CHAPITRE XIII
des notions préliminaires assez étendues. Ces questions, qui passionnent depuis cinquante ans le monde slave, ont trouvé chez nous peu d'écho et le lecteur français est mal préparé à leur étude. Les nombreux travaux qu'elles ont suscités dans les langues slaves sont lettre morte pour lui. Ceux qui existent en langue allemande ne sont guère plus intelhgibles pour qui n'est pas au courant des faits. Les débats qu'elles ont provoqués sont d'ailleurs loin d'être terminés , et il n'appartient pas à un étranger de venir donner une décision dogmatique, alors que les maîtres de la science slave ne sont pas d'accord entre eux , changent d'opinion à quelques années de distance , ou même hésitent à se prononcer. Au lieu donc d'entrer dans une discussion peut-être fastidieuse, et, en ce moment , inutile, je me contenterai d'indiquer le sommet des choses , de signaler à grands traits les résultats obtenus, abritant au besoin mon inexpérience derrière l'autorité des critiques que je suis du moins sûr d'avoir étudié avec une scrupuleuse attention. Je n'ai pas la prétention d'avoir lu tout ce qui a été publié sur le sujet dont je vais parler ; mais aucun des principaux ouvrages, en tant qu'il m'était accessible, ne m'a échappé (1). Je puis ajouter que des discussions orales avec les hommes les
(1) Outre les ouvrages déjà cités dans \& cours de ce volume, j'ai consulté les grammaires de M iklosicb et Schleicher; Jagic, Histoire de la littérature serbo-croate ; divers articles dans la Revue du muséum de Prague; le Glasnik de la Société littéraire de Belgrade, l'Annuaire de la Société serbe de Novisad (Neusatz) ; le Nauczmj Sloviiik^ grande encyclopédie en langue bohème, etc., etc.
plus compétents (1) m'ont permis de me faire sur le débat en litige une idée générale que je m'efforcerai de présenter sous la forme la plus claire et la plus simple. Le problème renferme trois questions :
A. Quels sont les ouvrages que Ton peut attribuer à Cyrille et à Méthode, et quelle a été leur destinée?
B. En quelle langue slave ces ouvrages ont-ils été écrits ?
C. Quel est des deux alphabets cyrillique et glagolitique celui dont on peut avec le plus de probabilité attribuer l'invention à Constantin ?
A. Cyrille est celui des deux frères qui a laissé la plus grande réputation littéraire. C'est ce que suffirait à prouver le titre de philosophe que l'on joint ordinairement à son nom. Nous l'avons vu tour à tour , dans le cours de cette histoire, bibliothécaire à Sainte- Sophie, professeur de philosophie , envoyé chez les Arabes et les Khazares, chargé de déchiffrer des inscriptions mystérieuses et de créer un alphabet pour la langue slave. Son œuvre est tout entière comprise dans la traduction des Écritures; il passe sa vie à les vulgariser, mais il n'est pas seul dans ce travail : il est aidé par son frère Méthode et par ses disciples. Il est difficile de faire la part de chacun : une confusion toute naturelle s'établit de bonne heure entre les travaux des deux frères ; elle ira si loin qu'au xi^ siècle on attribuera à Méthode jusqu'à l'invention de l'alphabet
(1) MM. Hattala, à Prague; Jagic et Raczki, à Agram.