‹ Cuvier. Histoire de ses travauxChapitre 23 sur 47 · REC H HUCHES · texte numérisé non relu

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sieurs chêlonèes ou tortues de mer, et quelques tortues terrestres.

La famille des batraciens n’a qu’une espèce fossile, la salamandre gigantesque d" OEningen, ou le prétendu homme fossile , Yhomo diluvii testis de Scheuchzer.

L’ordre de reptiles qui offre les espèces fossiles les plus extraordinaires est celui des sauriens . D’abord, la plupart étaient gigantesques. Une première, le grand saurien de Monheim , le lacerta gigantea de Sœmmerring, le goésaurus de M. Cuvier, avait jusqu’à douze ou treize pieds de longueur; une seconde, le mosasaurus , le grand saurien des carrières de Maestricht, pris longtemps pour un crocodile, en avait plus de vingtquatre; et une troisième, vraiment gigantesque, le mégalosaurus, en avait plus de soixante-dix. Voilà donc un lézard qui surpassefft les plus grands crocodiles, et qui approchait même, par sa taille, d’une baleine. On sait qu’il a été découvert par M. Buckland, dans les bancs d’oolithe de Stonesfîeld près d’Oxford.

M. Cuvier fait connaître encore quelques débris de monitors fossiles de Thuringe, d’un grand

saurien de Honfleur, d’un saurien gigantesque des carrières de Caen, etc.

Le genre des ptérodactyles, ou lézards volants, n’est plus remarquable par sa taille, mais il l’est singulièrement par une structure des plus bizarres : une queue très courte, un cou très long, un bec d’oiseau, enfin un doigt très prolongé, et qui ne se prolongeait ainsi que pour porter une sorte d’aile. Il y a deux espèces de ptérodactyles : une de la grandeur d’une chauve-souris, l’autre un peu plus grande. Il est inutile d’ajouter que le genre est entièrement perdu.

Mais quelque chose de plus étrange encore en fait de structure, c’est ce que présentent les deux autres genres de sauriens également perdus, les ichthyosaurus et les plésiosaurus : les premiers, réunissant tout à la fois un museau de dauphin, des dents de crocodile, une tête et un sternum de lézard, des pattes de cétacé, mais au nombre de quatre, et des vertèbres de poisson; et les seconds joignant à ces mêmes pattes de cétacé une tête de lézard, et un cou d’une longueur si démesurée qu’on y compte plus de trente vertèbres.

L’ ichthyosaurus et le plésiosaur us ont été trou-

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vés, pour la première fois, en Angleterre; ils ont été retrouvés depuis en Allemagne et en France. La découverte du premier de ces deux genres est due à Éverard Home, et celle du second à M. Conybeare. On connaît déjà jusqu’à quatre espèces d'ic/ithyosaurus , et jusqu’à cinq de plêsiosaurus.

Ces reptiles si nombreux et si variés, ces crocodiles, ces tortues, cette énorme salamandre, ces sauriens bizarres ou gigantesques, tous ces reptiles, joints à des crustacés, à des mollusques, à des zoophytes, à des poissons, à des mammifères marins, formaient la première population animale qui ait couvert le globe ; la seconde est celle des palæotheriums ; la troisième est celle des mastodontes; la quatrième est la population actuelle.

Il y a donc eu, sans compter l’époque actuelle, trois populations animales distinctes : celle des reptiles, celle des palæothériums, celle des mastodontes; et, après chacune de ces populations, la mer est venue s’emparer du sol que cette population occupait, pour le céder ensuite à une population nouvelle; car constamment des couches

SL n LES OSSEMENTS FOSSILES. ^2 i 7

marines succèdent à des couches terrestres, constamment des animaux qui ont vécu dans les mers succèdent à des animaux qui ont vécu sur la terre sèche.

Tel est l’ensemble des espèces fossiles reconstruites pat M. Cuvier. On connaît déjà les lois précises sur lesquelles se fonde cette reconstruction. La plus élevée de ces lois est le principe de la corrélation des formes, principe au moyen duquel on peut, jusqu’à un certain point, comme je l’ai déjà dit (1), conclure de chaque partie toutes les autres ; car chaque partie se rapporte nécessairement à toutes les autres, et toutes à elle.

Ainsi, et pour citer encore un nouvel Exemple de cette grande loi des corrélations organiques , la forme des dents , et meme, dans certains cas , la forme d’une seule dent, donne celle du condyle de la mâchoire ; la forme de ce condyle donne celle de la cavité glénoïde qui le reçoit;

ce condyle, cette cavité, donnent l’arcade zygo-

(1) Voyez ci-devant V Eloge historique, p. 48, et le chap. sur la Zoologie, p. 1 10. Voyez surtout le chap. sur X Anatomie comparée, p. 151.

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matique, la fosse temporale, où. s’implantent les muscles qui meuvent cette mâchoire. La forme de toutes ces parties, c’est-à-dire le mode de manducation, donne l’estomac, les intestins, c’est-à-dire le mode de digestion ; celui-ci donne le mode de préhension ou la forme des pieds ; car, si l’animal est herbivore, il n’a besoin de ses pieds que pour supporter, soutenir son corps, il peut avoir des pieds à sabots; et s’il est carnivore, il a nécessairement besoin, au contraire, de pieds divisés, de doigts pour saisir sa proie, pour la déchirer.

En allant donc ainsi d’une partie à une autre, on saisit les rapports qui lient chacune d’elles, d’abord, à celle qui la suit, et puis, de proche en proche, à toutes les autres, jusqu’aux plus éloignées, sans que jamais, sans que nulle part, la chaîne des rapports se rompe ou se lâche. De chaque partie, et de la partie la plus insignifiante en apparence, on peut donc conclure toutes les autres, on peut conclure l’animal entier.

Par exemple ; cet ongle de pangolin trouvé dans l’ancien Palatinat, cet ongle énorme démontre, à lui seul, une espèce perdue; et de cet ongle

seul on pouvait conclure, comme le dit très bien M. Cuvier, toutes les révolutions du globe.

En effet, cet ongle donne nécessairement un doigt, et ce doigt un membre, et ce membre un tronc, et ce tronc un crâne, une tête, proportionnés entre eux, c’est-à-dire un pangolin gigantesque, c’est-à-dire une espèce perdue, c’està-dire des révolutions, des bouleversements éprouvés par le globe, et qui ont détruit cette espèce. Mais je me borne à rappeler ici ces grandes lois, sur lesquelles j’ai beaucoup plus insisté ailleurs (1), et qui étonnent moins encore, peutêtre, par leur généralité que par leur caractère d’évidence.

(1) Voyez Y Eloge historique , p. 48; le chapitre sur la Zoologie , p. 116; le chapitre sur Y anatomie comparée, p. 151.

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