‹ Cyrille et MéthodeChapitre 86 sur 142 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

évêché ? Il n'est plus question de Sirmium depuis les invasions des Avares. Cette ville d'ailleurs appartenait alors à la Bulgarie. Une autre résidence fut assignée à Méthode? Nous l'ignorons. Peut-être n'en eut-il aucune, sa mission l'obligeant à voyager sans cesse à travers l'immense étendue de son diocèse.

Méthode se disposait sans doute à retourner en Moravie, lorsqu'il apprit la chute de Rastiz. Trahi par son neveu Svatopluk^ qui aspirait à s'emparer de la Moravie toute entière, il était tombé entre les mains de Louis le Germanique, qui l'avait jeté dans un monastère après lui avoir fait crever les yeux. Carloman, fils de Louis, avait envahi la Moravie, s'était emparé des villes, des forteresses, des trésors du prince morave, et avait imposé au pays conquis des gouverneurs allemands (1). Svatopluk avait succédé à son oncle, mais n'était plus qu'un simple vassal de l'empire germaninique. Forcé par les circonstances de rester en Pannonie, Méthode s'occupa d'y propager la liturgie slave. Elle fut accueillie avec transport par les populations, qui abandonnèrent aussitôt la liturgie romaine. L'évoque allemand de Salzbourg, Richbald, qui se trouvait alors en Pannonie, quitta immédiatement cette pro-

rave ; 4° par une vieille légende slave. Voyez Schaf., Vamathi drevniho pism. Jihoslov., p. 67.

(1) Voyez, pour les détails, Palacky : Deje ceske. — Ilist. de Bohème^ p. 127 et sq de l'édition allemande. — Luden, Ilist. d'Allemagne. — Dudik : Màhrens Allgem. Geschichte. — Pour les sources : Ann. Fuld., ad ann. 870.— Kegino; Ann. alam. et Xanlenses.ad ami. 870, ap. Pertz.

vince pour protester contre une innovation qui l'indignait hautement (1). Cette retraite de Richbald peut être considérée comme la déclaration de guerre du clergé allemand. Ni l'évêque de Passau^ ni celui de Salzbourg ne voulaient reconnaître Méthode comme évêque de Pannonie ; ils réclamaient sur l'ancien diocèse de saint Andronique un droit de prescription (2). Ils citèrent Méthode à comparaître devant eux et lui demandèrent compte de ce qu'ils regardaient comme une usurpation. Méthode répondait que la province où il évangélisait relevait directement du Saint-Siège. Il leur reprocha même de vouloir entraver par avarice (radi lakomstva) la prédication de la parole divine. Ce reproche se comprend. Les évêques allemands n'avaient pas au maintien de leurs droits sur les pays en litige un intérêt purement spirituel. Il ne faut pas oublier qu'à l'époque dont il s'agit les dîmes formaient la meilleure partie des revenus du clergé. Plus le diocèse était vaste, plus ces revenus étaient considérables. Il ne paraît pas que la question de liturgie slave ait été agitée dans ce débat. Le tribunal devant lequel Méthode avait à se justifier goûta peu ses raisons, et^ profitant de la ruine de la Moravie et de la faiblesse de

(1) Vie de Méth., viu, ix. — Cf. Anonym., de Conv. Garant., apud Kopitar, Glag. Clozian., p lxxv. — Ginzel, Codex, p. 55. — Cf. excerptum ex libelio de Conv. Garant., ap. Wattenbach. — Beitrâgc zur Geschichte der Christ. Kirche in Mâhren (Vienne 1849): « Supervenit quidam Sclavus ah Histriae et Dalmatiae partihus , nomine Methodius, qui adinvenitsclavicas litteras et sclavice celehravil divinum officium et vilescere fecit iatinum. »

(2) ViedeMéth.,x.

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