‹ Cyrano de BergeracChapitre 49 sur 94 · SÉJANUS · texte numérisé non relu

SÉJANUS

Mon sang n'est point royal, mais l'héritier d'un Roi Porte-t-il un visage autrement fait que moi? Encor qu'un toit de chaume eût couvert ma naissance, Et qu'un Palais de marbre eût logé son enfance, Qu'il fût né d'un grand roi, moi d'un simple pasteur, Son sang auprès du mien est-il d'autre couleur? Mon nom serait au rang des héros qu'on renomme, Si mes prédécesseurs avaient saccagé Rome ; Mais je suis regardé comme un homme de rien, Car mes prédécesseurs se nommaient gens de bien. Un César, cependant, n'a guère bonne vue : Dix degrés sur sa tête en bornent l'étendue ; Il ne saurait au plus faire monter ses yeux Que depuis son berceau jusques à dix aïeux. Mais moi, je rétrograde aux cabanes de Rome, Et depuis Séjanus jusques au premier homme : Là, n'étant pas borné du nombre ni du choix, Pour quatre dictateurs, j'y rencontre cent rois.

TÉRENTIUS Mais le crime est affreux de massacrer son maître !

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SÉJANUS Mais ou devient au moins un magnifique traître. Quel plaisir bous ses pieds de tenir aux abois Celui qui sons les siens fait gémir tant de rois! Fouler impunément des tôtes couronnées, Paire du genre bumain toutes les destinées, Mettre aux fers un César, et penser dans son cœur: « Cet esclave jadis était mon empereur! »

TKKENTIUS Peut-être, en l'abattant, tomberas-tu loi-môme.

SÉJANUS Pourvu que je t'entraîne avec son diadème, Je mourrai satisfait, me voyant terrassé Sous le pompeux débris d'un trône renversé. Et puis, mourir n'est rien, c'est achever de naître! Un esclave hier mourut pour divertir son maître : Aux malheurs de la vie on n'est point enchaîné, Et l'âme est dans la main du plus infortuné.

TÉRENTIUS Mais n'as-tu point d'horreur pour un tel parricide?

SÉJANUS Je marche sur les pas d'Alexandre et d'Alcide, Penses-tu qu'un vain nom de traître, de voleur, Aux hommes demi-dieux doive abattre le cœur ?

TÉRENTIUS Mais d'un coup si douteux peux-tu prévoir l'issue

SÉJANUS De courage et d'esprit cette trame est tissue. Si, César massacré, quelques nouveaux tyrans, Élevés par mon crime au trône où je prétends, Songent à s'emparer du pouvoir monarchique, J'appellerai pour lors le peuple en république,

Et je lui ferai voir que par des coups si grands Rome n'a point perdu, mais changé ses tyrans.

TÉRENTIUS Tu connais cependant que Rome est monarchique, Qu'elle ne peut durer dans l'aristocratique. Et que l'aigle romaine aura peine à monter, Quand elle aura sur soi plus d'un homme à porter. Respecte et crains des dieux l'effroyable tonnerre !

SÉJANUS Il ne tombe jamais en hiver sur la terre. J'ai six mois pour le moins à me moquer des dieux. Ensuite je ferai ma paix avec les cieux.

TÉRENTIUS Ces dieux renverseront tout ce que tu proposes.

SÉJAXUS Un peu d'encens brûlé rajuste bien des choses.

TÉRENTIUS Qui les craint ne craint rien.

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