La iéférité de ses principes élonneceux qui savent com
186 THÉORIE DE LA tERRE.
Le système est Texplication des faits par les causes possibles.
La théorie est Texplication des faits par les causes réelles.
c< Je ne parle point, dit BuSbn, de ces causes éloignées qu'on prévoit moins qu'on ne les devine, de ces secousses de la nature dont le moindre effet serait la catastrophe du monde : le choc ou Tapitroche d'une comète ' , Tabsence de la lune, la présence d'une nouvelle planète, etc. , sont des suppositions sur lesquelles il est aisé de donner carrière & son imagination ; de pareilles causes produisent tout ce qu'on veut, et d'une seule de ces hypothèses on va tirer mille romans physiques que leurs auteurs appelleront théorie de la terre. Comme historiens , nous nous refusons à ces vaines spéculations... ; mais des eflkts qui arrivent tous les jours , des mouvements qui se succèdent et se renouvellent sans interruption, des opérations constantes et toujours réitérées , ce sont là nos causes et nos raisons '. i»
Les esprits vulgaires se trompent en tout. Ils
bien est grande nUleun la hardiesse de ses sopposlUona. • Vioq-d*Azyr, Éloge de Buffon, {Discours de réception à CAca^ dénUê française),
1 . Ce qu'il dit ici de la supposition d'une comète est d*autant plus curieux, que lui-mfiine fait Jouer à une comète le prio* cipal rôle dans son Système.
}• Tome I, page 98,
appellent Buffon hardi , parce qu*il imagine un système. Ils ne voient pas que Buflbn est bien plus bardi, iorsqu*il ose donner une théorie. C'est par faiblesse qu*on imagine un système. La faiblesse est de s'en tenir aux causes possibles ; le courage est de remonter aux causes réelles. Le ^nd esprit n'est pas celui qui imagine , mais celui qui découvre ; la force n'est pas dans Thypothëse, elle est dans le fait, et la méthode expérimentale est la seule grande méthode.
Soumettant donc la science de la terre, Thistoire du globe , à cette grande méthode , Buffon remarque trois faits principaux.
Il voit *, d'abord , qu'on trouve des coquilles et d'autres productions marines par toute la terre ^ ; et c'est là le premier fait.
Il voit ^, ensuite, que les matières qui composent la terre sont toujours disposées par eoucfaeshorizontales et parallèles * ; et c'est li le second fait.
1. Ou pliitAI croit voir : mais J'exposa Ici les faits tels que Bolfon les a rus ; Je les exposerai bientôt tels qu'ils sont.
2. « Je fois que, dans l'intérieur de la terre, sur la dme des monts et dans les lieux les plus éloignés de la mer, on IrooTe des coquilles, des squelettes de poissons de mer, des plantes marines... • (Tome I, page 76).
â. On plutôt croit voir. Voyex la note 1 de cette page. 4. « Je remarque que ces couches sont toujours posées paraUèlement les unes sur les autres... » (Tome I, page 76).
li voit \ enGot que les montagnes ont partout des angles correspondants ^ ; et c'est là le troisième fait.
J*avoue tout de suite» et j'avoue sans peine , que Buffon se trompe sur chacun de ces trois faits ; mais je remarque aussi que Terreur dans laquelle il tombe , n'est que dans le fait , dans le détail du fait, et non dans la méthode.
Je reviens : Buflbn se pose donc trois faits; et, ces trois faits posés, voici comment il raisonne.
On trouve des coquilles et d'autres productions de la mer par toute la terre ; la mer a donc couvert toute la terre.
Les matières qui composent la terre sont disposées par couches horizontales et parallèles ; ces matières ont donc été amenées et déposées par l'eau , car il n'y a que i'eau qui ait pu les disposer ainsi '.
1 . Ou plutôt croit voir. Voyei la note I de la pige préoédenle.
2. « Les angles lalllanta d'une montagne se IrouTent lou* jours opposés aux angles rentrants de la montagne ToisiDe, qui en est eéparéc par un vallon ou par une profondeur. » (Tome I. page 73}.
3. « Une chose à laquelle nous devons encore bire atlentioop et qui confirme oo que nous venons de dire sur la formation des couches par le mouvement et par le sédiment des eaui, c'est que* toutes les autres causes de révolution ou de cbangemenl sur le globe ne peuvent produire les mêmes effets. » (Tome I, iwge 80).
THÈOIUE DE LA TEIUŒ. 189
Enfin , les montagnes ont partout des angles correspondants ; ces montagnes se sont donc formées dans la mer, car il n*y a que la mer, il n*y a que le courant des eaux qui ait pu leur donner ces angles.
a Ce qui prouve évidemment, dit Buffon, que la mer a couvert et formé les montagnes, ce sont les coquilles et les autres productions marines qu'on trouve partout en si grande quantité, qu'il n'est pas possible qu'elles aient été transportées de la mer actuelle dans des continents aussi éloignés ; . . . ce qui le prouve, ce sont les couches horizontales et parallèles qu'on trouve partout , et qui ne peuvent avoir été formées que par les eaux..., et, enfln, ce qui le démontre incontestablement , ce sont les angles correspondants des montagnes et des collines qu'aucune autre cause que les courants de la mer n'aurait pu former. . . ^ i>
Les coquilles de la mer partout répandues, les couches de la terre partout horizontales, les angles des montagnes partout correspondants, tout prouve donc que la terre a été couverte par la mer, qu'elle a été un fond de mer , et , pour me servir ici de l'expression même de Bufifon, qu'elle est l'ouvrage des eaux^.