CONCLUSION
douloureux spectacle de dix millions de chrétiens livrés à quinze cent mille Turcs par la jalouse sollicitude d'une diplomatie qui n'a pas su prévoir le mal et croit le pallier en le faisant durer. Certes il n'y a rien de parfait en ce monde, et l'ensemble idéal d'États slaves que nous esquissons en ce moment n'eût pas échappé aux misères, guerres civiles et religieuses, luttes sociales ou économiques , révolutions politiques par lesquelles nous avons passé. Mais elles n'auraient eu d'influence que sur le développement intérieur de ces États, elles n'auraient exercé au dehors qu'un contre-coup insignifiant, et l'Europe se serait plus tôt assise dans cette paix tant désirée qu'elle cherche encore
aujourd'hui à grand renfort d'armements Je ne veux
pas m'aventurer dans des considérations politiques qui ne sont pas en somme de l'essence de ce livre : la région des utopies est vaste, et il est toujours dangereux de s'y engager. Néanmoins il ne faut pas oublier que le présent, comme l'a dit Leibnitz, est fils du passé, et il n'est pas téméraire de voir dans l'échec de l'apostolat slave la cause des malheurs qui ont accablé l'Europe orientale, et des complications qui nous inquiètent encore aujourd'hui. Il y a dans la vie de Cyrille et de Méthode, qu'on y fasse bien attention, autre chose que l'histoire de deux prêtres, d'une liturgie et d'un, alphabet.