscandate, les détails les plus libws retrouvant mè)és à des préceptes Uioraux et rerigieux. Uaulovlté supprima ce livret de 53 pages, qui est devenu aujaurd'hui excessivement rare.

Z$t*G9Stesdes hittoires' romaines translatées tn françoije,

Paris, 1521, in-fol.

ilï'^glt ici d*un recueil d'historiettes Irès-répandu ettrès goùiéau moyen âge. On y trouva le récit -d'OTi grand nombre de traits attribués à des empereurs romains, souvent imaginaires; mais un.grand non>bre de i^es aneodotCB ont rapport à la légende, et chacune d'elles esi suivie d'une moruUsaUow^wi^viVLna TexpUatioB au pcrial d» Nue te>\\«v^w:î^Aw>x ^-îîûsk^ ^^

latki, ^traduit en ffançais, en anglais, en allemand, oe livre Cot reprodait maintes fois dès Torigine de itrmpf vmerie; tous les manuserits, toutes 1^8 édi4ion€ diffèrent. Des énidits sa ^ oat efforcés de rechercher les origines, de constater les imitations de ces récfils que les prédicateurs, les moralistes, les écrivains ascétiques du moyen âge ont reproduits sons bien des formes. A enest de fort longs, qu'il s(>rait difficile de lire i^ans enjani : nous nous contcûterons de placer ici, comme âpécimen de cette composition, si en faveur il y a quel» ^168 sièeles , deux chapitres que nous choisissons à dessein parmi les plus courts. ;^:/' A/v\

'•'■^' ■' V'' De la liber ié de son fr^nc arbitre, . /

Jadis aucun roy ûst telle loy que le plus ancien di- Yiseroit Theritage, mais le jeune choisiroit. L'autre fut qu'il esloit au fils de Tancelle prendre la possession avssift)ien quo aux fils de franche coudition. Il advint que les deux frères, Tung légitime, l'autre de la ebaiivterière, .divisèrent rheritage. Le pins ancien divisa ainsi : en r-une partie mist tout rheritage, mais en Tautre mist la mère de son fr^re, car ^on frère pensoit aymer sur toutes choses sa mère ; par conséquent il ^sleckt sa mère pour laisser l'heritag]^, sp'^srant «de son 6ère quelque chose lors obtenir, mais Jtl n*eut aacnne chose. Devant le juge s'en alla son frère lor^ aoouser qu'il Tavoit de son hrrilage frustré. Son frère respondil qu'il l'avait deceu, car celuy qui divise n'est point circamscrlt, mais celui qui eslit.

AforaUsalion sus le propos,

J>ieu le pèie jadis eut deu^ entaw*^ V^w\^^\>.<âss8s»eprière, l'autre de Tespottse. \>^ Vç>^^^%^ ^tl^^ ^^s^»^

Bi2 CURIOSITÉS THÉ0L0GIQ13ES.

christ, qai est de Tessence propre de laquelle si est e père comme coeteroel. De la chamberière, i*hommet qui est quant au corps de terre creu, et cestuy est le moindre, car il est fait en temps. Jesuchrist, Tenfant plus ancien, divisa Theritage, caria terre mist en Tttue partie c*est assavoir les choses terriennes ; en Tautre, le ciel , qui sont les choses célestes ; toutes fois à Thomme donne Telection, si qu'il choisist sa mère la terre. Le pécheur, contempnant les choses célestes, eslist la terre ; îj.irquoy il ne peult accuser sou frère, car cet tuy qui divis» oVst rircumscript, mais celluy qui eslist. Doncqajs il laul jbitju eslire, qui veut estre riche, non pas follement comme les mondains qui préposent les choses terrestres aux célestes.

Comment la vie présente pour vray est la vie de remission et de grâce.

Le roy Alexandre mist une chandelle qui ardoit en sa salle, puis envoya ses heraulx publier et faire crier par tout son royaume que si aucun offensoit , et il vint cryer miséricorde durant que la chandelle ne serait gasiée, qu'il obtiendroil; et aussi s'il ne venoit qu'après l'extinction deladicte chandelle, qu'il seroit pu^y de malle mort. Plusieurs par ce moyen eurent miséricorde, mais aussi plasieurs faisant le contraire furent occis et périrent de malle mort.

Moralisation sus le propos.

Par le roy Alexandre nous pouvons prendre Jesuchrist, Roy des roys. Il a mis l'ardente chandelle , qui est cesle présente vie, comme la chandelle transitoirement passant pour avo\T Tôm\ç»?>\csiii ^^ ^^\Aa.\5X ^^Ue daren. Les heraulx souWôs ^Tea:\e.î^\^^«^>^^^ ^^Vs^

CURIOSITÉS THÉOLOGIQUBS. 815

en jour nous publient la divine miséricorde , bonté , doalceor et amour qui sera faicte tant que cette yie durera. Car en Tautre monde point n*est mention de pardon. Dieu est tout miserieordieux , comme dit le prophète royal David : Misericordiœ ejus super ùmnia opéra ejus.

Episioîa de miseria curatorum seu plebanorw/n.

On connaît diverses éditions de ce livre imprimées à la fin du quinzième siècle.

Que de tribulations éprouvait alors un pauvre curé! Le plaignant énumère neuf diables déchaînés contre lui, de là neuf chapitres de lamentations, dont la naïveté nous paraîtrait aujourd'hui burlesque. Le troisième démou qui conspire contre le repos du malheureux ecclésiastique, c'est sa servante^ infidèle, paresseuse, acariâtre, et qui lui fournit cependant plus de sujets de tentation qu*il n^a de cheveux sur la tète ( Per quam habes tôt tentatùmum stimulis quantum in capite geris eàpillos).

Les jours hewsux et périlleux de Vannée révélez par l'ange au bon Saint Job,

Opuscule de quatre feuillets, petit in-4, imprimé à Paris vers

l'an 1500.

Il n*est pas sans intérêt , parce qu'il reproduit des idées superstitieuses dont nous avons déjà dit quelques mots, et qui après avoir longtemps exercé un empire absolu, ne sont point encore tout à fait éteintes dans les campagnes. Il y a des jours dont certaines heures seulement sont à craindte*. e\i ^<b^«a^\^>^'»^ exemple, sairant un calendrlet tmxl\vs>«SX ^w^sçiax^^-

jàème siècde, eerQserFéà.laBibliot||èfaeIa)$téfial6,le in «at périHeui&iiâiiittis dix lieueas du. ib£Uja jusqu'à oMfH^; ie 14, depuis ;»Âxrbeurds du .okiaiBjra^a à sept. Uurt»»lendrier atnâj criWé ida «iguesinaoiiÇâAîS', jei^saiobte fi QB cbemiB serDé de obatt»i»ejg^krapi[^^. Le iK)mlMie -û^ jours périlleux et leur indication varient d'ailleurs ^4aii0 les manuscrits^ et ils ne sont pas à beaucoup près les mémos* {i).

Le manuscrit français de la Bibliothèque Impi^riale (665, Suppl.) nous apprend que tels ou.tels j^s^ostf réputés périlleux , en souvenir des plaies qui frappèrent rÉgypte, mais il j^rotesibe sag^iaenl «oslra flotte erreur :

Ce4it:estfaux«t très jolgue £t contre la foy catholique.

HJne légende est jointe quelquefois aux ealendrlers, pour la recomnaandartion du vendredi. En voici une copie û'un ancien manuscrh :

« An jour du vendredi, Caïntuason frère Abél.

Au jour du vendredi, les fils d'Israël entrèrent dans la terre promise.

Au jour du vendredi, IMtoïse le prophète mourut sur le mont d'Alburon.

Au jour du vendredi, «mourul le prophète Da/vid.

Au jour du vendredi, Éfie décolla les trois cents et quarante faux prophètes.

Au jour du vendredi, ï)avid tua Goliath.

Au jour du vendredi, saint Jean-Bapiisie fut décapité.

fiytlious onpi^utitoQs ods détails à «nt) «curieuse notice idioxlU.ii. Mûlomd Bur lesiïaUw^ieT& u^a«A Vi«»i9rtm«nMi,iiii.

^DORIOSITÊS THÊOIiiOGIQUES. n»

Au jonr du vendredi, \e roi Hérode ftl massacrer les Innocents au nombre de cem<qaarairte et trois mille.

Aujoor du vendredi, saint Etienne fut lapidé.

Au jour du vendredi, saint Gabriel commença llnonDBtion Notre-Dame et rincamation Nôtre-Seigneur Wsus-Chrrst.

Au jonr dn vendredi, Noftre-Seigneur fot crucifié.

Au jour du vendredi, Notre-Dame trépassa.

Au jour du vendredi, saint Pierre Tut crucifié, etc.

Et pour ces raisons, devonsnous êlro en abstinence et plus contraindre noire chair le jour du vendredi que nul autre jour de la semaine. »

Le Dessert de dévotion qui est ung iraicfé plaisantt uHl$ et profitable à toutes manières de gercts ûtvotXy 'Paris, s. d.

