ZOOLOGIE. MÉTHODE
îl y a donc deux espèces de méthodes , ou, à parler plus exactement, il y a, pour la méthode, deux états distincts : l’état rationnel et l’état em~ pirique. Et comme la méthode est toujours tenue d’être naturelle, quand elle n’a plus, pour le devenir, la voie rationnelle , elle le devient par la voie empirique; quand elle n’a plus, pour se diriger, X importance connue des organes, elle se dirige par leur constance.
ANATOMIE COMPARÉE
LEÇONS D’ANATOMIE COMPARÉE (1)
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L’objet de Y anatomie comparée est la détermination des lois de l’organisation animale.
Or, ces lois ne sont qu’une déduction des faits.
Mais, pour que des faits puissent donner les lois qu’ils contiennent , il faut qu’ils soient comparés selon leurs véritables analogies.
La première question, dans toute science, est donc toujours une question de méthode.
Aristote , guidé par un génie supérieur, avait
(1) L’ouvrage a cinq volumes. Les deux premiers sont do 1800; les trois autres de 1805. Pour les deux premiers, le collaborateur de M. Cuvier a été M. Duméril ; et pour les trois autres, M. Duvernov, lequel publie, en ce moment même, une seconde édition de l’ouvrage entier.
ANATOMIE COMPAREE
indiqué déjà la véritable marche à suivre en anatomie pour la comparaison des faits , car il les range selon les organes et non selon les espèces.
Mais, ce qui manque à Aristote lui-même, ce sont les faits ; je veux dire des faits suffisamment détaillés, développés, précis.
Ces faits exacts, ces faits sûrs manquent bien plus encore aux premiers qui écrivirent sur l’histoire naturelle , après la renaissance des lettres : gens pour la plupart sans critique, sans méthode, qui empruntaient de toutes mains, qui compilaient partout, qui adoptaient tout.
Le premier point était donc de revenir aux faits particuliers , dont les lois générales ne sont jamais, de quelque manière qu’on les entende, qu’une déduction.
Or, ce besoin d’une nouvelle étude, d’une étude plus rigoureuse, plus circonstanciée , plus complète des faits particuliers, ne paraît guère avoir été bien compris que vers le milieu du xvue siècle; et, ce qu’il y a de remarquable, c’est qu’il paraît l’avoir été, à ce moment même, pour toutes les sciences naturelles à la fois.
On voit en effet , vers cette époque, un nouvel
esprit animer toutes ces sciences ; le besoin de rechercher, de rassembler, de multiplier les faits particuliers , dominer partout; de ce besoin naître celui des Académies, car, pour ce vaste rassemblement de matériaux , des efforts isolés ne suffisaient plus ; et ces Académies, se partageant toutes les sciences, les recommencer, et les renouveler toutes, comme le voulait Bacon.
Pour X anatomie comparée en particulier, c’est dans les Ephémèrides des Curieux de la nature ; c’est dans les Transactions philosophiques de la Société royale de Londres, etc.; c’est surtout dans les Mémoires de l’Académie des sciences de Paris, qu’il faut en rechercher les premières bases.
Je dis : surtout dans les Mémoires de V Académie des sciences de Paris. C’est, en effet, des Mémoires de Claude Perrault (1) sur X anatomie des animaux , que date la véritable renaissance de X anatomie comparée .
(I ) Ces Mémoires sont de Perrault pour l’esprit général et la rédaction, et de ÜuYerncy pour le plus grand nombre des faits anatomiques.
ANATOMlP ('OMI'AHI'F, .
Ce qui caractérise essentiellement les Mémoires de Perrault, c’est que l’auteur n’y parle jamais que de ce qu’il a vu, et soigneusement vu. Son attention à n’avancer que des choses avérées (1 ) est telle que, à l’appui de son témoignage, il cite toujours le témoignage de l’Académie, de cette Académie qui, dès son origine, porta si loin l’esprit d’exactitude dans les recherches, et à qui, comme il le dit lui-même, « l’assurance de « s’être trompée dans quelque observation n’ap- « portait guère moins de satisfaction qu’une décc couverte curieuse et importante : tant, ajoutées t-il, l’amour de la certitude y prévaut sur toute c< autre chose ! »
La forme que Perrault a donnée à ses Mémoires ne mérite pas moins d’être remarquée. La manière la plus constante d’Aristote est de procéder par propositions générales , ne citant guère de faits particuliers que pour servir de preuve à ces propositions. La manière de Perrault est tout opposée. Il ne parle jamais que singulièrement , qu’ individuellement . S’il
(l) Expressions de Perrault.
indique une proposition générale, il l’indique sans en répondre; il ne répond que des faits, ces faits sont les seules forces sur lesquelles il
compte.
On avait donc enfin des faits 'particuliers exacts, sûrs, complets. Grâce à Daubenton, on eut des faits comparables .
Les descriptions de Daubenton sont toutes faites sur un même plan : uniformité de plan qui permet de les comparer toutes les unes aux autres, et par tous les points, parce que chaque point est présenté de la même manière dans chacune , et que chaque point de chacune se retrouve dans toutes.
Mais ce n’était pas tout: un troisième pas restait à faire encore. Il restait à rapprocher toutes ces descriptions , à former de leur ensemble un corps de science; et, pour cela, il fallait trouver d’abord le véritable ordre selon lequel le rapprochement devait être fait.
Il ne devait pas l’être selon les especes, à la manière de Daubenton, mais selon les organes , à la
ANATOMIE COMPARÉE
manière d’Aristote ; et Vicq-d’Azyr est le premier des modernes qui l’ait senti (1).
L'organe est évidemment l’objet à comparer en anatomie, comme, en zoologie, c’est X espèce. Chaque organe a sa fonction propre, son rôle distinct, ses lois spéciales et déterminées; c’est donc X organe qu’il faut démêler et suivre, c’est l 'organe qu’il faut comparer d’une espèce à l’autre, dans le règne animal entier.
Le véritable ordre de comparaison, en anatomie, est donc la comparaison des organes.
Or, les Leçons d'anatomie comparée, de M. Cuvier, sont le premier ouvrage où ce véritable ordre ait réellement paru. C’est là que chaque organe, pris à part, se montre, pour la première fois , rigoureusement comparé à lui-même dans toutes les modifications qu’il éprouve en passant d’une espèce à l’autre; c'est là que se voient,
pour la première fois, rangés sur une même
fl) V oyez son Tableau d'un Cours d' Anatomie et de Physiologie. OEuvres de Cicq-d' Azyr, tome 4, pag. 43. Paris, 1805.
ligne, tous ces cerveaux qui , pour me servir des expressions animées de Vicq-d’Azyr, semblent décroître comme l'industrie, tous ces cœurs dont la structure devient d’autant plus simple qu’il y a moins d’organes à vivifier et à mouvoir ; et c’est de cet ouvrage, c’est-à-dire des faits ainsi disposés, pour la première fois, selon leur véritable ordre, qu’on a pu remonter enfin, avec certitude, jusqu’aux lois générales qui régissent Inorganisation entière.
Deux grandes lois dominent et comprennent toutes les autres : la première est celle des corrélations organiques ; la seconde est celle de la subordination des organes.