DISTRIBUÉ D’APRÈS SON ORGANISATION
Pour servir de base à l’Histoire naturelle des Animaux, et d’introduction à l’Anatomie comparée (1).
U histoire naturelle a proprement deux objets : l’un, de faire connaître les êtres de la nature pris
(i) La première édition est de 1817. La seconde est de 1829. *
Note. — Dans cette Histoire des travaux de M. Cuvier, il était impossible que je n’eusse pas à redire, plus d’une fois, ce que j’avais déjà dit dans Y Eloge. J’ai tâché, du moins, de ne laisser de répétitions que celles qui étaient absolument nécessaires pour le développement des grandes idées que j'expose.
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en eux-mêmes; l’autre, de faire connaître les /'apports de ces êtres entre eux.
Le premier point serait donc d’avoir le catalogue complet des êtres de la nature; le second point serait d’en avoir une classification exacte.
Or, cette vaste et double entreprise du catalogue et de la classification des êtres, Linnæus est le premier des hommes qui l’ait tentée ; et c’est là ce qu’il a rendu si célèbre sous le nom de Système de la nature. Le Système de la nature de Linnæus n’a sans doute été qu’une, ébauche ; mais une nation qui reprendrait aujourd’hui l’ébauche de Linnæus, et qui la reprendrait avec les moyens de tout genre, matériels et scientifiques, qui se sont accumulés depuis ce grand homme, cette nation élèverait à l 'histoire naturelle un monument capable de caractériser et d’immortaliser à lui seul une nation et un siècle.
En attendant que ce grand monument s’élève, voici un ouvrage qui, pour la zoologie , laissera peu à faire, sinon comme catalogue complet des
CLASSIFICATION DU RÈGNE ANIMAL. 85 animaux, du moins comme classification exacte, et comme détermination 'précise du plus grand nombre de leurs espèces.
A vouloir pénétrer un peu dans le détail du grand ouvrage que j’analyse, ce serait la matière de vingt chapitres, et non d’un seul. Je me bornerai donc à quatre points principaux, savoir : la distribution générale du règne animal, laquelle montrera mieux que tous les détails l’étendue de la nouvelle réforme; Information des genres , faits avec un tel art que leurs sous-genres ne comprennent que des organisations parfaitement conformes; X exposition des caractères, qui, par cet art môme qui a présidé à la formation des genres, ont pu être exprimés avec une brièveté dont on n’avait point encore d’exemple; enfin la critique, la détermination , la distinction précise des espèces, lesquelles font toujours, comme chacun sait, l’objet définitif de l’histoire naturelle d’un règne quelconque.
Linnæus divisait le règne animal en six classes : les quadrupèdes , les oiseaux , les reptiles , les poissons , les insectes et les vers. Ajoutez que tou-
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tes ces classes, regardées comme étant de même ordre, c’est-à-dire comme étant séparées les unes des autres par un même intervalle, se réunissaient en deux grandes divisions, celle des animaux à sang rouge et celle des animaux à sang blanc, ou, comme les a dénommées plus tard le célèbre naturaliste M. de Lamarck, celle des animaux vertèbres et celle des animaux sans vertèbres : deux grandes divisions regardées encore comme étant de même ordre, ou comme équivalant l’une à l’autre.
Ainsi, une première coupe partageait le. règne animal en deux grandes moitiés supposées pareilles : les animaux à sang rouge ou à vertèbres, et les animaux à sang blanc ou sans vertèbres ; et une seconde coupe partageait ces deux moitiés en six classes, supposées pareilles encore : les quadrupèdes, les oiseaux , les reptiles , les poissons , les insectes et les vers.
D’ailleurs, aucune limite précise ne circonscrivait ces classes; les cétacés se trouvaient parmi les poissons ; les poissons cartilagineux parmi les reptiles ; les crustacés , les vers articulés, tous animaux qui ont une vraie circulation,
se trouvaient parmi les insectes qui n’en ont point ; et les vers intestinaux , les polypes, les infusoires , les mollusques , jusqu’à des poissons même, se trouvaient réunis et confondus dans la classe des vers, la dernière et la plus informe de toutes.
Cette classe des vers était, en effet, ce qui avait été le moins étudié. On n’avait que quelques observations éparses de Swammerdamm, de Redi, de Monro sur la seiche , de Pallas sur les aphrodites et les néréides , etc. Aussi, dans la classe de Linnæus, Y actinie, qui est un zoophyte , se trouvait à côté de Y ascidie, qui est un mollusque ; la méduse se trouvait éloignée de l 'astérie, qui pourtant est une méduse , etc.
Dans cette classe des vers, Linnæus avait donc mis la confusion partout, et Bruguières la laissa partout où Linnæus l’avait mise. On songeait encore si peu à consulter l’intérieur de l’organisation de ces animaux, que ce dernier auteur, par exemple , prenant pour mollusques tout ce qui n’a pas de coquilles, en sépare , sous le nom de testacès, tout ce qui a des coquilles, comme si le petit caractère extérieur d’avoir des coquilles ern-
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pêchait les testacés d’être de vrais molh/sqves par toute leur nature ou organisation interne.
Ce fut en 1795 que M. Cuvier fit remarquer l’extrême différence des êtres confondus dans cette classe, et qu’il les sépara nettement les uns des autres, d’après un examen détaillé et d’après des caractères puisés dans leur organisation même.
Cet examen détaillé produisit une nouvelle distribution générale des animaux à sang blanc en six classes : les mollusques , les crustacés , lesrcrs, les insectes , les èchynodermes et les zoophytes.
])e cette nouvelle distribution des animaux à sang blanc date la révolution de la zoologie.
Plus tard, M. Cuvier rapprocha les crustacés des insectes, à cause de la symétrie commune de leurs parties, et de la structure articulée, pareillement commune, de leurs membres et de leur corps ; il sépara les annélides ou versa sang rouge des vers intestinaux ; car il fit voir que les premiers ont une vraie circulation, un système nerveux distinct, un corps articulé, tandis que les autres
n’ont ni circulation, ni système nerveux distinct, ni corps proprement articulé. Il montra que les mollusques, qui ont une organisation si riche , un cerveau, des yeux, et des yeux souvent très compliqués, quelquefois des oreilles , toujours des glandes sécrétoires nombreuses, une circulation double, etc., devaient d’abord être élevés fort audessus des polypes et des autres zoophytm, dont la plupart n’ont pas même des organes distincts, et à côté desquels on les avait pourtant si longtemps laissés, et ensuite que l’ensemble de ces mollusques formait un groupe qui , par l’importance de ses caractères généraux et par le nombre des espèces qui le composent, répondait non à telle ou telle classe ou fraction des vertébrés, mais à tous les vertébrés joints ensemble ; et reprenant alors chacune des grandes masses du règne animal, il vit que presque aucune des divisions générales, jusque-là admises, ne pouvait plus subsister, du moins avec les attributions et les limites qu’elle avait jusque-là reçues.
