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d'incidents pour une inspiration de faire c tnnattre aui hommes que ta lune est un monde.
|uoi ! disais-je en moi-même, après avoir tout aujourd'hui parlé d'une chose, un livre qui est pc it-être le seul ;m monde où cette matière se traite si particulièrement, wler de ma bibliothèque sur ma table, devenir capabli raison, pour s'ouvrir justement à l'endroit d'une aventure li merveilleuse; entraîner mes yeu:
force, el fournir ensuite à ma fantaisie lesréflexi ma volonté 1rs desseins que je fais !
— Sans doute, continuais-je, les deux vieillards qui apparurent à ce grand homme sont ceux-là mêmes qui ont dérangé mon livre, et qui l'ont ouvert sur <:■ - pour s'épargner la peine de me faire la harangue qu'ils ont
dan.
— Mais, ajoutais-je, je ne saurais m'éclaircir de ce doute, si je ne monte jusque-là?
— Et pourquoi non? me répondais-je aussitôt. Prométhée fut bien autrefois au ciel y dérober du feu. Suis-je moins hardi que lui? et ai-je lieu de n'en pas espérer un succès aussi favorable? »
A ces boutades, qu'on nommera peut-être des ace e chaude, succéda l'espérance de faire réussir un si beau voyage : de sorte que je m'enfermai, pour en venir ut, dans une maison de campagne assez écartée, où. après avoir flatté mes rêveries de quelques moyens proportionnés à mon sujet, voici comment je montai au ciel.
J'avais attaché autour de moi quantité de fioles pleines de rosée, sur lesquelles le soleil dardait ^es rayons si violemment, que la chaleur, qui les attirait, comme elle fait les plus grosses nuées, m'éleva si haut qu'enfin je me trouvai au-dessus de la moyenne région. Mais, comme cette attraction me faisait monter avec trop de rapidité, et qu'au lieu de m'approcher de la lune, comme je prétendais, elle me paraissait plus éloignée qu'à mon départ, je
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cassai plusieurs de mes fioles, jusqu'à ce que je sentis que ma pesanteur surmontait l'attraction, et que je redescendais vers la terre. Mon opinion ne fut point fausse, car j'y retombai quelque temps après ; et à compter de l'heure que j'en étais parti, il devait être minuit. Cependant je reconnus que le soleil était alors au plus haut de l'horizon, et qu'il était là midi. Je vous laisse à penser combien je fus étonné : certes, je le fus de si bonne sorte que, ne sachant à quoi attribuer ce miracle, j'eus l'insolence de m'imaginer qu'en faveur de ma hardiesse, Dieu avait encore une fois recloué le soleil aux cieux, afin d'éclairer une si généreuse entreprise.
Ce qui accrut mon étonnement, ce fut de ne point connaître le pays où j'étais, vu qu'il me semblait qu'étant monté droit, je devais être descendu au même lieu d'où j'étais parti. Equipé pourtant comme j'étais, je m'acheminai vers une espèce de chaumière, où j'aperçus de la fumée; et j'en étais à peine à une portée de pistolet, que je me vis entouré d'un grand nombre d'hommes tout nus. Ils parurent fort surpris de ma rencontre; car j'étais le premier, à ce que je pense, qu'ils eussent jamais vu habillé de bouteilles. Et, pour renverser encore toutes les interprétations qu'ils auraient pu donner à cet équipage, ils voyaient qu'en marchant je ne touchais presque point à la terre : aussi ne savaient-ils pas qu'au moindre branle que je donnais à mon corps, l'ardeur des rayons de midi me soulevait avec ma rosée, et que, sans que mes fioles n'étaient plus en assez grand nombre, j'eusse été, possible, à leur vue enlevé dans les airs.