L'auteur de^oe livre mystiqoe et gingulier ne s*6St point nommé , mais il nous apprend qu'il était frèpe mineur à Abbeville, et il nous révèle son nom dans un acrosliche(flenri Caupin). Selon un usage à iamode au quinzièmesièole^ilsuppose que dans le cours d'unsonge> il dit et il voit beaucoup de choses.Transporté <àans un désert, il y rencontre dame Dévotion-pevètue de riches babits. Un oialogue s'engage entre eux ; la noble dame décrit tous ses habits, tous ses ernesieots ; ee .sont.aulantde pieux symboles. Le bon frère ivoit en8urteipa&ser sous ses yeux tous les actes de la Passion, ce qui lui sqggère autant d oraisons. Il mêle à sa prose des vers qu'on sera peu disposé à aller lire, lorsqu'on aura pu en juger , par Je petU.spécimen que nous plaçons ici :

Yostre dotilx ifils 'Jésus endtrraLTvl Tnvi\. Mordit eafer par puissaciie mottote.

«16 CURIOSITÉS TUÉOLOGIQUES.

Sure pressure eo ses membre sa mort, AmorlissaDt sou saioct corps pour l'ommort Mort par péché tirer de chartre obscure (1).

Marchandise spiritaelle. Très singulier, dévot et sahUairs traieté, intitulé la Marchandise spirituelle, ordonnée et distinguée en sept régions spirituelles, selon les sept jours de la semaine, et estladicte marchandise très utile et nécessaire à tous marehans et marchandes et généralement à tous bons chrestiens qui désirent de gaigner le royaume de Paradis, Lyon (vers 1521) in -S*».

L'auteur anonyme de cet ouvrage singulier, dont il existe plusieurs éditions, a longuement paraphrasé ces deux versets: Negotiamini dum venio; — Yidete regiones quum albœ sunt ad niessem; il les traduit ainsi : « Marchandez spirituellement votre vie durante, jusqu'à ce que je vous vienne quérir; voyez et coasidérez les spirituelles régions, car vous y trouverez de spirituelles marchandises fort délectables, lesquelles facile* ment vous pourrez spirituellement marchander. »

En parcourant les sept régions spirituelles qu'annonce son titre, Fauteur de ce livret écrit des passages du genre de celui-ci : «Le corps humain est fait aucunement à la semblance du ciel, car, comme le ciel est rond, ainsi la teste du corps humain est ronde , les deux yeux de la teste enluminent le corps comme le

(i) A l'égard de cet ouvrage et de quelques autres dont nous allons parler, nous avons fait usage des renseignements que fournissent des notes qui accompagnent dans un recueil bien connu de tous les amis des livres rares ou curieux (le Bulletin du bibliophile), l'indication de ces mômes livres comme se trouvant en vente à la librairie de M. Tecbener.

soleil et la lune enlaminent la terre, et les cheveux de la teste sont comme les estoilles aa ciel. »

Le Livre de la Discipline de Vamour divine, Paris» 1519.

Une courte citation de ce livre montrera de quelle façon les écrivains de l'époque s'y prenaient pour développer des considérations morales qu'on trouvait alors fort édiûantes, dont il serait impossible de lireaujourd hui deux pages.

« Moult noble et digne est la créature humaine, laquelle, selon Vame, est image et semblance du Créateur, et selon le corps, figure et semblance de toutes créatures. Le chef rond et clos par-dessus, où sont les sens corporels^ figure le ciel; et les yeux représentent le soleil et la lune, et les autres sens les étoiles. Et comme est le monde gouverné par et selon les sept planètes du ciel , aussi il y a au chef humain sept trous» entrées et issues pour gouverner le corps sensiblement; deux es yeux, deux aux oreilles, deux au nez, et un à la bouche, par lesquelles Tâme fait ses opérations corporelles et spirituelles. Des quatre éléments appert plus la clarté du feu es yeux, Tair en la poitrine, Teau au ventre et la terre es jambes. Les os du corps hu* main sont représentation et figure des créatures qui ont être etn'untvie ni sens comme pierres et métaux. Les ongles des pieds et des mains , et les cheveux qui croissent et décroissent insensiblement , signifient les créatures qui ont être et vie végétative , lesquelles sont insensibles comme plantes et herbes ; le corps humain est figure et représentation du grand monde, et il est image et expresse semblance de Dieu créateur de toute créature. »

Les vieux auteurs se plaisaient d'ailleurs beaucoup

«f8 CURIOSITÉS THÉOLOGIQUESw

àp cHercber des allusions et des vapprochements dfofi devaient résulter des préceptes religieux. Sous ce nip* port, nous mentioDoerons le Donatus de Gerson. On sait que ce nom ée Donat désignait une grammaire la* tine très en vogue dans les écoles da quinzième siècle, lei lesF termes et les définitions de la grammaire sont employés dan» un but d'édification, mais les idées sonft bien forcées. Voici un échantillon des dema^ides et def réponses qui composent celte grammaire spiriéueKêr regardée alors comme un chef-d'œuvre fortingénieox-:

• Ooid est pronomen?

« Sîcut bomo est nomen tuum , ita peecator est pro^ nomen.

» Cujus declinationis est verbumhomo?

(( TertisB^ quia declinari et humiliari débet tripliciler coram Dec. »

It est fâcheux que homo n'^ soit pas de la cinquième déclinaison, car le précepte d-hamilité serait numérîquemeot encore plus obligatoire.

Tractatus de imposturis et céremoniis Jiidœorum nostri temporii, auct. Conraio Heusero. Basilca', 1575.

Un ffsokà, nombre de livres ont étéiconaposés par de» controversisles zélés, et dirigés contre les jai/s« Noos nous dispaiserons de les signaler tous.

Parmi ces divers écrits, celui dont nous venons detranscriie le titra n'est pa3 un des moins dignes d'aiLteatikuii comme témoignage des pfléjugés de Tépoqua» L'auteur traite les Israélites de magiciens, de sorcifqi^ d'nsttriers; il dresse une table assez cttrleusd des giiM usuraires attribués aux juifs par le prêt d'un seul te» ii% qui, à raison de deux oboles de Franefort d'iotiitt

cenmsiTÉs théoiooiq^e». ait

par semaine, rend aai boat d» ^tl ans près de 50 ftorins, et an bout de vingt ans 2,59 ;s florin*). 30- florins, prêtés pendant Tiogtanr, au mèmetanx, donuent à Tu^urier nn bénéflce de 51,8^4 florins. Nous no nous ehargeon» pas de irériOer ces calculs.

La conclusion de l'Allemand Conrad Heuser est nett» dans^anide^se; \\ conseUle aux princes cbrétieas d'ex* temiiMr la race dlsraëU

Nous nous garderonsr bien de rien cîtfT de l*en*myeux recueil d^injures contre les Israf^lrtes», publié à VenîsB en 1538, sous le litre d'HaUrinni Fini Ferra' riensis in Judœ^M fitytUwn, Cest un in-folio de %i^ feuillets à deux c 'ionnes, d'uu caractère très fin. Le Traetatus ad JaUœtruin pârfidiain extirpendixm da Pierre Niger, impriuié à Esslingen, en 1475, est tout aussi acrimonieux, mais il se recommande aux bibliophiles par une cirtonstanre particulière. C»Q^i lo premier livre où Ton ait fait usage de caractères hébreux. L'ouvrage de Porchet de Salvatico : Yktoria adversHs impm Uebrœos, Pari>«, 1320, in-fol.> n'ayant pas un semblable mérite, est complètement oublié.

Le$ Stngeriei des Huguenots, Wttrmots et €ruenon8 de la nouvelle dérision TKeodobesxienne, contenant leur enrest et sentence par jugement de raison naturel, composé par Arthur Désiré, y àiis, 2574, 8^

^(ovs avons choisi ce volume comme offrant un éobantillon du style adapté par les coulroversistes da

seicième siècle. On cr»ni prend très-bieu que la dérision-

Theodobeszienne signifie la doctrine d'un des plus cba-

leoraux amis de Calvin, Théodore de Bèxe. Le livre

qianoafl avons soui4 les y«*ai,e9t oa Dirallèle conlinoeL

des refermés avec leabiagoi«.Uittffltd'eftUuiaGEiM

qaelqaes passages pour montrer quelle aménité régnail alors daas les disputes :

« Les hérétiques theodobesziens sont tant cauteleux» ingénieux et malicieux, que ne sçaurions mieux les comparer qu'aux singes, marmots et guenons, lesquels n'approchent jamais du feu que la hart du fagot qu*on y met ne soit premièrement brûlée et rompue, peur que ledit feu ne rejaillisse sur eux ; tout ainsi ont fait nos ennemis et adversaires de yérité; tant que la hart de justice a tenu bon et qu'elle a été forte et puissante ponr les pendre et brûler, sans rompre ne ployer, jamais n'ont osé approcher de la fumée, ne ouvrir la bouche pour dire ce qu'ils avoient sur le cœur; mais depuis que ladicte hart a été rompue, et qu'ils ont eu la liberté et permission de parler et prêcher leurs blasphèmes contre Dieu et ses Saints, lors ils n'ont plus craint d'approcher dudict feu, et sont venus jusques devant la Majesté du Roy et de tous ses magistrats et gouverneurs vomir leur fétulence et vilenie au conciliabule de Poissy et crier par toutes les rues de Paris, jusques en pleine cour, vive TEvangile I vive l'Evangile 1 voire l'év. ngile du diable d^enfer qui vous puisse rompre le col et les jambes, de vous avoir donné licence de faire le beau mesnage que vous avez faict par tout le royaume de France et d'avoir sacrilège et retiré hors des religions les sanctimonales que vous avez subornées et perverties de leur discipline régulière, leur faisant entendre qu'il est impossible de garder la perpétuel vœu de continence, suivant ainsi la nature des susdicts marmots et guenons qui sont les plus luxurieuses bestes de tout le monde....

c II y a des singes domestiques et privés qui ne bougent de la maison, toujours enchaynés parle col, tray» nant une grosse bouUe au bout de leur chayne, qui

CURIOSITÉS THÉOLOGIQUES. Zti

tourne de çà et de là, et ne font autre chose que boire «t manger, par lesquels nous sont figurés les marmots hérétiques couverts d^hypccrisîe et simulation, qui sont nullius religwnis^ mais parfaicts atheistes, roulants leur boulie langagere de côté et d'autre pour adhérer et complaire aux seigneurs et dames selon la reUgiou quils tiennent, et telle manière des singes privez sont beaucoup plus dangereux que les forains et descouverts, qui disent tout ce qu*ils ont dessus le cœur, au contraire des simulez qui disent d'un et font d'autre, ayant toujours la boulie d'athéisme qui les entreine et faict tomber en étemelle damnation, et tous ceux qui les hantent et fréquentent.