Par exemple, on opposait les animaux vertébrés aux animaux sans vertèbres , comme si ces
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deux divisions eussent été de meme ordre; on appelait également du nom de classe, et l’ensemble des mollusques et une fraction quelconque des vertébrés , comme si , en effet, l’ensemble des mollusques n’eût équivalu qu’à une fraction ou subdivision des vertébrés, etc.
Assurément, depuis que l’organisation si variée des animaux sans vertèbres était enfin connue, personne, ne pouvait plus prétendre qu’il n’y eût, entre tous ces divers animaux, infiniment plus de différences qu’il n’y en a d’un vertébré, quel qu’il soit, à l’autre. Or, si de ces deux divisions, l’une comprenait des structures infiniment plus variées que l’autre, l’une n’équivalait donc pas à l’autre, elles n’étaient donc pas de même ordre , elles ne devaient donc pas être appelées de même nom.
De même , depuis que l’organisation des mollusques était connue , on ne pouvait plus prétendre qu’il n’y eût , entre tous ces animaux, beaucoup plus de différences qu’entre les animaux d’une seule classe de vertébrés; et par conséquent encore, puisqu’il n’y avait pas 'parité entre les f'tres compris dans ces deux divisions , il n'y avait
donc pas parité de division, il 11e devait pas y avoir parité de nom.
Mais ce n’était pas tout. A comparer toujours
les structures, et à se régler par elles, il n’était
pas moins évident que les crustacés réunis aux
insectes , et ces deux groupes à celui des vers à
sang rouge ou articulés , formaient, par leur im-
portance, par le nombre de leurs espèces, par leurs structures si essentiellement diverses , une troisième division pareille ou à celle des vertébrés ou à celle des mollusques , et que tous les autres animaux, réunis dès lots sous le nom dezoophytes , en formaient une quatrième , pareille à chacune des trois précédentes.
Considéré de ce nouveau point de vue, le règne animal offre donc quatre grandes divisions ou embranchements : celui des vertébrés , celui des mollusques , celui des articulés , et celui des zoophytes.
Chacun de ces embranchements est formé sur un plan particulier, distinct , c’est-à-dire qui ne se laisse point ramener à celui des autres ; et ils sont tous pareils les uns aux autres, ou de même
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ordre, c’est-à-dire que les êtres qu'ils renferment offrent, dans leur structure, des ressemblances ou des différences pareilles ou équivalentes.
Ainsi les vertèbres ont leur plan; les mollusques
ont leur plan; les articulés , les zoophytes ont
le leur; et tous ces plans sont également circonscrits, c’est-à-dire qu’aucune nuance, qu’aucun intermédiaire, qu’aucun lien , ne peut faire passer de l’un à l’autre sans rupture, sans hiatus, sans saut.
Une sorte de circonvallation les sépare. On peut aller, par des modifications plus ou moins graduées, de l'homme, considéré dans son organisation aux autres mammifères , des mammifères aux oiseaux, des oiseaux aux reptiles, des reptiles aux poissons; mais, faspoissons aux??Wlusques, des mollusques aux articulés , des articulés aux zoophytes , il n’y a plus de nuance, de gradation, de passage. Tout à coup \eplan change,
et une nouvelle forme se montre; mais, prise en elle-même, cette nouvelle forme, ce nouveau type est également constant, dominant, uniforme: tous les mollusques répètent aussi exactement, leur
type, le type mollusque, que les vertébrés, les articulés, les zoophytes, répètent le leur, le type vertébré, articulé ou zoophyte.
Dans la chaîne immense des êtres du reçue animal, il y a donc quatre grandes formes, quatre grands types ; et il n’y en a que quatre.
Ce grand fait, le plus élevé de tous ,''ëst également beau, soit qu’on le considère du côté par lequel il montre qu’à quelques modifications secondaires près, tous les animaux rentrent exactement dans l’une ou l’autre de ces grandes formes; soit qu’on le considère par le côté qui montre qu’entre chacune de ces grandes formes il n’y a nulle nuance, nul degré, nulle forme intermédiaire.
Les vertébrés seuls ont une moelle épinière, long cône médullaire aux côtés duquel viennent se rendre les nerfs, et qui s’épaissit, à son bout antérieur, pour former l’encéphale ; seuls ils ont un double système nerveux, celui de la moelle épinière et celui du grand sympathique; seuls ils ont un canal composé de vertèbres osseuses ou car-
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tilaginèuses. Mais tous ont cette moelle épinière , ce grand sympathique, ces vertèbres ; ils ont tous des sens au nombre de cinq, des mâchoires au nombre de deux et horizontales, le sang rouge, un cœur musculaire , un système de vaisseaux chylifères et absorbants, un foie, une rate, un pancréas, des reins , etc. En un mot, plus on examine toute leur organisation, plus on leur trouve de ressemblances.
Mais plus aussi on leur trouve de différences avec tous les autres embranchements . Les mollusques, par exemple, ont bien encore un cerveau, quoique infiniment réduit ; mais ils n’ont plus de moelle épinière, et par suite plus de vertèbres ; ils n ont plus de grand sympathique ; et leur système nerveux unique, au lieu d’être placé au-dessus du canal digestif, comme dans les vertèbres , est toujours placé, au contraire, sauf le seul ganglion qui représente le cerveau , au - dessous de ce canal, et relégué parmi les viscères; enfin, ils n’ont, ni vrai squelette, ni vaisseaux absorbants, ni rate, ni pancréas, ni veine porte, ni reins; l’organe de l’odorat manque à tous ; celui de la vue à plusieurs; une seule famille possède celui de l’ouïe,
etc. ; mais ils ont tous un système complet et double de circulation, des organes respiratoires circonscrits, un foie, etc. En un mot, si, par le manque de moelle épinière, de vertèbres, de squelette, de grand sympathique, etc., ils diffèrent essentiellement des vertèbres , ils semblent, par la richesse de leurs organes vitaux, par leur double circulation, leur respiration, leur foie, été., venir immédiatement après eux, et mériter de former ainsi le second des quatre embranchements du règne animal.
Le troisième , ou celui des articulés , ne diffère pas moins de celui des mollusques que ceux-ci ne diffèrent des vertébrés. Les animaux de cet embranchement ont un petit cerveau comme les mollusques, et ce petit cerveau est aussi placé sur l’oesophage ; mais, ce qui manque aux mollusques , ils ont une sorte de moelle épinière, composée de deux cordons qui régnent le long du ventre et s’y unissent d’espace en espace par des nœuds ou ganglions, d’où partent les nerfs; et toutefois cette moelle épinière, qui les éloigne des mollusques , ne les rapproche pas des vertébrés , car, à l’inverse de celle des vertébrés , toujours placée au-
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dessus du canal digestif, elle est toujours placée au-dessous. Par une inversion opposée, le cœur, qui est au-dessous de ce canal dans les vertébrés, est au-dessus dans les articulés ; et ce que je viens de dire de leur moelle épinière peut se dire de leur squelette, quand ils en ont: c’est que ce squelette, tout en les éloignant des mollusques, n’est pas un trait qui les rapproche des vertébrés; car, à l’inverse de celui des vertébrés , qui est intérieur et recouvert par les muscles , il est extérieur et recouvre les muscles. En un mot encore, les traits qui séparent les articulés des mollusques sont essentiels, profonds, sont de ces traits qui décident de la nature des êtres ; et les traits qui semblent les rapprocher des vertébrés , ne les en rapprochent qu’en apparence.
