‹ Cyrano de BergeracChapitre 43 sur 94 · CONTRE LES MEDECINS · texte numérisé non relu

CONTRE LES MEDECINS

Monsieur, Puisque je suis condamné (mais ce n'est que du médecin, dont j'appellerai plus aisément que d'un arrêt prévôtal), vous voulez bien que, de même que les criminels qui

prêchent le peuple quand ils sont sur l'échelle, moi qui suis entre les mains du bourreau, je fasse aussi des remontrances à la jeunesse. La fièvre et le drogueur me tiennent le poignard sur la gorge avec tant de rigueur que j'espère d'eux qu'ils ne souffriront pas que mon discours vous puisse ennuyer. Il ne laisse pas, monsieur le Gradué, de me dire que ce ne sera rien, et proleste cependant à tout le monde que, sans miracle, je n'en puis relever. Leurs présages, toutefois, encore que funestes, ne m'alarment guère; car je connais assez que la souplesse de leur art les oblige de condamner tous leurs malades à la mort, afin que, si quelqu'un en échappe, on attribue la guérison aux puissants remèdes qu'ils ont ; et, s'il meurt, chacun s'écrie que c'est un habile homme et qu'il l'avait bien dit.

Mais admirez l'effronterie de mon bourreau : plus je sens empirer le mal qu'il me cause par ses remèdes, et plus je me plains d'un nouvel accident, plus il témoigne s'en réjouir et ne me panse d'autre chose que d'un Tant mieux! Quand je lui raconte que je suis tombé dans un syncope (i) léthargique qui m'a duré près d'une heure, il répond que c'est bon signe. Quand il me voit entre les oncles d'un flux de sang qui me déchire : « Bon ! dit-il, cela vaudra une saignée ! » Quand je m'attriste de sentir comme un glaçon qui me gagne toutes les extrémités, il rit, en m 'assurant qu'il le savait bien, que ses remèdes éteindraient ce grand feu. Quelquefois même que, semblable à la mort, je ne puis parler, je l'entends s'écrier aux miens qui pleurent de me voir à l'extrémité : « Pauvres nigauds que vous êtes, ne voyez-vous pas que c'est la fièvre qui tire aux abois? » Voilà comme ce traître me berce; et cependant, à force de me bien porter, je me meurs. Je n'ignore pas que j'ai grand tort d'avoir réclamé mes ennemis à mon secours. Mais quoi, pouvais-je deviner

(i) Mot alors masculin.

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que ceux dont la science fait profession de guérii L'emploieraient tout entière à me tuer? car, hélas I c'esl ici la première fois que je suis tombé dans la fosse; el vous led croire, puisque si j'y avais passé quelque au je ne

serais plus en étal de m'en plaindre. Pour moi, je conseille aux faibles lutteurs, afin dese venger de ceuj qui les onl renversés, de se faire médecins, car je les assure qu'ils mettront en terre ceux <pii les y avaienl mis.

En vérité, je pense que de songer seulement, quand on dort, qu'on rencontre un médecin, es! capable de donn< fièvre. A voir leurs animaux étiques, affublés d'un long drap mortuaire, soutenir immobilement leur immobile maître, n»1 semble-t-il pas d'une bièr i la Parq mise