Je les voulus aborder ; mais comme si la frayeur les eût changés en oiseaux, un moment les vit perdre dans la forêt prochaine. J'en attrapai un toutefois, dont les jambes sans doute avaient trahi le cœur. Je lui demandai, avec bien de la peine (car j'étais tout étouffé), combien l'on comptait de là à Paris, et depuis quand en France le monde allait
tout un, ' • fuyaient avec tant d'épouvante,
qui je parlais, était un vieillard olivâtre qui • ni se jeta à mes genoux; et, joignant les mains en liant derrière la tète, ouvrit la bouche et ferma les j fi marmotta longtemps entre ses dents, mais je ne discernai poinl qu'il articulât rien : de façon que je pris son langage pour le gazouillement enroué d'un muet.
A quelque temps de là, je vis arriver une compagni soldats tambour battant, et j'en remarquai deux se sé| du gros, pour me reconnaître. Quand ils furent as che pour être entendus, je leur demandai où j'étais.
« Vous êtes en France, me répondirent-ils; mais quel diable vous a mis en cet état? et d'où vient que nous ne vous coni i point? Est-ce que les vaisseaux sont
arrivés? En allez-vous donner avis à monsieur le gouverneur? et pourquoi avez-vous divisé votre eau-de-vie en tant de bouteilles .
A tout cela, je leur repartis que le diable ne m'avait point mis en cet état; qu'ils ne me connaissaient pas, à cause qu'ils ne pouvaient pas connaître tous les hommes ; que je ne savais point que la Seine portât des navires ; que je n'avais point d'avis à donner à monsieur de Montbazon ( i) ; et que je n'étais point chargé d' eau-de-vie.
« Ho, ho, me dirent-ils, me prenant les bras, vous faites illard ? Monsieur le gouverneur vous connaîtra bien, lui î »
Ils me menèrent vers leur gros, où j'appris que j'étais véritablement en France, mais en la Nouvelle, de sorbe qu'à quelque temps de là je fus présenté à M. de Montmagnie(2), qui en est le vice-roi; il me demanda mon pays, mon nom et ma qualité; et après que je l'eus satisfait, lui contant l'agréable succès de mon voyage, soit qu'il le crût. soit qu'il feignît de le croire, il eut la bonté de me faire
(i) Les imprimés portent : « M. le maréchal de l'Hôpital. » (2) Nom omis par les imprimés.
donner une chambre dans son appartement. Mon bonheur fut grand de rencontrer un homme capable de hautes opinions, et qui ne s'étonna point, quand je lui dis qu'il fallait que la terre eût tourné pendant mon élévation, puisque, ayant commencé de monter à deux lieues de Paris, j'étais tombé, par une ligne quasi perpendiculaire, en Canada.
Le soir, comme je m'allais coucher, il entra dans ma chambre, et me dit :
« Je ne serais pas venu interrompre votre repos, si je n'avais cru qu'une personne qui a pu trouver le secret de faire tant de chemin en un demi-jour n'ait pas eu aussi celui de ne se point lasser. Mais vous ne savez pas, ajouta-t-il, la plaisante querelle que je viens d'avoir pour vous avec nos Pères Jésuites (i) ? Ils veulent absolument que vous soyez magicien ; et la plus grande grâce que vous puissiez obtenir d'eux est de ne passer que pour imposteur. Et, en effet, ce mouvement que vous attribuez à la terre est un paradoxe assez délicat ; et, pour moi, je vous dirai franchement que ce qui fait que je ne suis pas de votre opinion, c'est qu'encore qu'hier vous soyez parti de Paris, vous pouvez être arrivé aujourd'hui en cette contrée, sans que la terre ait tourné; car le soleil, vous ayant enlevé par le moyen de vos bouteilles, ne doit-il pas vous avoir amené ici, puisque, selon Ptolémée, Tycho-Brahé (2) et les philosophes modernes, il chemine du biais que vous faites marcher la terre? Et puis, quelle grande vraisemblance avez-vous, pour vous figurer que le soleil soit immobile, quand nous le voyons marcher? et quelle apparence que la terre tourne avec tant de rapidité, quand nous la sentons ferme dessous nous ?
— Monsieur, lui répliquai-je, voici les raisons à peu près qui nous obligent à le préjuger. Premièrement, il est
(1) Mot omis.
