‹ CuvierChapitre 33 sur 57 · POISSONS · texte numérisé non relu

POISSONS

Traversant les couches de houille, ces restes des

premières richesses végétales qui aient orné la face du globe (A), et arrivant au schiste cuivreux placé sur ses couches, nous découvrons, parmi d’innombrables porssons d’un genre aujourd'hui inconnu, les premières traces des reptiles ; remontant jusqu’au calcaire dit du Jura, nous voyons la classe des reptiles prendre tout son développement : et ce n’est que dans le calcaire grossier qui repose sur les argiles placées au-dessus de la craie, que commencent à se trouver des os de mammifères : encore appartiennent-ils tous à des mammifères marins, à des dauphins inconnus, à des lamantins, à des morses.

Les couches qui ont succédé au calcaire grossier sont donc les premières où se montrent des mammifères terrestres. Là est toute cette population si remarquable de pachydermes découverts par M. Cuvier dans les gypses, mêlés de calcaire,

des environs de Paris : les palæothériums, les

(4) Expressions de M. Cuvier.

RÉ Ed End

SUR LES OSSEMENTS FOSSILES. 255 lophiodons, les anoplothériums les anthracothériums, etc., etc.

Nous avons vu plus haut qu'avec ces pachydermes vivaient des carnassiers, des rongeurs, des oiseaux, des crocodiles et des tortues, des poissons, EC. |

Toute cette population, que M. Cuvier appelle d'âge moyen, a été détruite : de grands dépôts de formation marine en recouvrent partout les débris ; et à ces dépôts appartiennent quelques ceélacés déjà plus semblables à ceux de nos jours, un dauphin, voisin de l'épaulard, une baleine, voisine des rorquals, etc.

La mer dans laquelle vivaient ces célaces, s'étant retirée, laissa la place à une population nouvelle, à celle dont les dépouilles remplissent les couches sablonneuses et limoneuses de tous les pays connus, population composée d’éléphants ou mammouths, de rhnocéros, d'hippopotames, de | mastodontes, d'innombrables chevaux, de plusieurs grands ruminants, de carnassiers de la taille du Zon, du tigre, de l'Ayène, de l'ours, d’énormes édentes, le mégathérium, le mégalonyr, de

254 RECHERCHES rongeurs, etc., etc., « population dont le carac- « tère, dit M. Cuvier, ressemble, même dans l'ex- « trême nord et sur les bords de la mer Glaciale « d'aujourd'hui, à celui que la seule zone torride « nous offre maintenant ; et toutefois, ajoute-t-il, « aucune espèce n'y était absolument la même. »

Telle est la population qui nous a été conservée dans ces amas de terres, de sables, de limons, dans ce diluvium, comme l'appelle M. Buckland, débris immense de la dernière des catastrophes du globe, lequel recouvre partout nos grandes plaines, remplit nos cavernes, obstrue les fentes de nos rochers, etc.

Parmi tous ces animaux perdus de l’avant-dernier âge de la vie sur le globe, M. Cuvier n'avait trouvé aucun débrisde quadrumane. On y atrouvé, depuis, quelques os de seènges, nommément la mâchoire d'un g2bbon (1).

M. Cuvier n'y avait trouvé, non A auçun débris d'homme ; et l'on n’y en à point trouvé depuis.

(1) Cette mâchoire de gibbon a été trouvée, par M. Lartet, daus le dépôt, si riche en ossements fossiles, de Sansan, département du Gers,

SUR LES OSSEMENTS FOSSILES. 255 Ù A ne compter donc que les âges ou successions

d' animaux terrestres, trois âges, trois populations distinctes ont précédé, comme Je le disais tout à l'heure, la population actuelle : la première est la population des reptiles giyantesques ; la seconde est celle des palæotheriums ; la troisième, celle des mammouths, des mastodontes, des mégatheréums ; et, ce qui n'est pas moins digne de remarque, entre chacun de ces âges, entre chacune de ces populations, la mer est venue recouvrir la terre, et y a laissé des traces manifestes de son séjour (4).

Ainsi, aux repérles ont succédé les mammifères marins, des dauphins, des lamantins, des morses ; aux palæolheriums, des mammufères marins en-

core, des dauphins, des baleines, des ziphius, etc. ;

(1) Et je ne parle ici que des grandes irruptions de la mer : les irruptions partielles ont été bien plus fréquentes. Voyez, dans la description du bassin de Paris, de MM. Cuvier et Brongniart, toute cette succession de terrains placés entre le diluvium et la craie, terrains alternativement remplis des produits de l’eau douce et des produits de l’eau salée, et qui, par là, marquent si exactement toutes les irruptions successives de la mer, auxquelles, depuis la déposition de la craie, cette partie du globe à été sujette, ,

256 RÉCHERCHES

et quant à ces couches de diluvium, riches des dépouilles des mammouths, des mégathériums, des mastodontes, elles portent avec elles la preuve de l’inondation immense qui a détruit les êtres qu'elles recèlent.

Il y a donc eu, dans la nature animale, une succession de variations, et même une progression de formes. Car les premiers animaux qui paraissent sont des zoophytes, des mollusques, des crustacés, des potssons; les reptiles ne viennent qu’ensuite ; les mammifères ne viennent qu'après les reptiles ; et ces mammifères ont déjà paru jusqu'à deux reprises différentes que l’Aomme ne se montre point encore : il ne se montre de dans la population actuelle.

| Ajoutez que tous ces mammifères terrestres sont distincts de genre ou d'espèce des animaux actuels, et qu’il y à encore ici une progression : presque tous les animaux de l’âge des palæothé-

riums, comparés à ceux d'aujourd'hui, différent

de genre ; au contraire, les animaux de l’âge des mammouths, comparés toujours à ceux d'aujour-

SUR LES OSSEMENTS FOSSILES, 257 d'hui, ne diffèrent plus que d'espèce ; mais tous, ou presque tous, diffèrent d'espèce (1).

(1) Parmi ïes espèces de l’époque du mammoutkh, il n’y a de doute que pour les chevaux, pour les bœufs, et pour quelques espèces de cerfs : pour tous les autres animaux, la différence spécifique est certaine ; et encore vous remarquerez qu'il ne $’agit ici que de la comparaison des squelettes. Or, nommément pour les chevaux, l'identité du squelette n’est pas une preuve absolue de l'identité de l’espèce. On n’a pu découvrir jusqu'ici, comme je l’ai déjà dit, aucune différence spécifique entre le squelette de l’âne et celui du cheval; et cependant l'âne et le cheval sont deux espèces distinctes et bien tranchées.

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