« Les guenons aussi ont une longue queue et sont merveilleusement chaudes et lubriques, comme sont aussi celles de ladite dérision qui ont ordinairement une grande trouppe de singes et marmots à leur suite et queue^ semblable à celle du dracon de laquelle parle sainct Jean en son Apocalypse^ chapitre douziesme, faisant tomber la tierce part des estoiles du ciel, ce qu'elles font par mesme moyen, attirant à leur luxure une infinité d^apostats et moynes reniez qu'elles font tomber du firmament de l'Eglise en éternelle damnation, de sorte et manière que lesdictes guenons huguenotes attireront et divertiront plus d'hommes en une heure de nuict que ne scauroient faire les singes et marmots en un an, à raison de ladicte luxure.

« Outre plus, le singe ne veutouyr parler de l'Eglise. Quand le bastelleur en faict ses jeux et qu'il lui parle d'aller à la messe, il rechigne et claquette des dents comme un desespéré, mais quand on luy tient propos ^e la taverne^ lors il se resjouit et faict dix mille soubresaulx. Ce que font aussi nos susdlcts singes et mar- .mots qui ont en haine mortelle l'Eglise de Dlea>^W^

822 CORIOSITËS THÉOLOGIQUES.

contraire aymcnt la taverne pour le bon via qui leur faict faire mille singeries, et pour les bons et grans morceaux qu'ils ont en recommandation, aymant trop mieux un joar de bonne chère qu*une heure de jeûne et d*abstinence. »

Arthur Désiré a composé divers autres ouvrages que leur singularité fait rechercher de quelques amateurs. Voici le titre de Tun d'eux : Le grand chemin céUste de la maison de Dieu pour tous vrays pèlerins célestes traversant les désertz de ce monde, et des choses nécessaires et requises pour parvenir au port de salut. Paris, 4863, in>8°. Ce livre est en vers; nous nous reprocherions d'en transcrire un trop long passage.

Premièrement pour bien marcher En ceste vie transitoire, Si vous changez d'habit trop cber Qui soit fourré de vaine gloire.

Pour \ous garder de l'insolence Des eaux et vents, soyez vestus D'un beau manteau de patience Pasmenté de toutes vertus.

Et pour rabattre les chaleurs De charnelle concupiscence.

Portez un beau chapeau de fleurs.

D'honneur, de jeune, d'abstinence»

Pour saulter les mauvais passages Appuyez-vous sur le bourdon De la croix, si vous estes sages, Car il est fort, puissant et bon.

Miracles de JSostre^Dame de Liesse, Paris (vers 1560),

petit in-80.

Ouvrage plusieurs fois réimprimé et qui raconte une

histoire surnatarelle qai, au moyen âge, ne fut pas mise en doate. Un prologue en vers (et quels vers!) sert d'introduction au récit.

Bons pèlerins qui avez dévotion

Et voulez croire sans douleur ni tristesse,

Lisez ce livre par bonne affection ;

Vous verrez comme fut trouvée Lyesse

Dont la feste est le buitiesme de septembre,

Et ce jour' là si est la dédicasse :

Très grands pardons, ainsi que me reneombre,

Donnez -y sont de très grande efficace.

Il y avait en ce temps-là (c'est à-dire au douzième siècle) trois frères x chevaliers de Rhodes, et natifs da « diocèse de Lan ou Lancri» dont le plus aîsné estoit « seigneur de Eppe, le second de Marchois, et le tiers « n'avoit nulle seigneurie. » Ils partirent pour la terre sainte et combattirent les Sarrasins, mais ils furent faits prisonniers, jetés au fond d'un noir cachot et menacé^ de mort s'ils n'embrassaient la loi de Mahomet. Ce$ menaces ne firent pas plus d'impression sur eux que: toutes les argumentations des plus savants des docteurs musulmans. Le Soudan, courroucé de la résistance de^ chevaliers, leur envoya sa fille Ismérie, la plus belle des vierges de l'Egypte, dans l'espoir qu'elle les engagerait (( par ses douces paroles » à renier la religion chrétienne.

On lit ensuite dans cet ouvrage comment Ismérie prescha les chevaliers ; comme elle vint raconter à son père ce que les prisonniers avoient dict; comme l8«^ mérie délivra les trois prisonniers ; comme Ismérie et les chevaliers se trouvèrent avec l'image à la fontaine près de Lyesse quand ils s'éveillèrent ; comme l'église de Nostre-Dame de Lyesse fut fondée.

ttâ CURIOSITÉS THÉOLOGIQUES.

L» Fouet det paillards, ou juste punition des voluptueux et charnels conforme aux arrest divins et humains, par M. L. P. Mathurin le Picard, curé du Mesnil-Jourdaia Roueo, 1623.

Un anagramme inséré dans les pièces liminaires ftit connaître le nom deTauteur, et, à la fin du volame, deux docteurs certifient « quUls ont eu le Fouet sous les yenx et qu'ils Tont jugé digne d'être donné au public. »

Les réflexions naïves du curé normand, les détails • dans lesquels il entre, ne scandalisaient alors personne, mais aujourd'hui ils sembleraient peu édifiants. Nous jugeons donc à propos de les passer sous silence. Un très-court spécimen du style de Tauteur donnera d'ailleurs peu d'envie d'en connaître davantage.

« Les os de Satan sont comme des flustes d'airain, et la puissance de ce rusé séducteur ne consiste qu'en ce qu'il charme les oreilles avec ses flustes... La femme est une vraie pierre à feu et les yeux de l'homme sont de vrais fusils. La pierre estant frappée par le f asil ]6tte incontinent du feu. »

Ia victorieux et triomphant combat de Gédéon, représenté à Paris au jour de la Passion du Fils de Dieu, en l'an 1612, en Véglise Saint^Séverin, en présence de la royn$

\ Marguerite, par le Père Souffrand, prédicateur de la Gom« pagoie de Jésus. .

Plusieurs fois il est advenu que des bibliographes, fidèles à l'usage assez commun parmi eux de parler des livres sans les lire, ont classé parmi les ouvrages dramatiques ce bonquin de mysticité. On a cru qu'il s'agissait d'un spectacle pieux représenté à Paris. De ^ bât, il n'est question dans ces pages que d'mie expli-

CURIOSITÉS THÉOiOGIQUES. 815

cation allégorique d'un chapitre du Livre des Juges. L*auteur expose lui-même assez clairement le but qu'il se propose :

« Le combat de Gédéon est divisé en trois parties qui sont autant de poses ou stances. En la premiôrei TOUS avez le fracassement des cruches, qui est l'ha* manité de Jésus-Christ rompue et deschirée par les coups de fouet. En la denxiesme, vous avez le son el le résonnement des trompettes, opposées aux sept pé« chés mortels. En la troisiesme^ vous avez les lampes éclairantes qui effrayent et estonnent, et qui annoncent la victoire gaigoée. »

Un avant-propos annonce que « le sacré et mystique combat de Gédéon contre le sourcilleux Madian, représenté dans Paris le jour du vendredy sainct et apr proprié à la Passion du Sauveur, en présence de plus de dix mille âmes catholiques, subject qui n*a pueslre représenté qu*avec abondance de larmes, ruisselantes des yeux de ce tant bon religieux et vénérable père et de toute ceste honorable assemblée. •

Il serait assez difficile de retrouver dans la relation du victorieux combat de Gédéon les passages qui ont provoqué tant de larmes. On ne trouve guère que des phrases de ce genre : « Saint Jerosme a appliqué ce fracassement de pots de terre à la Passion, jour de combat, où la cruche de Thumanité de Jésus-Christ a esté rompue. Chrestiens, la trompette a sonné; il faut que le premier escadron s'enfnye. » Les escadrons qui s'enfuient an son des trompettes sont les sept péchés capitaux.

Traité de V Antéchrist, par Lambert Daneau, Genève, 15T7.

C'est la traduction française d'un ouvrage composé

«6 CURIOSITÉS TflÉOLÔGlQUES.

en latin et qui appartient à cette classe nombreuse de livres écrits par des protestants dans le but de démontrer que le pape était TAntechrist. Afin d*établir sa thèse, Daneau s'appuie constamment sur des textes de rÊcriture sainte, mais il leur donne une interprétation singulièrement forcée. Voulant prouver que le pape est désigné par la bête de V Apocalypse, il fait observer que le nombre mystérieux indiqué par saint Jean (666) se retrouve dans les lettres numérales que forment trois phrases en trois langues diverses, en latin, en français et en italien : Erit ipse in cardinalaiu vigor ; un clergé desévêques ; Ivescovipapaliel clericato ecilesiastico.Ue plus, le même nombre se rencontre en grec. Ces rapprochements numériques paraissent à Daneau des démonstrations sans réplique.