à califourchon, el ne peut-on pas prendre leur 1. mssinepour \r guidon (le la .Mort, puisqu'elle serf à conduire son li< nant? C'est, pour cela sans doute que la police leur a commandé de monter sur des mules et non pas sur des cavales, de peur que, la race des gradués venant à croître, il n'y eût à la lin plus de bourreaux que de patients. Oh ! quel contentement j'aurais d'anatomiser leurs mules, ces pauvres mules qui n'ont jamais senti d'aiguillon, ni dedans, ni dessus la chair, parce que les éperons et les bottes sont des supertluités t[iie L'esprit délicat de la Faculté ne saurait digérer! Ces Messieurs se gouvernent avec tant de scrupule qu'ils l'ont même observera ces pauvres bêtes (parce qu'elles sont leurs domestiques) des jeunes plus rigoureux que ceux des Ninivites, et quantité de très longs, dont le rituel ne s'était point souvenu : ils leur attachent, par les diètes, la peau tout à cru dessus les os, et ne nous traitent pas mieux, nous qui les payons bien ; car ces docteurs morfondus, ces médecins de neige, ne nous font manger que de la gelée. Enfin, tous leurs discours sont si froids que je ne trouve qu'une différence entre eux et les peuples du Nord, c'est que les Norvégiens ont toujours les mules (i) aux talons, et

(i) Engelures.

lOÔ CYRANO DE BERGERAC

qu'eux ont toujours les talons aux mules. Ils sont tellement ennemis de la chaleur qu'ils n'ont pas sitôt connu dans un malade quelque chose de tiède, que, comme si ce corps était un mont Gibel (i), les voilà tous occupés à saigner, à clistériser. à noyer ce pauvre estomac dans le séné, la casse, la tisane, et à débiliter la vie pour débiliter, disent-ils, ce feu qui prend nourriture, tant qu'il rencontre de la matière ; de sorte que. si la main tout expresse de Dieu les fait rajamber vers le monde, ils l'attribuent aussitôt à la vertu de réfrigératifs dont ils ont assoupi cet incendie. Ils nous dérobent la chaleur et l'énergie de l'être qui est au sang: ainsi, pour avoir été trop saignés, nos âmes, en s'envolant. servent de volant aux palettes de leurs chirurgiens.

Eh bien. Monsieur, que vous en semble? Après cela, n'avons-nous pas grand tort de nous plaindre de ce qu'ils demandent dix pistoles pour une maladie de huit jours? N'est-ce pas une cure à bon marché où il n'y a point de charge d'âmes? Mais confrontez un peu, je vous prie, la ressemblance qu'il y a entre le procédé des drogueurs et le procédé d'un criminel. Le médecin, ayant considéré les urines, interroge le patient sur la selle, le condamne ; le chirurgien le bande et l'apothicaire décharge son coup par derrière. Les affligés même, qui pensent avoir besoin de leur chicane, n'en font pas grande estime. A peine sontils entrés dans la chambre, qu'on tire la langue au médecin, on tourne le cul à l'apothicaire et l'on tend le poing au barbier. Il est vrai qu'ils s'en vengent de bonne sorte : il en coûte toujours au railleur le cimetière. J'ai remarqué que tout ce qu'il y a de funeste aux enfers est compris au nombre de trois : on y voit trois fleuves, trois chiens, trois juges, trois Parques, trois Gérions, trois Hécates, trois Gorgones, trois Furies. Les fléaux dont Dieu se sert à punir les hommes sont divisés aussi par trois : la peste, la guerre et la faim; le monde, la chair et le diable; la

(i) Un volcan. C'était alors le nom de l'Etna.

Il I I l.ll.MIU.s

foudre, te tonnerre el l'éclair; la saignée, le médecine e(

le lavement. Enfin, tro sont i m

monde touf exprès pour martyriser l'homme pendant la

l'avocal tourmente la bourse, le méde in le c >rp le théologien l'Ame. Encore ils s'en vantent, no à mules! car, comme un jour le mien entrait dans ma chambre sans autre explication, je ne lui fia que dire : Combien? L'impudent meurtrier, qui comprit aussitôt que je lui demandais le nombre de ses homicides., empoignant sa grosse barbe, Mit : « Autant! Je n'an fais