Le quatrième embranchement n’offre pas des caractères moins circonscrits, moins déterminés que les trois autres. Le premier de ces caractères est que toutes les parties y sont disposées autour d’un centre comme les rayons d’un cercle ; le second est la dégradation, la simplification successive de leur structure. Du premier caractère vient le nom ^animaux rayonnés, ou d’animaux dont.
CLASSIFICATION DU R U G NE ANIMAL. 97 toutes les parties sont en rayons , en étoile ; et du second, vient celui de zoophytes , ou d’ animaux plantes , d’ animaux qui , par la simplicité de leur organisation, se rapprochent le plus des plantes.
Ainsi, le règne animal a quatre grandes formes, quatre grands types : le type vertébré , le type articulé , le type de masse ou mollusque , le type rayonné ou d’étoile ; et l’on reconnaît bientôt, pour peu qu’on y réfléchisse, que chacune de ces formes générales du corps dépend de la forme même du système dominant de l’économie, c’est-à-dire du système nerveux.
Les animaux vertébrés ont un tronc de chaque côté duquel se rangent symétriquement toutes leurs parties; c’est que ‘leur système nerveux forme un cône médullaire central de chaque côté duquel partent, en ordre symétrique, les nerfs de toutes ces parties. Les mollusques ont un corps en masse; c’est que leur système nerveux n’a qu’une disposition confuse ; le corps des articulés reprend plus de symétrie, mais c’est que leur système nerveux en a déjà repris; ce corps est articulé à l’extérieur, c’est que le système
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nerveux Test à l’intérieur; enfin et jusque dans les animaux rayonnés , les derniers vestiges du système nerveux qu’on distingue encore dans quelques-uns, ont cette même forme étoilée qu’affecte leur corps entier.
La forme du système nerveux détermine donc la forme de tout l’animal, et la raison en est simple : c’est qu’au fond le système nerveux est tout ranimai en effet, et que tous les autres systèmes ne sont là que pour le servir et l’entretenir. Il n’est donc pas étonnant que, la forme de ce système restant la meme pour chaque embranchement., la forme générale de chaque embranchement reste la même, et que, cette forme changeant d’un embranchement à l’autre, la forme de chaque embranchement change.
L 'unité, la multiplicité de forme du système nerveux, voilà ce qui décide de 1 unité , de la multiplicité des formes du règne animal. En d’autres termes, ce dont chaque type, pris en luimême, tire, si je puis ainsi dire, son titre d unité , d' uniformité , c’est le système nerveux ; et c’est encore du système nerveux que les divers types,
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comparés entre eux, tirent leur titre de distinction et de différence.
Le sytème nerveux ne varie donc, du moins dans sa forme generale (car il ne saurait être question ici de ses variations secondaires), que d’un type à l’autre. Tous les autres systèmes, placés au-dessous de lui, varient dans chaque type; mais leur variation est toujours graduée d’après leur importance, et c’est encore ici l’une des plus belles lois de l’économie animale.
On peut déterminer d’avance quelle sera la variation d’un organe donné, d’après sa seule importance connue ; et l’échelle graduée de ces Variait °
tions, pour les divers organes, est ce qu’on nomme Insubordination des caractères , laquelle n’est donc que l’expression de la subordination même des organes.
Or, nous venons de voir que les modifications du système nerveux donnent les premiers groupes, les premières divisions , ou les embranchements; les modifications des organes de la circulation et de la respiration , lesquels viennent immédiatement après le système nerveux par
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leur importance, donneront donc les premières subdivisions ou les classes.
Les animaux vertèbres offrent, ou une respiration complète, mais simple, et une circulation double, ce qui est le cas des mammifères ; ou une respiration et une circulation doubles, ce qui est le cas des oiseaux ; ou une respiration simple, mais complète, puisqu'elle est toujours aérienne, combinée avec une circulation simple, ce qui est le cas des reptiles ; ou une circulation double, combinée avec une respiration incomplète, c’està-dire aquatique, ce qui est le cas des poissons. Les animaux vertèbres se partageront donc, d’après leurs organes de la circulation et de la respiration combinés, en quatre classes : les mammifères, les oiseaux , les reptiles et les poissons.
De même pour les mollusques : les uns ont trois cœurs, les autres deux, les autres un ; de ces cœurs, il y en a qui n’ont qu’un seul ventricule et une seule oreillette ; d’autres, un seul ventricule et deux oreillettes ; d’autres, un seul ventricule sans oreillette, etc. ; enfin, certains mollusques respirent par une cavité pulmonaire ; d'autres,
par des branchies, etc. ; et Ton conçoit que la combinaison de toutes ces variations des organes circulatoires et respiratoires nous donnera les classes des mollusques, comme elle nous a donné les classes des vertébrés. Ces classes des mollusques, ainsi déterminées, sont au nombres de six : les céphalopodes , les gastéropodes , les acéphales , les ptkropod.es, les brachiopodes , et les cirrhopodes .
La combinaison des organes qui nous dirigent nous donnera de même, et même d’une manière bien plus tranchée encore, la subdivision du troisième embranchement en quatre classes : les annélides, dont le sang est rouge, comme celui des vertébrés; les crustacés, dont le sang est blanc, comme celui de tous les autres animaux sans vertèbres, qui, de plus, ont un cœur placé dans le dos, etc.; les arachnides, qui n’ont plus, pour cœur, qu’un simple vaisseau dorsal qui envoie des branches artérielles, et en reçoit de veineuses; et les insectes, qui n’ont plus de vaisseaux du tout, ni artères, ni veines, qui n’ont qu’un vestige de cœur, et dont la respiration ne se fait plus par des organes circonscrits, mais par des trachées ou vaisseaux élastiques répandus dans tout le corps.
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Dans cet embranchement des articulés s’observe donc le passage des animaux qui ont une circulation a ceux qui n en ont point, et le passage correspondant de ceux qui respirentpar des branchies circonscrites à ceux où les trachées distribuent l’air à toutes les parties.
