II. II.') \. I I
Damé, <>ui. j'ai Lrès-bian de toul ça par le moyen d'un hérita
ORANGER
Qu'on donne promptement un siège à Monsieur. Manon, saluez votre mari. Cette succession est-elle grand
G ARE AU
EHc est do vingt mille fra
GRANGER Vite, Paquier, qu'on mette le couvert!
GARE AU (il se met dans une chaise).
Là, là, vous moquez-vous? Rafubez vostre bonnet ; entre nous autres, il ne faut point tant de fresme (i) ni de simonies (2).
GRANGER
Avez-vous ici les contrats acquisitoires de ces héritageslà?
GAREAU
Nanain, vrament, et si l'on ne me les veut pas donner, mais je me doute bian de ce qu'oui y a. Testigué, je m'amuse bian à des papiers, moi! Hé,ardé, tous ces brinborions de contrats, ce n'est que de l'écriture qui n'est pas vraie, car ol n'est pas moulée. Hobian, acoutez-là, c'est une petite suisson (3), qui est vrament bian grande, da, de Nicolas Girard ; eh là, le père de ce petit Louis Girard, qui était si sémillant, ne vous-sçauriais-vous re corder ?C'-est li qui s'allit neger (4) à la grand mare. 0 bian, son père est mort,etsi je l'avons conduit entarre,si il a plu à Guieu, sans repruche, comme dit l'autre. Ce pauvre g-uiebe était
(1) Frimes.
(2) Cérémonies.
(3) Succession.
(4) Noyer.
aller dénicher des pies sur l'orme de la commère Massée : dame, comme oui était au copiai! (i) le vêla, bredi, breda, qui commence à griller (2) tout à vaux (3) les branches, et cheit eune grande escousse, pouf, à la renvarse. Guieu la cresquianté! je crois que le cœur li écarbouillit dans le ventre, car oui ne sonit jamais mot, ne grouillit, sinon qu'oui grimonit (4) en trépassant : « Guiebe set de la pie et des piaux! » 0 donc li, il était mon compère, et sa femme ma commère. Or, ma commère, pis que commère y a, auparavant que d'avoir épousé mon compère, avait épousé en premières noces le cousin de la bru de Piarre Olivier, qui touchait de bian près à Jean Henault, de par le gendre du biaufrère de son onque. Or, celi-ci, retenez bian, avait eu des enfants de Jacqueline Brunet, qui mourirent sans enfants; mais il se trouve que le neveu de Denis Gauchet avait tout baillé à sa femme par contrat de mariage, à relie fin de frustriser les heriquiers de Thomas Plançon, qui devaient y rentrer, pis que sa mère-grand n'avait rian laissé aux milieux de Denis Vanel l'aîné : or il se trouve queje sommes parent en queuque magnière de la veuve de Denis Vanel le jeune, et, par conséquent, ne devons-je pas avoir la sussion de Nicolas Girard (5)?
GRANGER
Mon ami, je fais ouvrira ma conception plus d'yeux que n'en eut jamais le gardien de la vache Io (6), et je ne vois goutte en votre affaire.
(1) Cime.
(*) Glisser.
(3 Le long.
(4) Murmura.
(5) « On nous a assuré, disent les auteurs de Vffisto're du Théâtre Français (t. VIII, p. 9), qu'un habile avocat s'était, à ses heures de loisir, donné la peine d'examiner le droit de ce paysan et avait reconnu qu'effectivement il avait raison et que la succession devait lui appartenir. » (Lacroix.)
(6) C'est-à-dire, Argus.
Ll RÉD m i JOl Y. " i
GARJ () Mfonsieu, je m'en vas vous L'éclaircir aussi finemenl claire que la voix des enfants de chœur «le nostre village. Acoutez donc : il faut que \«>ns sachiais que la veuv< Denis Vanel le jeune, donl je sommes parents en «pn-mpi*magnière, était fille du second lit de Georges Marquiauje biau frère <!•' la sœur «lu neveu «le Piarre Brunet, dont
j'avons laul l'ait ment ÎOD ; or, il est biau à clair que SI Le
cousin <lc la bru de Piarre Olivier, qui touchait de biau près à .Iran Henault, <!<> par le gendre du biaufrère fie son onque, était père «les enfants de Jacqueline Brunet trépa sans enfants, et qu'après tout <-c tintamare-là on n'avait
rien laissé aux mineux de Denis Vanel le jeune, j'y devons rentrer, n'csl-ce pas?
GRANGER Paquïer, repliez la nappe, Monsieur n'a pas le loisir de s'arrêter(i). Ma loi, beau sire, depuis le jour que Cupidon ségrégea (2) la lumière du Chaos, il ne s'est point vu sous le soleil un démêlé semblable. Dédale et son labyrinthe en ont bien dans le dos. Je vous remercie cependant de l'honneur qu'il vous plaisait nous faire : vous pouvez promener votre charrue ailleurs que sur le champ virginal du ventre de ma fille.
MANON Les valets de la fête vous remercissont.
FLEURY Vous avez bon courage, mais les jambes vous faillent.
GAREAU Ma foi voire; aussi bian, n'en velai-je pus. J'aime bian mieux eune bonne grosse ménagère, qui vous travaille de
(1) Revirement bien souvent imité, et encore tout récemment, dans une scène qui a paru « originale ».
(2) Sépara.
ses dix doigts, que non pas de ces madames de Paris qui se fesont courtiser des courtisans. Vous verrais ces galouriaux, tant que le jour est long-, leur dire : Mon cœur, mamour, parci, parla. Je le veux bian. Le veux-tu bian? Et pis c'est à se sabouler, à se patiner, à plaquer les mains au commencement sur les joues, pis sur le cou, pis sur les tripes, pis sur le brinchet (i), pis encore pus bas, et ainsi le visse glisse (2). Stanpandant, moi qui ne veux pas qu'on me fasse des ^trogédies, si j'avouais trouvé queque ribaut licher le morviau à ma femme, comme cet affront-là frappe bian au cœur, peut-être que, dans le désespoir, je m'emporterouais à jeter son chapiau par les fenestres, pis ce serait du scandale. Tigué, queuque gniais!
GRANGflR 0 espérances futiles du concept des humains ! De même que les chats, tu ne flattes que pour égrati^ner, Fortune malicieuse!