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RAPPORTS DES ESPÈCES FOSSILES AVEC LES COUCHES DU CLORE

Les rapports des couches du globe avec les êtres qu’elles recèlent constituent la hase de toute la théorie de la terre.

M. Cuvier lui-même s’exprime ainsi : « C’est « aux fossiles seuls qu’est due la naissance de la « théorie de la terre : sans eux, l’on n’aurait peutcc être jamais songé qu’il y ait eu, dans la for- « mation du globe, des époques successives, et « une série d’opérations différentes. Eux seuls « donnent la certitude que le globe n’a pas tou- « jours eu la même enveloppe, par la certitude « où l’on est qu’ils ont dû vivre à la surface avant « d’être ensevelis dans la profondeur. »

La vie n’a pas toujours existé sur le globe.

Les rapports des couches du globe avec les

êtres organisés marquent le point où elle a commencé ; ils montrent de plus, que, depuis qu’elle existe, elle a souvent été troublée par des catastrophes terribles ; ils montrent enfin qu’à chacune de ces catastrophes, elle a pris de nouvelles formes, c’est-à-dire que les espèces alors subsistantes ont disparu, et qu’il en a paru de nouvelles.

La vie, considérée d’une vue générale, a donc eu ses phases de développement, ses progrès, ses interruptions, ses reprises.

Commençant notre revue des couches du globe par les formations les plus anciennes, les granits, les gneiss , les marbres et les schistes 'primitifs , ces antiques fondements de l’enveloppe actuelle du globe (1), nous remarquons que, dans cette première époque, la vie ne se montrait point encore.

Passant aux terrains de transition, nous voyons paraître des zoophytes, des mollusques , des crus-

(l) Expressions de M- Cuvier.

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tacés, peut-être même des os et des squelettes de poissons.

Traversant les couches de houille, ces restes des premières richesses végétales qui aient orné la face du globe fl), et arrivant au schiste cuivreux placé sur ses couches, nous découvrons , parmi d’innombrables poissons d’un genre aujourd’hui inconnu, les premières traces des reptiles ; remontant jusqu’au calcaire dit du Jura, nous voyons la classe des reptiles prendre tout son développement ; et ce n’est que dans le calcaire grossier qui repose sur les argiles placées au-dessus de la craie , que commencent à se trouver des os de mammifères : encore appartiennent-ils tous à des mammifères marins , à des dauphins inconnus, à des lamantins, à des morses.

Les couches qui ont succédé au calcaire grossier sont donc les premières où se montrent des mammifères terrestres. Là est toute cette population si remarquable de pachydermes découverts par M. Cuvier dans les gypses , mêlés de calcaire, des environs de Paris : les palæothériums , les

(l) Expiassions de M. Cuvier,

Sim LES OSSEMENTS FOSSILES. $">5

lophiodons, les anoqrfothèriums les anthracothériums, etc., etc.

Nous avons vu plus haut qu'avec q,q§ pachydermes vivaient des carnassiers , des rongeurs , des oiseaux, des crocodiles et des tortues, des poissons, etc.

Toute cette population, que M. Cuvier appelle d'âge moyen, a été détruite : de grands dépôts de formation marine en recouvrent partout les débris ; et à ces dépôts appartiennent quelques cétacés déjà plus semblables à ceux de nos jours, un dauphin, voisin de Yépaulard, une haleine, voisine des rorquals, etc.

La mer dans laquelle vivaient ces cétacés, s’étant retirée, laissa la place à une population nouvelle, à celle dont les dépouilles remplissent les couches sablonneuses et limoneuses de tous les pays connus, population composée d'éléphants ou mammouths , de rhinocéros , d' hippopotames , de mastodontes, d’innombrables chevaux, de plusieurs grands ruminants, de carnassiers de la taille du lion, du tigre, d q\' hyène, de Y ours, d’énormes édentés, le mégathérium, le mégalonyx , de

RtiCEERCUES

rongeurs, etc., etc., « population dont le carac- « tère, dit M. Cuvier, ressemble, môme dans l’ex- « trême nord et sur les bords de la mer Glaciale u d’aujourd’hui, à celui que la seule zone torride a nous offre maintenant ; et toutefois, ajoute-t-il, « aucune espèce n’y était absolument la même. »

Telle est la population qui nous a été conservée dans ces amas de terres, de sables, de limons, dans ce diluvium, comme l’appelle M. Buckland, débris immense de la dernière des catastrophes du globe, lequel recouvre partout nos grandes plaines, remplit nos cavernes, obstrue les fentes de nos rochers, etc.

