‹ Cuvier. Histoire de ses travaux (volume 2)Chapitre 200 sur 265 · CARACTÈHE PROPRE DE BUFFON · texte numérisé non relu

CARACTÈHE PROPRE DE BUFFON

Je viens de passer en revue les principaux auteurs employés par Buffon. Puis-je avoir dté par là quelque chose à sa gloire? Assurément non. Buffon n'était pas précisément un observateur; d'autres observaient et découvraient pour lui. Il découvrait, lui, sur les observations des autres; il cherchait des idées, d'autres lui cherchaient des faits. Il avait Daubenton pour Tanatomie; Gueneau de Montbéliard, Bexon, pour la zoologie. Il prit, si je puis ainsi dire, à pareil titre, Woodward, Stenon, Whiston, etc., pour la géologie. Le grand Leibnitz lui donna des vues, comme Descailes en avait donné à Leibnitz lui-même.

M. de Fontanes, dans le beau discours qu^il a mis en tête de sa traduction de V Essai sur r homme de Pope, dit de Leibnitz : « Qu^il aurait régné sur vingt siècles, comme Platon, s'il en avait eu l'éloquence. »

A ne considérer ici que l'histoire de la nature« Buffon est Leibnitz avec l'éloquence de Platon.

Leibnitz n'avait parlé que pour les savants» Buffon a parlé pour tous les hommes, n a enflammé leur imagination de ce qui enflammait la sienne ; il les a contraints à se faire une occupation de ce qui l'occupait lui-même : pouvoir qui n'a jamais été que celui de l'éloquence.

Il a reculé toutes les limites de la pensée touchant les plus grands phénomènes de la nature.

Od croyait que le monde avait toujours été tel qu*il est. a L'univers, dit Ocellus Lucanus, ne nous annonce rien qui décèle une origine ou prt* sage une destruction ; on ne Ta pas vu naître, ni croître, ni s'améliorer; il est toujours le même, de la même manière, toujours égal et semblable à lui-même. » Ceux même qui, parmi les anciens, avaient aperçu quelque chose des révolutions du globe, n'ont jamais eu là-dessus que des idées fort étroites. Ils ont eu l'idée de plusieurs déluges ; ils n'ont jamais eu l'idée d'un déluge universel. Comme le dit très bien Woodward : « la tradition et la philosophie leur manquaient tout à la fois pour cela ^ n

Ce que l'antiquité n'avait pas vu, ce que les esprits les plus avancés parmi les modernes voyaient à peine encore^ Buffon l'a rendu vulgaire. C'est qu'il réunissait en lui le génie de la pensée et celui du style. Il faut dire de lui, et aveo bien plus de raison, ce qu'il dit de Burnet : «qu'il sait peindre et présenter avec force de grandes images, et mettre sous les yeux des scènes magnifiques^. ii II avait cette métaphysique, qu'il reproche à la plupart de ses devanciers de n'avoir point eue, a qui rassemble les idées particu-

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