point, continua-t-il, la petite bouche, et, pour vous montrer que nous apprenons aussi Lieu que les escrimeurs l'art de tuer, c'est que nous nous exerçons, de même qu'eux, toute notre vie, sur la tierce et sur la quarte. » La réflexion que je lis sur l'innocence effrontée de ce personnage l'ut que si les autres disaient moins, ils en font bien autant; que celui-là se contentait de tuer, et que ses camarades joignaient au meurtre la trahison; que, qui voudrait écrire les voyages d'un médecin, on ne pourrait pas les compter par les épitaphes de sa paroisse, et qu'enfin si la fièvre nous attaque, le médecin nous tue et le prêtre en chaule. Mais ce serait peu à madame la Faculté d'envoyer nos corps au sépulcre, si elle n'attentait sur notre âme. Le chirurgien enragerait, plutôt qu'avec sa charpie tous les blessés qui font naufrage entre ses mains ne lussent trouvés morts couchés avec leurs tentes (i).

Concluons donc. Monsieur, que, tantôt ils envoient et la Mort et sa faux ensevelies dans un grain de mandragore, tantôt liquéfiées dans le canon d'une seringue, tantôt sur la pointe d'une lancette; que, tantôt, avec un juillet, ils nous font mourir en octobre, et qu'enfin ils sont accoutumés d'envelopper leurs venins dans de si beaux termes, que dernièrement je pensais que le mien m'eût obtenu du roi une

(i) Jeu de mots : tente, qui se prononce tante, est le nom de la charpie que le chirurgien met dans les plaies (Lacr.).

abbaye commendataire. quand il m'assura qu'il m'allait donner un bénéfice de ventre. Oh ! qu'alors j'eusse été réjoui si j'eusse pu trouver à le battre par équivoque, comme fit une villageoise à qui un de ces bateleurs demandant si elle avait du pouls, elle lui répondit avec force soufflets et force égratignures. qu'il était un sot, et qu'en toute sa vie elle n'avait jamais eu ni poux ni puces ! Mais leurs crimes sont trop grands pour ne les punir qu'avec des équivoques; citons-les en justice de la part des trépassés. Entre tous les humains, ils ne trouveront pas un avocat ; il n'y aura juge qui n'en convainque quelqu'un d'avoir tué son père ; et, parmi toutes les pratiques qu'ils ont couchées au cimetière, il n'y aura pas une tête qui ne leur grince les dents. Que les pussent-elles dévorer! 11 ne faudrait pas craindre que les larmes qu'on jetterait de leur perte fissent grossir les rivières : on ne pleure, aux trépas de ces gens-là, que de ce qu'ils ont trop vécu. Ils sont tellement aimés, qu'on trouve bon tout ce qui vient d'eux même jusqu'à leur mort ; comme s'ils étaient d'autres messies, ils meurent aussi bien que Dieu pour le salut des hommes. Mais, bons Dieux! n'est-ce pas encore là mon mauvais ange qui s'approche? Ah! c'est lui-même! je le connais à sa soutane. Vade rétro, Satanas ! Champagne, apportez-moi le bénitier. Démon gradué, je te renonce ! Oh! l'effronté Satan ! Ne me viens-tu pas encore donner quelque aposème (i)? Miséricorde! c'est un diable huguenot, il ne se soucie point de l'eau bénite! Encore si j'avais des poings assez raides pour former un cassemuseau; mais, hélas ! ce qu'il m'a fait avaler s'est si bien tourné en ma substance qu'à force d'user de consommés je suis tout consommé moi-même. Venez doncvitement à mon secours, ou vous allez perdre,

Monsieur, Votre plus fidèle Serviteur,

(i) Décoction.