(2) Nom omis.
b'AUTRK monde l \[)
du sens commua de croire que le soleil a pris la plai centre de l'univers, puisque tous \^-> corps qui sont dans la nature ont besoin de ce feu radical, qu'il habite au cœur de ce royaume, pour être en étal «le satisfaire promptemt'iit a la nécessité <lr chaque partie, el que la tause des générations soit placée au milieu de tons les corps, pour \ agir également el pins aisément, de même que la nature a placé les parties génitales dans l'homme, lai pépins dans le centre des pommes, les noyaux au milieu de
leur fruit.
Cette pomme est un petit univers à soi-même, dont le pépin, pins chaud que les autres parties, est le soleil, qui répand autour de soi la chaleur, conservatrice d globe; et ce germe, dans cette opinion, est le petit soleil de ce petit monde, qui réchauffe et nourrit le sel végétatif de cette petite masse. Gela don,- supposé, je dis que la terre avant besoin de la lumière, de la chaleur, et de l'influence de ce çrand feu, elle tourne autour de lui pour recevoir également en toutes ses parties cette vertu qui la conserve. Car il serait aussi ridicule de croire que ce grand corps lumineux tournât autour d'un point dont il n'a que l'aire que de s'imaginer, quand nous voyons une alouette rôtie, qu'on a, pour la cuire, tourné la cheminée alentour. Autrement, si c'était au soleil à faire cette corvée, il semblerait que la médecine eût besoin du malade ; que le fort dût plier sous le faible; le grand servir au petit; et qu'au lieu qu'un vaisseau cingle le long des côtes d'une province, la province tournerait autour du vaisseau. Que si vous avez peine à comprendre comme une masse si lourde se peut mouvoir, dites-moi, je vous prie, les astres et les cieux, que vous faites si solides, sont-ils plus légers? Encore est-il plus aisé à nous, qui sommes assurés de la rondeur de la terre, de conclure son mouvement par sa figure. Mais pourquoi supposer le ciel rond, puisque vous ne le sauriez savoir, et que, de toutes les figures, s'il n'a
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pas celle-ci il est certain qu'il ne se peut mouvoir? Je ne vous reproche point vos excentriques, ni vos épicicles; lesquels vous ne sauriez expliquer que très confusément, et dont je sauve mon système. Parlons seulement des causes naturelles de ce mouvement... »
A ces mots, M. de Montmagnie m'interrompit : « J'aime mieux, dit-il, vous dispenser de cette peine; aussi bien, ai-je lu. sur ce sujet, quelques livres de Gassendi, mais à la charge que vous écouterez ce que me répondit un jour un de nos Pères, qui soutenait votre opinion : « En effet, disait-il, je m'imagine que la terre tourne, non point pour les raisons qu'allègue Copernic, mais pour ce que, le feu d'enfer étant enclos au centre de la terre, les da.mnés qui veulent fuir l'ardeur de sa flamme gravissent, pour s'en éloigner, contre la voûte, et font ainsi tourner la terre, comme un chien fait tourner une roue, lorsqu'il court enfermé dedans. »
Nous louâmes quelque temps le zèle du bon Père, et, son panégyrique achevé, M. de Montmagnie (i)me dit qu'il s'étonnait fort, vu que le système de Plolémée était si peu probable qu'il eût été si généralement reçu.
« Monsieur, lui répondis-je, la plupart des hommes, qui ne jugent que par les sens, se sont laissé persuader par leurs yeux, et de même que celui dont le vaisseau vogue terre à terre croit demeurer immobile, et que le rivage chemine, ainsi les hommes, tournant avec la terre autour du ciel, ont cru que c'était le ciel lui-même qui tournait autour d'eux. Ajoutez à cela l'orgueil insupportable des humains, qui se persuadent que la nature n'a été faite que pour eux, comme s'il était vraisemblable que le soleil, un grand corps quatre cent trente-quatre fois plus vaste que la terre (2), n'eût été allumé que pour mûrir ses nèfles, et
(1) Passage restitué d'après le MS.
