‹ Cyrano de BergeracChapitre 42 sur 94 · POUR MADEMOISELLE *** A MONSIEUR LE COQ · texte numérisé non relu

POUR MADEMOISELLE *** A MONSIEUR LE COQ

Monsieur le Coq, Votre coquette m'a prié de vous envoyer ce poulet de sa part. Tant d'autres que vous avez reçus d'elle n'ont vécu qu'en papier; mais celui-ci. élevé avec plus de soin, ette, rit et respire ; car la poule a demeu ré, contre l'ordinaire de ses semblables, neuf mois avant que de l'éclore. On le prendrait, ce poussin, pour un petit homme sans barbe, et ceux qui ont dressé son horoscope ont prédit qu'il serait un jour grand seigneur à Rome, à cause que la première fois qu'il a rompu le silence, c'a été par le mot de papa. Je lui ai fort recommandé de vous reprocher votre ingratitude, et de vous conjurer de venir au nid de votre aimable poule ; mais encore qu'il ne le fasse qu'en son langage, n'ayez pas le cœur plus dur que saint Pierre, à qui le même langage put suffire autrefois pour l'appeler à résipiscence. Cessez donc, ô volage Coq! de débaucher les femmes de vos voisins ; revenez au poulailler de celle qui depuis un si long temps vous a donné son cœur, de celle dont si souvent les caresses ont prévenu vos désirs, et de celle enfin qui m'a protesté, tout ingrat que vous êtes, de vous accabler de ses plus chères faveurs, si vous

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lui I. ilement paraître I un repentir.

rien ne vous émeut? Eh quoi! Coq effronté, vous

que voire barbe en rougit même de bonté, quand lieu de venir à ses pieds humblement traîner s con-

tre terre, vousvous dressez sur vosergotspour lui chanter

satires? Vous voyez bien peut-être que ce n'esl p parler eu terme «!«* poule; mais je comprends bien

([UO les airs que vous cul"; ne JOn1 ]»;is

des coquericos. Vraiment, voila «le beaux («'•moi: gratitude, pour reconnaître la Libéralité d'une | qui v • première couvée! Sans doute que, l'au-

tre jour, quand vous l< .ir. vous ne li 'aies

:; regardez-le maintenant do plus près, ce petit tableau de vous-même. Il vous ressemble fort : aussi, l'at-elle fait d'après vous, et je vous proteste que plus

beau Fruit de bon chrétien qu'on ait cueilli chez elle de automne. Mais à propos, je me trompe, ce n'est pas un fruit, c'est un poulet. Faites donc à ce poulet un aussi bon accueil qu'elle l'a fait aux vôtres. Quand ce ne serait que par rareté, vous pouvez le montrera tout Paris, comme le premierCoq qui jamais soitné sans coquille ; autrement, je désavouerai tout; et, pour excuser la coquetterie de votre poule, je publierai que tout ce qu'elle en a fait n'a été que pour faire.

Monsieur le Coq,

Un petit Coq-à-l'àn;-.

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