‹ Cuvier. Histoire de ses travaux (volume 2)Chapitre 39 sur 265 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

IDJES DB BUFFON 8UB LA USTHODB.

Il y a, dans tout ce qu*a écrit Buffon, un ordre, une suite, une génération visible des idées. On peut démêler partout, dans ces idéies, ce qui est de lui et ce qn*il emprunte à d*autres , et particulièrement aux trois hommes qu'il avait le plus étudiés, Aristote, Descartes, Leibnitz ; on le suit, pas à pas, dans ces combinaisons profondes d'où il a fait sortir tant de vues nouvelles ; il rend raison de tout ce qu'il dit * ; et lui-même nous a tracé rhistoire la plus sûre et la plus savan^ de ses méditations et de ses pensées.

C'est cette histoire des pensées de BuSbn,

1. ■ M. de Baffon rend raiflon des motifé de préférence qo'U a eus pour tous les moU de ses discoar», sans exclure même de cdte diienision les moindres particules, les conjonctions les plos ignorées. • [Nouveaux Mélanges extraits des ManuserUs de

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écrite par lui-même, que je me propose d'étudier ici.

Je commence par Texamen de ses idées sur la méthode.

V Histoire des animaux, ou, comme on dit aujourd'hui, la zoologie, se compose de Thistoire même de chaque espèce prise à part, et de la distribution méthodique de toutes les espèces comparées entre elles.

Or, de ces deux choses, Buffon a merveilleusement compris la première, Y histoire proprement dite^ et il u'a jamais bien compris la seconde ou la distribution méthodique,

Buffon n*a jamais vu, d'une vue nette, ce que c'est que la méthode en histoire naturelle. Tantôt il la confond avec la description ou TAflttoire : ce La vraie méthode, dit-il, est la description complète et l'histoire exacte de chaque chose en particulier '. y> Tantdt il l'en sépare pour n'y voir a qu'une convention, une langue arbitraire, un moyen de s'entendre dont il ne peut résulter aucune connaissance réelle ^ . »

madame Necker), Cette nliOD qa*{l reodiit, dam ta cenven»tion, de tous tes mou, U l'a rendue, dana Boa Uvre, de toulea seB pensées.

1 . Tome I, page 34, édiUoa in-4, de l'impriinfliie royale. C*eat toujour* cette édition, la première el U meUleim de toutas, <|UH Je ci le dan» cet oqvrage.

*2. Tuoie 1, page 10.

Srn LA MÉTHODE. 3

Aillears il se méprend sur le vrai sens du rap* prochement des espèces dans la méthode, et croit se moquer de Linné : « Ne serait*il pas plus simple, dit-il, plus naturel et plus vrai de dire qu*un Ane est un Ane , et un chat un chat, que de vouloir, sans savoir pourquoi, qu*un Ane soit un cheval, et un chat un loupcervier ' î »

Enfin , il va jusqu*A écrire cette phrase singulière : « Ne vaut--il pas mieux ranger, non seulement dans un traité d'histoire naturelle , mais même dans un tableau ou partout ailleurs, les objets dans Tordre et dans la position où ils

1 . Tomel, page 40. Le loup^ervier est une espèce de lynx, et. par conséquent, comme le dit très bien Linné, une espèœ de JèH», de chat.-* « Classer Thonroe avec le ainge, le lion aveo le ehat, dire que le lion ett un chat à crinière et à queue hnguef c'est dégrader, défigurer la nature, au lieu de la décrire ou de la dénommer. » (Tome IX, page 10). Voilà ce que dit Bofibn, et T»id eomment Daubenton lui-même relève cette méprise: « Buffon veut jeter du ridicule sur les naturalistes qui ont mis le chat et le lion sous un même genre. II fait dire à Linné que le lion est un ciiat à crinière et à queue longue. Certainement le chat n'est pas un lion, et ce n'est pas ce que Linné a voulu dire. L'auteur qui le eriUque n'a pas bien entendu la méthode de Linné ; s'il avait seulement parcouru les espèces rapporléea sons le genre appelé /p/is, chat, il y aurait trouvé l'espèee du lion et celle du chat... Cette équivoque est venue de la manière de dénommer tes goorea, en leur donnant le nom de l'une dea eqièeei qn'ib eomprennenl. » (UaubcnloOi Séimctê des £c9ki norwmlctt tome 1^ page 293).

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se trouvent ordinairement , qae de les forcer i se trouver ensemble en vertu d'une supposition T Ne vaut-il pas mieux faire suivre le cheval qui est solipède par le chien qui est flssipëde, et qui a coutume de le suivre en effet, que par un zèbre, qui nous est peu connu , et qui n'a peut-^tre d*autre rapport avec le cheval que d'être solipède'? d

Il fallait en vouloir beaucoup à Linné pour trouver mauvais qu'il eût placé le cheval près du zèbre. Assurément, tout n'est pas parfait dans Linné : il n'a pas connu la grande loi de Yimportance relative des caractères ' ; mais il a vu que tous les caractères devaient être pris dans les objets mêmes ' . Ceci a été le premier pas, et ce pas a été immense. Pour Buffon, il consent bien que Ton sépare, en se réglant d'à* près leur nature , les animaux des végétaux, les végétaux des minéraux; il consent que l'on sépare les quadrupèdes des oiseaux^ les oiseaux des poissons ; mais, cela fait , il repousse toutes les

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