; il lui s i.i FRAGMENTS LITTERAIRES

CONTRE SCARRON (i) POJrri liUUI.ESnlE

Monsieur, Vous me demandez quel jugement je fais de ce renard, à qui semblenl trop vertes les mûres où il ne peut atteindre? Je pense que, comme on arrive à la connaissance d'une cause par ses effets, qu'ainsi pour connaître La force ou la faiblesse de l'esprit de ce personnage il ne faut que jeter la vue sur ses productions. Mais je parle fort mal de ses productions : il n'a jamais su que détruire, témoin le dieu des portes de Rome, qu'il l'ait encore aujourd'hui radoter. Je VOUS avouerai donc, au sujet sur lequel \ désirez avoir mon sentiment, que je n'ai jamais vu ridicule plus sérieux, ni de sérieux plus ridicule que le sien. Le peuple l'approuve : après cela, concluez. Ce n'est pas toutefois que je n'estime son jugement, d'avoir choisi, pour écrire, un style moqueur, puisque écrire comme il fait, c'est se moquer du monde. Ses partisans ont beau crier, pour élever sa gloire, qu'il travaille d'une façon où il n'a personne pour guide, je le confesse, mais qu'ils mettent la main sur leur conscience. En vérité, n'est-il pas plus aisé de faire l'Enéide de Virgile, comme Scarron, que de faire l'Enéide de Scarron, comme Virgile? Pour moi, je m'imagine, quand il se mêle de profaner le saint art d'Apollon, entendre une grenouille fâchée coasser au pied du Parnasse. Vous me reprocherez peut-être que je traite un peu mal cet auteur, de le réduire à l'insecte ; mais, ne l'ayant jamais vu, puisque vous m'obligez à faire son tableau, je ne saurais, pour le peindre, agir d'autre façon, que de suivre l'idée que j'en ai reçue de tous ses

(i) Dans les éditions posthumes, le nom a été anagrammatisé en Ronscar.

amis. Il n'y en a pas un qui ne tombe d'accord, que, sans mourir, il a cessé d'être homme, et n'est plus que façon. Mais, en effet, à quoi le reconnaîtrions-nous? Il marche à rebours du sens commun, et il en est venu à ce point de bestialité, que de bannir les pointes et les pensées de la composition des ouvrages. Quand, par malheur, en lisant, il tombe sur quelqu'une, on dirait, à voir l'horreur dont il est surpris, qu'il est tombé des yeux sur un basilic, ou qu'il a marché sur un aspic. Si la terre n'avait jamais connu d'autres pointes que celles des chardons, la nature l'a formé de sorte, qu'il ne les aurait pas trouvées mauvaises; car, entre vous et moi, lorsqu'il fait semblant de sentir qu'une pointe le pique, je ne puis m'empêcher de croire que c'est afin de nous persuader qu'il n'est pas ladre ; mais, ladre ou non, je le laisserais en patience, s'il n'érigeait point de trophées à la stupidité, en l'appuyant de son exemple. Gomment! ce bon seigneur veut qu'on n'écrive que ce qu'on a lu, comme si nous ne parlions aujourd'hui français, qu'à cause que jadis on a parlé latin, et comme si l'on n'était raisonnable que quand on est moulé. Nous sommes donc beaucoup obligés à la nature, de ne l'avoir pas fait naître le premier homme ; car, indubitablement, il n'aurait jamais parlé, s'il avait entendu braire auparavant. Il est vrai que, pour faire entendre ses pensées, il emploie une espèce d'idiome qui force tout le monde à s'étonner comment les vingt-quatre lettres de l'alphabet se peuvent assembler en tant de façons sans rien dire. Après cela, vous me demanderez le jugenent que je fais de cet homme, qui, sans rien dire parle, sans cesse ? Hélas ! Monsieur, aucun. . .

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POUB Ll P1UIM1M

.1 M. L'bret, avocat au conseil.

