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que dans chaque appareil particulier de la face : ainsi la mâchoire inférieure du crocodile a six os de chaque côté; et chaque côté de la mâchoire de la grenouille n’en a que trois, etc.
J’ai dit que l’appareil des vertèbres est, avec celui du crâne, le plus constant; chaque vertèbre peut même être considérée comme un petit appareil distinct, et qui se compose d’un certain nomlire d’os , lequel n’est pas le môme pour toutes les vertèbres dans chaque espèce, ni pour chaque vertèbre dans toutes les espèces : l’atlas du crocodile a six os; son axis en a cinq; l’atlas de la tortue n’en a que quatre; celui du monitor, trois, etc.
Mais c’est surtout par leur nombre total que les vertèbres varient d'une classe à l’autre, et jusque dans les différents ordres, dans les différents genres de chaque classe. Pour ne pas sortir ici des reptiles, le crocodile, par exemple, a vingtsix vertèbres; sept cervicales , douze dorsales, cinq lombaires et deux sacrées ; on en compte plus de deux cents, dans les couleuvres, dans les boas, etc. ; la grenouille n’en a que neuf.
Quant aux autres appareils, comme ils ne sont
qu accessoires, la plupart peuvent manquer, et manquent en effet dans telle ou telle classe, dans tel ou tel ordre, dans tel ou tel genre, etc. Les extrémités postérieures manquent aux cétacés, les extrémités antérieures et postérieures manquent aux serpents; les côtes manquent à la grenouille, l’appareil auriculaire manque aux poissons, etc.
Rien n’est plus fait pour donner une idée juste de la manière dont une certaine conformité générale se combine dans certains cas avec toutes les variations de détail, que ce qui se voit dans l’épaule, dans le sternum.
Vêpaule, qui ne se compose dans le mammifère que d’un os, l’omoplate, ou de deux, l’omoplate et la clavicule , en a toujours trois dans l’oiseau : l’omoplate, la clavicule et l’os coracoïdien ; elle n’en a que deux dans le crocodile, l’omoplate et l'os coracoïdien, la vraie clavicule y manque ; elle en a de nouveau trois dans les lézards, l’omoplate, l’os coracoïdien, la clavicule; elle en a deux dans la tortue, l’omoplate, l’os coracoïdien, et peut-être trois, car on peut y ad-
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mettre une clavicule ; elle en a sûrement quatre dans la grenouille, la clavicule, l’os coraeoïdien et une omoplate divisée en deux pièces; et, chose remarquable, c’est précisément de ces deux pièces de l’omoplate que se compose l’épaule dans les poissons.
Le sternum n’a d’osseux qu’une seule pièce dans le crocodile ; il se compose toujours de neuf pièces dans les tortues; il se rapproche dans les lézards, de la simplicité qu’il a dans le crocodile ; il n’a dans la grenouille que deux pièces ossifiées; c’est à peine si l’on retrouve une espèce de sternum dans quelques poissons; il est, au contraire, très développé dans les mammifères ; on y compte jusqu’à sept, huit, neuf pièces, placées ordinairement sur une seule ligne : et, quant aux oiseaux, il a cinq pièces dans les gallinacés, il n en a plus que deux dans les canards ; sa composition change encore dans les pigeons, dans les passereaux, dans les oiseaux de proie, etc. Ainsi, le sternum ne varie pas seulement d’une classe à 1 autre; il varie dans la même classe, et cela jusque dans la classe même des oiseaux, ou néanmoins l’unité, la conformité
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d’organisation est en général si constante et si prononcée.
Mais , relativement à cette question de l’unité ostéologique des animaux vertébrés, deux appareils surtout ont une importance particulière ; ce sont les appareils auriculaire et hyoïdien.
O11 nomme appareil auriculaire , une chaîne de petits os, placés dans la caisse de l’oreille, et qui vont de la membrane du tympan à la fenêtre ovale. Dans les mammifères, on compte toujours quatre de ces petits os, le marteau, l’enclume, le lenticulaire et l’étrier; déjà, dans les oiseaux, il n’y en a plus qu’un, formé de deux branches, dont l’une adhère au tympan, et dont l’autre s’appuie sur la fenêtre ovale ; un seul osselet remplace pareillement, dans le crocodile, les quatre petits os de l’oreille des mammifères ; c’est un étrier encore plus simple que celui des oiseaux (1); il n’y a qu’un seul osselet dans les tortues, dans les lézards,
(1) On pourrait, à la vérité, nommer marteau la branche qui, clans les oiseaux, dans le crocodile, est enchâssée dans la membrane du tympan; mais toujours n’y aurait-il ni enclume, ni osselet lenticulaire.
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dans les serpents ; clans la grenouille, la chaîne auriculaire paraîtrait se compliquer un peu, si elle n’y restait en grande partie cartilagineuse ; enfin, dans les salamandres, dans les sirènes, dans les protées, le dernier osselet auditif lui-même, 1 étrier, se réduit à une simple plaque cartilagineuse.
11 y a loin de là, sans doute, à l’appareil compliqué des mammifères; et quand on suit ainsi, pas à pas, cette simplification successive, quand on arrive ainsi à cette réduction finale de tout 1 appareil à une simple plaque cartilagineuse, on sent toute la force de l’opinion de M. Cuvier, que cet appareil, après avoir disparu dans les vertébrés aériens, ne renaît pas, tout à coup, dans les poissons#pour y former les opercules, et que ces opercules sont par conséquent un appareil spécial et propre à cette dernière classe.
Les faits qui concernent la marche inverse de l’appareil hyoïdien, c’est-à-dire son développement graduel des mammifères aux poissons, sont encore plus importants, et, relativement aux théories ostéologiques, plus décisifs.