Très-longue serait d*aillenrs la liste des écrits qui, au seizième siècle et au commencement du dix-septième siècle, soutinrent sérieusement que le pape était TAntechrist (thèse qui n*est pas encore absolument abandonnée en Angleterre). Au nombre de ces libelles que leur singularité fait rechercher des amateurs de livres «curieux, nous mentionnerons la Physique papale et la Nécromance papale, de Viret; V Ex trente- onction de la iJiannite papale, {^Qi; la Complainte de la grande paillarde babylonienne de Rome, 4562; V Histoire de la Mappemonde papistique, 4S67; la Chasse de la beste romaine, i^M, etc.

11 n*y a dans tous ces écrits que des injures et rien de saillant; nous ne leur ferons donc aucun emprunt, mais nous mentionnerons, comme plus digne d'atten* tion, un recueil de vers latins : Pasquillorum^ duo tomi, Eieulheropoli , 1544, tomi in-8^ Cette collection ^oriense, imprimée à Bâle, renferme une foule d*é-

pigrammes, souyoïit très-mordanles, contre la cour de Rome. lodiquoDS-eu qaelqaes-nnes :

Le peu de constance du pape Paul III, son aiïeclion pour ses neveux, sont l'objet de railleries multipliées.

Pasquin, changé en Persée, dit qu'il ne faut pas s^étonner s'il se transforme une seulo fois, puisque le pape change dix fois en une heure :

Qui* deformis eram vili de marmore troncui^

Persei miraris esse modo ora mihi, Una cum Paulus decies mutetur in hora,

Cur mutare semel non licet ora mihi ?

Une autre fois, Pasquin dit aux Romains :

« Oremus pro papaPaulo, quia zelse domu suse comédit illum. »

Une épigramme contre Alexandre YI peut se reproduire ici ; il n*en est pas de môme de beaucoup d'autres:

< Il vendait Jésus-Christ, les autels et les clefs de Saint-Pierre, mais il pouvait le faire, les ayant achetés à beaux deniers comptants.

« Vendet Alexander claves, altaria, Christum^ Emerat ilîe pritu, vendere jure potest. »

Le médecin Gurtius, regardé comme ayant; sans le vouloir, fait mourir Clément VIII par ses remèdes intempestifs, est signalé comme digne de récompense pour le service qu'il a rendu.

Curtius occidtt Clementem, Curtius aura DonanduStper quem publica parta saliu(t).

(1) Le catalogue de Timportante bibliothèque de M. Libri, vendue à Paris en 1847, présente, n<» 2562 et suiv., divers

8S8 CURIOSITÉS THÊOLOGIQUES.

Les attaques dirigées contre la cour de Rome eurent pour auxiliaires des satires contre les moines ; un des plus singuliers de ces écrits est le Spécimen monachologùBj methoda Linnœanâ, MS%. Cest le plus piquant é%s livres de ce genre. Il a d* ailleurs le mérite d'ètrd court. Il est attribué à un naturaliste autrichien, le baron de Born, auteur d'un ouvrage estimé sur les coquillages et qui, en récrivant, entrait dans les vues de Fempereur Joseph II. ^originalité du livre consiste en ce que les divers ordres roouastiques sont décrits avec nue précision rigoureuse, suivant la méthode employée par les zoologistes ou dans les meilleurs ouvrages de botanique. On passe en revue tous les caractères des espèces : La tète est-elle rasée ou non? le menton barbu ou rasé t les pieds chaussés ou nus? les vêtements larges ou étroits? Leur couleur. Quelle est la voix? quelle est la démarche? Mais ceci ne peut bien s'exprimer qu'en latin; une traduction française de la Monochologia a vu le jour» mais elle ne peut rendre la netteté, la concision de la langue que Linné et ses disciples ont sagement employée dans toutes les descriptions d'histoire naturelle :

Clamorseu sonus^ an melodus vel ingratus, cantans vel irans ; gntturalîs vel nasalis ; clamosus vel murmurans; flebilis vel hilaris, gruniens vel latrans? Inces- $}A8f an tardlgradus, festinans, ignavus, duras?...

recueils de pasquioades en latin et en italien devenus extrêmement rares et publiés vers le commencement du seizième siècle. Un sonnet adressé au souverain pontife et dans lequel on Jui demande de cYi^^^tt \«& barbares au delà des monts, est une expression lemwcïiwStAt ^m ^«blNIwûkûn. -^^^nJ^^x^ ^^ Italie dès cette époc^ue.

Voici quelques-uns des traits du signalement du Bénédictin :

ImberbiSyCapite tonso, seltso ; pedibus ealceatis; veste nigra lanea corpus totum et pedes circnmambiente; cucuUo laxo, subrotundOylato ; palUonigrodescendente usque ad talos... Qamat terquaterve de die et média nocte, sono profundo, tarde. Omnivoras ; jejunat raro.

Les Dominicains sont décrits minutieusement :

Imberbis; capite raso, corolla pilosa, lata, continua; pedibus ealceatis, cucullo versatili, versus cervicem gibboso» margine sinuato, ad apicem obtuse truncato. Latrat medianocte, voce ingrata, ranca... Monacba dominicana prseter vélum nigrum et mores candidiores non differt a mare.

Deux mots à l'égard des Trinitaires, et nous aurons terminé nos extraits de ce livre bizarre.

Monachus Trinitarins imberbis» capite raso capillitio hemisphaerico ; pedibus subcaleeatis... Habitus gravis, incessus properans; faciès exotica. Clamât média nocte, voce dissona, ingrata ; demi icbthyopbagus. Carnem bumanam appétit, nundinatione homlnum occupatus. Âbsoluta migratione bybernat in urbibas.

Let Rostignols spirituels ligués en duo, dont les meilleurs aceordSt nommément le htu, relèvent du sieur Pierre Philippe, organiste, regaillardis au primevère de l'an 1621. Valenclennes, 1621,in-12.

Ces vers, qui sont au-dessous du médiocre, roulen sur les louanges de la Vierge et des saints et sur d*autres sujets mystiques et pieux. La singularité du livre vient du mélange de musique et de prières qu*oa ^ remarque.

Un antre ouvrage du mfem^ ft^xa^ ^^o^a >c»^^*- '^

Pieuse alouette avec son tire-Ure. Le petit corset plumes de notre olouette sont chansons spirituelles, qui toutes luy font prendre le vol et aspirer aux choses célestes et étemelles. Yalenciennes, 1619 et 4624. Les deux yolames qui forment cet ouvrage bizarre ont été composés par un jésuite de la ville de Mons, le père Antoine de la Gauchie. Les airs mondains, cités par les premiers vers des chansons profanes, par lesquels ils étaient connus, sont an nombre d'environ huit cent dans les deux volumes et rangés par ordre alphabétique. Dans les pièces dont le jésuite est Fauteur, il a voulu tenter un commencement de réforme orthographique en supprimant les s partout où cette lettre ne se fait pas sentir. On remarque plusieurs pièces mystiques où sont introduits des interlocuteurs allégoriques, tels que le monde, le porte-cœur, Vange garaien, mais rien, dans tout cela, ne peut fournir quelque citation qu'on pût lire sans ennui.

En tète de la Pieuse Alouette on trouve des vers de Saluste du Bartas, qui ont certainement donné au père De la Gauchie Tidée de son livre. Malgré la réhabilitation qu'on a tentée en faveur des poètes du seizième siècle, du Bartas n*a sans doute aucun lecteur qui ait été chercher dans ses œuvres les vers en question, remarquables par leur harmonie imitative un peu chargée :

La gefllille alouette, avec son tirelire

Tire Tire à Tiré, et tirelirant tire

Vers la voûte du ciel, puis son vol vers ce lieu

Vire, et désire dire : Adieu, Dieu, adieu, Cieu.

C'est dans la même eaa.è^Qù« ^%^\vst^%^\\i5^v^\^ ^(^ /âol ranger la P/4îtomèUaérapUiqv^^^^\\i\si^\Tsv^\\^

CUUIOSITÉS THÉOLOGIQUES. 331

Touinay en 4632, et dû à an capucin, le frère Jean rÉvangéliste, d^Arras. Cette Philomèle, à ce qae nous apprend le frontispice^ < cbante les dévots et ardans soupirs de Tame pénitente qui s'achemine à la vraye perfection.»

Ce capucin connaissait h fond tous les airs profanes de Tépoque, car, pour donner à ses cantiques plus d'accord avec la musique, il contrefait les paroles amoureusos et les tourne en un sens mystique, mais en suivant toujours Tordre des idées de Fauteur mondain qu'il imite. Ainsi, par eiemple, la chanson: JeVaimeroy, PhûiSy tout jusques à la mort, est mise en tin cantique qui débute par : Je veux^ mon doux Sauveur j te suivre pas à pas. L'air : Je voudroy bien, 6 ChloriSj que fadorcy s'applique à la complainte : Pour vostre amour, ô Jésus , que f adore. Le cantique : Monde , il te faut donner l* adieu, se chante sur l'air : Puisqu^il faut quitter vos appas ; un autre cantique : QueUt faveur, à chère pmitefite I a pour musique celle de la chanson : Ouvrez vos yeux, ô divine Amarante: ainsi des autres. Le Lo!i Père suit toujours la pensée du poète amoureux ; il en conserve souvent la forme et parfois la rime.

