‹ Cyrano de BergeracChapitre 25 sur 36 · XLVIII LA VIE DE CARANO DE BERGERAC · texte numérisé non relu

XLVIII LA VIE DE CARANO DE BERGERAC

L'exécution de ces grands projets exigeait des loisirs. La littérature ne nourrissait guère ses fervents, en 1645, sans l'appui d'un Mécène, — et quel Mécène aurait accueilli ou recueilli le pauvre diable, débilité par ses excès, ruiné par le jeu, vivant presque dans un grenier, sans le moindre ouvrage en poche à dédier à son protecteur, et dont les démêlés qu'il avait avec son père n'étaient ignorés de personne ! (1)

Des loisirs, Cyrano en a trop, il est plutôt délaissé. Ses amis de la première heure, il est vrai, lui restaient fidèles ; d'autres plus récents, comme le physicien Rohault, ne l'oubliaient pas ; mais la plupart étaient aussi impécunieux que lui. La pochette de Dassoucy, de Le Bret, de Tristan L'Hermite, de Royer de Prades sonnait souvent le creux. Quel est celui d'entre eux qui l'engagea à écrire de préférence une comédie ? S'y décida-t-il spontanément ? On ne sait. Le sujet qu'il choisit lui fut inspiré par une comédie de Lope de Vega : L'Enlèvement d'Hélène. Il remplace le médecin par Jean Grangier. Sa rancune endormie contre le principal du Collège de Béarnais s'étant réveillée, il prend un malin plaisir à tracer le portrait aussi cruel qu'inexact du vieux savant, mort depuis deux ans ; aucune protestation n'est à craindre! L'allusion au voyage en Pologne de Marie-Louise de Gonzague, duchesse de Mantoue, future femme de Ladislas, date Le Pédant Joué (2).

Entre temps, il envoie à Le Vayer de Boutigny un rondeau burlesque pour sa tragédie : Le Grand Selim ou le Couronnement Tragique (3) ; bien qu'anonyme, il porte sa griffe (4) :

Pour te louer, moy fais vers droslenient (Moy qui n'en fais, sinon par fondement),

(1) La situation de Cyrano n'était plus relie qu'il nvait nu moment où ses prouesses guerrière! l'avaient fait recommander par MM. de Cavois el de Caigy au maréchal de Gassion, et Le Bret s'est illusionné un peu quand il a écrit : « Mais la liberté dont il était encore idolâtre ne pût jamais lui faire considérer mi si grand homme (GassJoa) que lomme un maistre, de sorte qu'il aima mieux n'eu estre paa connu el estre libre, que d'en estre aimé et estre contraint... » (Préface de L'Histoire Comique, 1667.)

(2) Acte II, scène 4 : <( Paquicr... et l'autre jour encore, les Polonois enlevèrent bien la princesse Marie (de Mantoue) en plein jour, à l'hôtel de NeTOTS... »

(3) Paris, Nicolas de Sercy, 1645, in-4.

(4) Cyrano, dit P. Lacroix, était, à cette époque, très porté au ^renre burlesque et au style gaulois, témoin le pastiche que débite lo pédant Granger en matière de déclaration d'amour dans Le Pédant Joué. Le Vayer de Boutigny avait été le condisciple et l'ami de Cyrano... — Un autre ami de Cyrano a célébré la tragédie de Selim,

Koyer de Prades, en neuf stances de six vers qui se lisent dans ses Œuvres Poétiques, 1650. Le Vayer de Boutigny les a reçues probablement trop tard pour pouvoir les placer en tête de sa pièce avec le rondeau de Cyrano.

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