CHAPITRE V
assisté par Févêque Arsène et le bibliothécaire Anastase , dans les églises de Saint-Paul-Hors-des-Murs, de Saint-André et de Sainte-Pétronille. Peut-être le Pape avait-il fait constater par des prêtres dalmates ou croates l'orthodoxie de cette traduction (1).
Ainsi , tout réussissait au gré des deux apôtres : il ne leur restait qu'à retourner chez les Moraves pour leur apprendre l'heureuse issue de leur voyage , et pour exercer au miUeu d'eux leur nouveau ministère. Mais la Providence en avait décidé autrement. Cyrille ne devait pas revoir le pays auquel il avait rendu de si grands services. Suivant la légende morave, il eut comme un pressentiment de sa fin (2). Il revêtit l'habit monacal et attendit paisiblement la mort en s' entretenant avec Méthode de l'œuvre commune qu'ils avaient si bien commencée. « Mon frère , lui disait-il , nous avons été jusqu'ici comme deux bœufs attelés à une
{{) Vie dt Const., c. xvii.
(2j Cil. m. — La maladie de Cyrille parait av(Mr été Tort courte ; elle fut le lésultat de ses nombreuses fatigues et de ses longs voyages. Pendant son séjoui" à Home, il dut s'y faire de nombreuses relations ; c'est alors (lu'il se lia notamment avec Anastase le bibliothécaire, qui nous a laissé sur son co.ripte de si importants témoignages ; citons celui-ci: « Vir magnus et apostolicœ vitae prœceptor, Conslantinus philosophus, qui Uomam sub \euerabilis memoria; Adriano juniori papa veniens, S. démentis corpus sedi sua» restituit. .quique totum codicem stepe memorati..... patris iDenys l'Aréopagite) memoriiE
commendabat, solituserat dicere » (Ginzel, Cod., p. 44). Ce soli-
tus erat dicere prouve qu'Anastase eut de fié(]uentes relations avec Constantin. L'éloge que Constantin faisait de saint Denis TAréopagite montre que ses missions ne lui avaient pas fait négliger l'élude des théologiens et des Pèi es de l'Kglise.
même charrue : je termine ma vie et je tombe au milieu du sillon. Tu aimes , je le sais, ton monastère du mont Olympe : mais par amour de la solitude n'abandonne pas une entreprise .qui assurera mieux ton salut (1). »
Puis , sentant venir Fheure suprême , il prononça la prière suivante, pieusement recueillie par son biographe et dont voici la traduction littérale :
« Dieu , qui as créé tous les ordres angéliques et les forces innombrables , qui as étendu les cieux et fondé la terre , qui as amené tous les êtres du néant à la vie, qui écoutes toujours ceux qui font ta volonté, te craignent et obéissent à tes commandements, exauce mes prières et défends ce troupeau fidèle auquel tu avais préposé ton serviteur , quoique indigne ; sauve-le de la méchanceté des impies et des païens qui s'élèvent contre toi. Anéantis l'hérésie des trilingues; augmente ton église , confirme-la dans l'esprit de foi et d'unité ; car c'est toi qui nous a appelés, quoique indignes , à la prédication de ton Évangile. Je te rends ceux que tu m'as confiés : protége-les de ta forte droite, couvre-les de ton aile, afin que chacun loue et glorifie ton nom ; » puis il s'écria : « Béni soit Dieu qui ne nous donnera pas en captivité aux mains de nos ennemis , mais brisera leurs pièges et nous sauvera du péril, » et il expira à l'âge de 42 ans, le 14 février 869 (2). Les deux
{{) Vie de Met h., vu.
(2) Le 14«jour de février de la 2* indiction, l'an 6377 delà créaUon du monde (6377 — 5508 = 869). — f^'ie de Const., xviii.