Il existe d'autres exemples de ces eiïorts tentés pour donoer une allure chrétienne et pieuse à des productions qui, dans Torigine, se produisaient sous un aspect fort di(T(frent. Un des plus singuliers Cbt fourni par an Vtlume devenu très-rare : Martiatis parodiœ sactœ, par Jean Burmeister, Goslar, 1623,in-1S. Dans ce cu^ rieux travail, des expressions vénérables sont substituées aux mots obscènes qui abondent dans les épigrammes du poète latin, mais, circonstance étrange^ le texte original ainsi défiguré esV le^x^^xvX ^"5i:qs*vs^^ jsa craditô ea regard de ces ç\e\\Tàes^:iiX^^\^^»

Preuve du nom de la Messe et de son antiquité, par Jacques

Corbio. Pari?, 1620.

C'est rœuTre d*tin avocat au parlement, écriTain fécond, poète, romancier, traduclenr, controversiste, et toujours auteur sans goût et sans intelligence. Le livre que nous indiquons est une réponse à un autre avocat qui avait publié une Conférence touchant la nouveauté du nom de la messe, Corbin prétend que le mot missa dérive des mots hébreux missach et mmim; il cherche à le prouver à grand renfort d'allégories et de symboles dont l'explication laisse parfois à désirer. Voici un échantillon de son style et de sa logique : < Nostre messe est le ramesses du grand Pharaon des cieax. Nostre messe est le tonnerre, le Verbe effroyable sortait de la bouche de Dieu. Tonnerre lequel efface le mal, abolit le péché, tout ainsi que le tonnerre fend la nue. Tonnerre qui rompt la rupture de nos cœurs, les faict fendre et les faict fondre pour les briser enmille pièces, et d'un million n*en faire qu'un. »

Une dédicace au procureur général au parlement Mathieu Mole renferme on éloge emphatique d*nn frère de ce magistrat qui, étant entré dans Tordre des Capucins, avait prêché un carême en 1649: « Ayant despouillé le monde pour revêtir Thabit de capuchin, semble que cet habit Ta métamorphosé tout en voix. Voix qui, comme une sagette ardente, perce les cœurs et y porte les flammesches de Tamour de Dieu. »

Un exemplaire de ce livre appartint à un carme qui

écrivit sur les dernières pages des avis adressés aux

confrères du Saint-Scapulaire, du Mont-Carmei. On

remarque ces assetlious sav ^\i\^x ^\l«^a.^\^a:\\^^ ^ La

sainte Vierge regarde c^\a qxiv \^ ^«v«ûx ^.wûsûs^^^^

CURIOSITÉS THÉOLOGIQUjES. 333

enfants, et elle a promis qae ceux qui le porteront elle les délivreroit da purgatoire le samedi après leur mort. »

Le Soldat généreux, par le père Thomas Le Blanc, de la compagDie de Jésus. Pont-à-Mousson, 1655,in-8<».

Le titre annonce que ce livre a été écrit « pour Tutilité de tous les soldats, afin qu'ils soient de jour en jour plus courageux et plus vertueux, et des bourgeois qui les logent, afin de les avoir plus doux et plus traitables. »

Le jésuite Thomas Le Blanc, mort en 4669, avait pris pour spécialité d'écrire des livres édifiants destinés à servir de guide aux diverses classes de la société; on trouve dans le long catalogue de ses productions le Bon Valety la Bonne Servante, le Bon Vigneron, le Bon Laboureur, le Saint Travail des mains^ la Pauvreté contente (dédiée aux riches qui ne sont Jamais contents), le Miroir des vierges^ la Consolation des veuves.

Certes rien do plus louable que Tintention du bon père; malheureusement ses ouvrages sont d'une lecture bien peu attrayante; ils ne servent guère que de cadre à des prières de son invention ; il y ajoute bien des traits de la vie des saints qui ont exercé la profession dont il parle, mais ces épisodes sont presque toujours fort peu authentiques.

Voulant présenter un saint modèle à tous les militaires auxquels s'adresse le Sofdat généreux, le jésuite imagine de distribuer à tous les saints qui ont exercé la profession des armes les titres et les grades en usage dans Tarmée française ; saint Gengoul est connétable; saint ValentiD, général d'\iitaiL\w\^\ s'wxj\^v»5J^vw^^> marécbsLl de camp; saiu\Tlom\]\^^xùaX&Nx^ ^^ ^bîsss?^'

39& CURIOSITÉS THÉOLOGIQOES.

saint Qoirin, colonel de cavalerie ; saint Maurice, colonel â*infaDterie ; saint Georges et saint André, capitaines ; saint Exnpère, cornette ; saint Jalien, enseigne; saint Gordien, lieatenant ; saint Menas, maréchal des logis. Les simples soldats sont représentés dans cette milice céleste par saint Victor, saint Alexandre , saint Callistrate, saint Sosime et saint Léonce.

Les faits que le père Le Blanc rapporte sont parfois tont aussi étonnants que celui-ci :«Les nègres de la côte de Guinée levèrent une armée de 1,900,000 hommes; les Portugais n*estoient que 450 hommes. Le père Barreira, de la Compagnie de Jésus, appuyé de la puissance de Dieu et de la bonté de sa cause» anime les Portugais au combat et les remplit de confiance en Dieu, auquel il importe peu, pour donner la vietoire , si le nombre des ennemis est grand ou petit. Cependant il s'écarte et se met en prière, laquelle eut tant de force qu'à mesure qu'elle était plus ou moins fervente, la victoire s'avançoit ou reculoit. Enfin cette poignée de gens défit et mit en déroute toute cette canaille.»

Le Triomphe de la Croix, par madame Catherine Levesque,

de Péronne. Paris, 1668.

Au dix-septième siècle, des âmes rêveuses et tendres fatiguées des luttes des Jansénistes et des Mollnistes, cherchèrent une retraite mystique où, à Tabri de la croix, l'âme se réfugiait dans les douceurs de l'amour divin et s*élevait aux plus sublimes régions de la coutemplation. Avant qu'il ne fClt question du quiéiisme, objet d*une célèbre controverse entre Tauteur de Té^é^ maque et Bossuet, une dame avait chanté les trois états de l'âme, le lumineux, le ténébreux, le bienheureux, dans des vers qui ne paraissent pas avoir été fort remar-

qaés lors de lear publication et qui sont aujourd^hai complètement oubliés. Nous donnerons quelques échantillons fort succincts de cette poésie, qui ressemble bien peu à celle de notre époque.

Madame Levesque représente Tâme retrouvant la vie dans la mort de soi-même, ressuscitant dans le cœur de Dieu, où elle s*est abîmée pour ne plus vivre qu'en son amour, ou plutôt pour mourir par Texcôs de la flamme de sa ferveur ; elle s'écrie :

moment fortuné! Theure la plus heureuse

Où je dois commencer une vie amoureuse,

terre ! 6 monde ! é corps ! vous empêchez mon cœur

D'aymer parfaitement un aymable vainqueur.

Enfin l'âme bienheureuse^ ravie en eitase, s'unit à son époux, et, en expirant, elle s'écrie :

Ahl je m'en vais sortir du séjour des humains, Agréez mon amour, ma dernière parole ; Je perds le sentiment, et mon âme s'envole ; Adieu, ma chère croix ; ah J mon esprit s'en va. Mon Dieu) je meurs d'amour, 6 Jésus! Maria!

Ditputatio medico-diatetiea de aère et etcuîentis, necnon depotu ; Viennse, auth. J. F. Rauch, 1622.

L*auteur conseille très-sérieusement d'interdire aux moines l'usage du vin et du chocolat, afin d'éviter le scandale auquel peut donner naissance l'usage habituel de ces substances trop échauffantes. Le ridicule de cette singulière proposition a donné quelque notoriété à ce volume.

On sait d'ailleurs que les émissions de sang périodiques étaient en usage dans les monastères^ maÂ&\L h

avait des différences dans leur nombre et dans leurs époques. Elles avaient lieu an moins deux fois et an plus cinq fois par an. On lit dans les constitutions des Camaldales de Padone, faites dans le douzième siècle, que la cinquième se faisait avant la fête de saint Martin. Ces saignées, qu*on appelait minutiones ou dimmur It6/ie«, affaiblissaient ceux qui les subissaient; anssi on abrégeait, à ces époques, la durée des offices au chœur; on augmentait les portions pour la nourriture et on la composait de mets plus substantiels.

Traitez contre le ptiganisme du Roi-hoit, par JeaD Deslyons, docteur de Sorbonne. Paris, 1670.

Ce livre est rare et curieux au point de vue de Tindignation exagérée que cause au docteur le banquet de la veille des Rois, ave 3 ses cris: le roi boit^ et avec la fève royale. Il voit dans ce jeu bien innocent une grosse impiété, une idolâtrie qui excite tout son courroux. Il prouve surabondamment , par Tautorité des Pères et rexemple de l'Église, que la veille de TÉpiphanie, ainsi que les vigiles des grandes fêtes, élait consacrée au jeûne et à la prière, non à la joie et aux festins; l'Église grecque conserve encore cet usage, et il s'est maintenu jusqu'au douzième siècle dans l'Église latine.