Monsieur, Ne pleurez plus, te beau temps est revenu, le soleil réconcilié ave.- les hommes, et sa chaleur a fait trouver des jambes à l'hiver, toul engourdi qu'il fût; il ne lui a prêté <le mouvemenl que ce qu'il en fallait pour fuir, et cependant ces longues auits, qui semblaient d qu'un

pas en une heure (à cause que, pour être dans l'obscurité, elles n'osaient courir à tâtons), sont aussi loin de nous «pie la première qui lit dormir Adam ; l'air, naguèi dense par la gelée que les oiseaux n'y trouvaient point de place, semble n'être aujourd'hui qu'un grand espace imaginaire, où ces musiciens, à peine soutenus de notre pensée, paraissent au ciel de petits mondes balancés par leur propre centre... Enfin, nous tenons la terre en bonne humeur, nous n'avons dorénavant qu'à bien ménager ses bonnes grâces. A la vérité, dépitée de s'être vue au pillage de l'automne, elle s'était tellement endurcie contre nous avec les forces que lui prêta l'hiver que >i le ciel n'eût pleuré deux mois sur son sein, elle ne se fût jamais attendrie; mais, Dieu merci, elle ne se souvient plus de nos larcins ; toute son attention n'est aujourd'hui qu'à méditer quelque fruit nouveau; elle se couvre d'herbe molle, afin d'être plus douce à nos pieds; elle n'envoie rien sur nos tables, qui ne regorge de son lait; si elle nous offre des chenilles, c'est en guise de vers à soie sauvages, et les hannetons sont de petits oiseaux, qui montrent qu'elle a eu soin d'inventer jusqu'à des jouets à nos enfants : elle s'étonne elle-même de sa richesse, elle s'imagine à peine d'être la mère de tout ce qu'elle produit ; et, grosse de quinze jours, elle avorte de mille sortes d'insectes, parce que, ne

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pouvant toute seule goûter tant de plaisirs, elle ébauche des enfants à la hâte, pour avoir à qui faire du bien... Partout on voit la nature accoucher, et ses enfans, à mesure qu'ils naissent, jouer dans leur berceau. Considérez le zéphyr qui n'ose quasi respirer qu'en tremblant : comme il agite les blés et les caresse ! Ne diriez-vous pas que l'herbe est le poil de la terre, et que ce vent est le peigne qui a soin de le démêler? Je pense même que le soleil fait l'amour à cette saison, car j'ai remarqué qu'en quelque lieu qu'elle se retire il s'en approche toujours. Ces insolents aquilons qui nous bravaient en l'absence de ce dieu de tranquillité, surpris de sa venue, s'unissent à ses rayons pour obtenir la paix par leurs caresses ; et les plus coupables se cachent dans les atomes et se tiennent coi sans bouger, de peur d'en être reconnus : tout ce qui ne peut nuire par sa vie est en pleine liberté. Il n'est pas jusqu'à notre âme qui ne se répande plus loin que sa prison, afin de montrer qu'elle n'en est pas contenue. Je pense que la nature est aux noces : on nevoit que danses, que concerts, que festins, et qui voudrait chercher dispute n'aurait pas le contentement d'en trouver, sinon de celles qui, pour la beauté, surviennent entre les fleurs. Là, possible au sortir du combat, un œillet tout sanglant tombe de lassitude : là un 1 tonton de rose, enflé du mauvais succès de son antagoniste, s'épanouit de joie : là, le lis, ce colosse entre les fleurs, ant de lait caillé, glorieux de voir ses images triompher au Louvre, s'élève sur ses compagnes, les regarde du haut en bas, et fait devantsoi prosterner la violette, qui, jalouse et fâchée de ne pas monter aussi haut, redouble ses odeurs, afin d'obtenir de notre nez la préférence que nos yeux lui refusent; là, le gazon de thym s'agenouille humblement devant la tulipe, à cause qu'elle porte un calice ; là, d'un autre côté, la terre, dépitée que les arbres portent si haut et si loin d'elle les bouquets dont elle les a couronnés, refuse de leur envoyer des fruits, qu'ils ne lui

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aient redonné ses fleurs. Cependant j<' ne trouve pas, p >ur ces disputes, que le printemps en soit moins agréable... Le vigneron, appuyé sur son échalas, rii dans w bar] mesure qu'il voit pleurer sa vigne. Enfin, L'exemple «le la nature me persuade si bien le plaisir que, toute suj ('■tant douloureuse, je suis presqueà regret,

Monsieur,

Votre Serviteur.

