CHAPITRE V
frères étaient restés plus d'un an à Rome : ce n'était pas trop de temps, si Ton songe à l'enquête qu'Adrien avait dû ouvrir avant de prendre une décision en faveur de Constantin et de la Moravie.
Le Pape fut vivement affligé de cette mort inattendue. Il ordonna que l'on fit à Cyrille des funérailles aussi solennelles que celles des pontifes romains (1). Quand elles furent achevées , Méthode réclama le corps de son frère : conformément au désir de leur mère, il voulait l'emmener au monastère où ils avaient jadis vécu (2). Adrien II accueillit cette demande avec bienveillance ; mais le clergé et le peuple s'opposèrent à ce qu'on leur enlevât les reliques du saint apôtre, et supplièrent le Pape de le fah'e déposer dans une des églises de Rome. Le Pape se rendit à leurs prières et donna l'ordre d'enterrer Cyrille dans l'égUse de Saint- Pierre , dans le tombeau qu'il avait préparé pour luimême. Méthode, forcé de renoncer àson premier projet, obtint du moins que le corps de son frère fût déposé dans l'église de Saint-Clément , près de ces reliques qu'ils avaient naguère découvertes et qui les avaient accompagnés à travers leur long pèlerinage. Cyrille fut donc enterré dans une chapelle à droite de l'autel, et , dit la légende , de nombreux miracles attestèrent la sainteté du pieux évêque (3). Au xiv^ siècle cette
11; Transi., c. x. — f ic de Const., xvii.
(2y Transi., XI.— Vie dcComt.^ ibid.
(3; Transi,, c. xi, xii - Vie de Const., xxxvi — Log. mor., xii.— Vie de saint Clem., m — A cctlo narralion si simple et si natuielle la légende morasea subslitné tout nn récit merveilleux. — Voyez le codex de Ginzel, p. 17.
chapelle portait encore le nom de St-Cyrille (1). Peu à peu ce nom s'oublia, et rien n'indique aujourd'hui au pèlerin slave la place oii repose le grand apôtre de sa race.
Mais qu'importe un monument visible à ceux qui , comme Cyrille , ont su laisser dans la mémoire d'un peuple entier un souvenir impérissable! Dix siècles ont passé depuis sa mort , et son œuvre , tant attaquée , malgré les Allemands, malgré les Magyars, n'a fait que grandir et se développer. Tout nouveau chrétien parmi les Slaves a été pour Cyrille un nouveau disciple.
A mesure que la race slave s'étendait vers l'Orient , elle emportait avec elle le nom de son courageux et infatigable initiateur. Le schisme byzantin respecta la gloire de Cyrille et l'accapara : aujourd'hui encore catholiques et orthodoxes lui rendent un culte égal. A prendre Cyrille même au point de vue purement philosophique , certes ce ne fut pas un génie ordinaire ; posséder les langues de peuples aussi différents que les Grecs , les Slaves , les Arabes , les Khazares et les Romains , briller au premier rang parmi les théologiena de Byzance créer d'un coup l'alphabet et la littérature sacrée d'un peuple , combien d'hommes pourraient se glorifier de mérites si divers joints à un zèle aussi ardent pour les intérêts les plus élevés de l'humanité ! Dès le lendemain de la mort de Cyrille , la postérité lui rendit justice en lui donnant les glorieux surnoms de
(I) Manuscrit du Vatican cité par iM Raczki.