‹ Cyrano de BergeracChapitre 47 sur 94 · CONTRE UN JÉSUITE ASSASSIN ET MEDISANT · texte numérisé non relu

CONTRE UN JÉSUITE ASSASSIN ET MEDISANT

Père criminel, Assurément vous me preniez pour un roi, quand vous prêchiez vos disciples de m'àssassiner, mais ce n'est pas de toute farine que se font les Châtels et les Ravaillacs; on a purgé vos collègues de ce mauvais sang, et le souvenir de la pyramide empêche que le massacre ne passe de votre bouche dans les mains de ceux qui vous écoutent. Vous ne laissez pas cependant, du faîte de votre tribune (pédagogue et bourreau de huit cents écoliers), de leur prêcher ma mort comme une croisade; mais des enfants sont trop tendres pour être exhortés au poignard; vous cajoleriez plus aisément la conscience d'un brutal déjà fait au meurtre, comme celui qui ne manqua mon sort que d'une journée. Il était homme d'exécution, celui-là : vous lui aviez très bien prouvé qu'un assassinat était la voie de se réconcilier avec Dieu; il vous avait très bien cru, et si une pistole, dont vous fûtes chiche, au lieu des indulgences et des médailles dont vous le chargeâtes, eût secoué son courage, l'embuscade, prolongée de vingt-quatre heures, rougissait le pavé de mon sang. Et puis, vous êtes delà compagnie de Jésus? 0 Dieu! Jésus avait-il en sa compagnie

(i) Inédit. Mss. de la Bibliothèque Nationale, N. A. Fr. 4557 : Contre un Je. assassin et médisant.

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les personnes <|ui conseillassent l'homicide ? Non, vous n'en ptes point, <>u bien vous êtes de celle qu'il enl en roix

deui meurtriers. Si vous jugez ma morl œuvre méritoire, que n'\ employez-vous cotre main? Si elle nel'est

pourquoi la conseillez-vous?... Barbare maître d'< quel sujet avez-vous de me tant vouloir de mal ?,Voua feuilletez, possible, (ous les crimes dont vous êtes capable, e1 sur cela vous conclue/, que je suis athée. .Mais. Père vêlé, me croyez-vous si stupide de me figurer que le monde soit né comme un champignon, que les astres aient pris l'eu et se soient arrangea au hasard, qu'une matière morte, «le telle ou telle façon disposée, ait pu faire raisonner un homme, sentir une bête, végéter un arbre? Pensez-vous que je ne reconnaisse pas la providence de Dieu, quand je vous regarde sous un chapeau dont le sacré circuit vous met à couvert de la foudre, quand je vous regarde dans une compagnie dont la sainte réputation purge la vôtre, enfin quand je vous regarde si faible et si méchant? Non, non, le véritable sujet de la haine que vous me portez, c'est l'envie et la ridicule imagination que vous avez eue de vous rendre recommandable en me choquant, comme ce fut la même quinte qui conduisit à l'hôpital l'esprit et le corps du père Garasse. Pardonnez-moi donc, je vous supplie, car je ne savais pas que de venir au monde avec de L'esprit était vous offenser, ni, comme vous savez, je n'étais point au ventre de la jument qui vous conçut, pour disposer à l'humanité les organes et la complexion qui concouraient à vous faire cheval. J'ai tort, à la vérité, de donner à votre naissance une cause si basse ; je crois que votre origine est, à tous, très remarquable, vous autres dont les gestes ont pour monuments les monuments de nos rois. Ce n'est pas que j'impute au dérèglement de tout un corps la corruption d'un membre, car on sait bien que si de ce corps vous composez quelque chose, vous en êtes les parties honteuses, que votre âme est noire à cause qu'elle

porte le deuil du trépas de votre conscience, et que votre habit garde la même couleur pour servir de petite oie à votre âme... Ce n'est pas que vous ne méritiez (quand la fortune et la justice seront bien ensemble) que de trois ou quatre mille ânes qui établent à votre collège on vous déclare le principal. Oui, certes, vous le méritez, car je ne sache personne à quile fouet appartiennejustementcomme à vous ; vous le savez manier de si bonne grâce que vous achetez l'affection des pères par le supplice de leurs enfants ; vous pendez les cœurs à vos verbes et vous vous introduisez dans leur esprit par la porte de derrière. Ce n'est pas que je n'en sache tel qui voudrait, pour dix pistoles, vous avoir écorché, mais si vous me croyez, vous le prendrez au mot pour l'attraper, car dix pistoles sont plus que ne saurait valoir la peau d'une bête à corne. Je ne suis pas

Votre serviteur.

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