SUR L'OMBRE OLE FAISAIENT DES ARBRES DANS El

Monsieur.

Le ventre couché sur le gazon d'une rivière et le <1<>s étendu sous les branches d'un saule, qui se mire de je vois renouveler aux a ri ires l'histoire de Narcisse : cent peupliers précipitent dans l'onde cent autres peuplie ces aquatiques ont été tellement épouvantés de leur chute, qu'ils tremblent encore tous les jours du vent qui ne les touche pas. Je m'imagine que, la nuit ayant noirci toutes choses, le soleil les plonge dans l'eau pour les laver. Mais que dirai-je de ce miroir fluide, de ce petit monde renversé, qui place les chênes au-dessous de la mousse, et le ciel plus bas que les chênes ? Ne sont-ce point de ces vierle jadis métamorphosées en arbres, qui désespérées de sentir violer leur pudeur par les baisers d'Apollon, se précipitent dans ce fleuve la tête en bas ? Ou n'est-ce point qu'Apollon lui-même, offensé qu'elles aient osé protéger contre lui la fraîcheur, les ait ainsi pendues par les pieds? Aujourd'hui, le poisson se promène dans les bois, et des forêts entières sont au milieu des eaux sans se mouiller ; un vieil orme, entre autres, vous ferait rire, qui s'est quasi couché jusque dessus l'autre bord, afin que, son image prenant la même posture, il fît de son corps et de son portrait un hameçon pour la pêche...

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Le rossignol, qui du haut d'une branche se regarde dedans, croit être tombé dans la rivière : il est au sommet d'un chêne, et toutefois il a peur de se noyer; mais lorsque, après s'être affermi de l'œil et des pieds, il a dissipé la frayeur, son portrait ne lui paraissant plus qu'un rival à combattre, il gazouille, il éclate, il s'égosille, et cet autre rossignol, sans rompre le silence, s'égosille en apparence comme lui. et trompe l'âme avec tant de charmes qu'on se figure qu'il ne chante que pour se faire ouïr de nos yeux; je pense même qu'il gazouille du geste, et ne pousse aucun son dans l'oreille, afin de répondre en même temps à son ennemi, et pour n'enfreindre pas les lois du pays, dont le peuple est muet ; la perche, la dorade et la truite, qui le voient, ne savent si c'est un poisson vêtu de plumes, ou si c'est un oiseau dépouillé de son corps : elles s'amassent autour de lui, le considèrent comme un monstre; et le brochet, ce tyran des rivières, jaloux de rencontrer un étranger sur son trône, le cherche en le trouvant, le touche et ne le peut sentir, court après lui, au milieu de luimême, et s'étonne de l'avoir tant de fois traversé sans le blesser. Moi-même, j'en demeure tellement consterné que je suis contraint de quitter ce tableau. Je vous prie de suspendre sa condamnation, puisqu'il est malaisé de juger d'une ombre : car, quand mes enthousiasmes auraient la réputation d'être fort éclairés, il n'est pas impossible que la lumière de celui-ci soit petite, ayant été prise à l'ombre ; et puis, quelle autre chose pourrais-je ajouter à la description de cette image enluminée, sinon que c'est un rien visible, un caméléon spirituel, une nuit que la nuit fait mourir, un procès des yeux et de la raison, une privation de clarté, que la clarté met au jour; enfin que c'est un esclave qui ne manque non plus à la matière qu'à la fin de mes lettres.

Votre Serviteur, etc.

