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CHAPITRE Ill

DIAGNOSTIC OPHTALMOLOGIQUE

La « cyanose de la rétine » présente à l’ophtalmoscope un tableau rétinien bien spécial.

La première fois qu’on l’observe, il surprend par l'impression qu’il donne du jamais vu, et peut prêter à des erreurs d'interprétation.

L'ensemble de ses constituants est cependant caraciéristique et ne saurait tromper un observateur averti.

Trois ordres de symptômes contribuent surtout à affirmer le diagnostic ophtalmoscopique, en dehors de tout apport de l'examen général :

1° [LA COLORATION GÉNÉRALE DU FOND D'ŒIL, d’un gris bleu verdâtre, de teinte livide, à reflets chan-

geants, et teinte cramoisie de la papille ;

2° LA RICHESSE VASCULAIRE DU FOND D'ŒIL, surtout au niveau de la rétine centrale. Toutes les branches collatérales et terminales dilatées et comme injectées sont devenues parfaitement visibles et 1l semble exister une infinité de vaisseaux, tant artères que veines, tous sinueux et serpentins, entortillés, qui, suivant l'expression de KNAPP lui-même donnent au

fond d'œil un aspect de « tête de méduse ». La région maculaire est entourée, comme d'une véritable

auréole, par ce lacis vasculaire :

3° L'ASPECT DES VAISSEAUX RÉTINIENS, DES VEINES SURTOUT. Celles-ci, dilatées à l'extrême, très brillantes, sont d'un bleu violet très sombre, alors que les troncs artériels sont de leur côté caractérisés par le double trait rouge sombre qui borde leur reflet central jaune verdâtre terne.

Chacun de ces trois ordres de symptômes, dont l'ensemble est caractéristique de « la cyanase de la rétine », peut se rencontrer dans d’autres affections de la rétine qu'il faut connaître pour les éliminer.

— LITTEN a signalé que dans l'intoxication chronique par l'aniline la coloration générale du fond d'œil pouvait prendre une teinte violette en même temps que les artères et les veines rétiniennes paraissaient remplies d'encre. FUCHS signale une coloration

semblable du fond d'œil dans l'intoxication par le Dinitro-Benzol.

— La constatation d'un lacis vasculaire rétinien anormalement riche et tortueux peut être faite dans certains cas, rares, de forfuosité congénitale des vaisseaux de la rétine (P. BONNET, Société d'Ophtalmologie de Lyon, in Bulletin de la Soc. d'Ophtalm. de Paris, 1939, p. 148) ou de Anévrysme cirsoïde généralisé de la rétine, dont on trouve une belle iconographie dans l’article de MM. BONNET, DECHAUME et BLANC (/ournal de Médecine de Lyon, mars 1937).

— Enfin l'extrême dilatation des grosses veines, ainsi que leur tortuosité et leur coloration violet sombre peut encore s’observer dans la rétinite leucémique, et a paru caractéristique à MM. BONNET et BONAMOUR de l'association hypertension et diabète (Réunion annuelle de la Société d’'Ophtalmologie de l'Est de la France, mai 1938). Mais, en pratique, il ne saurait y avoir là de cause d’erreur possible, car dans l’un et l’autre cas les signes associés de rétinite leucémique ou diabétique sont évidents.

Ainsi donc le diagnostic purement ophtalmoscopique de l’image rétinienne observée dans les cas typiques, les plus habituels, de « cyanose de la rétine », est un diagnostic facile qui ne saurait tromper. L’erreur est plus facile, et d’ailleurs souvent faite, quand l'aspect ophtalmoscopique se complique d’autres modifications qui viennent rendre ‘plus délicate et souvent fausser l'interprétation.

Dans la forme de « cyanose de la rétine » avec ædème papillaire, le premier diagnostic fait habituellement est celui de : ædème papillaire de stase. Tout dans l’examen du fond d'œil pousse en effet à ce diagnostic :

— l’œdème papillaire lui-même, bien que celui-ci soit peu saillant et déborde largement les bords papillaires ;

— l'hyperémie de la papille ;

— Ja dilatation et la tortuosité des veines ;

— Ja bilatéralité de l’affection.

C'est le premier diagnostic qui avait été porté dans

le cas de notre observation VII.

dits.

Et cependant la coloration générale du fond tétinien et la richesse vasculaire de la périphérie rétinienne elle-même doivent éveiller l’attention.

Dans la forme de « cyanose de la rétine » avec hémorragies rétiniennes le fond d’œil ressemble souvent à certaines images que Îl’on observe dans l'hypertension artérielle.

Là aussi l’aspect gélatineux et « succulent » de la rétine, la dilatation des veines et la coloration relativement plus claire des artères qui sont pleines, poussent à ce diagnostic. Quand, comme dans notre cas (Obs. VIIT, il existe de grosses hémorragies en flammèche autour de la papille, le tableau est tout à fait celui d’une thrombose partielle de la veine centrale de la rétine, et c’était d’ailleurs le premier diagnostic qui avait été porté.

Dans ces cas, l'examen de l’autre œil, où l’image rétinienne non compliquée d’hémorragies a pu rester plus pure, aidera puissamment au diagnostic.

Cependant le problème peut être souvent compliqué du fait que chez les malades atteints de cyanose de la rétine, surtout chez les vieux emphysémateux polyglobuliques, il y a souvent hypertension artérielle générale associée.

En terminant ce chapitre de diagnostic ophtalmoscopique, nous devons dire que l’aspect rétinien observé ne nous paraît pas devoir être utilisé pour fixer l'étiologie de la cyanose de la rétine elle-même. Certains auteurs (ROCHON-DUVIGNAUD) ont voulu voir dans certaines différences de coloration du fond rétinien ou des vaisseaux des éléments permettant de

dd —

dire si l’on avait à faire à une malformation cardiaque congénitale ou à une polyglobulie essentielle ou secondaire. Les documents que nous avons pu recueilir ne nous paraissent pas suffisants pour avoir une certitude sur ce point, mais d’après nos observations

l'aspect du fond d'œil nous a paru identique suivant les différentes étiologies.

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