‹ Cyrille et MéthodeChapitre 141 sur 142 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

Je n'ai pas l'intention de reprendre ici le panégyrique des personnages dont j'ai raconté l'histoire : j'ai peu de goût pour ces amplifications oratoires , qui en somme n'ajoutent rien à un livre et apprennent peu de chose au lecteur sérieux. Comme on a pu le voir par notre récit , l'apostolat de Cyrille et de Méthode ne fut pas une œuvre purement religieuse. Il eut aussi un caractère politique. L'esprit anarchique des Slaves, les intrigues allemandes , l'invasion des Magyares firent échouer les plans de Rastiz : mais aux yeux de l'impartiale histoire ce n'est pas le succès qui fait la valeur des idées. Celle de Rastiz était grande, bien qu'elle n'ait pas réussi. Il ne sera peut-être pas sans intérêt de se demander quelles en eussent été les conséquences', si elle avait pu se réaliser à la faveur de circonstances plus heureuses. En étudiant les annales des peuples slaves , je suis arrivé à cette conviction , que la plupart de leurs malheurs eussent été évités si les disciples de Cyrille et de Méthode avaient pu continuer l'apostolat de leurs maîtres et propager dans tout le monde slave la doctrine chrétienne, en restant fidèles à la civilisation occidentale et à l'unité catholique.

La liturgie slave aurait , selon toute apparence , rayonné de la Bohême et de la Moravie, d'une part chez les Slaves du Sud , Serbes , Croates et Bulgares ; de l'autre chez les Slaves du Nord, Polabes , Polonais et

Russes. Elle leur eût apporté l'idée d'une solidarité morale qui leur aurait donné la cohésion nécessaire pour résister aux invasions des Allemands, des Magyars, des Grecs, des Tatares et des Osmanlis. La Russie, empruntant sa civilisation à l'Occident et non à la source empoisonnée de Byzance, serait entrée immédiatement dans la grande famille européenne et n'aurait eu à subir, ni l'asservissement des Mongols, ni le despotisme des Tsars moscovites. Les Slaves de la Baltique auraient échappé aux sanglantes conversions des missionnaires germains, des chevaliers porte-glaives, et l'État prussien, germe fatal d'une Allemagne unitaire et militaire, ne se serait pas développé sur le tombeau de leur race. La Bohême et la Pologne, soustraites aux prétentions allemandes, n'auraient vu s'allumer ni l'une ni l'autre ces guerres de rehgion qui ont amené leur ruine. Les Slaves du Sud se seraient consolidés sur les bords de TAdriatique, delaSaveet du Danube, auraient réuni en un ensemble harmonieux la double civihsation qu'ils recevaient à la fois de la Grèce et de l'Italie, et auraient peut-être fondé dès le moyen âge cet empire jugo-slave qu'ils ne peuvent que rêver aujourd'hui. C'eût été le panslavisme, dira-t-on : sans doute , mais un panslavisme honnête, civihsateur, pur de tous ces éléments mongols, byzantins et même germaniques qui effraient tant l'Occident. Dans une telle hypothèse l'état factice des Hapsbourgs n'aurait pas eu occasion de naître , et c'eût été autant de gagné pour la liberté de conscience et la dignité humaine. Les Osmanlis n'auraient jamais foulé le sol de FEurope , et nous n'aurions pas le

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