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voir jusqu'où allait sa confiance dans la force de la pensée.
Un physicien lui parlait d*une expérience qu'il projetait sur un diamant/ Je le ferai brûler dans un creuset d'or, disait-il. Le meilleur creuset» c'est Tesprit, répondit Buffon.
« Laplupart des naturalistes, disait-il encore, ne font que des remarques partielles. 11 vaut mieux avoir un faux système : il sert du moins à lier nos découvertes, et c'est toujours une preuve qu'on sait penser*. v>
Quand il était satisfait d'un ouvrage, son premier éloge était dans cette expression : a II y a de l'idée. »
Vicq-d'Azyr a dit : « Pour savoir tout ce que vaut M. de Buffon, il faut l'avoir lu tout entier ^. » J'ajoute, ou plutôt je répète, que, pour connaître les idées de Buffon, il faut en avoir Thistoire entière.
Buffon ne pense pas de la méthode au milieu de son livre ce qu'il en pensait au commencement. Ses idées sur Isl formation du globe ne sont pas dans les Époques de la nature ce qu'elles étaient dans la Théorie de la terre.
1. Nouveaux mélange», extraits des manu»erUt de Necker, tome II, page 9.
3. Ëloge de Buffon {Discours de réception à F Académie française).
Nous avons eu souvent occiision de le remarquer dans cette suite d*études : nul homme n*a plus constamment travaillé ses idées ; il les éla* 4 borait sans cesse ; il mit trente ans à faire , de sa Théorie de la terre, ses Époques de la nature.
Quand on cite une opinion de Buffon, il faut donc en citer la date. Or, c'est là le premier, le grand avantage, l'avantage philosophique, si je puis ainsi dire, de l'édition dont je parle. Elle ne donne pas seulement les pensées de BufTon , elle donne les raisons mêmes de chacune de ses pensées.
Il y a, de Buffon, deux éditions absurdes» et fameuses par leur absurdité même : celle de Castel, et celle de Sonnini.
Castel mêle tout, transpose tout, met tous les discours généraux dans un seul volume, range les histoires de Buffon d'après le système de Linné, ne laisse aucune idée & sa place dans un livre où chaque idée ne s'explique que par sa place, prend une phrase dans un volume pour la porter dans un autre ; et, quand il a fait tout cela, se croit fort habile : a il est heureux, dit-il, d'avoir trouvé le remède tout préparé par l'auteur. C'est lui-même qui se corrige ; une phrase, une page, sont remplacées par celles qu'il destinait à cette Qn, et son style, sans mélange, demeure dans toute sa pu-
reté '. 1» Le style demeure dans toute ta pureté sans doute, puisque c'est toujours le style de BuffoQ; mais que devient Tordre des idées? Castel ae s'ea inquiète guère.
Sonninl s'en inquiète beaucoup moins encore. Castel ne mêle au moins que les idées de BuObn; Sonnini mêle les idées de Buffou avec celles de tout le monde. Dans son édition, après un article de Buffon, vient un article de Soonini» et, après un article de Sonnini, vient un article d'un autre ; car cet honneur que Sonnini se donne d'écrire i côté de Buffon, il ne le refuse à personne.
Allamand, professeur d'histoire naturelle à IV niversité de Leyde, ût réimprimer, de 1766 i 1 779, tout ce qui, dans la belle édition de Buffou, se rapporte aux génércUités et aux quadrupèdes^*
Allamand ne respecte pas toujours l'ordre des chapitres; mais, ce qui vaut beaucoup mieux, il respecte toujours l'ordre des idées. Il rapproche, par exemple, l'histoire du chat de celle des autres animaux domestiques ' ; il réunit tous les singes