Parmi tous ces animaux perdus de X avant-dernier âge de la vie sur le globe, M. Cuvier n’avait trouvé aucun débris de quadrumane. On y atrouvé, depuis, quelques os de singes , nommément la mâchoire d’un gibbon (1).

M. Cuvier n’y avait trouvé, non plus, aucun débris d’homme ; et l'on n’y en a point trouvé depuis.

(1) Celle mâchoire de gibbon a été trouvée, par M. Lartet, dans le dépôt , si riche en ossements fossiles, de Sansan, département du tiers.

A ne compter donc que les âges on successions d’animaux terrestres, trois âges, trois populations distinctes ont précédé, comme je le disais tout à l’heure, la population actuelle : la première est la population des reptiles gigantesques ; la seconde est celle des palæothèriums ; la- troisième, celle des mammouths , des mastodontes , des mègathèriums; et, ce qui n’est pas moins digne de remarque, entre chacun de ces âges, entre chacune de ces populations, la mer est venue recouvrir la terre, et y a laissé des traces manifestes de son séjour (d).

Ainsi, aux reptiles ont succédé les mammifères

marins , des dauphins, des lamantins, des morses;

aux palæothèriums , des mammifères marins en-

core, des dauphins, des baleines, des ziphius, etc. ;

(1) Et je ne parle ici que des grandes irruptions de la mer : les irruptions partielles ont été bien plus fréquentes. Voyez, dans la description du bassin de Paris, de MM. Cuvier et Brongniart, toute cette succession de terrains placés entre le diluvium et la craie, terrains alternativement remplis des produits de l’eau douce et des produits de l’eau salée, et qui, par là, marquent si exactement toutes les irruptions successives de la mer, auxquelles, depuis la déposition de la craie, cette partie du (/lobe a été sujette,

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et quant à ces couches de diluvium , riches des dépouilles des mammouths , des mègathèriums , des mastodontes , elles portent avec elles la preuve de l’inondation immense qui a détruit les êtres qu’elles recèlent.

Il y a donc eu, dans la nature animale, une succession de variations , et même une 'progression de formes. Car les premiers animaux qui paraissent sont des zoophytes , des mollusques , des crustacés , des poissons ; les reptiles ne viennent qu’ensuite ; les mammifères ne viennent qu’ après les reptiles; et ces mammifères ont déjà paru jusqu’à deux reprises différentes que 1 "homme ne se montre point encore : il ne se montre que dans la population actuelle.

Ajoutez que tous ces mammifères terrestres sont distincts de genre ou d 'espèce des animaux actuels, et qu’il y a encore ici une progression : presque tous les animaux de l’âge des palæothèriums, comparés à ceux d’aujourd’hui, diffèrent de genre ; au contraire, les animaux de l’âge des mammouths , comparés toujours à ceux d’anjour-

d’hui, ne diffèrent plus que d 'espèce; mais tous, ou presque tous, diffèrent d 'espèce (1).

(1) Parmi les espèces de l’époque du mammouth , il n’v a de doute que pour les chevaux , pour les bœufs, et pour quelques espèces de cerfs : pour tous les autres animaux, la différence spécifique est certaine ; et encore vous remarquerez qu’il ne s’agit ici que de la comparaison des squelettes. Or, nommément pour les chevaux, l’identité du squelette n’est pas une preuve absolue de l’identité de l’espèce. On n’a pu découvrir jusqu’ici, comme je l’ai déjà dit, aucune différence spécifique entre le squelette de l’àne et celui du cheval ; et cependant l 'âne et le cheval sont deux espèces distinctes et bien tranchées.

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