GRANGER, GAREAU, MANON, FLEURY
MANON Quel démêlé donc, mon pauvre Jean, avais-tu avec ce capitaine?
GAREAU Aga, oui me venait ravodé sa philosophie. Ardé, tenez c'est tout fin dret comme ce grand cocsigruë de Monsieur
du Meny, vous savez bian ? qui avait ces grands penaches, quand je demeurais avec Mademoiselle de Camay. 0 donc c'était Mademoiselle notre metraisse qui m'avait loué, et stanpandant il voulut, ce dit-il, me faire, ce dit-il, enfiler la porte. « Oh! ce me fit-il, je te ferai bian enfiler la porte », ce fit-il. Guian, cette parole-là me prenit au cœur. « Oh ! par lamorgoi, ce l'y fis-je, vous ne me ferais point enfiler la porte; et pis, au fond, ce l'y fis-je, si Mademoiselle veut que je l'enfile, je l'enfilerai bian, mais non pas pour vous, »
GRANGER Or, çà, notre gendre, mettons toutes querelles sous le pied, et donnons-leur d'un oubli à travers leshypocondres. Si l'Hy menée porte un flambeau, ce n'est pas celui de la discorde ; il doit allumer nos cœurs, non pas notre fiel : c'est le sujet qui nous assemble tous. Voilà ma fille, qui voudrait qu'on dît d'elle et de vous : Subf super, in, subter, casu junguntur utroque,in'vario sensu (i).
MANON Mon père, je ne suis pas capable de former des souhaits, mais de seconder les vôtres; conduisez ma main dans celle que vous avez choisie, et vous verrez votre fille, d'un visage égal, ou descendre, ou monter.
GRANGER Rien donc ne nous empêche plus de conclure cet accord aussitôt que nous saurons les natures de votre bien.
FLEUR Y Là, donc, ne perdons point de temps.
GRANGER Vos facultés consistent-elles en rentes, en maisons ou en meubles ?
(i) Règle dix-septième de la Syntaxe de Despautères : Sous, dessus, dans, dessous, dedaûs, se mettent aux deux cas, dans tous les sens.