‹ Cyrano de BergeracChapitre 55 sur 94 · I. VI I 1U. M · texte numérisé non relu

I. VI I 1U. M

sorte que, rien «I'' tout ce que j\ croyais nécessaire n'j manquant, je m'assis dedans, h me précipitai en l'air, du haut d'une roche. Mais, parce que je n'avais pas bien j > i i >. mes mesures, je culbutai rudemenl dans la vallée. Toul froissé néanmoins que j'étais, je m'en retournai dana ma chambre, sans perdre courage, <-i je pris de la moelle de bœuf, dont je m'oignis tout le corps, car j'étais tout meurtri, depuis la tête jusqu'aux pieds; et, après m'étre fortifié 1<* cœur «l'une bouteille d'essence cordiale, j»- m'en retournai chercher ma machine; mais je ne la trouvai point, car certains soldats, qu'on avait envoyés dans la forêt

per du bois pour l'aire le feu de la Saint-Jean, l'avant

rencontrée par hasard, l'avaient apportée au Fort, où, après plusieurs explications de ce que pouvait être, quand on eut découvert l'invention du ressort, quelquesuns dirent qu'il y fallait attacher quantité de fusées volantes, parée que. leur rapidité les avant enlevées Lien haut, et le re>sort agitant ses grandes ailes, il n'y aurait personne qui ne prît cette machine pour un dragon de feu. Je la cherchai longtemps, cependant, mais enfin je la trouvai, au milieu de la place de Québec, comme on y mettait le feu. La douleur de rencontrer l'œuvre de mes mains en un si grand péril me transporta tellement que je courus saisir le bras du soldat qui y allumait le feu, je lui arrachai sa mèche, et me jetai tout furieux dans ma machine pour briser l'artifice dont elle était environnée; mais j'arrivai trop tard, car à peine y eus-je les deux pieds que me voilà enlevé dans la nue.

L'horreur dont je fus consterné ne renversa point telle ment les facultés de mon âme que je ne me sois souvenu depuis de tout ce qui m'arriva en cet instant. Car, dès que la flamme eut dévoré un rang de fusées, qu'on avait disposées six à six, par le moyen d'une amorce qui bordait chaque demi-douzaine, un autre étage s'embrasait, puis un autre ; en sorte que le salpêtre, prenant feu, éloignait

le péril en le croissant. La matière, toutefois, étant usée, fit que l'artifice manqua, et, lorsque je ne songeais plus qu'à laisser ma tête sur celle de quelque montagne, je sentis, sans que je remuasse aucunement, mon élévation continuée, et, ma machine prenant congé de moi, je la vis retomber vers la terre...

Quand j'eus percé, selon le calcul que j'ai fait depuis, beaucoup plus des trois quarts du chemin qui sépare la terre d'avec la lune, je me vis tout d'un coup choir les pieds en haut, sans avoir culbuté en aucune façon; encore, ne m'en fussé-je pas aperçu si je n'eusse senti ma tête chargée du poids de mon corps. Je connus bien à la vérité que je ne retombais pas vers notre monde; car, encore que je me trouvasse entre deux lunes, et que je remarquasse fort bien que je m'éloignais de l'une à mesure que je m'approchais de l'autre, j'étais assuré que la plus grande était notre globe; parce qu'au bout d'un jour ou deux de voyage, les réfractions éloignées du soleil venant à confondre la diversité des corps et des climats, il ne m'avait plus paru que comme une grande plaque d'or. Cela me fit imaginer que je baissais vers la lune ; et je me confirmai dans cette opinion quand je vins à me souvenir que je n'avais commencé de choir qu'après les trois quarts du chemin. « Car, disais-je en moi-même, cette masse étant moindre que la nôtre, il faut que la sphère de son activité ait aussi moins d'étendue, et que, par conséquent, j'aie senti plus tard la force de son centre. »

Enfin, après avoir été fort longtemps à tomber (à ce que je préjugeai, car la violence du précipice m'empêcha de le remarquer), le plus loin dont je me souviens, c'est que je me trouvai sous un arbre, embarrassé avec trois ou quatre branches assez grosses que j'avais éclatées par ma chute (i)...

(i) Entre ces deux chapitres s'intercale une longue digression incompréhensible dans le texte imprimé, qui est plein de lacunes, et assez en-

ai; MU. MONDE

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