‹ CuvierChapitre 16 sur 57 · US D · texte numérisé non relu

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Mais Linnæus, qui a rendu ces deux grands … services, est peut-être, de tous les naturalistes,

celui qui a le plus contribué à faire prévaloir, du moins pour un certain temps, l'emploides méthodes . artificielles. Or, une méthode artificielle ne donne que le nom des espèces ; la methode naturelle

(1) C'est ce second nom, nom propre de l'espèce et ordinairement adjectif, que Linnæus appelle le nom trivial.

seule donne le nom et les rapports des espèces. « Une méthode artificielle peut conduire aux = noms, tout en rapprochant les objets les plus dis- M

semblables ; et c'est pour cela même qu'elle ne donne que le nom des objets.

Une méthode artificielle n’est pas une méthode dans l'ordre logique, car les connexions n’y sont. pas suivies.

Une méthode où les espèces les plus semblables sont placées à côté les unes des autres, et où les espèces les plus dissemblables sont les plus éloignées les unes des autres, est seule une methode logique. Chaque groupe y a le plus grand nombre possible de propriétés communes. Et si les « différents groupes sont contenus les uns dans les autres, si l’on remonte des uns aux autres par une suite de propositions de plus en plus générales, on a la science entière. La méthode logique ou À

naturelle n’est que la science ordonnee. ss

Mais quels sont les moyens d'arriver à cette N

méthode ? Ces moyens sont de deux ordres : ration-

nels où emprriques.

Un être organisé est un tout : ses différentes

parties ont donc entre elles des rapports nécessaires (1). |

Or, plus une partie est importante, c'est-à-dire essentielle par l’ordre de ses fonctions, plus ses modifications en entrainent de correspondantes dans toutes les autres.

Tout consiste donc à connaitre l'émportance relative des parties, et à les subordonner les unes aux autres dans la méthode, comme elles le sont dans l'organisation elle-même. C’est là tout le principe rationnel de la methode (2). |

Ainsi, les centres nerveux, le cerveau, la moelle épinière, par lesquels l'animal est essentiellement, donnent les premiers groupes de la méthode ; les centres resptralotres et circulatotres, les poumons, le cœur, par lesquels il vit de sa vie présente, donnent les seconds; les centres digestifs, par les-

—. quelsilentretient cette vie, donnentles troisièmes,

et ainsi de suite.

(1) Voyez ci-devant : £loge historique, p, 48; et chapitre sur la Zoologie, p. 116. |

(2) Voyez ci-devant : Eloge historique, p. 16; et chapitre sur la Zoologie, p. 99,

Nous avons vu, dans l'Analyse du Règne ani= mal, tout cet enchaînement de groupes qui se su- à bordonnent les uns aux autres, et sont comprislesuns dans les autres. | |

Les naturalistes ne sont arrivés que par de F longs tâtonnements à conduire la distribution des

animaux au point de perfection où elle est aujourd'hui, ils n’y sont arrivés qu'à posteriori; |

ils auraient pu y arriver à pr’ort, par la détermination directe (1) de l'importance relative des organes. |

Or, tant que l'emportance relative des organes « est connue, on à une méthode rationnelle, une méthode à priori. Quand l'ëmportance relative des organes n’est plus connue, on se dirige par leur constance; on n'a plus qu'une méthode à poste-

riori, une méthode empirique.

L'organe le plus constant est regardé comme

(1) Détermination directe qui ne vient que par la physio- « logie. Et c’est là, comme je l’ai déjà dit tant de fois, le vrai secret des grands résultats obtenus par M. Cuvier. C’est que son esprit vaste embrassait tout : l'anatomie, la physiologie, la zoologie ; et faisait, tour à tour, concourir chacune de ces sciences aux progrès des autres.

. le plus 2mportant : la constance d'un rapport, . prise comme fait, supplée à la raison de ce rap-

port, Jusqu'à ce que cette raison soit connue. Ainsi, par exemple, tous les animaux rumi-

mants ont le pied fourchu; tous les animaux qui

Ont des cornes, ruminent, etc. Voilà des rapports constants : mais quelle est la raison de cette constance ? On l'ignore. Et cependant puisque ces rapports sont constants, on peut les employer

—… avec confiance dans la méthode.

Les ensectes qui respirent par des érachees

| manquent de glandes conglomérées et compactes.

Leurs organes sécrétoires ne sont que des canaux ou de simples tubes. On connaît aujourd’hui la raison de ce fait. C’est que les animaux qui respirent par des #rachées n'ont pas de czrculation, et qu'il faut nécessairement une circulation pour faire pénétrer le sang dans des glandes conglomerées et compactes.

Mais avant que la raison du fait fût connue, le fait l'était, il était démontré constant; et par cela seul qu'il était démontré constant, il pouvait être employé dès lors même par la méthode.

La constance représente donc l'2mportance.

144 Z00LOGIE. MÉTHODE. C Il y a done deux espèces de méthodes, où, À parler plus exactement, il y a, pour la méfhode, À deux états distincts : l'état rationnel et l'état em— " pirique. Et comme la méthode est toujours tenue " d'être naturelle, quand elle n’a plus, pour le de- | 4 venir, la voie rationnelle, elle le devient par la ® voie empirique; quand elle n’a plus, pourse diriger, l’ëmportance connue des organes, elle se dirige par leur constance. | |

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