XVI PREFACE
de ses lettres, en nous le montrant toujours hostile à la religion par Leurs passages anti-chrétiens, ont un certain piquant. * Notre satisfaction est donc grande de servir la renommée de Cyrano de Bergerac comme il eût désiré qu'elle fût servi.. Nous imprimons sa pensée tout entière. On trouvera dans cette édition de ses Œuvres Libertines le texte non expurgé de L'Autre Monde, publié intégralement pour la première foi> en France 1 , d'après les manus< ri ls de Paris et de Munich, enrichi des notes de M. Juppont, etc. ; celui du Pédant Joué et des Lettres les plus importantes, également d'après le manuscrit de la Bibliothèque Nationale, etc., etc. Enfin, pour la biographie de Cyrano, nous avons utilisé toutes les découvertes faites sur sa vie jusqu'à ce jour, mais elle serait incomplète si nous ne lui donnions comme conclusion le jugement d'un contemporain., Ch. Coypeau Dassoucv, qui l'a connu, aimé et haï... pour tout autre motif que son libertinage !
1 II y a un<> édition de 1010, illustrée par Robida, que son collecteur dit reproduit •■ te ODMtiscrit de In Bibliothèque nationale". L assertion est inexacte : c'est on mélange du manuscrit de la Bibliothèque nationale et de l'édition de Lyon, 1663.
Grâce aux érudits qui se sont occupés de Cyrano de Bergerac, nous possédons des renseignements précis et complets sur sa famille (1), d'origine sarde.
Le premier Cyrano que Ton connaisse en France : Savinien I de Cyrano, notable bourgeois de Paris, d'abord marchand de poisson de mer, puis notaire et secrétaire du roi en 1571 (2), était propriétaire d'une grande maison qu'il habitait rue des Prouvaires (3), près des Halles ; elle fut pendant près d'un siècle le patrimoine de la famille. Il possédait aussi de nombreuses rentes sur le clergé, l'Hôtel de Ville et les gabelles, et avait acheté le fief et la terre de Bray, dans la paroisse de Chelles ; le fief et la terre de Boiboisseaux, dans la paroisse de Saint- Remy-de-Chevreuse. Enfin, en 1582, Thomas de Forboys lui vendait, moyennant 833 livres de rente, les fiefs de Mauvières et de Bergerac, dans la paroisse de Saint-Forget. Savinien I de
(1) Les détails qui suivent sont pris dans : Jal : Dictionnaire Critique de Biographie et d'Histoire, 2" édit., 1872 ; dans l'article de M. J. Roman : Cyrano de Bergerac et sa famille {Revue d'Histoire Littéraire de ta France, 189k, p. 45/); dans la thèse de Pierre Brun : Savinien Cyrano de Bergerac, 1S93 ; dans l'article de M. Frédy de Coubertin : La Famille de Cyrano de Bergerac [Nouvelle Revue, juin 1898, p. 427), et surtout dans le travail de M. Jean Lemoine : Le Patrimoine de Cyrano de Bergerac (Revue de Paris, 1911, mai-juin, p. 'J73). — On trouve une Catherine de Cirano (probablement une sœur de Savinien) demeurant à La Bignongnière, jjaroisse de Saint- Forget, vendant à Thomas de Forbois, sieur de Mau.ières, deux arpents de bois, sis à Mauvières (F. de G.). Son frère Samuel était, en 1594, abbé de Saint-Jean des Prés en Bretagne.
(2) Abraham Tessereau : Histoire Chronologique de la Grande Chancellerie de France, 1676, in-folio. — D'après Pierre Brun, Savinien I fut nommé en 1573, auditeur des comptes, mais il ne fut pas reçu ; on le remplaça le 15 juin 1574. — Cette même année 1574, il vendit à un nommé Guillaume Durand le quart d'une maison sise rue de la Bucherie (P. B.).
(3) La rue des Prouvaires, dont il ne subsiste plus aujourd'hui que la partie comprise entre la rue Saint^Honoré et la rue Berger, s'étendait, autrefois, jusqu'à l'église Saint-Eustache. C'est dans cette dernière partie, occupée par les Halles centrales, au coin de la rue des Deux-Ecus, que s'élevait la maison des Cyrano. Elle comprenait deux corps d'hôtel : l'un, sur la rue ; l'autre, sur le derrière ; une cour, un puits, une écurie, une cuisine, une grande salle au rez-de-chaussée, plusieurs chambres aux premier et deuxième étages, et des greniers. En 1618, lors du partage entre Abel de Cyrano et ses frères, cette maison fut évaluée à la somme de 13.000 livres, soit environ 70.000 francs de no9 jours. (J. L.)