Ls seconde partie du livre de Deslyons a pour but d'établir, d'après maint auteur ancien, que le festin du - Tôi'boit est une dégénéralion peu dissimulée de la royauté des saturnales.

Dans le troisième traité, l'auteur se livre à des investigations étymologiques au sujet de la fève employée dans l3 gâteau des rois. La fève vient-elle du mot Phœbé, ou de Faba, ou dÊphébé, à cause de l'enfant qui tire le gâteau? 11 ne conclut pas formellement à ce qu'il y ait

impiété dans Tusage de tirer le gâteau, mais il y voit mie paérilité. A cetégard, il a raison, mais ce jeu puéril ne mérite pas de soulever tant de colères.

Pensées de Simon Jlf jrtn. Paris, 16(7.

On ne peut se dispenser de placer parmi les livres curieux ceux dont les auteurs ont été brûlés tout vifs, grâce à Tétrangeté de leurs opinions théologiques. Simon Morin fut du nombre de ces écrivains mal inspirés. Employé à Tadministration de la guerre, il.entra, pour son malheur, dans une secte d'illuminés, et il ne tarda pas â avoir la tète complètement fêlée. Il s'annoaçait comme étant le Fils de THomme, comme devant régénérer le genre humain ; il soutenait qu*une réformation de rÉglise devait s'accomplir bientôt, et que tous les peuples seraient convertis à la vraie foi. Il prétendait que ce grand renouvellement aurait pour cause le second avènement de Jésus-Christ dans son état de gloire et incorporé en lui, Morin ; il ajoutait que, pour Texéculion des grandes choses auxquelles il était destiné, il devait être accompagné d'une foule d'âmes parfaites et ayant part à Tétat glorieux de Jésus-Christ ; il appelait ses élus des combattants de gloire.

La morale de ce visionnaire était d'ailleurs peu rigou* reuse : il soutenait que les crimes n'effaçaient point la grâce, et qu'au contraire les péchés entretenaient le feu sacré. On ne doit donc point s'étonner s'il fit des prose* lytes assez nombreux, surtout parmi les femmes.

Mis à la Bastille, Morin se rétracta et fut remis en li* berté ; il recommença â dogmatiser, fut emprisonné e relâché de nouveau, après avoir deiechef abjuré set erreur^. Cela se reproduisit quatre fois. Le parlement, fatigué, prit le parti un peu rude do le conJamnoxà.

être brûlé vif, ce qui eut lieu, à Paris, le U mars 1663.

Les Pensées de Simon Morin forment un volume do nspages^ imprimé en 1647 et devenu fort rare; on y joint ordinairement diverses pièces relatives aux procès faits à ce malheureux et à sa triste fin.

Dès le début de son livre» Morin supplie « très hum- « blement toutes personnes, de quelque qualité qa*elles « soient, de le supporter un peu pour Dieu, à cause de *i la vérité qu'il a à dire, et pour lesquelles il encoarroit « la condamnation de Dieu s*il se taisoit. »

L'autorité, au lieu de dédaigner ces folies, s*alarma de phrases dans le genre de celles-ci , où elle vit une attaque contre la majesté royale :

« Point de roi si je ne le couronne , point de force si Ce n*est do mon bras. »

« Le Fils de Dieu vous parle en ce second avènement, et il vous demande tout, voire même en regardant la personne du Roi, Sa Majesté ne pouvant avoir de communion, ni d'entrée en Tœavre présente du salut qu'en nous rendant sa gloire et ses facultés communes, selon môme qu'il lui a été manifesté. Je n'ai ordre d'ouvrir la po.te de gloire des enfauts de Dieu sans cette déaudation de tout et de nos volontés entre nos mains, ou retour à quoi que ce soit qu'à ce qu'il nous plaira ou a qui nous en donnerons charge. J*ai plus do peine et de combat à me résoudre et à demander tout et la régence, qu'aucun n'en peut avoir pour la donner et se soumettre. »

C'était de très-bonne foi que Simon Morin annonçait un second avènement de Jésus-Christ dans son êiat de gloire et incorporé en lui, Morin. Il faut convenir que le Parlement le réfqta d'une manière cruelle.

Quatre-vingts ans environ avant le trépas de Morin, des rêveries du mènv^ gent^ ^^^v^tL\^\i,^\Am«m condoit

au bûcher un illuminé qu'on se contenterait aujourd'hui 9 et avec raison , d'envoyer dans un hospice d'aliénés.

Geoffroy Vallée, ainsi so nommait ce malheureux était un Parisien. A peine âgé de vingt ans, il consigna* ses folies* imaginations dans un opuscule intitulé : la Béatitude des Chrétiens, ou le Fleo de la Foy, 1573. Ce livret, de 8 feuillets, est extrêmemlent rare. Dès le frontispice de son écrit, Fauteur donne à concaltre le dérangement de son cerveau : il annonce qu'il esta ûls de feu Geoffroy Vallée et de Girarde le Berruyer, auxquelz noms de son père et mère assemblez il s'y trouve : Lerr Gezu; vray fleo de la foy bygarée, et au nom do Filze ve Fleo, règle Foy; autrement guère la Foie Foy; heureux qui sçait au sçavoir repos, d

Une grande confiance dans le libre examen, une trèsvive méfiance contre l'autorité en matière de religion et des attaques contre Rome, c'est ce qu'on démôle de plus clair dans ce tissu de sottises , où se montre aussi un mécontentement prononcé contre les puissants du jour qui « au lieu de contempler et méditer nuit et jour que c'est de l'Éternel et de l'homme, n'ont le mot de justice, charité, religion, qu'en leur bouche et en leur bourse. »

Le maIheureuxValléefut,par sentence du Parlement de Paris confirmant un arrêt du Cbàtelet , condamné à être brûlé comme athée, quoiqu'il eût écrit : « L'homme ne p3Ut jamais estre athéiste, et est ainsi créé de Dieu. L'athéiste ou celuy qui se dit tel (car il n'est pas pos* sible à Thomme d'estre sans Dieu) n'a que tourment et affliction, d'autant plus qu'il a quitté Dieu pour la volupté du corps. »

Défait, Vallée ne nie pas l'existence d'uuDieu, mals^ dans son déisme commode et qui u!^ "^^^ \si^x^<(^^^\s&r

840 CCmiOSITES THÉOLOGIQDES.

uteors, il yeat on Dieu indifférent an bien et aa mal et ne se mêlant point des actions hnmaines.

Cette œayre â*nn cenrean malade se termine ainsi : « Qni est en craincte , qnelqne crainete que ce soit, oe p^t estre henrenx. Mais henrenx sera celay, comme DaTid aprophétizay, an commencement de son premier psalme» leqnel n'anra point esté dn conseil des meschans rois on tirans, etqui ne se sera point arresté à la Toye et chemin dn ynlgaire ignorant, croyant et ayant foy. ■

Renyoyons ponr pins complets détails anx Mémoir» dtlUtériUureàe Sallengre, à cenx de d*Artigny, à VAnaUeta bMian Âe M. Da Ronre, t. II, p. 31 , an BuUeHa du bibliophile de Techener, iO* série (185S) , pag. 612- 6S3. L'arrêt de condamnation est dans les Archives eurieuêesde l' histoire de France, r» série, t. VITI.

Passant à des rêveries d*on genre moins dangereux et qni, an moins, n'ont en pour leurs auteurs auenne coméquence fâcheuse, nous signalerons les Dévotes Salutations aux membres sacrés de la glorieuse Vierge Marie y mère de Dieu^ par le R. P. I. H., capucin. Paris*^

Ce livret ne se compose que d'une demi-feaille in-4 5. Un littérateur bien connu et amateur fervent des livres rares, Charles Nodier, l'a signalé comme un curieux échantillon de l'ascétisme le plus étrange. L'exiguïté do C3tte production nous permet de la reproduire :

A la teste.

Je vonssalae, souverain chef de Marie, empérîère da ciel et de la teiro, tendeur d:S puissances de l'enfer, gîoire de celles du ciel, coaruuno des ^^las esclaianîei^ ^stojles.

Aux cheveux.

Je vous salue» cheveux charmants de Marie, rayon du soleil mystique, lignes du centre et de la circonférence de toute la perfection créée , veines d*or de la mine d'à* mour, liens de la prison de Dieu, racines de Tarbrede Tie, ruisseaux de la fontaine du paradis, cordes de Tare de la charité, filets de la prise de Jésus et de la chasse des âmes.

A la face.

Je vous salue, belle face de Marie, miroir de la trèsliaute Trinité, image de la pudeur, tableau de la modestie, microcosme des merveilles, portrait âe*la Divi- Tinité, simulacbre de la beauté.

Aux oreilles.

Je vous salue, oreilles intelligentes de Marie, prés diaux de la princesse des pauvres, tribunaux de leurs requestes, saint de Taudience des misérables, université de la sapience divine, receveuses généralles des pupilles, percées des annelets de noschaines, emperlées de nos nécessitez.

Aux joues.

Je vous salue, joues florissantes de Marie, parterres d'oeillets et de lys, grenades escartelées, jardin de la continence, paradis des plus belles fleurs teintes dans le pourpre et les roses de la divine charité.

A la bouche.

