Tome IX, page
choses inconnues tes noms des choses connues. Le puma fut appelé lion ; le jaguar^ tigre ; Val" paca, mouton ; et ainsi du reste.
Les Romains en avaient fait autant : lorsqu'ils virent pour la première fois Téléphant, ils rappelèrent bœuf de Lucanie ' ; ils appelèrent le rhinocéros bceuf d'Egypte^; ils donnèrent à la girafe le nom de deux animaux connus, le chameau et le léopard : camelopardalis^ etc. , etc.
Je reviens à Buffon. Au moment où il conçut sa grande idée des animaux propres à chacun des deux continents, tout était donc confondu. Pour me servir de sa belle expression, ce les noms avaient confondu les choses ' ; » et ce n*ètait pas tout : les choses elles-mêmes étaient déjà mêlées et confondues ensemble ; car, depuis la découverte de TAmérique, les Européens n^avaient cessé d*y transporter les animaux de Tancien monde.
Il fallait donc enfin mettre un terme A ce grand désordre, et c'est ce que fit Buffon. Rien n*estplus
1. « ClephanUM llalla prlnram vldlt Pyrrfal régit bello, ci boTM LoeasappcUavU, in Lacaols riiot... • (Pline, libtr VUl,
caput VI).
2. Parce que Pompée Tavait fait amener d*Ëgypte. Voyes le curieux mémoire de feu M. Mongci sur les mimaux promméi ou tué* dnm Us cirques {Mémoire* de VAcadimk écê lH\€rip^ tiOfu et Belleê'LeitreSt tome X, page 381).
> Tome IX, page 66.
admirable , rien n*est d'une méthode expérimentale plus savante que son énumération comparée^ de tous les animaux quadrupèdes connus de son temps.
Le résultat de cette belle énumération compa^ rée fut de lui donner une vue nette de tous les animaux quadrupèdes , qu'il partage en trois classes, savoir : ceux qui sont propres à l'ancien continent, ceux qui sont propres au nouveau, et ceux qui sont communs à l'un et à l'autre.
Comme les animaux les plus grands sont aussi les mieux connus , c'est par ceux-là que Buffon commence son examen.
L'éléphant, le rhinocéros, l'hippopotame, le chameau , le dromadaire, la girafe appartiennent à l'ancien monde, et ne se trouvent point dans le nouveau.
Buffon ne distinguait pas encore l'éléphant des Indes de celui d'Afrique : nous les avons distingués depuis ; il ne connaissait que deux rhinocéros, celui d'Afrique et celui des Indes ; à ces deux là nous en avons ajouté deux autres, celui
1. « Ponr prérenir la eonfailon qui résulte de oesdénomina- UoM mal appliquées à la plupart des animaux du Nouveau- Monde..., j*ai pensé que le moyen le plus sûr était de faire une énumération comparée des animaui quadrupèdes... s (Tome IX, page&5).
de Jâva et celui de Sumatra ; et, comme on voit, la proposition de Buffon reste toujours vraie : aucun de ces grands quadrupèdes ne se trouve dans le Nouveau-Monde.
Aucune espèce du genre chai ne s'est trouvée la m6me dans Tun et Tautre continent. Nous avons le lion, le tigre, le léopard, la panthère, etc. ; TAmërique a le puma, le jaguar, le jaguarondi , l'ocelot, etc., etc.
Aucun de nos animaux domestiques n'était en Amérique. Personne n'ignore quelle surprise, mêlée de frayeur, nos chevaux causèrent aux Américains ; l'àne leur était également inconnu : le bœuf, la brebis, la chèvre, le sanglier, le cochon , le chien , le chat , etc. , ont été transportés d'Europe en Amérique, et ne s'y trouvaient point.
L'Amérique n'avait aucun des animaux suivants, tous énumérés par Buffon : le zèbre*, le buffle', l'hyène', le chacal S la genette^ la ci-