‹ Cyrano de BergeracChapitre 9 sur 94 · FLEUR · texte numérisé non relu

FLEUR

Ohl Grand Dieu! quel!» ra

CHARLOT Non, mon père, je n'y puis consentir.

FLEUR Y, fuyant.

Liez-le, mon cousin, liez-le ! Il ne faut qu'un malheur.

CHANGER Piliers de classes, Tire-gigots, Ciseaux de portions (i), Exécuteurs de .Justice! Adestc subito, adeste, ne dicam adoolate (2). Jetez-moi promptement vos bras achillains sur ce microcosme erroné de chimères abstractives, et liez-le aussi fort que Prométhée sur le Caucase. CHARLOT Vous avez beau faire, je n'irai point!

GRANGER Gardez bien qu'il n'échappe, il ferait un haricot de nos scientifiques substances!

Les cuistres le lient.

CHARLOT Mais, mon père, encore, dites-moi pour quel sujet vous me traitez ainsi ! Ne tient-il qu'à faire le voyage de Venise pour vous contenter? J'y suis tout prêt.

Les cuistres le relâchant.

CHARLOT Oui, mon père, je vous promets de vous obéir en toutes choses; mais, pour aller à Venise, il n'y faut pas penser. Les cuistres le saisissent à nouveau.

(i) Sobriquets donnés aux valets de collège, aux cuistres fouetteurs. (3) Venez vite, venez, que dis-je ? volez plutôt.

l8 CYRANO DE BERGERAC

CHARLOT Ah ! mon père, ne me liez point, je suis tout prêt à partir.

On le relâche.

GRANGER Ah! je le savais bien, que mon fils était trop bien morigéné pour donner chez lui passage à la frénésie. Va, mon dauphin, mon infant, mon prince de Galles ! Tu seras quelque jour la bénédiction de mes vieux ans. Excuse un esprit prévenu de faux rapports ; je te promets en récompense d'allumer pour toi mon amour au centuple, dès que tu seras là.

CHARLOT Où, là, mon père?

GRANGER A Venise, mon fils.

A Venise, moi ? Plutôt la mort !

Au fou, au fou! Ne voyez-vous pas comme il m'a jeté de l'écume en parlant ? Voyez ses yeux tout renversés dans sa tête! Ah! mon Dieu, faut-il que j'aie un enfant fou! Vite ! qu'on me l'empoigne !

On le saisit encore.

CHARLOT Mais encore, apprenez-moi pourquoi on m'attache?

UN CUISTRE Parce que vous ne voulez pas aller à Venise.

CHARLOT Moi, je n'y veux pas aller? On vous le fait accroire. Hélas ! mon père, tant s'en faut ! Toute ma vie j'ai sou-

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laite avec passion de voir l'Italie, et ces belles contrées qu'on

ippelle l<v jardin du Monde.

On le ralAche.

ORANGER

Donc, mon fils, tu n'as j>lus besoin d'ellébore. Donc, tatêtereste encore aussi saine que celle d'un chou cabus près la gelée. Viens m'embrasser, viens, mon toutou, et vn-iYn aussitôt chercher quelque chose de gentil et bon irché, qui soit rare hors de Paris, pour en faire un présent à ton oncle; car je vais tout à cette heure te retenir une place au coche de Lyon.

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