Je vous salue, bouche coralline de Marie, interprète de la miséricorde de Dieu, oracle de nos bonnes fortunes, messagère de nos bons succès, chapelle des louanges divines, parlement de révision favorable pour les causes désespérées.

842 CURIOSITÉS THÉOLOGIQ.DES.

Au palais.

Je voas salue, doux palais de la bouche de Marie, ruche à miel qui ensuive ses lèvres, qui coule le nectar du ciel, qui confit rabsynlhe de nostre vie, qui adoucit nos amertumes cuve du vin de l'amour qui réjouit le cœur des hommes.

Au col.

Je vous salue, col officieux de Marie, qui pliez sa teste et ses yeux sur les pitoyables objets de nos^nisères, canal du nouveau commerce entre le ciel et la terre, passage de communication entre la grâce et le péché, lays de' Tunion mystique entre le chef et les membres de l'Eglise militante et triomphante, roseau de sucre qui dessale les acres humeurs de la justice qui descendent sur les criminels, col à qui toutes les vertus forment un préciiux rang de perles.

Aux épaules.

Je vous salue, épaules incroulables de Marie, colonnes de l'univers, montagnes qui sauvent l'arche du déluge» bouclier de notre défense, remparts de notre protection, support des âmes affligées, compagnes de leurs fardeaux et de leurs charges, comportatrices de leur croix, fondements sur lesquels se relèvent les ruines de la grâce.

Aux bras.

Je vous salue, bras laborieux de Marie, officiers delà dépendance de Jésus, ailes de la Reine des séraphins, rames du navire sacré qui porte le pain de vie, bras qui étouffez le diable, bras qui embrassez les hommes, bras qui emprisonnez Dieu.

Aux maius.

Jû vous salae, mains libérales de Marie, trésorières des finances de la grâce et de la gloire, mains embaumées de myrrhe, mains pleines d'or et d'hyacinthe, mains qui arrachez la foudre des mains irritées de Dieu, mains qui lui faites, quand il voas plaît, signer le pardon de nos péchés et Tentérinement de nos grâces

A la poitrine.

Je vous salue, poitrine charitable do Marie, port assure des naufragés^ retraite des exilés, temple de uoiro recours, cabinet dos célestes pensées, litière de Fenfant Jésus, hôpital des incurables, hospice des pèlerins, trésor des délices de Dieu.

Aux mamelles.

Je vous salue, mamelles virginales de Marie, noarrices du Nourricier de Tunivers, aumônière de Tindigenceetde la pauvreté do Diea, procuralrices des aliments de Jésus, vivandière céleste de ses innocents appétits, vases de rosée du cie), fontaines de manne coulantes, nacre de perles liquides, sources de sucre et de lait.

Au cœur.

Je vous salue, cœur enflammé de Marie, fournaise des divines amours, carquois des flèches séraphiques, forge des saintes étincelles, centre des célestes désirs, foyer des charbons de charité, cœur scellé de Timage de Dieu et de toute la Trinité,

Au ventre.

Je vous salue, ventre miraculeux de Marie, officine des prodiges de Dieu, arche de son alliance avec les

SAâ CURIOSITÉS THÉOLOGIQUES.

bommes, lit nuptial des deux natures corporelles qui a uni deux métaux insociables, amas de blé environné de lys, spbère qui a porté le soleil, aurore qui a produit le jour.

Aux genoux.

Je TOUS salue, pitoyables genoux de Marie, bases de l'autel de nos vœux, piliers du propitiatoire des pé* cbeurs, asile des fugitifs, solliciteurs des orphelins, vainqueurs de la colère de Dieu.

Aux pieds.

Je vous salue, pieds infatigables de Marie, pôles da

ciel animé, piédestaux des colonnes sacrées qui por-

ent le Louvre de Dieu, légats du saint Évangile,

courriers de notre félicité, laboureurs du salut des

âmes.

Au sang.

Je vous salue, sang inestimable de Marie, étoffe de laquelle s'est fait rbabit du Verbe incarné, pourpre du Monarque des rois, substance que Dieu a briguée, formateur de qui vous a formé, ouvrier de Tbôtel miraculeux qui a logé corporellement toute la Divinité.

A tout le corps.

Je vous salue, corps incomparable de Marie, archétype de toute la perfection de la nature, hôtel de Dieu, reliquaire de toute la sainteté de la grâce, boîte du plus précieux joyau de Dieu, tabernacle de la yirginité, spectacle des séraphins, chef-d'œuvre des idées éternelles.

11 ne faudrait pas croire d'ailleurs que la Dcoofc SalU'talion fût le seul écrit de ce genre. Un volume im-

primé à Paris vers 1520 : Le Livre de la toule belle sans pair qui est la Vierge Afarie, offre des chapitres fort singuliers, à ea juger par leurs titres :« Méditation dévote du nez de la Vierge Marie. Gomme le sacré ventre de la Vierge est la fontaine de vie. Méditation aux cuisses qui sont force et espérance. Comme la vierge est comparée à l'éléphant. —De la modérée grosseur dps lèvres de la vierge. De Tofûce de Toreille. Méditation aux espaules. »

Un volume de poésies intitulé: Les Dévoles Concept <tbn«, de N. de Léville, Louvain^ 4539, contient des détails d'une naïveté singulière sur les beautés de la Vierge; et un autre volume publié à Paris en 1654, V Amour triomphant sur la croix, renferme, entre autres pièces de vers, celle-ci: Du Ventre glorieux de la Sainte Vierge (p. 43 et suiv). M. Ch. Nisard, dans son Histoire des Livres populaires, cite, (tome II, p. U8) une salutation aux membres delà Vierge : et M. Péricaud, dans son ouvrage intitulé : Lyon sous Louis XIII ^ mentionne (p. 78) des vers ridicules extraits d'un livre du père René Gros , de SaintJoyre : Ut Mère de vie à V amour par fait i 4646, in-4*.

Dans cet écrit, dédié à Marie de Levy de Ventadour, abbesse de Saint- Pierre;(le titre Mère de vie est Tanagramme de Marie de Lévy), le poète engage Tabbesse à n'avoir d'autre amour que celui de Jésus :

Au doux Jésus baisaot d*ardeur - Les pieds, les mains et le \isage, Dis-luy que tu n'aymes ton cœur Que pour avoir en ce courage...

De cent baisers sucçote encor Son front, son nez, sa chevelure, A longs floccons qui, rouge d'or, Au feu d'amour prend sa teinture.

3A6 CURIOSITÉS THÊOLOGIQUES.

Poursuis ta course à redonner Mille baisers, puisqu'à les prendre Le cruciflx semble incliner Son chef Ters toy pour le les rendre.

» Les cabinets du Roi d'Amour, Sur ces tetins, 6 Tourterelle ; Sois attachée, et nuit et jour, • Au chicheron de sa mamelle...

Kotzebae {Voyage tn Italie^ tradact. française, t. II, p. 326) cite, d*après an livre qui se vend à Naples {La Prière céleste de sainte Brigitte) des oraisons adressées aux divines parties du corps de Jésus-Christ, par exemple, aux narines; a Monseigneur Jésus, puisque tes trèsdouces narines n*ont pu être souillées ni par l'haleine de Lazare pourri, ni par la puanteur horrible du traître Jadas, sois béni et loué. » Des prières analogues sont adressées à la Vierge ; en voici un échantillon : « Bénites soient tes mamelles, toutes saintes plus douces que toutes les fontaines de Teau la plus douce. Béni soit ton ventre sacré, plus productif que les champs les plus fertiles. »

Au commencement du seizième siècle on avait publié un livret: De vita et beneficiii solvaloris nostriJesu Cliristi. Il y a dans cet ouvrage de nombreuses oraisons ad membra Christi; elles s'adresent ad pedcs, ad crura, ad dorsum, ad venlreni^ ad os, ad aures; mais, à quelques mots près, elles n'offrent rien de bien singulier.

Ortulus animœ. Strasbourg, 1198.

Ce petit livret de dévotion, plusieurs fois réimprimé an commencement du seizième siècle, est accompagné

de figures sur bois qui le font rechercher des amateurs. Les éditions ies plus anciennes renferment des estampes dont rinconvenance ne scandalisait alors personne; la naïveté de nos aïeux ne s^offensait pas de ce que Ton offrait David considérant Bethsabée dans le bain et frappé d'un trait décoché par Cupidon, ou sainte Ursule exposée sans vêtements aux regards d*un cavalier. Ces figures ont été supprimées dans des réimpressions plus récentes; on y trouve cependant encore des images assez curieuses, telles que saint Bernard recevant dans l'œil un jet du lait de la sainte Vierge, et sainte Gertrude obsédée par des diablotins qui grimpent le long de sa quenouille.

Lt Lucidaire en français. Paris, 1506.

On trouve sous ce titre une sério de questions et de réponses dans lesquelles sont abordées avec naïveté « diverses matières subtiles et merveilleuses en matière d'interrogatoire.» La plupart de ces questions se rapportent à la religion. Le disciple demande à son maître : (( Quelle chose est Dieu? Où il estoit devant qu'il fist le monde ?Scet Dieu se ung homme sera sauvé oudampné avant qu'il soit né? Quelles sont les joies du paradis? Pourquoy fut faicte la femme de la coste d'Adam plus tost que d'autre partie? »

Le Voyage spirituel du pèlerin de sainete mère l'Église ro-^ fnaine, par monseigneur sainct Pierre de Lucembourg,. jadis illustrissime cardinal. Avignon, 1562.

