PHYSIQUE OU SCIENCE DU CHOSES NATURBLL
composés, il importe tout à fait d'en savoir la natui non pas de quel nom on la doit appeler. Ces! pourquoi nous tenant à la façon du parler des autres, nous la nommerons matière ou corps. Mais, puisque nous avons sein de rechercher quelle est cette matière qui constitue tout ce qu'il y a au monde, et quelle est son . afin
de ne pas tomber dans quelques erreurs fort préjudiciables, il faut se ressouvenir qu'elle ne nous peut pas être connue immédiatement, puisqu'on cette façon nous ne connaissons que les sensations qui sont de notre côté; ainsi, il n'y aura que l'esprit qui la pourra observer en raisonnant. Or, par le raisonnement, nous apprendrons, en premier lieu, qu'être matériel, ce n'est pas être dur, puisque l'eau n'est pas dure et ne laisse pas d'être matière, joint aussi que le plomb et les autres métaux peuvent se fondre et se rendre liquides, sans cesser d'être matériels. De même, nous conclurons qu'être coloré n'est pas être matériel, puisque l'eau, l'air et le verre sont des êtres matériels sans couleur. Après cette remarque, nous saurons encore qu'être matériel n'est pas être chaud, froid, savoureux, etc., puisque nous concevons bien la matière sans chaleur, froideur, saveur, etc. Mais, parce que nous ne la saurions comprendre sans y concevoir de l'extension, vous inférerez qu'être matière est être étendu : tellement que, pour vous proposer le corps, ou la matière hors de vous, il ne faut qu'établir une chose étendue. Par ce mot de chose, je n'entends pas une parole ou une pensée chimérique, mais une réalité, c'est-à-dire quelque chose qui soit, en effet, hors du néant, laquelle, pour faire différer de quelque chose spirituelle, nous concevons étendue.
Si donc, ayant médité sérieusement cette proposition : « Dieu nepeut-il pas ôter tout l'air qui est dans une chambre, sans y en substituer d'autre, et faire que les murailles demeurent en leur lieu, gardant seulement entre elles un espace sans corps ou matière? » D'abord, tout ce que vous
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pourrez faire pour concevoir cet espace sera de ne plus imaginer de dureté, de résistance à se mouvoir, plus de lumière ou de couleur, en qui ne consiste pas la matière : mais vous ne pourrez pas vous empêcher de concevoir, par cet espace, quelque chose qui est véritablement, et quelque chose qui est véritablement étendu, laquelle est toute la notion claire et distincte que nous pouvons avoir de la matière. C'est pourquoi, si vos paroles expriment vos pensées, vous prononcerez que cette proposition enveloppe contradiction, et qu'elle est de la nature de ces autres : « Faire une montagne sans vallée, un bâton sans deux bouts, une boule qui ne soit pas ronde, » puisqu'il s'agit en celle-là d'ôter la matière de la matière môme que l'on suppose.
La chose est 'donc impossible dans la condition sous laquelle elle est avancée ; car, si Dieu ôtait l'air qui est entre les murailles, et n'y laissait plus rien, vous devriez entendre que les murailles se toucheraient. Le vide, tel qu'on le propose ordinairement, est donc une chimère, puisque, si un corps a plus d'étendue qu'il n'en avait auparavant, ce n'est pas qu'il contienne du vide, mais bien d'autres corps qu'il a peut-être reçus, sans que vous vous en soyez aperçu, et sans que vous les ayez pu discerner parmi cette matière dans laquelle ils sont entrés. De même, si un corps n'est plus sous une si grande masse qu'auparavant, vous devez juger que certaines parties en sont sorties, et que les restantes se touchent plus immédiatement : ce que vous estimerez faisable, si vous considérez qu'il n'est pas nécessaire que tout ce qu'il y a au monde, et même auprès de vous, soit sensible, vu qu'il est assuré que certaines personnes peuvent sentir quelque odeur, ou voir quelque couleur, lorsque vous ne flairez ni ne voyez rien du tout. De là vous entendrez aussi une conséquence de juger le monde sans bornes, qui est ce qu'on nomme infini, ou plutôt indéfini, parce que, de le concevoir avec des bornes, c'est ne rien concevoir ail delà; mais c'est ce qu'on ne
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saurait faire, puisqu'on i;c saurait s'empêcher d'admettre encore de l'étendue au dehors» c'est-à-dire qu'on a tellemenl limiter la matière du monde, que je n'en çoive encore d'autre au delà des limites. G'esl pourqu moi us que la révélation divine 1 1 1 ne nous apprenne que le monde est borné (ce qui pour lors nous obligerait de le croire ^aus le comprendre, étant obligés de captiver n esprit sous le j<-ul; de la foi), nous devons concevoir que le monde est indéfini.
Or, vous devez savoir que c'est encore une cpnséqu de noire doctrine que, de deux corps de pareille étendue, comme du plomb et du bois, l'un ne contient pas pli matière que l'autre, encore que vous ayez plus de difficulté à empocher l'un d'être mu vers la terre que l'autre, parce que cette sorte de mouvement n'est pas en quoi consiste la mat