Ci-dcvaiil, puge 2?ô
tagnes avaient été faites par le flux, le reflux et les courants de la mer. Cette étrange imagination a été fortifiée dans Y Histoire naturelle imprimée au Louvre, comme un enfant, inconnu et exposé, est quelquefois recueilli par un grand sei-* gneur...'.»
La vérité est que Maillet, quoique souvent bien fou dans les choses qu'il dit, nous étonne aussi quelquefois par la sagacité peu commune de son esprit. Personne n'a mieux vu que lui que la terre que nous habitons, la terre actuellement sèche, n'est qu*un ancien/oncf de mer. Il forme, comme Buffon, les montagnes dans la mer; et puis il les en tire par un moyen beaucoup plus simple encore que celui de Buffon, par la (fimtnuHon des eaux. Cette diminution continue des eaux est la base de tout son livre ', et n'est qu'une erreur'; mais, du moins, cette erreur n'a-t-elle, en soi, rien d'absurde.
On ne peut en dire autant de toutes les autres erreurs qu^il y mêle.
La mer ayant commencé par couvrir la terre, il veut que tous les animaux actuels aient com-
!• SmgularUi» de la naiurê s De la formation des motuagtiei.
3. Qu'il intitule : Telliamed, mot qui est ranagramme de son nom (de Maillet).
Z, Il y a des dimioutiona létales, il n'y a pas de diminution iotale de la mer. La mer se retire de certains lieui ; elle ne ce retire pas de parioai, oomme l'enteod Maillet.
246 CARACTÈBB PROPRE DE BUFP05,
mencé par être paissons. II faut voir, dans son livre , comment » de poissons , ils sont devenus reptiles, oiseaux, quadrupèdes; comment les écailles se sont changées en poils, en plumes, les nageoires en ailes, en jambes, eto. L'homme lui* même vient de la mer : avant Y homme terrestre, il y avait YAçmme marin, qui vivait dans la mer, qui avait une queue de poisson, des nageoires* des écailles, etc. Toutes ces folies reachanteot, il les expose gravement dans son livre, mais il avait eu Tesprit de commencer par en rire dans sa préface. Grtte préface est une èpttre dédicatoire à Cyrano de Bergerac.
« C'est & vous, illustre Cyrano, lui dit^il, que j'adresse cet ouvrage : puis-je choisir «a plus digne protecteur de toutes les folies qu'il renferme?... T» Et il finit par l'assurer, ce que son livre prouve en effet très bien : «qu^on peut ex^ travaguer dans la mer comme dans la lune, m
Boulanger, l'auteur de V Antiquité dévoilée par ses usages, avait étudié l'histoire naturelle de la terre autant qu'on peut le faire sans être naturaliste. Diderot nous dit, en parlant de lui, et dans un style beaucoup trop enflé : « Qu'il avait vu la multitude de substances diverses que la
terre recèle dans son sein; qu'il avait va
l'homme couché au nord sur les os de l'éléphant, et se promenant ici sur la demeure des baleines;
la nourriture d'un inonde présent croissant sur la surface de cent mondes passés ^..»
Boulanger avait écrit quelques pages sur les réiFolutions du globe, et les avait adressées & Buffon. Après la mort de Boulanger, le manuscrit s'égara, Boffon n'en parla point, et on ne manqua pas de Taoouser d'en avoir profité , sans en rien dire.
Voici ce que je trouve là-dessus dans une lettre de Buffon i Tabbé Bexon.
« Je suis maintenant très décidé & ne faire aucune réponse au suyet du manuscrit Boulanger ; je n'ai jamais lu moi-même ce manuscrit : on m'en a lu quelques endroits, et l'on m^a fait l'extrait de ce qui regardait le cours de la Marne , dont je vous ai remis à vous-même la carte. Voilà tout ce que j'ai retiré de ce manuscrit , que je connaissais d'avance par la lettre que Boulanger m'avait écrite en 1750; en sorte qu'ayant alors jeté cette lettre, j'ai de même jeté le manuscrit comme papier Xrés inutile; mais je vois qu'il n'est pas nécessaire d'en convenir aujourd'hui :. il vaut mieux laisser ces mauvaises gens dans l'incertitude, et, comme je garderai un silence absolu, nous aurons le plaisir de voir leurs manœuvres à découverte »