C'est une des deux versions françaises d'un ouvrage composé en latin. L'épilre dédicatoire du traducteur,. Pierre de Suzo, religieux célestin,est curieuse; elle ne contient pas moins de soixante-seize pages, et si les

iraits de Tbistoire aneienne y sont accamnlés» ils sont racontés d'une façon étrange; on exemple suffira :a Si me souviens de Memnon, puissant seigneur et colonel de Farm ée démesurée que Darius dressa contre Alexan* dre, qui» voyant à sa présence ung soldat mal parler dudict Alexandre, Iny donna subit d'une hallebarde sur ]e crâne si gratieusement qu'il Testendit mort. » Cette épître contient de plus un singulier récit d'un miracle opéré par saint Pierre de Luxembourg, la résurrection d'un enfant qui était tombé du haut d'une tour et qui s'était tellement brisé dans sa chute que son père Payait emporté dans un sac.

Les merveilles de l'autre monde, les horribles tourments de l'enfer et les admirables joyes du paradis, par François Arooulx, ebanoifle. Arras, 1616, in-S.

Le Manuel du libraire signale ce livre comme singulier et renfermant des passages fort bizarres, surtout au chapitre xii, dans la description des tourments réservés aux filles vaines, aux femmes hautaines, aux veuves mignardes, aux demoiselles pompeuses qui « ne font état que d'employer la plupart du jour à se pa« rer. » Cette indication nous a inspiré le désir de feuilleter ce bouquin bien oublié aujourd'hui, et il nous a en effet présenté des pages étranges; nous en transcrirons quelques-unes en abrégeant des mots exclus aujourd'hui du style, même de la mauvaise compagnie, mais qui, à l'époque d'Henri IV, s'étalaient tout au long dans des livres de piété et se faisaient entendre en chaire sans que personne fût scandalisé.

Voici en quels termes le bon chanoine retrace les châtiments réservés aux coquettes :

« Kn punition de Vomement desbordé qu'elles font

à leurs cheveux et déguisement de leurs sourcilleuses perruques, elles auront la tête pelée... On ne verra plus ces gracieuses œillades, ces faces pommelées, ces visages fardez, cas seings empourprez et tant délicats, ces corps si bien troussez. De tant que quelqu'une aura été plus belle en ce monde et se sera plus parée et fardée, d'autant plus elle sera laide en l'autre, et même si laide que le diable ; son corps, ainsi que le dit le propheste Sopbronie, sera comme fiante et fumier trèspuant. Les penduz, qui ont été trois mois au gibet, ne sont si décbamez, ni noirs qu*elles seront. Par punition des chaînes, jazerans, carquans, perles, bracelets, pendans d'oreilles et toute autre sorte de fatras qu'elles portent au col et au bras, elles auront d'horribles serpens à l'entour du col et des bras, qui les mordront et déchireront de tous costez.

« Pour la punition du débordement de vos superbes habits, mes dames, le propheste Nahum, de la part de Dieu, vous déclare qu'en enfer vous serez tontes nues à votre grande honte et confusion, de quoy les diables feront de très grandes risées et moqueries insupportables, vous reprochant tout haut et clair devant tous toutes vos lubricitez et paillardises, et tout ce que ja mais vous aurez fait de plus voluptueux et de deshonneste, et découvrant ignominieusement à la vue à tous tout ce qu'en votre corps vous avez de plus honteux, vous traînant toute vive par tout l'enfer à la vue d'un chacun. quelle vergogne, ô quelle honte, ô quelle grande confusion i

« Qae sera de vous, mes dames, de quelle confusion serez-vous saisies quand vous vous verrez ainsi en tel équipage par tout l'enfer, mille et mille fois le jour avec la fau'are des trompettes que les d ables sonnent pour vous confn Ire d'avantage, publiait haut et clair

^^ CURIOSITÉS t.héol6giqde&

avec grande risée et moqueries, et criant : Oyez, oyez, voicy la paillarde, voicy la p... n, voicy telle dame, de tel lien, la nommant par son propre nom ou surnom, Ycuve ou mariée, ou fille, laquelle tant et tant de fois a paillarde, disant le nombre, et tant 'avecun tel, et plusieurs fois avec beaucoup d'autres ; voicy la paillarde, voicy la p.. n; venez la voir. Et alors cent mille et autres cent mille qui très bien te reconnoîstront, puis tous tes parens, ton père, ta mère, ton mary (s'ils y sont descendus), et tous les voisins passionnez d'une haine mortelle à rencontre de toy, accourront te voir pour se rire et mocquer de toy, disant Fun à l'autre : la voilà, la p....n, et, s'accordant en cela avec les diables pour entièrement te confondre , tous ensemble crieront : voicy la paillarde , voicy lap....n; qu'elle soit donc tourmentée; sus, sus, diables, sus, démons; EUS, furies infernales , jet tez-vous sur cette p....n, et qu'on lui rende autant de tourmens et de supplices qu'elle a eu de plaisirs en sa vie.

« Que sera de toy et que deviendras-tu , pauvrette? Tu auras la tête pelée ; tes yeux no serviront que de retraites aux crapaux; ton cou, tes bras, tes tetins de itid aux serpents ou, si tu aimes mieux^ aux diables, qui se mettront en forme de serpent pour te traiter plus dédaigneusement; te voilà bien équipée pour te faire paraistre à ton avantage parmi ces belles assemblées, pour y acquérir Thonneur, puisque tu^y piaffes si superbement. »

On doit s'attendre à ce que les débauchés seront traités encore plus rigoureusement que les personnes du sexe; le chauoine Arnoux sait très-bien à quoi s'en tenir sur ce qui attend « les hommes paillards avec les /dames voluptneuses et filles de joye, pires que le diâJble. » Écoutez*\e \

CDRIOSITÉS THÉOLOGIQUES. 351

« ËQ échange du lit mollet de leurs impudiques amours, ils seront couchez dans un fourneau infiniment infini en ardeur et en chaleur. Et, pour leurs embrassements déshonnestes , ils auront continuellement en leurs deux bras un très-cruel dragon enflammé comme feu, lequel avec sa queue serpentine leur liera et enchaînera les bras et les jambes. Pour péoiience de leurs baisers impudiques, ce furieux dragon mettra sa bouche baveuse sur la leur, vomissant flammes de feu et do salpêtre, avoc le poison et le venin. Ce dragon, avec son nez morveux et vilain, inspirera dans le leur un souffle très puant et envenimé. Et pour les paroles déshonnestes et impudiques, cet épouvantable dragon, avec sifflements et hurlements, jettera avec ses grosses oreilles le feu dans les leurs. Et, finalement, pour punition de Tacte vénérien, ce dragon jettera dans leurs corps par les parties génitales une vapeur enflammée et soulphrée en telle sorte qu'il leur brûlera les entrailles, leur causera mille coliques et cruelles toréions dans ventre et tourmens enragez. Et afin qu'on ne pense pas que ce soient contes faits à plaisir, sachez que du temps de saint Dominique, Dieu fit voir ce que je viens de dire à une comtesse de ce royaume de France pour la détourner de la paillardise à laquelle elle avait résolu de s'abandonner en haine de son mary qui voluptueusement s'était licencié à autre sorte de volupté et paillardise. »

Figures mystiques du riche et précieux cabinet des dames où soQt représentées au vif tant les beautés, parures et pompes du corps lèminin que les peiTèctIons, ornements et atours spirituels de l'&me, par André Duchesne. Parit, 1605. in<ii2.

L* auteur de cet ouvrage singulier s'est fait connaître par des livres fort sérieux et très savants sur l'histoire

de France, il avait à peine vingt ans lorsqa*il écrivit ces Figures mystiques dans lesquelles les beautés, ornements et atours du corps féminin servent de pendants aux qualités de Tâme. On y trouve une foule de rapprochements qui paraissent aujourd'hui fort ridicules et qui sont énoncés dans un langage qui semble étrange. Un pompeux éloge de la longue chevelure des dames est suivi d*un chapitre sur « les cheveux de rame », et d'un autre relatif à la perfection qui doit annoblir « les perruques de Tàme. » L'éventail, les parfums, les robes de soie et de velours, les carrosses, litière et brancards ; les patins et hauts souliers ; les pendants d'oreille, les bracelets et autres joyaux, tout cela sert d'occasion à d'étranges comparaisons mystiques. « Les filles de chambre qui ornent les cheveux de leurs maîtresses » fournissent l'occasion de dire que rame a trois filles de chambre : l'entendement, la manière et la volonté. Duchesne nous apprend gravement '^ que «l'entendement est la première servante « spirituelle, laquelle^ avec le peigne de cogooissance, « ou par toute la perruque éparse des pensées et des « intentions, la met en bel ordre et la démesle des va- • nités du monde. La troisième servante, c'est la mé- « moire, elle dispose, tresse et arrange les cogitations « et n'en frise et récrépillone aucune vers les oreilles « que premièrement elle n'ait passé par les mains de « ses deux compagnes. » Le jeune écrivain déjà fort érudit, entasse, suivant l'usage du temps, toute sorte de citations au milieu de ses rapprochements de morale chrétienne : la Bible, les poètes latins et ceux du seizième siècle se mêlent chez lui sans choix et sans cntiquc*

Flî(.

Page 1