C est dans le quatrième embranchement , ou celui des zoophytes , des rayonnés, que s’observe la disparition, la fusion graduée et successive de tous les organes dans la masse générale. Ainsi, quelques-uns de ces animaux ont encore des vaisseaux clos, des organes de respiration distincts, etc. ; d’autres, qui n’ont plus ni de pareils vaisseaux pour la circulation, ni de pareils organes pour la respiration, ont encore des intestins visibles; ce n’est que dans les derniers que tout semble se réduire à une pulpe homogène ; et c’est sur ces divers degrés de complication de leur structure que se fonde leur subdivision en cinq classes : les èchyno dermes , les vers intestinaux , les acaléphes, les polypes et les infusoires.
Le système nerveux avait donné les embranchements ; les organes de la circulation et de la respi-
ration combinés donnent les classes ; et ces classes, comparées entre elles, ne sont pas moins circonscrites, pas moins closes, que les embranchements, comparés entre eux.
11 n’y a pas plus, toute proportion gardée, de passage d’une classe à l’autre que d’un embranchement à l’autre. Entre un mammifère et un oiseau, entre un oiseau et un reptile ommn poisson, il y a un intervalle, un hiatus aussi marqué, quoique moins profond, qu’entre un vertèbre et un mollusque, un mollusque et un articule, un articulé et un zoophyte. Il y a des mammifères qui volent (la chauve-souris), il y en a qui nagent (les cétacés) ; mais ces exemples -là même montrent qu’entre un mammifère et un oiseau, entre un mammifère et un poisson, c’est tout autre chose que la petite circonstance de nager ou de voler qui fait la différence : une modification des pattes , un modification de la queue, ont suffi pour faire voler la chauve-souris , pour faire nager le cètacè ; mais, entre un mammifère et un oiseau, entre un mammifère et un poisson , ce n’est plus de simples modifications pareilles qu’il s’agit, c’est tout l’essentiel de l’être qui a changé.
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On aurait beau se rejeter sur la composition, et vouloir y trouver cette unité générale que n’a pas le plan : V unité de composition change plutôt que V unité de plan .
Ainsi, parmi les mammifères , plusieurs ont une clavicule, et d’autres n’en ont pas ; quelques-uns ont au-devant du bassin un os particulier, appelé os marsupial , et il n’y a rien de pareil dans la plupart ; le plus grand nombre a quatre membres, et les cétacés n’en ont que deux, etc. : ainsi, parmi les reptiles, quelques-uns, comme les couleuvres, ont plusieurs centaines de vertèbres, et d’autres n’ont que neuf vertèbres, comme la grenouille ; il y en a qui ont quatre membres , comme les lézards, et d’autres qui n’en ont point, comme les serpents, etc. Rien ne varie donc plus que Vunitè de composition, c’est-à-dire que le nombre des matériaux.
Au contraire , X unité de plan subsiste beaucoup plus. Par exemple, il y a des mammifères qui ont une clavicule complète et d’autres qui n’en ont point, mais, entre les uns et -les autres, on peut placer des mammifères qui ont un ves-
tige de clavicule . Les cétacés manquent d’extrémités postérieures, mais ils conservent un vestige de ces extrémités dans deux petits os suspendus dans les chairs ; X orvet , qui est un lézard sans membres apparents, conserve un vestige de ces membres caclié sous la peau, etc. ; et tous ces vestiges sont autant de preuves qui témoignent du plan primitif, de l’unité de ce plan, de la tendance profonde qu’il a à se reproduire.
Mais ce ne sont pas des passages : tout au contraire ; car, après les mammifères , qui n’ont pas de clavicules, viennent les oiseaux , qui en ont deux de chaque côté, ou quatre ; après les cétacés , qui n’ont pas de membres postérieurs, viennent les oiseaux chez qui ces membres ne manquent jamais, etc. Enfin, si jamais quelque chose a pu faire croire à un passage d’une classe à une autre, c’est assurément ce qui se voit dans certains reptiles, les batraciens , qui, pendant une partie de leur vie, respirent par des branchies, et qui, pendant l’autre partie, respirent par des poumons. On pouvait croire, en effet, que ces branchies par lesquelles ranimai respire dans le jeune âge, sont
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le même organe que ces poumons par lesquels il respire dans l’âge adulte ; et qu’ainsi on avait là un organe qui, par une simple modification, serait passe de l’état d 'organe de poisson à l’état d’ organe de reptile; mais il n’en est rien. Les batraciens ont, en même temps, pendant tout leur jeune âge, des branchies et des poumons; et d’autres reptiles, tels que les sirènes et les protées, conservent, pendant toute leur vie, ce double appareil intérieur et extérieur de respiration; et rien ne montre plus clairement que l’un de ces appareils n’est pas l’autre, que l’un ne se transforme pas en l'autre, qu’il n’y a pas passage de l’un à l’autre.
On a vu comment le système nerveux donne les embranchements , comment les organes de la circulation et de la respiration donnent les 67a,s.se\ç; on conçoit que des organes, de plus en plus subordonnés, donneront successivement les ordres , les familles, les tribus, les genres, les sous-genres, en un mot, tout l’échafaudage de la méthode.
Ainsi, pour les mammifères, par exemple (car
il serait trop long de suivre le déroulement de la méthode dans toutes les classes), les organes combinés du toucher et de la manducation partagent cette classe en neuf ordres : Y homme, qui a les trois sortes de dents (molaires , canines et incisives), et qui a 1 q pouce opposable aux deux extrémités antérieures seulement; les quadrumanes, qui ont les trois sortes de dents aussi, et, de plus, le pouce opposable aux quatre extrémités; les carnassiers, qui ont encore les trois sortes de dents, mais qui n’ont plus de pouce opposable, par conséquent plus de mains, qui n’ont que des pieds, mais des pieds dont les doigts sont encore mobiles; les rongeurs , dont les^ doigts différent peu de ceux des carnassiers , mais qui n’ont plus que deux sortes de dents, les molaires et les incisives; les édentés, dont les doigts sont déjà moins mobiles , plus enfoncés dans de grands ongles , qui n’ont jamais que des molaires et des canines, quelquefois que des molaires, et quelquefois point de dents du tout; les marsupiaux , ou animaux à bourse, petite chaîne collatérale aux trois ordres précédents, ou dont les uns répondent aux carnassiers, les autres aux rongeurs , et les autres
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aux édentés; les ruminants, qui forment un ordre si distinct par leurs pieds fourchus, leur mâchoire supérieure sans vraies incisives, leurs quatre estomacs ; les 'pachydermes , qui comprennent tous les autres quadrupèdes â sabots; et les cétacés, qui n’ont point du tout d’extrémités postérieures.
Les modiücations principales des organes combinés du toucher et de la manducation ayant donné les ordres, des modifications secondaires de ces mêmes organes donneront les familles; et des modifications, de plus en plus subordonnées, donneront tous les autres groupes, les tribus, les genres, les sous-genres, jusqu’à ce qu’on arrive enfin aux espèces pour lesquelles tout l’échafaudage est fait.
