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qui dirait Science naturelle > c'est-à-dire une de tout ce qui est dans la natti
Quiconque y aspire se propose pour but de savoir , de toutes les choses et la cause îles changements qu' remarque. < lr, pour connaître la cause d< ments, cela dépend des premières connai nous
avons des objets, ou de leurs simples appréhensions, sur lesquelles ensuite se forment tous nos raisonn* ments; car, si cette d< pend an ce n'était point nécessaire, comment serait-il possible de pénétrer dans les propriétés des choses qui n'auraient fait aucune impression sur nous? C'est donc me d'observer ce que les objets causent en
nous, avant de rechercher ce qu'ils sont en eux-mêmes.
Mais, afin de ne ncus pas laisser emporter à quantité de préjugés que nous acquérons avec l'âge, mettons-nous en un état de pure ignorance : c'est pourquoi ne supposons rien du tout, dépouillons-nous de toute science, et considérons-nous seulement capables de sentir, sans pourtant que nous ayons encore jamais rien senti. N'est-il pas vrai que si, dans cet état, une épingle nous pique, nous nous trouvons un peu mal, et dans un état plus incommode que celui auquel nous étions avant d'être piqués? C'est ce qu'on appelle état ou sentiment de douleur. Ainsi, encore que l'épingle soit quelque chose différente de nous-mêmes, elle cause pourtant en nous cette douleur. Mais, afin que vous ne vous trompiez par l'équivoque des termes que le vulgaire ignorant a mis en usage pour expliquer son préjugé, c'est-à-dire les choses comme il les entendait, gar» dez-vous bien de séparer la sensation d'avec la douleur; car, quoique vous disiez ces mots : J'ai senti de la douleur, vous ju°ez bien que la douleur ne peut pas être dans l'épingle, puisque l'épingle ne vit pas; qu'elle n'est pas aussi hors de vous : inférez de là qu'elle est en vous.
Il faut pourtant de cette règle-ci excepter de certaines rencontres, comme, par exemple, celle-ci : Je sens quel-
qu'un qui me touche; car il diffère du premier, en ce que dans le premier ce que vous appelez douleur n'est qu'une façon de sentir. On pourrait, à la vérité, se servir de ces termes au pied de la lettre : J'ai senti de la douleur, séparant le sentiment de la douleur même, et alors ils signifieraient une connaissance réfléchie, dont les paroles voudraient dire : J'ai reconnu que je sentais, ou J'ai raisonné à propos de ce que je sentais. Mais, parce que ce ne sera pas dans ces sortes de connaissances, que vous serez si sujets à manquer, et que ce sera dans les premières, il est important que vous soyez attentifs, et que vous considériez plutôt la chose signifiée que la façon avec laquelle on l'exprime.
Revenant donc à cette douleur ou cette sensation causée par l'épingle, je me doute bien que vous l'admettrez tout à fait du côté de la personne sentante, sans concevoir rien de semblable dans l'épingle; mais cette difficulté se rencontre à divers degrés dans d'autres exemples, et en voici un. Si vous appliquez votre main devant le feu, il naîtra dans vous un certain chatouillement, qui, étant médiocre, s'appellera chaleur, et qui, allant à l'excès, s'appellera brûlure; ce sont deux façons de sentir qu'il faut concevoir être en vous, comme vous concevez en vous la douleur causée par la piqûre d'une épingle. Je ne suis pourtant pas si sévère de vous défendre d'admettre quelque chose dans le feu, tel que vous voudrez vous le figurer, qui cause cette chaleur ou cette brûlure; mais je me contente, pour cette heure, de vous faire établir de la différence entre le sentiment qui est en vous et ce que vous vous figurez d'extérieur pour vous faire sentir. Corrigez donc cette façon d'imaginer et de parler : J'ai senti le feu; et pensez à la place :
« Le feu a été appliqué à ma main; d'où s'est ensuivi en moi une certaine façon de sentir, qu'on nomme chaleur ou brûlure. »
l'insin
Ainsi, quelque chose que vous vous persuaderez êl re dans iandes, dans les parfums et dans un tambour Frappé, laveurs, ces odeurs et ce bruit, desquels vous souvenez, après même que les objets sont éloignés de vous,
eu vent, de toute possibilité, ttre choa qi
chatouillem mts divers et des façons de sentir différentes, qui sont en vous, causées par quelque chose d'extérieur. Ainsi, vous enl ;ndez que de parler : Le feu est
chaud, la perdrix est savoureuse, le musc est odorant, et le tambour est sonoreux, ne veulent dire autre chose, sinon que le feu peut exciter en nous cette sensation de chaleur: la perdrix, celle de la saveur; le musc, de l'odeur, et le tambour, du son.