LETTRES ET FllALMIMs II I II II VIIU.S II)

POUR uni: d.wii- ROUSSI

Madame,

Je sais bien que nous vivons dans un pajS, ou les

timentsdu vulgaire sont si déraisonnables que la couleur

rousse, (huit les plus belles chevelures sonl honorées, ae reçoit que du mépris, mais je sais bien aussi que ces stupides, qui ae sont animés que de L'écume des âmes raisonnables, ne sauraient juger comme il faut deschoses excellentes, a cause de la distance qui se trouve entre la basde leur esprit <■! la sublimité des ouvrages dont ils portent jugement sans les connaître; mais, quelle que soit l'opinion malsaine de ce monstre à cent têtes, permettez que je parle • le \os divins cheveux comme un homme d'esprit. Lumineux dégorgement de l'essence du plus beau des êtres visibles, intelligente réflexion du feu radical de la nature, usage du soleil la mieux travaillée, je ne suis point si brutal de méconnaître, pour ma reine, la fille de celui que mes pères ont connu pour leur Dieu...

Il est jeune comme vous, vous êtes belle comme lui; son tempérament et le vôtre sont tout de feu; il donne la vie et la mort aux hommes, et vos yeux comme les siens font la

même chose; comme lui, vous avez les cheveux roux

J'en étais là de ma lettre, adorable M lorsqu'un censeur

à contre-sens m'arracha la plume, et me dit que c'était mal se prendre au panégyrique de louer une jeune personne de beauté, parce qu'elle était rousse. Moi, ne pouvant punir cet orgueilleux plus sensiblement que par le silence.je pris une autre plume, et continuai ainsi : Une belle tête, sous une perruque rousse, n'est autre chose que le soleil au milieu de ses rayons; ou le soleil lui-même n'est autre chose qu'un grand œil sous la perruque d'une rousse; cependant tout le monde en médit, à cause que peu de monde a la gloire de

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l'être : et cent femmes à peine en fournissent une, parce qu'étant envoyées du Ciel pour commander, il est besoin qu'il y ait plus de sujets que de seigneurs. Ne voyons-nous pas que toutes choses en la nature sont plus ou moins nobles, selon qu'elles sont plus ou moins rousses? Entre les éléments, celui qui contient le plus d'essence et le moins de matière, c'est le feu, à cause de sa rousse couleur; l'or a reçu, de la beauté de sa teinture, la gloire de régner sur les métaux; et de tous les astres, le soleil n'est le plus considérable, que parce qu'il est le plus roux. Les comètes chevelues qu'on voit voltiger au ciel, à la mort des grands hommes, sont-ce pas les rousses moustaches des Dieux, qu'ils s'arrachent de regret? Castor et Pollux, ces petits feux qui font prédire aux matelots la fin de la tempête, peuvent-ils être autre chose que les cheveux roux de Junon qu'elle envoie à Neptune en signe d'amour? Enfin, sans le désir qu'eurent les hommes de posséder la toison d'une brebis rousse, la gloire de trente demi-dieux serait au berceau des choses qui ne sont pas nées; et (un navire n'étant encore qu'un être de raison) Améric ne nous aurait pas conté que la terre a quatre parties. Apollon, Vénus et l'Amour, les plus belles divinités du Panthéon, sont rousses en cramoisi ; et Jupiter n'est brun que par accident, à cause de la fumée de son foudre qui l'a noirci.

Mais si les exemples de la mythologie ne satisfont pas les aheurtés, qu'ils confrontent l'histoire. Samson, qui tenait toute sa force pendue à ses cheveux, n'avait-il pas reçu l'énergie de son miraculeux être dans le roux coloris de sa perruque? Les destins n'avaient-ils pas attaché la conservation de l'empire d'Athènes à un seul cheveu rouge de Nisus? Et Dieu n'eût-il pas envoyé aux Ethiopiens la lumière de la foi, s'il eût trouvé parmi eux seulement un rousseau? On ne douterait point de l'éminente dignité de ces personnes-là, si l'on considérait que tous les hommes qui n'ont point été faits d'hommes, et pour l'ouvrage de

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