Ainsi, et pour nous borner encore à un seul ordre des mammifères , celui des carnassiers, par exemple , omvient de voir que l’un des caractères de cet 01 dre est d avoir des doigts mobiles. Or, supposez ces doigts devenus très longs et réunis par des membranes de manière à former un organe de vol, comme dans la chauve-souris , et
vous aurez la famille des chéiroptères ; supposez que, ces doigts restant libres, l’animal appuie en marchant sur toute la plante du pied, et vous aurez la tribu des plantigrades ; supposez qu’il ne marche que sur le bout des doigts, et vous aurez celle des digitigrades , etc. ; et pareillement pour les organes de la manducation : on a vu que cet ordre a les trois sortes de dents, et c’est là ce qui
constitue son caractère comme ordre ; mais supposez maintenant que les dents molaires ( lesquelles décident toujours par leur forme du régime de l’animal ( soient faibles et hérissées de pointes coniques, et vous aurez la famille des insectivores; supposez ces mêmes molaires devenues plus fortes et hérissées, au lieu de simples pointes coniques, de parties plus ou moins tranchantes, et vous aurez la famille des carnivores ; et, dans cette famille des carnivores , selon que les molaires seront ou entièrement tranchantes , ou plus ou moins mêlées de parties à tubercules mousses, vous aurez ou le genre des ours, dont presque toutes les dents sont tuberculeuses ; ou celui des chiens , qui n’ont plus que deux tuberculeuses ; ou celui des chats, etc. , qui n’ont plus de tubercu -
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leuses du tout, qui n'ont plus que des dents tranchantes, qui sont exclusivement carnivores par conséquent, tandis que les chiens peuvent mêler encore quelques végétaux à leur régime, et que les ours peuvent se nourrir entièrement de végétaux ; car ( et c’est ici l’un de ces rapports necessaires entre les organes, rapports sur lesquels je reviendrai bientôt) on peut presque calculer la proportion du régime de ces animaux, c’est-à-dire les proportions mêmes de leur canal alimentaire, d’après l’étendue de la surface tuberculeuse de leurs dents, comparée à la partie tranchante.
Ce que je viens de dire des familles , des tribus , des genres que j’ai pris pour exemples, vous sentez que je pourrais le dire de toutes les autres/amilles, de toutes les autres tribus, de tous les autres genres; et vous voyez dès lors comment la seule place d’un être dans l’un de ces groupes vous apprend, aussi exactement que la description la plus détaillée, tout ce qui se rapporte à l’organisation de cet être, ou au degré d’organisation qui correspond au groupe où il est placé.
Qu’on me dise d’un être, par exemple, qu’il est placé dans le genre chat , et j’en conclurai aussitôt non seulement qu’il a toutes ses molaires tranchantes, comme chat, mais encore qu’il aies trois sortes de dents, les doigts mobiles, etc., comme carnassier ; mais qu'il a une circulation double et une respiration complète, comme mammifère; mais qu’il a une moelle épinière, un canal composé de vertèbres, cinq sens, etc., comme vertébré. Je connaîtrai donc tout l’ensemble de son organisation par sa seule place; et ce qui me restera à en dire se réduira nécessairement à quelques mots, à l’indication de ses caractères propres ou spécifiques.
Or, comme le nombre des êtres connus est immense, et que, tout immense qu’il est, il ne peut manquer de s’accroître beaucoup encore , on sent tout l’avantage de pouvoir substituer ainsi quelques mots à une description complète; de n’avoir à dire de chaque espèce que ce qui lui est propre ; de pouvoir suppléer, par sa seule place, à tout ce qu’elle a de commun avec tout le reste du règne ; mais on sent aussi que , pour que la méthode offre cet avantage, il faut, et que tous
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ses groupes soient rigoureusement subordonnés entre eux, et que chacun d’eux ne comprenne que des êtres de même structure.
Des groupes bien faits permettent seuls des propositions générales. Sans propositions générales, il n’y a pas de méthode ; sans méthode, il n’y a pas de brièveté, mérite suprême de toute science où le nombre des faits est immense , comme dans toute branche de l’histoire des êtres de la nature.
Un genre , une famille , un ordre , mal faits, s’opposent à toute proposition générale relative à ce genre , à cette famille, à cet ordre. Ainsi, en plaçant la sirène et Y anguille dans le même genre, Gmelin avait rendu impossible de dire rien de général sur ce genre; en plaçant la seiche et le polype d’eau douce dans le même ordre, il avait rendu impossible de dire rien de général sur cet ordre; et en plaçant les mollusques , les vers, les zoophytes dans la même classe, Linnæus avait rendu toute proposition générale, relative à cette classe , impossible, etc.
Des groupes bien faits permettent donc de dire, en une seule fois, pour toutes les espèces qu’ils contiennent, ce qu’il aurait fallu, sans cela, répéter autant de fois qu’il y aurait eu d’espèces demeurées éparses et détachées. Mais, au milieu de tous ces groupes , et sous le point de vue qui m’occupe ici, les genres ont une importance qui leur est propre. C’est qu’étant le pr emief rapprochement des espèces, tout le reste de l’échafaudage est, pour ainsi dire, fondé sur eux; et qu’il suffirait d’un genre mal fait pour rompre F unité d’une famille , d’un ordre, d’une classe entière.
D’ailleurs, étant plus près des espèces, plus ils n’en rapprocheront que de conformes entre elles, moins il restera à dire pour chacune d’elles; et c’est ici que se voient bien et tout l’inconvénient de ces grands genres, où, naguère encore, on entassait tant d’espèces si disparates , et tout l’avantage de couper ces genres par des sous-genres : artifice heureux qui prévient la confusion , en rapprochant d’une manière plus étroite les espèces qui ont entre elles des ressemblances plus particulières ou plus intimes.
Z00LUU1E.
Aussi, grâce à cet art de ne former ses genres que d’espèces à organisations parfaitement conformes ; grâce à cet autre art de couper les genres trop vastes par des sous-genres qui, plus rapprochés encore des espèces, en marquent mieux aussi tous les degrés de ressemblance ; grâce à cet art, enfin, de procéder par des généralités graduées, de régler le développement de chaque proposition sur son importance, de ne jamais répéter pour une espèce ce que l'on peut dire pour tout un sous-genre , ni pour un genre ce que l’on peut dire pour tout un ordre, etc., F auteur est-il parvenu à resserrer dans un court espace une matière qui, sans tous ces moyens d’abréviation, aurait pu remplir bien des volumes.
Mais tout ce travail des genres, des sous-genres, etc., que l’on vient de voir, suppose un autre travail non moins considérable, je veux dire l’établissement positif des espèces : dernier point sur lequel le règne animal n’offrait pas moins de confusion que sur tous les autres.
