L ALI I
moi -i:: ie des péchés contre nature. Cela fut
que je demeurai longtemps sans la voir, ni pas une
du 16X6.
pendant il fallait bien que quelqu'un edt réchaufl elles de la définition de mon être, car, comme y songeais plus qu'à mourir en ma cage, on me vint quérir encore un* fois pour me donner audience. .I« fus donc mterrog' . i • ind nombre de courti
sur quelques points de physique, ei mes répoi que
je cro [surent un, car celui qui présidait m'exposa
fort au Long ses opinions but la structure du m aide. Elles me semblèrent in s et, sans qu'il passât jusqu'à
irigine, qu'il soutenait éternelle, j'eusse trouvé sa philosophie beaucoup plus raisonnable que la nôtre.
que je L'entendis soutenir une rêverie si contraire à ce que la foi nous apprend, je brisai avec lui, dont il ne fit que rire; ce qui m'obligea de lui dire que, puisqu'il venaient là, je recommençais à croire que leur monde n'était qu'une lune.
• Mais, me dirent-ils tous, vous y voyez de la terre, des rivières, des mers; que serait-ce donc tout cela?
— N'importe ! repartis-je, Aristote assure que ce n'est que la lune; et, si vous aviez dit le contraire dans les classes où j'ai fait mes études, on vous aurait siffles. »
Il se fit, sur cela, un grand éclat de rire. Il ne faut pas demander si ce fut de leur ignorance; mais cependant on me conduisit dans ma cag-e.
Mais d'autres savants, plus emportés que les premiers, avertis que j'avais osé dire que la lune d'où je venais était un monde, et que leur monde n'était qu'une lune, crurent que cela leur fournissait un prétexte assez juste pour me faire condamner à l'eau : c'est la façon d'exterminer les impies. Pour cet effet, ils furent en corps faire leur plainte au roi, qui leur promit justice, et ordonnna que je serais remis sur la sellette.
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Me voilà donc dégagé pour la troisième fois ; et lors, le plus ancien prit la parole, et plaida contre moi. Je ne me souviens pas de sa harangue, à cause que j'étais trop épouvanté pour recevoir les espèces de sa voix sans désordre, et parce aussi qu'il s'était servi, pour déclamer, d'un instrument dont le bruit m'étourdissait : c'était une trompette qu'il avait tout exprès choisie afin que la violence de ce son martial échauffât leurs esprits à ma mort, et afin d'empêcher par cette émotion que le raisonnement ne pût faire son office, comme il arrive dans nos armées, où le tintamarre des trompettes et des tambours empêche le soldat de réfléchir sur l'importance de sa vie. Quand il eut dit, je me levai pour défendre ma cause, mais j'en fus délivré par une aventure qui va vous surprendre. Comme j'avais la bouche ouverte, un homme, qui avait eu grande difficulté à traverser la foule, vint choir aux pieds du roi, et se traîna longtemps sur le dos en sa présence. Cette façon de faire ne me surprit pas, car je savais que c'était la posture où ils se mettaient, quand ils voulaient discourir en public. Je rengainai seulement ma harangue; voici celle que nous eûmes de lui :
« Justes, écoutez-moi ! vous ne sauriez condamner cet (f homme, ce singe ou ce perroquet, pour avoir dit que « la lune est un monde d'où il venait ; car, s'il est « homme, quand même il ne serait pas venu de la lune, « puisque tout homme est libre, ne lui est-il pas libre aussi « de s'imaginer ce qu'il voudra ? Quoi ! pouvez-vous le « contraindre à n'avoir pas ses visions ? Vous le forcerez a bien à dire que la lune n'est pas un monde, mais il ne le « croira pas pourtant ; car, pour croire quelque chose, il c< faut qu'il se présente à son imagination certaines possi- « bilités plus grandes au oui qu'au non ; à moins que vous a ne lui fournissiez ce vraisemblable, ou qu'il ne vienne « de soi-même s'offrir à son esprit, il vous dira bien qu'il « croit mais il ne croira pas pour cela.