Tout cela se conçoit assez facilement; mais il n'en est pas de même de l'impression des objets sur L'œil, et du sentiment qui en résulte, lequel est ce qu'on nomme lumière ou chaleur, parce que nous les rapportons au dehors et loin de nous, et cependant la faute vient de ce que nous ne reconnaissons aucune application des objets à l'œil, comme on sait que le feu s'applique à la main, la viande à la langue, les parfums au nez, et peut-être l'air mû à l'oreille. Si toutefois on est attentif au ressouvenir des couleurs et à leur idée qui est en nous, principalement dans les songes, durant lesquels on voit des couleurs aussi distinctes que si l'on veillait, et toutes semblables à celles que l'on voit en veillant; de même que les couleurs qu'on voit en songe sont en nous, ou, à tout le moins, sont des sensations qui sont en nous, il faudra juger le même des couleurs que l'on voit en veillant, avec cette différence que les dernières couleurs sont excitées en nous par quelque chose d'extérieur qui est dans les objets, ou bien que celles des songes ont leurs causes en nous : de cette sorte, ce que voient les frénétiques n'étant pas hors d'eux, il est nécessaire que ces idées que les frénétiques se forment si fortement, et qu'ils rapportent au dehors, soient
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quelque chose en eux ; mais, si vous n'osez pas vous fier au jugement de ces malades, non plus qu'à vos songes, afin de vous faire connaître que c'est mal raisonner de rapporter les couleurs au dehors, parce qu'elles vous paraissent au dehors, considérez qu'agitant en rond un tison allumé, vous voyez un cercle de feu, que vous rapportez aussi opiniâtrement au dehors que le tison même. Sachant donc qu'il n'y a rien de semblable au lieu où vous vous le figurez, et encore moins ailleurs hors de vous, pourquoi ne conclurez-vous pas que cette apparence est seulement en vous?
De même, quand, à quatre pieds, vous regarderez dedans une glace, et qu'alors vous verrez votre image quatre pieds au delà de la glace, qui sera peut-être adossée contre un mur opaque, puisque cette figure et ces couleurs ne peuvent pas être au lieu où vous les rapportez, vous les devez conclure en vous-même. Regardant un seul objet au travers d'un cristal taillé à plusieurs faces, on le voit multiplié ; regardant au travers d'un verre plus épais au milieu qu'au bord, pourvu qu'on ne l'approche pas trop près de l'œil, l'objet éloigné paraît renversé; regardant au travers d'un verre moins épais au milieu qu'au bord. l'objet paraît plus petit. Or, cette multiplication, ce renversement et ce rapetissement, ne sont pas dans l'objet; donc ils sont en nous.
