‹ Cyrano de BergeracChapitre 25 sur 94 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

LA TREMBLAYE, GRANGER, PAQUIER, CHATEAUFORT

LA TREMBLAYE Aux voleurs! aux voleurs! Vous serez pendus, coquins! Ce n'est pas d'aujourd'hui que vous vous en mêlez. Peuple, vous n'avez qu'à chanter le Salve ; le patient est sur l'échelle (2).

PAQUIER En mourra-t-il, Monsieur?

LA TREMBLAYE Tu t'y peux bien attendre.

PAQUIER Seigneur, ayez donc pitié de l'âme de feu mon pauvre maître Nicolas Granger : si vous ne le connaissez , Seigneur, c'est ce petit homme qui avait un chapeau à grand bord, et un haut-de-chausse à la culotte.

(1) C'est-à-dire : jusqu'à ce qu'il se soit caché derrière une muraille (Lacr.).

(2) Pour être pendu.

GRANGER Au secours, monsieur de Châteaufort ! C'est votre ami Granger. que La Tremblaye veut poignarder !

CHATEAUFORT, par la fenêtre.

Qui sont les canailles qui font du bruit là-bas? Si je descends, je lâcherai la bride aux Parques.

LA TREMBLAYE Soldats, qu'on leur donne les osselets (i).

GRAXGER Ah ! monsieur de Château-très-fort, envoyez, de l'arsenal de votre puissance, la "foudre craquetante sur la témérité criminelle de ces chétifs myrmidons !

CHATEAUFORT, descendu sur le théâtre.

Vous voilà donc, marauds ! Hé ! ne savez-vous pas qu'à ces heures muettes j'ordonne à toutes choses de se taire, hormis à ma renommée? Ne savez-vous pas que mon épée est faite d'une branche des ciseaux d'Atropos? Ne savezvous pas que si j'entre, c'est par la brèche; si je sors, c'est du combat; si je monte, c'est dans un trône; si je descends, c'est sur le pré ; si je couche, c'est un homme par terre; si j'avance, ce sont mes conquêtes; si je recule, c'est pour mieux sauter ; si je joue, c'est au roi dépouillé; si je gagne, c'est une bataille; si je perds, ce sont mes ennemis; si j'écris, c'est un cartel; si je lis, c'est un arrêt de mort; enfin, si je parle, c'est par la bouche d'un canon? Donc, pendard, tu savais ces choses, et tu n'as pas redouté mon tonnerre? Choisis toi-même le genre de ton supplice ; mais dépêche-toi de parler, car ton heure est venue.

(i) Espèce de torture infligée aux voleurs et aux accusés, pour leur faire avouer la vérité. On leur mettait des os ou des cailloux entre les doigts, que l'on serrait ensuite plus ou moins avec des cordes (Lacroix).

LE

LA TREMBLA Pour éviter un semblable malheui , dément de me suivre. Allons, monsieur l'Archi-épouvantable, j<' voua fais prisonnier, à la requête de l'uni

CHATEAUFQRT Vous voyez, Docteur, pour ne vous pas le désastre de ce coquin, j'ai pu m<> résoudre à lui donner.

ÈNE III MANON, GRANGER, PAQUIBR, LA TREMBLA YB, CHATEAUFORT

MAI Ah! monsieur de la Tremblaye, mon cher Monsieur,

nez la vie à mon père, et je me donne à vous! 1:

is dans le collège, attendant qu'il fût arrivé pour fermer les portes de notre montée, lorsque j'ai entendu un gprand bruit dans la rue. Le cœur m'a dit qu'indubitablement il avait eu quelque mauvaise rencontre. Hélas! mon bon an^e ne m'avertit point à faux! Il est vrai. Monsieur, qu'il mérite la mort, d'avoir été surpris en volant votre maison; mais je sais bien aussi que tous les ;iom-

îreux, et tous les généreux, pitoyables. Vous m'avez autrefois tant aimée : ne puis-je, en devenant votre femme, obtenir la qrâce de mon père? Si vous croyez que ceci soit dit seulement pour vous amuser, allons consommer notre mariage, pourvu qu'auparavant vous me promettiez de lui donner la vie. Encore qu'il ne témoigne pas d'y consentir, excusez-le, Monsieur ; c'est qu'il aie cœur un plus haut, et tout homme courageux ne fléchit pas facilement ; mais, pour lui sauver la vie, je ferais bien pis que de lui désobéir.

G RANGER O Dieux ! quelle fourbe ! Sans doute la misérable est

d'intelligence avec son traître d'amoureux. Non, non, ma fille, vous ne l'épouserez jamais.

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