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GRANGER Ali! Paquier, tu t'es aujourd'hui Burpassé toi-même. N'espère pas toutefois de t'auréole condigne ploit.
Un tel service mérite «les empires, et la fortune, cette ennemie de la vertu, ne m'es .1 pas donné. .Mais viens. chez ma maltresse, me voir entrer dans la place, dont tu
m'as ouvert la brèche.
PAQUIER
Ne courez point si vite : vous cherchez votre âne, quand vous êtes dessus. Ne vous ai-je pas dit qu'elle vous doit venir trouver ici?
GRANGER
11 m'en souvient. Je n'ai donc plus qu'à choisir lequel me siéra le mieux de mes habits pontificaux. {Il ouvre un grand bahut, d'où il tire de vieux habits avec un miroir, etc.) 0 Déesse paphienne ! sois-moi en aide et confort en cette présente mienne tribulation ! Et vous, sacrés haillons de mes ancêtres, qui ne gagnez des crottes qu'aux bons jours, vous qui n'avez point vu le jour depuis celui du mariage de mon bisaïeul : qu'il n'y ait sur votre texte (1), tache, trou, balafre ou déchirure, qui ne reçoive un sang-lot, une larme et une quérimonie particulière ! Amour, flamme follette, qui n'es jamais qu'au bord d'un principe ; ardent (2), qui brilles pour nous éblouir, feu, qui brûles et ne consumes point ; guide aveugle, qui crèves les yeux à ceux que tu conduis; bourreau, qui fais rire en tuant; poison que l'on boit par les yeux; assassin, que l'âme introduit dans sa maison par les fenêtres ; Amour, petit poupard, c'est à tes côtés douillettement frétillards que je viens perager les reliques(3) de la journée! Plantons-nous diamétralement devant ce chef-d'œuvre vénitien (4), et faisons avec un
(1) Tissu ; équivoque sur les mots latins textixm et textus (L.).
(2) Feu follet.
(3) Achever le reste.
1,4) Miroir de Venise.
compte exact la revue de tous les traits de mon visage. Que le poil de ma barbe qui paraîtra hors d'oeuvre soit châtié comme un passe-volant (i)! Essayons quel personnage il nous siéra mieux de représenter devant elle, de Caton ou de Momus? (// rit et pleure en même temps.) Se, tâche à rire et à pleurer sans intervalle, et je n'en puis venir à bout. Mais que viens-je de voir? Quand je ris, ma mâchoire, ainsi que la muraille d'une ville battue en ruine, découvre à côté droit une brèche à passer vingt hommes. C'est pourquoi, mon visage, il vous faut stvler à ne plus rire qu'à gauche ; et, pour cet effet, je vais marquer, sur mes joues, de petits points que je défends à ma bouche, quand je rirai, d'outrepasser. On m'a dit que j'ai la voix un peu cassée; il faut surprendre avec l'oreille mon image en ce miroir, avant qu'elle se taise : Je salue très humblement le bastion des grâces et la citadelle des rigueurs de mademoiselle Geneuote. Ai-je parlé trop haut ou trop bas? Il serait bon, ce me semble, d'avoir des lieux communs tout prêts pour chaque passion que je voudrai vêtir. Il faudra faire éclater, selon que je serai bien ou mal reçu, le dédain, la colère ou l'amour. Ça, pour le dédain :
« Quoi ! tu penserais que tes yeux eussent féru ma poitrine au défaut de la cuirasse? Non, non,, tes traits sont si doux qu'ils ne blessent personne. Quoi! je t'aurais aimée, chétif égout de la concupiscence, vase de nécessité, pot de chambre du sexe masculin? Hélas! petite gueuse, regardemoi seulement, admire, et te tais. »
Pour la Colère : Oh ! trois et quatre fois mégère impitoyable, puisse le ciel en courroux ébouler, sur ton chef, des hallebardes, au lieu de pluie! Puisses-tu boire autant d'encre que ton amour m'a fait verser de larmes! Puissestu cent fois le jour servir aux chiens de muraille pour pis-
(i) Faux soldat qui se présentait aux revues, pour toucher la paye au profit du capitaine. Le passe-volant était puni du fouet ou de la marque (L.).
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serl Enfin, puisse la destinée tisser la trame de tes jours avec du crin, des chardons et des étoupes 1 »
Pour l'Amour : a Soleil, principe de ma ne, vous me «loi moz la mort, et déjà je ne serais plus qu'une ombre vaine et gémissante qui marquerait de ses pas la rive blêm L'Achéron, sijen'eusse redouté il'- faire périr en moi votre amour, qui ne doit pas moins vivre que sa cause. Peutôtre, ô tigressel que mon chef neigeux vous fait peur? Je sais bien aussi que les jeunes ont dans les yeux moins de rouge etplus de Feu que nous ; que vous aime/ mieux notre bourse au singulier qu'au pluriel ; qu'au déduit amoureux une femme est insatiable, et que, si la première nvàtoptat ut excédai digiio i i |, la seconde nuit elle en veut pede longioruno (2). Mais sachez qu'un jour l'âge, ayant promené sa charrue sur les roses etsur les lys de votre teint, fera de votre front un grimoire en arabe, et que jeunes et vieux sont quotidiennement épitaphés, à cause que : Compositum simplexqae modo simili gradiuntur (3).