SE J AN US
D'un cùiirai;'' au-dessus des injures du 90 Je tiens qu'il est si beau de choir pour votre cause, Qu'un si noble malheur borne tout ce quej'o Et déjà mes travaux sont trop bien reconnu-. S'il est vrai qu'Agrippine ait pleure Séjanus
AGRIPPINE Moi, pleurer Séjanus? Moi, te pleurer, perfide? Je verrai d'un œil sec la mort d'un parricide. Je voulais, Séjanus, quand tu t'offris à moi. T'égorger par Tibère, ou Tibère par toi; Eu feignant tous les jours de rengager mon àme. Tous les jours en secret je dévidais la trame —
SÉJANUS Il est d'un grand courage et d'un cœur généreux, De ne point insulter au sort d'un malheureux.... Mais j'en sais le motif : pour effacer la trace Des soupçons qui pourraient vous joindre à ma disgrâce, Vous bravez mes malheurs, encor qu'avec regret, Afin de vous purger d'être de mon secret : Madame, ce n'est pas connaître mon génie. Car j'aurais fort bien su mourir sans compagnie.
AGRIPPINE Ne t'imagine pas que, par un feint discours, Je tâche vainement à prolonger mes jours!
Car, puisqu'il l'empereur ta trame est découverte, Il a su mon complot, et résolu ma perte ; Aussi j'en soutiendrai le coup sans reculer. Mais je veux de ta mort pleinement me soûler, Et goûter à longs traits l'orgueilleuse malic D'avoir par ma présence augmenté ton supplice.
SÉJANUS De ma mortalité je suis fort convaincu : Eh bien, je dois mourir, parce que j'ai vécu..
AGRIPPINE Mais as-tu de la mort contemplé le visage? Conçois-tu bien l'horreur de cet affreux passade? Connais-tu le désordre où tombent leurs accords, Quand l'âme se déprend des attaches du corps ? L'image du tombeau, qui nous tient compagnie, Qui trouble de nos sens la paisible harmonie. Et ces derniers sanglots, dont avec tant de bruit La nature épouvante une âme qui s'enfuit? Voilà de ton destin le terme épouvantable.
SÉJANUS Puisqu'il en est le terme, il n'a rien d'effroyable. La mort rend insensible à ses propres horreurs.
AGRIPPINE Mais une mort honteuse étonne les grands cœurs !
SÉJANUS Mais la mort nous guérit de ces vaines chimères !
AGRIPPINE Mais ta mort pour le moins passera les vulgaires. Ecoute les malheurs de ton dernier soleil, Car je sais de ta fin le terrible appareil. De joie et de fureur la populace émue Va, pour aigrir tes maux, en repaître sa vue:
i ii mis 1 1 i n tenait n 1 1 1 ' i ii i
Tu vas sentir «liez loi la mort s'insinuer, Partout où la douleur se peut distribuer :
Tu vas voir les enfant > te demander leurs |" :
Les Femmes, leurs maris, et les frères, leurs frein
Qui, pour se consoler, en Foule s'étouffent,
Iront voir à leur rage immoler tes enfants.
Ton fils, ton héritier, à la haine de Rom
Va tomber, quoiqu'enfant, «In supplice d'un nomme,
Et, te perçanl du coup qui percera son Banc,
Il éteindra ta d nom dans son sa
Ta fille, devant toi, par le bourreau fon
Des plus abandonnés blessera la peu
Et «le ton dernier coup la nature en suspens
Promènera ta mort en chacun de tes sens.
D'un si triste spectacle es-tu donc à l'épreuve"?
SEJANUS Cela n'est que la mort et n'a rien qui m'émeuve!
AGRJPPINE Et cette incertitude où mène le trépas ?
SÉJANUS Etais-je malheureux, lorsque je n'étais pas? Une heure après la mort, notre àme évanouie Sera ce qu'elle était une heure avant la vie.
AGRIPPINE Mais il faut, l'annonçant ce que tu vas souffrir. Que tu meures cent l'ois, avant que de mourir.
SÉJANUS J'ai beau plonger mon àme et mes regards funèbres Dans ce vaste néant et ces longues ténèbres. J'y rencontre partout un état sans douleur. Qui n'élève à mon front ni trouble ni terreur ; Car, puisque Ton ne reste, après ce grand passage, Que le songe léger d'une légère image,
l3G CYRANO DE BERGERAC
Et que le coup fatal ne fait ni mal ni bien ;
Vivant, parce qu'on est, mort, parce qu'on n'est rien,
Pourquoi perdre à regret la lumière reçue,
Qu'on ne peut regretter, après qu'elle est perdue?
Pensez-vous m'étonner par ce faible moyen.
Par l'horreur du tableau d'un être qui n'est rien?
Non, quand ma mort au ciel luirait dans un comète,
Elle me trouvera dans une ferme assiette :
Sur celle des Catons je m'en vais enrichir.
Et. si vous en doutez, venez me voir mourir.
Marchez. Gardes!
AGRIPPLXE
Marchez! Jeté rends grâce, ô Rome !
D'avoir d'un si grand cœur partagé ce grand homme; Car je suis sûre au moins d'avoir vengé le sort Du grand Germanicus par une grande mort.
PEXSÉES DÉTACHÉES
Il n'y a rien qu'on persuade plus aisément au peuple que ce qu'il est bien aise de croire.
Un honnête homme n'est ni Français, ni Allemand, ni Espagnol ; il est citoyen du monde et sa patrie est partout.
L'ignorance des sots aurait un grand privilège, si nous étions obligés d'écouter patiemment le rebours de toutes les vérités qui ne sont pas de sa connaissance.
11 est malaisé de parler comme les marauds, et de ne le pas être.
Il 7 I III. S I I I UA..MI - IS III I III I |3f
Puisque notreami butine nos pensées, c'est une marque qu'il nous estime; il ne les prendrait p;is. s'il nel bonnes, et nous avons grand tort de nous estomaquer de ce «[ut-, q 'ayant point d'enfants, il adopte les nôtres.
Dois-je pleurer, dois-je écrire, dois-je mourir? Il vaut mieux que j'écrive; mon cornel me prêtera plus «l'encre que mes yeux ne me fourniront de Larmes.
Brûlons d'amourl Cette flamme est si douce : personne n'en est jamais mort.
Puisque jadis il [s'est rencontré des prophètes qui, l'esprit échauffé d'un vigoureux enthousiasme, ont eu des pressentiments du futur, il n'est pas impossible qu'il ne vienne à un fort génie quelque odeur du passé.
A pénétrer sérieusement la matière, vous connaîtrez qu'elle n'est qu'une, qui, comme excellente comédienne, joue ici-bas toutes sortes de personnages, sous toutes sortes d'habits.
Ni le nom d'Aristote, plus savant que moi, ni celui de Platon, ni celui de Socrate ne me persuade point, si mon jugement n'est convaincu par raison de ce qu'ils disent. La Raison seule est une reine.
Le destin grave tout sur des tables de cuivre. On ne déchire pas les feuillets d'un tel livre.