‹ Cuvier. Histoire de ses travaux (volume 2)Chapitre 132 sur 265 · Le loup commun ou proprement dit · texte numérisé non relu

Le loup commun ou proprement dit

prochent beaucoup vers le nord ; on peut donc croire , avec Buffon , que les espèces communes en ce point aux deux continents ont passé de Tun à Tautre.

Chaque continent, ou, si Ton veut plus de rigueur, chaque midi des deux continents a donc sa population distincte, sa population propre : c*est là le beau, le grand fait que Buffon a su révéler à l'admiration des naturalistes. Et les naturalistes ordinaires, les naturalistes contemporains ont eu beau contredire : plus on a étudié, plus on a approfondi ces grandes questions , plus on Vest llvréàdesrecherches,& des comparaisons exactes, plus on s'est convaincu que Buffon avait eu raison : il avait vu de haut, il avait vu avec génie ; et, cette fois-ci encore , la vue haute, la vue de génie s'est trouvée la vue juste.

Chose remarquable , il n'est pas une erreur de détail échappée à Buffon dont on n'ait voulu tirer parti pour combattre sa belle loi , et il n'est pas une de ces erreurs qui, complètement corrigée, ne soit venue confirmer cette loi par un fait nouveau.

On ne connut d'abord d'animaux à bourse que les sarigues , que les animaux à bourse d'Amérique. On en était là, lorsque Buffon reçut, sous le nom de rai de Surinam, l'animal à bourse qu'il nommo^halanger , et il le crut d'Amérique.

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Eh bien, il y avait là une erreur; car ranimai qu'il avait appelé pbalanger n'était paâ d'Amérique : aucun animal de ce genre n*est d'Amérique ; tous les phalangers sont des terres australes. On s'empressa de relever l'erreur de Buiïon, et Buffon s'empressa de la corriger : mais sa belle loi n'en souffrit pas; car l'Amérique, qui a les sarigues, n'a point de phalangers, et les terres australes, qui ont les phalangers , n'ont point de sarigues ^

Il venait de dire, et avec raison, que les fourmiliers proprement dits sont tous d'Amérique. Sur ces entrefaites, Vosmaër, directeur du cabinet d'histoire naturelle de Leyde, reçoit du Cap un animal qui se nourrit aussi de fourmis, et il se flatte que la loi de Buffon en sera compromise. Hais le fourmilier du Cap , le cochon de terre^ comme on l'appelait alors , Voryctérojic^ oomme on l'appelle aujourd'hui, est un animal tout à fait

1. « Je erois qoe eeUe eiiUqne est Juste, et que le phalançfr apparUenl on effet aux Indes orienlaleéet niéiidioiialct; nab, quoiqu'il ail quelque re»emblanee arec les oposaunu ou sarigue*» Je n*ai |>a» dit qu'il fÙt du même genre ; J'ai, au contraire, assuré quMt différait de tous les sarigues, marmosea et caynpolins» par la eonformaUoo des pieds, qui me paraiwait unique dans ceUe espèce. Ainsi, je ne me suis pas trompé en avançant que le genre des opo«sums ou sarigues appartient au nouveau ma* tlnent, et ne sa trouve nulle part dans renelea. • (Tsae VII, page 272» Siy»fitfwcmi ).

distinct des roarmiliers d*Amérique , et la loi de Buffon reste tout entière. Voici la réponse de Buflbn lui-même : «Nous avons dit et répété souvent qu^aucune espèce des animaux de TAfrique ne s*est trduvée dans rAmérique méridionale, et que, réciproquement, aucun des animaux de cette partie de TAmérique ne s'est trouvé dans Tancien continent. L'animal dont il est ici question a pu induire en erreur des observateurs peu attentifs, tels que H. Vosmaër, mais on va voir par sa description et par la comparaison de sa figure avec celle des fourmiliers d'Amérique qu'il est d'une espèce très différente '. »

Ce Vosmaër, un des opposants les plus obstinés qu'ait jamais rencontrés une grande idée, avait dit que la belle loi de Buffon ne reposait que sur des propositions idéales. Buffon répond : « Cette assertion n'est point fondée sur des propositions idéales, comme le dit H. Vosmaër, puisqu'elle est, au contraire, établie sur le plus grand fait, le plus général , le plus inconnu A tous les natu-^ ralistes avant moi ; ce fait est que les animaux des parties méridionales de l'ancien continent ne se trouvent pas dans le nouveau, et que réciproquement ceux de l'Amérique méridionale ne se trouvent point dans l'ancien continent^, n

1, Tome VI, page 2B0, Suppléments,

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