CHAPITRE VII
comme pour négocier, en ressortit à la tête des troupes moraves et mit en pleine déroute les Allemands , qui ne s'attendaient pas à cette nouvelle trahison (1). Cet exploit audacieux réconcilia Svatopluk avec sa nation , et il succéda sans obstacle à son glorieux oncle Rastiz. La victoire resta fidèle à ses drapeaux , et Carloman, menacé jusque dans ses États, se décida à demander la paix (872). Cette fois l'indépendance de la Moravie était assurée. Elle fut reconnue par les Allemands au traité de Forcheim en 874 (2). Mais l'énergique soutien de Méthode , le pape Adrien II, était mort à la fm de 872 sans avoir peut-être eu connaissance des tribulations qui étaient venues assaillir Tévêque de Pannonie ; sans avoir pu , en tout cas , lui prêter un secours efficace. Il eut pour successeur Jean VIII. La querelle de Méthode et des évêques allemands dut être l'une des premières préoccupations du nouveau pontife. Son avènement est de Tannée 872 ; en 873 , nous voyons le clergé allemand pubher, pour le maintien de ses droits , le mémoire anonyme intitulé : Anonymi Salshurgiensis historia conversionis Caranta- 7ieorum(3). Qefactum^ très-précieux au point de vue
(1) Palacky, p. 140, 142.-- Ann. Fuld., aiiii. Xaiit., ad aiin. 872, ap. Pertz, i, 496. — Dudik, op. cit.
(2) Hincmar, ap. Pertz, i, 496.
(3) Ce morceau se Irouxe dans Ginzcl, Cod., p. 46 el sq., et dans Kopitar, Glag Cloz., lxxv. L'auteur en indique lui-même la date. Il déclare qu'il écrit 75 ans après fannexion de la Pannonie àl'évêché lie Salzbourg, qui eut lieu en 798. Le document est antérieur au 21 avril. 11 parle de l'évèque de Salzbourg, Adalvin, comme d'une personne encoie vivante : or Adalvin mourut le 21 avril 873,
historique , rappelle la conversion des Slaves Carentins par le clergé allemand , puis les droits concédés par Charlemagne à l'évêché de Salzbourg sur les pays que ce prince avait enlevés aux Avares , la série des quatre évêques Arno, Adalram, Luitprand et Adalvin, qui ont déjà joui de ces droits et qui ont développé le christianisme dans ces contrées ; enfin l'usurpation de Méthode venant importer la liturgie slave et empiéter sur un terrain qui ne lui appartenait pas.
Le nouveau Pape ne s'estima pas suffisamment éclairé sur ce grave différent et résolut de faire une enquête spéciale dans les pays en litige. Paul, évêque d'Ancône , fut chargé de cette enquête. Il nous reste sur la mission de l' évêque d'Ancône un fragment intitulé : Commonitorium Paulo episcopo fungenti legatione in Germaniam et Pannoniam (1). Le Pape y rappelle les anciens droits du Saint-Siège sur Vlllyricum , et déclare que l'Église ne peut admettre contre elle la prescription , attendu qu'elle n'a pour se défendre que des armes spirituelles. Dans une lettre qu'il adresse , vers la même époque , à Louis , roi de Germanie , le Pape soutient la même théorie et rappelle que la loi civile des Romains elle-même n'admettait contre l'Église qu'une prescription de cent ans (2). Ce
(1) Ce fragment se trouve dans Mansi, xvn, 264.— M. Wattenbach en a découvert une copie à la bibliothèque impériale de Vienne et l'a publié dans ses Beitrœge...., p. 48. M. Kaczki Ta retrouvé également à la bibliothèque du Vatican (Cod., chart 4886).
(2) Erben , Regesta Moraviœ et Bohemiœ, p. l-^ et sq. — Cf. corpus juris civilis, Nov. Just , ix. — Un double manuscrit de la lettre de Jean VIII se trouve à Olmûtz et à Rome.