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Dans l’homme cet appareil se compose de cinq parties : d’un corps, de deux branches ou cornes antérieures qui suspendent l’hyoïde au crâne, et de deux branches ou cornes postérieures qui suspendent le larynx à l’hyoïde. Dans les mammifères, l’appareil éprouve déjà de notables modifications, dépendant de la forme du corps, de la plus ou moins prompte soudure qu’il contracte avec les cornes postérieures, du nombre, de la forme, de la proportion des pièces des cornes antérieures. Dans les oiseaux, les cornes anté-
rieures ne s’attachent plus au crâne, mais elles se bornent à le contourner par derrière; à barrière
du corps de l’os se soude un os grêle, impair, sur lequel repose le larynx, et qui représente, à lui seul, les deux cornes postérieures; à son avant, est un autre os qui pénètre dans la langue, c’est b 05 lingual.
L’ hyoïde du crocodile est un des plus simples. Son corps consiste en une grande et large plaque cartilagineuse, sans vestige bien prononcé de cornes postérieures , et dont les cornes antérieures n’ont d’osseux qu’une seule pièce.
L’hyoïde des lézards est beaucoup plus compli-
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que. Il a généralement un corps simple ; mais il poite quelquefois jusqu’à trois paires de cornes.
L’hyoïde des tortues est plus compliqué encore. Le corps lui-même de l’os s’y subdivise quelquefois en plusieurs pièces; il y porte quelquefois jusqu’à trois paires de cornes dont chacune se subdivise également en plusieurs os; et dans les trionyx, par exemple, la totalité de l’appareil ne comprend pas moins de vingt-cinq pièces osseuses différentes. Ajoutez que les tortues ont un os lingual, comme les oiseaux, comme les lézards.
Mais c est surtout dans les bcttrciczens que Lhyoide prend de l’importance, et conduit ainsi, par degrés, à l’hyoïde si riche et si compliqué des poissons. On avait eu recours, pour expliquer cette richesse de l’hyoïde des poissons, à une prétendue intercalation qui s’y serait faite de pièces empruntées tout à la fois au sternum, au laiynx, aux côtes. On sent que la métamorphose de la grenouille , qui, dans son premier âge, respire par des branchies, comme les poissons, qui, plus tard, respire par des poumons, comme les animaux terrestres, et dont l’appareil bran-
chiai se change petit à petit, et à vue d’œil, en un hyoïde véritable, devait à cet égard trancher toute difficulté.
M. Cuvier a donc étudié toute cette singulière métamorphose; il l’a suivie dans tous ses progrès ; il a vu successivement tomber les branchies, les arcs branchiaux; il a vu se dessiner, à mesure, l'hyoïde propre de la grenouille adulte ; et dans aucun temps, même au temps de la plus grande complication, au temps où existaient les arcs branchiaux, les branchies, ni le sternum, ni le larynx n’ont pris ni pu prendre aucune part à toute cette composition ; car l’appareil branchial subsiste fort nettement encore, et avec toutes ses pièces, avec ses arcs branchiaux, ses branchies, que l’on voit déjà très bien et le larynx avec les poumons qui en dépendent, et le sternum avec les os qui s’y appuient.
L’hyoïde de la salamandre se métamorphose comme celui delà grenouille ; et de même l’appareil branchial y subsiste fort distinctement encore que déjà le larynx, les poumons, le sternum se montrent ; et tout cela prend une nouvelle force
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par ce qui se voit, avec tant d’évidence, dans l’axolotl, dans le protée, dans la sirène, animaux où l’appareil branchial existe simultanément , et d’une manière constante, avec le larynx, la trachée-artère, etc. L’appareil branchial n’est donc qu’un appareil hyoïdien plus compliqué, et non un appareil résultant de la combinaison de pièces étrangères et provenues d’appareils voisins.
Chaque appareil a donc sa constitution propre; il a ses accroissements, ses décroissements marqués; ses parties changent d’une classe à l’autre, de forme, de nombre, de complication , et ce sont ces changements mêmes qui déterminent les caractères organiques des classes, des ordres, des genres, des espèces. Que doit-on donc entendre par unité, ou, à parler plus exactement, par conformité d’organisation , par conformité de plan , dans les animaux vertébrés, du moins en ce qui concerne leur système osseux, sinon un ensemble d’analogies graduées, plus constantes dans les appareils essentiels, plus variables dans les appareils accessoires, et dont la limite ne peut être donnée, pour chaque appareil, que par l’étude
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directe et suivie, de toutes les modifications de cet appareil dans toutes les classes ?
Or, cette étude suivie d’un appareil dans toutes les classes, et de toutes les modifications graduées qu’il éprouve d’une classe à l’autre, est précisément ce qui constitue le trait le plus prononcé de la méthode deM. Cuvier, et le point qui doit peutêtre fixer le plus l’attention des lions esprits ; car c’est toujours de la seule rigueur, et, pour dire quelque chose déplus, de la seule adaptation spéciale de la méthode à son objet, que dépend toute F exactitude des résultats.
Or, de quoi s’agit-il ici? de suivre, de reconnaître un appareil à travers toutes ses métamorphoses de nombre, de forme, de complication de parties. Et, dès lors, n'est-il pas visible qu’il suffirait de perdre une seule métamorphose intermédiaire, pour ne plus se reconnaître dans les suivantes, pour perdre le fil qui les lie les unes aux autres, pour perdre l’appareil lui-même? Le principe des modifications suivies et graduées, employé par M. Cuvier, est donc un des moyens d’investigation les plus féconds, les plus ingénieux dont il
ait enrichi lascience, et le seul qui puisse donner, d’une manière sûre et précise, et la détermination de chaque appareil, et la limite de ses analogies ou de ses dissemblances dans chaque classe .
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