(2) « Kircher regarde le soleil comme surpassant de mille fois le volume de la sphère terrestre. Il était ici plus rapproché de la vérité
houx. Huant '. moi. bien I ilir à
l'in ' brutaux (i), je crois qu
son! des mondes autour <ln soleil, el que li
sont aussi des soleils qui ont des | I
es mondes que nous ne voyo u g cause de leur ] et pa i que leur lumière emprun-
tée ne saurait venir jusqu'à nous. Car comm mt, en i foi, s'imaginer que ces g] pacieux ne soient
de grandes campagnes désertes, el que : que nous y rampons, une douzaine ainsi
ait été bâti pour commander à tous me Le
soleil compassé nos jon dire, pour
cela, qu'il n'ait été construit qu'aHn que nous ne
ions pas de la tète contre les murs dieu visible éclaire l'homme, c'est par accident, comme le flambeau du roi éclaire par accident au crocheteur qui passe par la rue.
— Mais, me dit-il, si, comme vous assurez, les étoiles fixes sont autant de soleils, on pourrait conclure de là que le monde serait infini, puisqu'il est vraisemblable que les peuples de ce monde qui sont autour d'une étoile fixe, que vous prenez pour un soleil, découvrent encore au-dessus d'eux d'autres étoiles fixes que nous ne saurions aperc» d'ici, et qu'il en va de cette sorte à l'infini.
— N'en doutez point, lui répliquai-je; comme Dieu a pu taire l'âme immortelle, il a pu faire le monde infini, est vrai que l'éternité n'est rien autre chose qu'une durée sans bornes, et l'infini une étendue sans limites. Et puis. Dieu serait fini lui-même, supposé que le monde ne fût pas infini, puisqu'il ne pourrait pas être où il n'y aurait rien, et qu'il ne pourrait accroître la grandeur du monde,
que Cyrano de Bergerac. » Flammarion, les Jf ondes imaginair les mondes réels, ch. vin.
(i) « Brutaux », supprimé dans les imprimes.
(2) Passage très corrompu, et très adouci, dans l'imprimé.
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qu'il n'ajoutât quelque chose à sa propre étendue, commençant d'être où il n'était pas auparavant. Il faut donc croire que, comme nous voyons d'ici Saturne et Jupiter, si nous étions dans l'un ou dans l'autre, nous découvririons beaucoup de mondes que nous n'apercevons pas, et que l'univers est à l'infini construit de cette sorte.
— Ma foi! me répliqua-t-il, vous avez beau dire, je ne saurais du tout comprendre cet infini.
— Hé! dites-moi, lui repartis-je, comprenez-vous le rien qui est au delà? Point du tout. Car, quand vous songez à ce néant, vous vous l'imaginez tout au moins comme du vent ou comme de l'air, et cela, c'est quelque chose ; mais l'infini, si vous ne le comprenez en général, vous le concevez au moins par parties, puisqu'il n'est pas difficile de se figurer, au delà de ce que nous voyons de terre et d'air, du feu, d'autre air, et d'autre terre. Or, l'infini n'est rien qu'une tissure sans bornes de tout cela... Si j'ai jamais l'honneur de vous voir en France, je vous ferai observer, par le moyen d'une lunette excellente, que certaines obscurités, qui d'ici paraissent des taches, sont des mondes qui se construisent. »
Mes yeux, qui se fermaient en achevant ce discours, obligèrent M. de Montmagnie de sortir. Nous eûmes, le lendemain et les jours suivants, des entretiens de pareille nature. Mais, comme quelque temps après l'embarras des affaires de la province accrocha notre philosophie, je retombai de plus belle au dessein de monter à la lune.
Je m'en allais, [dès qu'elle était levée, rêvant, parmi les bois, à la conduite et à la réussite de mon entreprise; et enfin, une veille de Saint-Jean, qu'on tenait conseil dans le Fort pour déterminer si l'on donnerait secours aux Sauvages du pays contre les Iroquois, je m'en allai tout seul, derrière notre habitation, au coupeau d'une petite montagne, où voici ce que j'exécutai. J'avais fait une machine que je m'imaginais capable de m'élever autant que je voudrais, en