Il ne suffisait donc pas d’avoir refait ou créé presque toutes les divisions de <-e règne; il fai-
luit encore revoir toutes les espèces, les revoir une à une, et revoir jusqu’à leurs synonymes; car tantôt plusieurs se trouvaient confondues sous le même nom, tantôt, au contraire, une seule comptait pour plusieurs sous différents noms ; et cette critique de tant de noms, imposés à tort ou à raison à un si grand nombre d’espèces, n’est assurément ni la partie de l’ouvrage qui a-*dû offrir le moins de difficultés à l’auteur, ni celle qui aura sauvé le moins d’embarras à ses successeurs. Il suffit, en effet, de jeter les yeux sur les écrits d’histoire naturelle qui ont paru depuis la première édition du Règne animal , pour voir combien ce travail de synonymes, dont je parle ici, et cet art d’établir des divisions dans les grands genres, dont je parlais tout à l’heure, ont déjà porté d’heureux fruits.
J’ai dit, à propos des embranchements, et j’ai répété, à propos des classes, que chacun de ces groupes est nettement circonscrit et clos: ou peut en dire autant de tous les autres groupes de tous les degrés.
Linnæus a dit que la nature ne fait -pas de
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sauts, et Bonnet que 1’ échelle des êtres ne forme qu’une seule ligne continue. Le contre-pied de ces deux propositions serait beaucoup plus exact.
La vérité est que les différents groupes sont séparés entre eux par des intervalles plus ou moins marqués, plus ou moins profonds; et il y a même , dans l’organisation des animaux, une raison évidente de tous ces intervalles.
L’organisation d’un animal n’est, en effet, qu’une certaine combinaison d’organes; mais toutes les combinaisons d’organes ne sont pas possibles. Par exemple, un estomac de carnivore suppose nécessairement des dents tranchantes pour dépecer une proie, des doigts mobiles pour la saisir, etc.; par la même raison, les animaux à sabot sont tous de nécessité herbivores, parce que leurs doigts mobiles ne leur permettraient pas de saisir une proie vivante, parce que leurs molaires à couronne plate ne leur permettraient pas de la dépecer, etc.
Tl y a donc une harmonie nécessaire qui règle la combinaison des organes ; il y a de ces organes qui s’excluent; il y en a qui se nécessitent; encore une fois, toutes leurs combinaisons ne sont
donc pas possibles ; et de cela seul que toutes les combinaisons d’organes ne sont pas possibles, il suit nécessairement qu’il doit y avoir de certaines lacunes , de certains vides , de certains hiatus, entre les combinaisons possibles et les combinaisons impossibles, ou entre les différents groupes, entre les différents êtres; et que ces hiatus sont déterminés par les lois ou conditions d' existence de ces êtres mêmes.
La première édition du Règne animal (laquelle succédait elle-même au Tableau élémentaire de T histoire naturelle des animaux (1) , ouvrage où se trouvent déjà presque tous les premiers germes des idées développées plus tard dans les deux éditions du Régné animal) n’avait que quatre volumes ; la seconde en a cinq. Le premier contient les mammifères et les oiseaux; le second contient les reptiles et les poissons ; le troisième, les mollusques, les annélides, les zoophytes; et les deux autres, les crustacés , les arachnides et les insectes .
(I) Publié en Pan 6.
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Ces deux-ci sont de M. Latreille, « l’homme de « l’Europe cpii , selon les paroles mêmes de « M. Cuvier, avait le plus profondément étudié « ces animaux.»
On pense bien qu’un ouvrage de la nature de celui-ci, devenu, dès son apparition, le guide de tous les zoologistes , a dû bientôt être traduit dans toutes les langues. Il l’a été, en effet, en anglais, par M. Griffith, en italien, par M. l’abbé Ranzani, et en allemand, par M. Schinz.
HISTOIRE NATURELLE DES POISSONS(n.
Cet ouvrage peut être considéré sous deux rapports très distincts : sous le rapport du grand nombre d’espèces nouvelles dont il a enrichi la zoologie, et sous le rapport de l’application que l’auteur y a faite à une classe déterminée du règne animal des lois empiriques de la méthode.
Je ne dirai que quelques mots sur l’ouvrage considéré sous le premier point de vue, lequel se prêterait peu , d’ailleurs, aux études philosophiques qui m’occupent ici.
Aristote avait connu et nommé cent dix-sept espèces de poissons; Pline n’en connut que qua-
(1) Le premier volume est de 1828. L’ouvrage doit avoir vingt volumes. Huit avaient déjà paru avant la mort de M. Cuvier; plusieurs autres ont paru depuis par les soins de M. Valenciennes, collaborateur de M. Cuvier pour l’ouvrage entier.
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i'il)
tre-vingt-quinze ou quatre-vingt-seize ; Oppien en nomme cent vingt-cinq; Athénée, cent trente; Elien, cent dix; Ausone nomme, pour la première
lois, la truite saumonée , la, truite commune , le barbeau et quelques autres poissons d’eau douce. En tout , les anciens avaient distingué et nommé cent cinquante espèces de poissons : une quarantaine d’espèces, à peu près, avaient donc seules échappé aux recherches d’Aristote ; et , quant à la structure de ces animaux, on n’ajouta rien à ce qu’il en avait dit.
Au milieu du seizième siècle paraissent Rondelet, Belon , Salvien , ces trois auteurs orininaux qui ont fondé Yichthyologie .
Or, Belon décrit et nomme environ cent trente poissons; Salvien en nomme quatre-vingt-dixneuf ; et Rondelet jusqu’à deux cent quarantequatre, dont cent quatre-vingt-dix-sept de mer et quarante-sept d’eau douce.
Enfin, si, négligeant quelques auteurs secondaires, nous venons à Ray et à Willughbi , nous trouvons que le nombre des poissons connus est déjà de plus de quatre cents: il est à peu près le même dans Artedi et dans Linnæus; il est d’en-
viron quatorze cents dans Bloch et dans Lacépède; il est de près de cinq mille dans l’ouvrage de M. Cuvier.
Et ce grand enrichissement ne frappe pas moins, si l’on s’attache à une famille en particulier, que si l’on embrasse la classe entière. Ainsi, par exemple, Artedi n’avait connu que? sept espèces de 'perches : la perche commune , le sandre., la gremille , le schrætz , Yapron , le serran et le bars; il en connut ensuite deux autres, Vholocentre et le grammiste; et M. Cuvier en décrit près de quatre cents espèces. C’est, dans une seule famille , beaucoup plus de poissons que n’en connut l’antiquité entière ; c’est autant qu’en connurent Artedi et Linnæus; c’est près du tiers de ce qu’en ont connu Bloch et Lacépède, les deux ichthyologistes les plus récents.
Mais je me hâte d’arriver à la partie philosophique de l’ouvrage de M. Cuvier, je veux dire à la distribution des espèces , ou plutôt à l’esprit qui a dirigé l’auteur dans cette distribution .
Aristote avait déjà reconnu que les vrais ca-
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ractôres des poissons consistent dans les branchiez et dans les nageoires .
Les animaux vertébrés, à branchies et à nageoires, forment donc la classe des poissons.
