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le fait de la reproduction, et par conséquent l’espèce n'est, pour lui, que la succession des individus qui se reproduisent.
M. Cuvier définit aussi l'espèce : « La réunion des individus descendus l’un de l’autre ou de parents communs (1).» L'espèce n'est done pour M. Cuvier, comme pour Buffon, que la succession des individus qui se reproduisent et se perpe-
luent.
Voilà donc l'espèce définie par le fait : l'espèce est la succession des individus qui se reproduisent. Mais n y a-t-1l pas aussi quelque fait par lequel on puisse définir le genre? C’est cette définition que Je cherche.
Que deux individus mâle et femelle, semblables entre eux, se mêlent, produisent, et que leur pro-
(1) 11 ajoute : « Et de ceux qui leur ressemblent autant « qu'ils se ressemblent entre eux. » Mais ce n’est là encore, même pour lui, qu’une idée accessoire, ear il dit ailleurs : « Les différences apparentes d’un mâtin et d’un barbet, d’un « Jévrier et d’un doguin sont plus fortes que celles d’aucunes « espèces sauvages du même genre.» L'idée fondamentale de l'espèce est donc la succession par la génération. « Ce « caractère seul, dit encore Buffon, constitue la réalité et « l'unité de ce que l’on doit appeler espèce. » F. V, p. 64,
PHILOSOPHIQUE. 299 duit soit susceptible à son tour de se reproduire, et voilà l'espèce : la succession des individus qui se reproduisent et se perpétuent. À côté de ce premier fait, que deux individus, mâle et femelle, moins semblables entre eux que n'étaient les deux précédents, se mélent, produisent, et que leur produit soitinfécond, ouimmédiatement, ouaprès quelques cénérations, et voilà le genre. Le caractére.de l'espèce est la fécondité qui se perpétue, le caractère du genre est la fécondité bornée. La génération donne donc ainsi les espèces par la fécondité qui se perpétue, et les genres par la fe-
condité bornée.
Je sais bien que le groupe que je propose, et qui résulterait du croisement fecond des espèces, ne répondrait plus exactement aux genres ordinaires des naturalistes, formés par la seule com— paraison des ressemblances ; mais on pourrait donner à ce groupe tel nom qu'on voudrait, le point essentiel ici est de le constater. Je sais bien encore que les expériences nécessaires pour en généraliser l'établissement sont loin d'être faites, et ne le seront peut-être jamais : «Le plus grand
obstacle qu'il y ait à l'avancement de nos connaissances, disait Buffon, est l'ignorance presque forcée dans laquelle nous sommes d’un très grand nombre d'effets que le temps seul n'a pu présenter à nos yeux, et qui ne se dévoileront même à ceux de la postérité que par des expériences et des observations combinées. En attendant nous errons dans les ténèbres, ou nous marchons avec perplexité entre des préjugés et desprobabilités, ignorant même jusqu’à la possibilité des choses, et confondant à tout moment les opinions des hommes avec les actes de la nature (1). »
Toutefois on à déjà quelques faits. On sait que
les espèces du cheval, de l'âne, du zèbre, peuvent
se mêler et produire ensemble; celles du loup et
du chien se mêlent et produisent aussi; il en est de même de celles de la chèvre et de la brebis, de la vache et du bison. Le tigre et le lion ont pro-
duit à Londres, fait remarquable et qui renverse
ce principe que l'on s'était trop hâté de poser,
Savoir, que, pour que le croisement de deux es-
4) TV, p. 61,
PHHILOSOPHIQUE. 01 pêèces fut fécond, il fallait au moins que l’une d'elles fût domestique. |
Je m'en tiens à ces exemples certains, tirés de la classe des mammifères. On connait, dans celle des oiseaux, les unions croisées de plusieurs espèces, du serin avec le chardonneret, avec la linotte, avec le verdier, etc., des faisans dorés, argentés et communs, soit entre eux, soit avec la poule, ete. a
Au milieu de tous les autres groupes de la methode , l'espèce et le genre se distinguent donc en ce qu'ils ne se fondent pas seulement sur la comparaison des ressemblances, mais sur des rapports directs et effectifs de génération et de fé-
condite..
TRANSFORMATION DE LA THÉORIE DES CAUSES FINALES EN THÉORIE DES CONDITIONS D'EXISTENCE,
“Un des plus grands services que M. Cuvier ait rendus à l'histoire naturelle, a été d'y ramener la théorie des causes finales.
J'ai parlé bien souvent, dans cet ouvrage, de la loi des corrélations organiques : on à vu que, dans un animal, toutes les parties tiennent les unes aux autres, se donnent les unes les autres, tranchons le mot, ont été faites les unes pour les autres.
La loi des corrélations organiques est la loi des conditions d'existence (nul être ne pourrait exister, si toutes ses parties n'étaient pas faites les
unes pour les autres) ; la loi desconditions d’'exis=
tence est la loi même des causes finales.
« L'histoire naturelle, dit M. Cuvier, à un prin- «€ cipe qui lui est particulier ; c’est cel des con-
«€ dilions d'erislence, Vulgairement nommé des
PHILOSOPHIQUE. 905 « causes finales. Comme rien ne peut exister, « s’il ne réunitles conditions quirendent son exis- « tence possible, les différentes parties de chaque « être doivent être coordonnées de manière à ren- « dre possible l'être total, non seulement en lui- « même, mais dans ses rapports avec ceux qui « l'entourent (1). »
C'est au moyen de la loi des conditions d'extslence, de la loi des corrélations organiques, que, comme je l'ai déjà dit tant de fois, M. Cuvier à rétabli toutes les espèces perdues.
Il y à un emploi niais dés causes finales. Mais,
à ne parler ici que de l'emploi sensé, on se trompe de marche. On veut aller des causes finales
(1) I dit ailleurs : « FH ne suffit pas que les parties de cha- « que être soient entre elles dans cette harmonie, condition « nécessaire de l'existence ; il faut encore que les êtres eux- « mêmes soient entre eux dans une harmonie semblable pour « le maintien de l’ordre du monde. Les espèces sont mu- « tuellement nécessaires, les unes comme proie, les autres « comme destructeur et modérateur de propagation. On ne « peut pas se représenter raisonnablement un état de choses « où il y aurait des mouches sans hirondelles, et récipro= « quement. »