Je finis par cette expérience, qui vous semblera sans doute plus convaincante, parce qu'elle est moins connue avec ses circonstances. Si vous regardez, au soir, d'un bout à l'autre d'une chambre, une chandelle'allumée,vous remarquez, en clignant les yeux, partir des rayons de la chandelle vers le haut et vers le bas, que vous rapportez aussi opiniâtrement au dehors, que vous rapportez au dehors la lumière de la flamme. Vous savez néanmoins que les rayons ne sont pas en ce lieu-là, où vous ne les verriez pas si vous ne cligniez les yeux, et où un autre que vous ne les aperçoit, ni au
PHT8IQUI OU B( IBNCE DBS CH R«LI i I
môme lieu, ai au même temps, aide la même grandeur et figure. Inférezdonc ave- certitude, puisque ces rayons ou • .-( tte lumière rayonnante ne sont pas autour de La ch délie, ni encore moins ailleurs hors de vous, qu'ils sonl en
vous. .Mais, pour découvrir davantage votre trompe tandis que vous clignez les yeux, essayez avec quel corps opaque, comme un livre ou autre chose, de cacher les rayons de la chandelle qui vous semblenl aile bas : ce que vous ferez, élevant petit à petit ce corps opaque, jusqu'à ce qu'il vous cache une partie de la chi telle; alors, contre votre attente, vous \ rayons d'en haut; e1 quant à ceux d'en bas, parce que vous êtes certain que vous ne les sauriez voir au trai d'un corps opaque, vous ne les rapporterez plus au lieu où vous les rapportiez auparavant. Néanmoins, à cause de la coutume que vous avez de rapporter cette sensation au dehors, vous vous imaginerez les rayons le plus loin de vous qu'il vous sera possible, et vous les jugerez sur la surface du corps opaque; mais enfin, parce que, si vous approchez ce corps opaque encore plus près de votre œil, vous les remarquerez plus près, et ainsi, de plus près en plus près, à force de l'approcher, vous argumenterez que ces rayons, ne pouvant pas être en tous ces lieux différents, ils sont infailliblement dans votre œil.
Ainsi, quoique l'habitude de voir, que vous avez acquise de longtemps, vous fasse trouver de la difficulté à concevoir que la lumière et les couleurs que vous connaissez soient en vous à la présence des objets, il ne faut pas pour cela que vous fassiez difficulté de les y établir; mais vous devez ensuite employer votre curiosité à rechercher comment cela arrive.
De tout ce que je viens de dire, puisque la douleur, la chaleur, la saveur, l'odeur, le son, la lumière, ou les couleurs, ne sont que des façons de sentir toutes différentes, causées par divers objets des organes qui ont aussi de
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différentes facultés de sentir ; puisque,, l'épingle ou le feu étant appliqués à la main, nous ne connaissons immédiatement et distinctement que ce qu'ils y excitent, et non pas l'épingle ni le feu; de même les viandes, les parfums, l'air pousse par un canon, et la flamme, étant appliqués chacun à son organe, nous ne saurions connaître, sans raisonnement, que les seules sensations, et non pas ce qui les cause : il résulte de là cette conséquence universelle, que tout ce que nous connaissons clairement, certainement, distinctement, et sans détours, sont les sensations qui sont en nous, et que nous ne connaissons rien du tout du côté des objets, si ce n'est par conjectures et par raisonnements.
CHAPITRE II Du progrès delà Physique, et avis pour la conduite de celui qui étudie.
La vérité de cette conséquence reconnue, et nous ressouvenant aussi que nous avons eu quelquefois des songes, pendant lesquels nous pensions toucher, goûter, flairer, ouïr et voir clairement, distinctement et certainement des choses que nous rapportions au dehors, bien que depuis nous ayons été convaincus qu'il n'y avait rien de semblable, et que toutes ces sensations naissaient et se conservaient en nous seulement, nous pourrions entrer en défiance que notre vie serait un songe continuel, et qu'il n'y aurait rien du tout hors de nous. Mais parce que de semblables sensations se ressuscitent en nous avec de certaines circonstances, et que nous considérons que d'autres témoignent avoir les mêmes sentiments, nous concluons qu'il y a quelque chose d'extérieur qui en est la cause .