Des vertèbres, ou, plus exactement, un squelette intérieur , car les vertèbres ne composent pas à elles seules ce squelette, des branchies et des 72ageoires , voilà les traits communs. Les traits différentiels sont : un squelette osseux ou cartilagineux ; des branchies libres ou fixes ; des nageoires molles ou épineuses; des nageoires ventrales, tourà— tour placées devant , derrière, ou sous les pectorales; des dents, tour à tour placées à X intermaxillaire, aux maxillaires , au v orner , aux palatins, à la langue, aux arceaux des branchies, etc.; la forme de ces dents , en plaque , en velours, en pointes, etc. ; des opercules ou couvercles des branchies, lisses, écailleux , dentelés , ou aigus et armés d'épines , ou obtus et sans armures , etc. , etc. ; et c’est sur la combinaison variée de ces traits différentiels , ou caractères, que portent toutes ces méthodes diverses qu’on a successivememt imaginées pour le classement des poissons»
On conçoit que qui n’emploierait qu’un ou
deux de ces caractères n’aurait qu’une méthode artificielle , c’est-à-dire incomplète, comme Linnæus; que qui les emploierait tous indistinctement n’aurait qu’une méthode confuse, comme tant, d’ichthyologistes; et que la méthode naturelle, c’est-à-dire exacte et complète, consiste à les employer tous, et à n’en employer aucun que selon l’ordre relatif de son importance.
Deux points dominent toute idée de méthode naturelle : l’un, de n’employer que des caractères vrais; l’autre, de n’accorder à chacun de ces caractères que le degré précis de son importance.
Mais, pour n employer que des caractères vrais, c’est-à-dire pour ne pas attribuer à telle ou telle espèce tel ou tel caractère qui lui manque, et réciproquement, pour ne pas la supposer dépourvue de tel ou tel autre qu’elle possède, on sent qu’il faut connaître toutes les espèces.
D’un autre côté, pour n’attribuer à chaque caractère que le degré de son importance , on sent que cette connaissance complète des espèces, déjà si vaste et si dillicile par elle-même, ne suf-
1 24 ZOOLOUIK.
lirait pourtant pas , et qu’il faut encore avoir comparé ces caractères sous tous leurs rapports, qu’il faut avoir varié, multiplié, épuisé toutes leurs combinaisons.
Or, sur ces deux points, qui, au fond, sont
toute l’ichthyologie, c’est-à-dire, et pour la détermination des especes, et pour V évaluation des caractères d’après lesquels on rapproche ou distribue ces espèces, tout, jusqu’à M. Cuvier, était presque également à faire.
O11 ne connaissait pas les espèces des poissons: les preuves en sont dans toutes les pages du livre que j’analyse. On ne se faisait aucune idée juste des caractères qui décident de leur rapprochement ou distribution : la preuve en est dans ces transpositions perpétuelles que l’on voit subir aux mêmes espèces dans les différents cadres des auteurs.
Tout n’est pas également important dans une méthode. 11 importe peu sans doute que, dans une distribution icbthyologique , les poissons cartilagineux précèdent ou suivent les pois-
sons osseux; que les poissons à nageoires épineuses viennent avant ou après les poissons à nageoires molles , etc. Ce qui importe, c’est (lue, dans une famille , dans un genre de poissons donnés, on n’intercale aucune espèce qui 11e participe à l’organisation commune du genre ou de la famille , c’est qu’on n’exclue aucune des espèces que cette organisation commune rassemble.
Bernard de Jussieu a le premier vu pour les végétaux, et M. Cuvier a le premier montré pour les animaux, que toute méthode générale qui ne respecte pas les familles et les genres naturels, c’est-à-dire le rapprochement des espèces fondé sur l’ensemble de leurs organes, n’est qu’un jeu d’imagination.
Ainsi donc, la première condition est de déterminer les especes; la seconde est de les rapprocher d’après l’ensemble de leur structure ; la troisième est de subordonner toute méthode ou distribution générale à ces déterminations et à ces rapprochements.
Mais c’est ici la guerre perpétuelle d’Oro-
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rnase et d’Arimane, de l’esprit du bien et de l’esprit du mal dans les sciences, de l’esprit d’observation et de l’esprit de système. L’esprit de système part d’un caractère, pris à priori, et soumet violemment la distribution des espèces à ce caractère. Linnæus ne voit, en botanique, (lue les étamines, et il rapproche le chêne et la pimprenelle ; Bloch 11e voit, en ichthyologie, que
le nombre des nageoires, et il met la raie près du brochet.
L’esprit d’observation suit une marche précisément inverse. 11 détermine d’abord les espèces ; les espèces connues, il les rapproche en genres, en familles ; ces rapprochements opérés, il lie les groupes qui en résultent par une distribution générale; et cette distribution générale, il la soumet partout à la condition de ne rompre ou de n’altérer aucun de ces groupes. En un mot, l’esprit de système classe sans connaître ; l’esprit d’observation, au contraire, cherche d’abord à connaître , et il ne fait ensuite de toute classification générale que l’expression abrégée de ce qu’il connaît.
On voit par là que le mérite essentiel de toute
bonne méthode générale, réduite à n’être qu’une méthode empirique , comme cela a lieu ici, n’est qu’un mérite négatif (1) ; car il consiste surtout à 11e pas rompre le rapprochement naturel des espèces. Au lieu donc de chercher, à l’exemple de tant d’ichthyologistes, à ajuster, si je puis ainsi dire, les espèces à la classification, M. Cuvier a, pour la première fois, renversé le problème ; il a cherché une classification qui s’ajustât enfin aux espèces.
Une première coupe lui donne d’abord les deux grandes classes des poissons cartilagineux et des poissons osseux. Une seconde sépare des poissons osseux ordinaires tous les poissons à structure
anomale, les syngnathes, les tétrodons, les dio-
(i) Le mérite de la distribution générale, dans une méthode rationnelle, est tout aussi positif, au contraire, que celui du rapprochement des espèces ; et Y Analyse du règne animal l’a suffisamment montré. C’est que la distribution générale se fonde alors sur la subordination des organes , et que la subordination des organes donne, directement et par ellemême, la dépendance des groupes de la Méthode. Voyez l’article qui suit, où je cherche à poser les caractères précis qui distinguent les méthodes empiriques des méthodes rationnelles.
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dons, etc. Restent les poissons osseux ordinaires qu’une troisième coupe partage en poissons à nageoires molles ou malacoptèrygiens , et en poissons à nageoires épineuses ou acanthoptèrygiens.
