CHAPITRE VI
en lui, contre les vues et les tendances de Rastiz, et, chose remarquable, cette protestation fut suivie de près par une déclaration de guerre de Louis-le-Germanique contre le prince morave (4) La lutte se prolongea avec des succès divers pendant plus d'une année (868-869,. Les circonstances, on le voit, étaient peu favorables en Moravie au développement de l'œuvre pacifique de Méthode, qui dut prolonger son séjour chez les Slaves de Pannonie en attendant le rétablissement de la paix en Moravie.
Kocel s'était décidé à imiter l'exemple de Rastiz et à créer dans ses États une Église indépendante du clergé allemand. Il envoya Méthode à Rome avec douze ecclésiastiques (2). Il devait prier le pape de relever le siège épiscopal de saint Andronique. Cet Andronique, dont le nom nous est connu par un passage de saint Paul, avait été un des compagnons du grand Apôtre; mais la tradition en faisait un des soixante-dix disciples de Jésus-Christ, et voulait qu'il eût été le premier évêque de Sirmium, en Pannonie. C'est ce que nous attestent HésychiuS;, le chronicon pascale^ et la chronique de Nestor (3). Cet évêché (s'il a existé) avait disparu au milieu des invasions des Avares. Charlemagne, après avoir détruit leur puissance, avait assigné la Pan-
(1) Hincmar, ad ami. 869 (Pcrlz, i, 4i2).-Ann. fuld.,ad ann. 869 (Perlz, I, 381).
|2) Vie de Méth., viii.
(3) Hesych., vita Clem., ap. Farlati. lllyricuin sacrum, ii, 83. — Chron. Pasc, éd. Ducange, p. 427. — Nestor, cli. xx, éd. Bielowski. — Assomani, Kal. ceci, univers., t. vi, p. o3o.
nonie inférieure à l'évêché de Salzbourg, la Pannonie supérieure à celui de Passau (4).
La cour de Rome avait ratifié ce partage ; mais, en présence des relations nouvelles de l'Église bulgare avec Constantin ople, elle comprit tout l'intérêt qu'elle aurait à se rattacher immédiatement la grande province de Pannonie, voisine delà Moravie. Le rétablissement du siège de saint Andronique offrait au Pape un moyen naturel d'arriver à ce but sans trop blesser les susceptibilités du clergé allemand. Quelles étaient les limites du nouveau diocèse? Il nous est impossible de les déterminer d'une manière précise. Il est probable qu'il comprenait tous les pays slaves, sauf ceux qui avaient déjà unévêché, comme la Croatie et la Bulgarie (2). En effet, les documents donnent à Méthode tantôt le titre d'évêque de Pannonie, tantôt celui d'évêque de Moravie (3). Quel était le siège du nouvel
(1) Pertz, XI, 9.
(2) La Croatie se rattachait à la métropole de Salone. En 530 figure au concile métropolitain de Salone un évèque de Sisek. appelé Jean. Farlati lUlyricsac , t. u, 163).
Quant à la Serbie, elle relevait du métropolitain de Pannonie, comme le prouve une lettre de Jean Vlll à Muntirair, duc de Slavonie, sous la date de 874 : « Admonemus te ut ad Pannoniensem reverti studeas Ecclesiam- »— ïimo., Imago antiquœ Exmgariœ, 1. n, c. xvi^ p. 143.
(3) Il est appelé évèque de Pannonie: 1" dans une lettre de Jean VIII en 879 (Ginzel, Codex, p. o8) ; 2« Yie de Méth., vm; 3° Vie de Const., xix ; 4« Nestor, Chron., ch. xx ; 5^ Vie de saint Clém., i I ,
u est appelé évèque de Moiavie : l*' par Jean VIII (lettre à Svatopluk, en 886) ; 2° par un calendrier slave du xi"^ siècle, dont le manuscrit est au Vatican (ap. Raczki, p. 261) ; 3° par la légende mo-