LE DUC D'ARPAJON
Monseigneur, Ce livre ne contient presque qu'un ramas confus des premiers caprices, ou, pour mieux dire, des premières folies de ma jeunesse ; j'avoue même que j'ai quelque honte de l'avouer dans un âge plus avancé : et cependant, Monseigneur, je ne laisse pas de vous le dédier avec tous ses défauts, et de vous supplier de trouver bon qu'il voie le monde sous votre glorieuse protection. Que direz-vous, Monseigneur, d'un procédé si étrange ? Vous croirez peut-être que c'est manquer de respect pour vous, que de vous offrir une chose que je méprise moi-même, et de mettre votre nom illustre à la tête d'un ouvrage, où j'ai bien de la répugnance de voir le mien ? X espère néanmoins. Monseigneur, que mon respect et mon zèle vous seront trop connus, pour attribuer la liberté que je prends à une cause qui me serait si désavantageuse . Il y a près d'un an que je me donnai à vous ; et depuis cet heureux moment, tenant pour perdu tout le temps de ma vie que j'ai passé ailleurs qu'à votre service, et ne me contentant pas de vous avoir dévoué tout ce qui m'en reste, j'ai tâché de réparer cette perte, en vous en consacrant encore les commencements ; et, parce que le passé ne se peut rappeler pour vous être offert, vous présenter au moins tout ce qui m'en demeure, et faire en sorte, par ce moyen, que, n'ayant pas eu l'honneur d'être à vous toute ma vie, toute ma vie ne laisse pas en quelque façon d'avoir été pour vous.
mi i nie vr i i.n rÉRAini 79
D'ailleurs, Monseigneur, nous tavei que, de toatet tes offrandes (/ni se présentaient à Dieu dans V ancienne Loi, il n'en avait point de si agréables '/ne celles qui se faisaient des premiers fruits, quoiqu'ils ne soient point ordinairement les meilleurs ; et, s'il est permis d' 'ajouter une chose proJane en suite d'une si sainte, VOUS n'ignorez pas non plus que les Athéniens ne pensaient pas pouvoir faire de présent plus agréable à Apollon, qu'en envoyant leur première chevelure à son temple de Delphes, et lui présentant ces premières productions de leur cerveau. C'est ce qui me fait espérer, Monseigneur, que vous ne refuserez pas l'offrande que je vous fais de cet ouvrage, et que vous ne trouverez pas mauvais que je me die aussi bien au commencement de ces Lettres qu'au commencement de /'Agrippine,
Monseigneur, Votre très humble, très obéissant et très obligé serviteur,