Des divisions d’un degré moins élevé distinguent ensuite les poissons cartilagineux : en sturoniens, dont les branchies sont libres, et en plagiostomes et cyclos tomes , dont les branchies sont fixes ; les poissons anomaux : en lophobranches, dont les branchies sont en forme de houppe , et en plectognathes , dont F intermaxillaire est soudé avec le maxillaire et l’arcade palatine avec le crâne , les malacoptèrygiens : en subbrachiens , abdominaux et apodes, selon que le bassin est attaché aux os de l’épaule, ou qu’il est simplement suspendu dans les chairs du ventre, ou que les nageoires ventrales manquent; et, quant aux acanthoptèrygiens , comme tous ces poissons ne composent qu’un ordre naturel, ou, en d’autres termes, comme tous les genres, comme toutes les familles de ce grand ordre se lient les uns aux autres par des rapports plus ou moins marqués, M. Cuvier n’y établit d’autres divisions que celles
que forment ces genres et ces familles mêmes.
Ainsi, les poissons cartilagineux ou chondroptérygiens, divisés en deux ordres : les sturoniens, d’une part, les plagiostomes et les cyclostomes , de l’autre ; les poissons anomaux , divisés aussi en deux ordres : les lophobranches et les plectognathes ; les malacoptérygiens en trois : les subbrachiens , les abdominaux , les apodes; et les acanthopiérygiens ne formant qu’un seul grand ordre : voilà les huit ordres, ou groupes principaux, dans lesquels M. Cuvier distribue ensuite par familles, par genres, par sous-genres, c’est-à-dire par groupes de plus en plus circonscrits, toutes les espèces de poissons connues.
Il y a loin sans doute de cette classification, si rigoureusement exacte dans toutes ses parties, à ces erreurs singulières d’Artedi, qui mêlait les cétacés aux poissons ; de Linnæus, qui mêlait les poissons cartilagineux aux reptiles; de Lacépède, qui fondait, sur l’absence des opercules, un ordre entier de poissons qui tous avaient ces opercules, etc. Mais, sans parler ici de cette foule de résultats si neufs, et de détail et d’ensemble, sur
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lesquels cette classification repose, il est impossible de n’être pas frappé de tous ces progrès : qui séparent les baudroies, les lumps, etc., des poissons cartilagineux, auxquels ils ne ressemblent que par la mollesse de leur squelette ; qui abolissent l’ordre informe des branchiosteges d’Artedi ; qui assignent un caractère fixe et positif, pour les lophobr anches , dans leurs branchies en houppes, pour les plectognathes dans l’immobilité de leur mâchoire supérieure; qui, dans l'embranchement des malacop t èryg iens , substituent à la position des ventrales , position à laquelle s’était arrêté Linnæus, et qui ne tient qu’à la longueur des os du bassin, la position même de ces os du bassin, ou attachés aux os de l’épaule, ou simplement suspendus dans les chairs du ventre ; et qui, pour les acant hop ter y g iens , montrent que tous ces poissons forment un grand ordre, dans la subdivision duquel tous les autres caractères doivent être subordonnés à celui qui est tiré des épines de leurs nageoires.
Ainsi, l’ordre des poissons cartilagineux réduit aux seuls poissons à squelette vraiment cartila -
HISTOIRE DES POISSONS. loi
gineux, ou, plus exactement, kpèrioste grenu ; les baudroies, les lumps, les centrisques, les mormyres, les macrorhynques, rendus à la masse des poissons ordinaires ; l’ordre incohérent des branchiostèges d’Artedi détruit, et tous les poissons anomaux réunis en deux ordres rigoureusement déterminés, les lophobranches et les plectognathes ; la position des os du bassin substituée à celle des nageoires ventrales, pour les malacoptêrygiens ; et, pour les acantJioptèrygiens , ce grand fait démontré, que tous ces poissons, quelque nombreux qu’ils soient, ne forment qu’un seul ordre ce famille naturelle, « dont aucune espèce ne doit être mêlée avec des poissons d’autres familles : » voilà quels sont les progrès principaux que la classification de M. Cuvier marque dans la science.
Les vues qui ont présidé à la formation des genres et des familles sont peut-être, de tout l’ouvrage, la partie qui appelle le plus l’attention des naturalistes.
L’histoire de chaque famille commence par un examen général des espèces qui la consti-
152 zoologie.
tuent, et des genres , ou familles plus circonscrites, en lesquels ces espèces s’y répartissent. Puis vient T histoire des genres , en commençant par le plus connu, par celui qu’on peut regarder comme le type de la famille; et puis l’histoire des especes , en commençant toujours par l’espèce la plus connue, par celle qu’on peut regarder comme le type du genre .
Ainsi, par exemple, dans les per coides, l’histoire de la famille commence par les perches proprement dites, qui sont le type de la famille; et dans les perches proprement dites, l’histoire du genre commence par 1 a 'perche ordinaire , qui est le lyqjc du genre. Et, dès ces premiers pas, se montre la vue générale qui domine l’ouvrage entier.
Cette vue consiste à chercher des espèces à formes tranchées : ces espèces sont comme des types ; à grouper autour de ces types toutes les espèces que l’ensemble de leur organisation en rapproche : ces groupes sont les genres-, à lier ensuite les groupes les uns aux autres, comme on
alié les espèces entre elles : et ces groupes, ainsi rapprochés, ce sont les familles .
La perche ordinaire, donne le genre des perches , et le genre des perches donne la famille des percoïdes ; le maigre , ou sciène proprement dite, donne le genre des sciènes , et le genre des sciènes donne la famille des sciènoïcles , etc., etc.
Et c’est toujours cette vue des analogies graduées qui, dans chaque famille , assigne la place des genres, des sous-genres, de toutes les espèces. On voit ainsi les perches , qui reproduisent la perche commune , venir après elle; les bars , les varioles , qui reproduisent les perches , venir après les perches; à ces modifications immédiates, on voit succéder des modifications de plus en plus marquées , les serrants , les diacopes , etc. ; puis les trichodons , auxquels il faut joindre les sillago ; puis les myripristis , les holocentres ; puis les uranoscopes , les vives ; puis, mais déjà à un certain intervalle, les sphirènes ; et enfin, mais à un intervalle plus grand encore, les polynèmes ;
et, avec celles-ci, on voit finir la famille des per-
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coules, ou, en d’autres termes, les espèces qui reproduisent, tout en le modifiant plus ou moins, et toujours de plus en plus, le type des premières et véritables perches.
La distribution des especes , considérée de ce point de vue, est le renversement le plus complet des méthodes artificielles .
Dans ces méthodes , on descend du général au particulier : de la classe h X ordre, de X ordre à la famille , de la famille au genre , du genre à X espèce. Ici, au contraire, on remonte du particulier au général : de X espèce au genre , du genre à Xa famille, de la famille à X ordre, de X ordre à la classe.
L’ espèce donne le genre, car le genre n’est que la réunion de toutes les espèces les plus semblables à une espèce prise pour type; le genre donne la famille, car la famille n’est que la réunion de tous les genres les plus semblables à un genre pris pour type; et ainsi de suite pour tous les autres groupes : la famille donne X ordre, X ordre donne la classe.
Tous les groupes se fondent donc les uns sur les autres, et tous sur Y espèce. Le rapprochement direct des espèces est donc le premier fait, le fait auquel tout se subordonne dans la méthode.
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