C'est pourquoi, après avoir remarqué les effets, nous devons rechercher quels peuvent être les sujets, afin de les produire. Pour cela, nous sommes obligés de faire quelque supposition, et ensuite examiner si elle s'accorde avec les apparences; car, si nous y trouvons une seule répugnance
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(|ni s.tii évidente! nous devons conclure « 1 1 m- tond' i invention o'est qu'une pure chimère; et, quand même on n'en remarquerait aucune, il ne Paul pas toutefois 61 vainque de croire certainement avoir trouvé le vrai, | que nous pourrions bien soupçonner qu'un autre, possible) quelque jour, donnera une explication différente de celle-ci, laquelle satisfera et s'accordera de même à toutes les e riences dont la nôtre rend raison. C'est pourquoi tout ce que nous pouvons juger en faveur de notre h\ pothèse, de la faire passer pour vraisemblable, et non pas pour vraie.
Donc, encore que par la Physique on puisse se proposer (comme nos superbes et ridicules pédants) une connaissance certaine et évidente des choses dans leurs cau- [ui e^t, à la vérité, ce qu'on pourrait souhaiter, nous ne le devons pas attendre de la faiblesse de nos raisonnements, à moins que nous ne fussions aidés des révélations d'un Dieu (i), qui ne peut manquer, et dont la conduite est à l'aventure tout autre que ce que nous nous figurons. C'est ce qui doit encore augmenter notre incertitude, et nous empêcher de parler avec bravade. Après cela, si nous nous confessons inférieurs à ceux qui se vantent d'avoir trouvé la vérité, nous obtiendrons au moins par-dessus eux l'avantage d'être plus justes estimateurs de la valeur des choses, et nous éviterons ce vice que tous les jeunes écoliers apprennent de leurs maîtres, qui défendent avec opiniâtreté ce qui n'est pour le plus que vraisemblable, et même bien souvent ce qu'ils n'entendent pas. Mais, quand ils l'ont une fois proposé, s'imaginant qu'il serait honteux de se dédire, après avoir reconnu leur faute, ils la soutiennent opiniâtrement, comme si c'était une loi nécessaire, que tout ce qu'ils disent fût la vérité, seulement parce qu'ils le disent.
Tout homme sage n'est pas obligé à trouver toutes les
(i) Toujours du cartésianisme, et non de la théologie.
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vérités : mais si on lui demande son jugement sur quelque proposition du cru d'un autre, ou il n'est pas ami de la vérité, ou il doit dire que cela est véritable qu'il reconnaît pour tel, et traiter de vraisemblable seulement ce qui ne fait pas assez de poids sur son esprit pour le convaincre, agissant toujours de bonne foi, sans malice, sans finesse, et toujours selon la vérité des choses; et, à plus forte raison, le doit-il faire, s'il s'agit de son invention, dont la modestie ne lui permet pas de parler avantageusement.
Cette conduite est de très grande importance à ceux qui s'adonnent à la recherche des sciences, et principalement de la Physique, laquelle demande qu'en l'abordant vous suiviez encore les conseils que vous allez entendre. Premièrement, de tenir plutôt votre jugement en balance, que de îe déterminer à aucune opinion dans des choses qui ne se font pas comprendre, et dire plutôt : Je n'en sais rien, je n'y comprends rien, que de faire de vains efforts pour expliquer une chose obscure par une plus obscure.
Après cet avis, vous vous devez encore proposer cette maxime, d'éviter toujours les grands détours, et d'expliquer les choses le plus brièvement, et avec le moins d'embarras qu'il vous sera possible, suivant les préceptes de l'école (quoiqu'elle ne l'observe guère), qui défend de faire par le plus ce qui peut se faire par le moins.
Tout ce que j'ai dit jusqu'à cette heure servira pour la méthode, et pour vous faire discerner ce qui est en vous d'avec ce qui est hors de vous. En suite de quoi, nous pouvons maintenant rechercher quels doivent être les êtres extérieurs, pour se faire sentir, et encore auparavant de quoi ils sont composés, qui est ce qu'on nomme leurs principes.
CHAPITRE III Des principes des êlres sensibles, ou de la matière. Etablissant quelque chose dont les êtres sensibles soient