1 IUTRE ■:
i J'ai maintenant à voua prouver qu'il ne doit paa être i condamné, si vous le posez dans la catégorie des bel ar, supposé qu'il soit animal sans raison, <-n auri
de l'accuser d'avoir péch< elle .'
a II a dit que la lune était un monde • bétea n'
■ •ut que par instinct de la nature : -loue, c'est la o nature qui le dit, et non pas lui. De croire que cetù « vanle nature qui a l'ail le monde el la lu te n-' sa<-he ce « que c'est qu'elle-même, et que vous autres, qui a connaissance que ce que vous en tenez d'elle, le sachiez < plus certainement, cela serait bien ridicule. Mais, quand a môme la passion vous ferait renoncera vos princip ( que vous supposeriez que la nature ne guidât pas les « bêtes, i à lout le moins des inquiétudes que
« vous causent les caprices d'une bête. En vérité. Messi< « si vous rencontriez un homme d'âge mur, qui veillât a « la police d'une fourmilière, pour tantôt donner un souf- <( flet à la fourmi qui aurait fait choir sa compagne, tantôt k en emprisonner une qui aurait dérobé à sa voisine un « grain de blé, tantôt mettre en justice une autre qui au- « rait abandonné ses œufs, ne l'estimeriez-vouspas insensé « de vaquer à des choses trop au-dessous de lui, et de préc tendre assujettir à la raison des animaux qui n'en ont « pas l'usage? Comment donc, vénérable assemblée. d< - ■ fendrez-vous l'intérêt que vous prenez aux caprices de ce
petit animal ? Justes, j'ai dit. »
Dès qu'il eut achevé, une sorte de musique d'applaudissements fit retentir toute la salle ; et, après que toutes les opinions eurent été débattues un gros quart d'heure, le roi prononça :
« Que dorénavant je serais censé homme, comme tel mis en liberté, et que la punition d'être noyé serait modifiée en une amende honteuse (car il n'en est point en ce pays-là d'honorable) ; dans laquelle amende je me dédirais publiquement d'avoir soutenu que la lune était un
Monde, à cause du scandale que la nouveauté de cette opinion aurait pu apporter dans l'âme des faibles . »
Cet arrêt prononcé, on m'enlève hors du palais ; on m'habille par ignominie fort magnifiquement : on me porte sur la tribune d'un magnifique chariot, et, traîné que je fus par quatre princes qu'on avait attachés au joug, voici ce qu'ils m'obligèrent de prononcer aux carrefours de la ville.
ce Peuple, je vous déclare que cette lune-ci n'est pas une « lune, mais un monde ; et que ce monde là-bas n'est pas « un monde, mais une lune. Tel est ce que le Conseil « trouve bon que vous croyiez. »
Après que j'eus crié la même chose aux cinq grandes places de la cité, j'aperçus mon avocat qui me tendait la main pour m'aider à descendre. Je fus bien étonné de reconnaître, quand je l'eus envisagé, que c'était mon Démon. Nous fûmes une heure à nous embrasser :
a Et venez-vous-en chez moi, me dit-il, car de retourner en cour après une amende honteuse, vous n'y seriez pas vu de bon œil. Au reste, il faut que je vous dise que vous seriez encore parmi les singes, aussi bien que l'Espagnol votre compagnon, si je n'eusse publié dans les compagnies la vigueur et la force de votre esprit, et brigué contre vos ennemis, en votre faveur, la protection des grands. »
La fin de mes remercîments nous vit entrer chez lui ; il m'entretint, jusqu'au repas, des ressorts qu'il avait fait jouer pour obliger mes ennemis, malgré tous les plus spécieux scrupules dont ils avaient embabouiuéle peuple, à se déporter d'une poursuite si injuste . Mais, comme on nous eut avertis qu'on avait servi, il me dit qu'il avait, pour me tenir compagnie, ce soir-là, prié deux professeurs d'académie de cette ville de venir manger avec nous .
a Je les ferai tomber, ajouta-t-il, sur la philosophie qu'ils enseignent en ce monde-ici, et, par même moyen, vous verrez le fils de mon hôte. C'est un jeune homme
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autant pi eio d'esprit que j'en aie jamais rencontré un second Soerate, s'il pouvait régler ses lumières, et ne point étouffer dans le vice les grâces dont Oieu contio lement l<* visite, et ne plus affecter le libertinage, comme il l'ait, par une chimérique ostentation et une aile, talion de s'acquérir la réputation d'homme d'esprit. Je me suis .'ans pour épier les occasions de Tinstrui] Il se tut, comme pour me laisser à mon tour la lib de discourir ; [mis, il fit signe qu'on me dévêtit des honteux ornements dont j'étais encore tout brillant.